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22 MAI 2021

Sollicité par l’Association « NON À L’AUTOROUTE A133-A134 », comme l’ont été tous les candidats aux prochaines élections départementales, j’ai tenu, en approuvant chacune des propositions formulées par ses adhérents, à rappeler mon hostilité de la première heure et mon opposition constante au projet de contournement Est de Rouen, dévastateur pour notre environnement et le cadre de vie des habitants du canton du Vaudreuil/Léry/Poses/Porte de Seine/Herqueville/Connelles/Amfreville sous les Monts/Val-de-Reuil. Contrairement à d’autres, dont l’avis varie à l’approche des élections, nous sommes les seuls à avoir déposé des recours devant la justice pour interdire sa construction.

 

Mesdames les candidates et Messieurs les candidats aux élections départementales, l’association « Non à l’autoroute » (siège social à Léry) aimerait connaître votre avis sur le projet autoroutier A133-134.

Nous vous remercions par avance de répondre à nos courtes questions.

Vous pouvez joindre un commentaire dans le cadre à la fin du courrier.

Vos réponses seront rendues publiques afin d’éclairer le choix des électrices et électeurs.

Je vous prie d’agréer, Mesdames, Messieurs, l’expression de ma considération distinguée.

Maxime Bunel

Président de Non à l’autoroute A133-A134

Voici le questionnaire et son introduction :


Cette autoroute supplémentaire qui viendrait raccorder, sur le territoire Seine Eure, l’A28 à l’A13 au niveau de la forêt de Bord, en serpentant entre Le Manoir, Alizay, Les Damps, Léry, Val de Reuil, est un non-sens à la fois économique et écologique.

Non-sens économique. Elle ne servira en rien l’activité économique sur le territoire, car elle concernera, pour l’essentiel, le trafic de transit international nord-sud de l’Europe. Le montant prévu des péages sera dissuasif pour le trafic de transit nord-sud et le trafic d’échange plus local. Rappelons le développement de l’autoroute ferroviaire qui peut par les voies actuelles se substituer à ce projet pour beaucoup moins cher.

Le territoire Seine Eure est déjà traversé par deux autoroutes (l’A13 et l’A154), une autoroute supplémentaire n’est pas une priorité. La pandémie de la Covid-19 va laisser des traces dans l’économie, l’argent public devra servir à endiguer les pertes économiques et financières, à aider les secteurs de l’économie et les citoyen.nes touché.es par cette pandémie et non gâcher près d’un milliard d’euros dans un projet qui n’est plus d’époque.


Non-sens écologique car elle détruira des espaces naturels riches, des terres agricoles, la lisière de la forêt de Bord, longera une zone Natura 2000, apportera de la pollution supplémentaire : émissions de gaz à effet de serre en plus et de particules fines, de produits toxiques dus à l’abrasion des pneus et freins). Cette balafre autoroutière va modifier négativement le cadre de vie de milliers d’habitant.es (bruit donc stress, éloignement de la forêt, pollution visuelle constante, accroissement des maladies dues à la pollution de l’air) va détruire définitivement ce paysage surplombé par la Côte des Deux Amants, qui est un site classé.


Au moment où le réchauffement climatique met en évidence la nécessité de changer les modèles de développement économique et en particulier les modes de transports des marchandises et des personnes, ce projet vieux de 50 ans, n’est pas adapté aux réalités actuelles. Notre territoire a la chance d’être traversé par la Seine et la voie ferrée Rouen-Paris. L’argent public récupéré, près de 500 millions €, si le projet A133-A134 est définitivement abandonné, pourra être investi dans une politique des transports adaptée aux urgences du moment, sociale, écologique, économique, et rendre service à la grande majorité de la population.


Notre association propose des alternatives : quel est votre avis ?

  • Favoriser la liaison entre la métropole de Rouen et l’agglo Seine Eure utile à des milliers de personnes qui transitent chaque jour dans les deux sens en développant les transports en commun (en amplitude, en cadencement) le co-voiturage, l’autopartage. D’accord / Pas d’accord

  • Faire de l’A13 la voie de circulation prioritaire entre les deux agglomérations en supprimant le péage d’Incarville qui rejette quotidiennement des milliers de véhicules sur le réseau secondaire. Y baisser la vitesse à 90km/h, comme sur les rocades péri-urbaines. D’accord / Pas d’accord

  • Développer le transport multi-modal. Favoriser le fret ferroviaire et le fret fluvial. La Seine, fleuve navigable par excellence, est sous utilisée. Le réseau ferré a jadis développé un important trafic de marchandises, il peut toujours répondre aux besoins de transports du fret actuel. D’accord / Pas d’accord

  • Développer l’utilisation du vélo en construisant des pistes cyclables, en favorisant la combinaison vélo-transport en commun. Le vélo a été un moyen de transport populaire et partagé par un grand nombre de personnes, il peut le redevenir. D’accord / Pas d’accord

  • Conforter les démarches actuelles de mise en service d’une liaison ferroviaire entre Rouen et Evreux qui passerait par Louviers, étudier la meilleure solution (tram-train ? Train léger ?) D’accord / Pas d’accord

  • Désenclavement de la Vallée de l’Andelle : utiliser au mieux la ligne Etrépagny/Alizay qui allait jadis à Gisors pour le fret et l’ouvrir au trafic voyageur; maintenir l’interdiction de la circulation des poids lourds de plus de 19 tonnes sur la D 321 d’Alizay à Fleury sur Andelle, les dévier sur les grands axes routiers et autoroutiers existants. D’accord/Pas d’accord

Vos commentaires éventuels ou votre proposition alternative :

« Je crois que je n’ai pas besoin de vous dire combien je suis hostile à l’autoroute de contournement Est de Rouen, puisque Val-de-Reuil, à mon initiative, dépose recours contre recours – depuis le premier jour, on peut vérifier – pour qu’elle ne se fasse pas, consacre des fonds importants à ce combat, sert discrètement de point d’appui à nombre de démarches juridiques s’opposant également à ce projet démentiel, coûteux et qui ne répondra pas aux objectifs quoi lui sont fixés. En mairie notre juriste y consacre une part non négligeable de son temps de travail depuis plusieurs années. Nous avons subi les foudres et les représailles du DDE à plusieurs reprises, sans que, d’ailleurs, j’ai pu noter, au-delà de Léry et Poses, communes amies, qu’une solidarité particulière s’organise pour en atténuer les effets. 
 
Je réponds, non moins évidemment, par une approbation totale à l’ensemble des propositions que vous faites en alternative réalisable, souhaitable, favorable qu’il s’agisse de multi-modalité (la Gare de Val-de-Reuil, dont la commune – chose exceptionnelle en Normandie – a payé une partie. Bien qu’elle bénéficie à toute notre agglomération, en témoigne à sa façon), d’énergies propres (une station de recharge hydrogène au rond-point des pommiers, une station de recharge électrique rapide d’une vingtaine de postes, au rond-point des clouets, sont en cours d’aménagement ), de liaison ferroviaire avec Evreux/Caen (à la condition que cela ne conduise pas à la création de deux gares voisines de quelques kilomètres sur notre territoire, de tracés absurdes et redondants, de ruptures de change et de liaison routière entre les deux lignes passant devant les fenêtres des malheureux habitants de Louviers ou de Pinterville, si l’embranchement se faisait, non au niveau de la gare actuelle, mais à celui de Vironvay/Heudebouville, sans parler du coût redoublé que nécessiterait ces redondances), d’utilisation renforcés du vélo (contrairement à ce qui peut exister dans d’autres parties de l’agglomération et que je n’approuve pas, Val-de-Reuil a décidé que ses voies cyclables seraient en site propre, sécurisées et signalées par un revêtement d’une couleur spécifique).
 
Puis- je cependant compléter votre courrier de plusieurs remarques ? 
 
Il est clair que les questions principales, en tout cas les plus immédiates, sont celles des paysages et de l’environnement (l’éventrement de la forêt de Bord à la hauteur de Léry n’est pas plus imaginable qu’un viaduc coupant la Seine et l’Eure à 50 mètres d’altitude en parfaite visibilité de tous les points qui font la beauté de notre cadre de vie – je songe à la côte des deux amants – et en défigurant Pitres, Le Manoir, Pont-de-l’Arche, bien d’autres communes encore) mais aussi celle du renforcement de la pollution (dans une aire qui en était à peu près préservée). Toutefois, il y a d’autres points qu’il faut ajouter à ce premier bilan désastreux.  
 
1) Une question sociale : est-il normal qu’un véhicule qui s’arrête à Val-de-Reuil après s’être déjà acquitté d’un droit au péage de Heudebouville/Vironvay en acquitte un second au péage d’Incarville lorsqu’il repart vers Rouen ? Est-il normal que tous les usagers venus de notre canton le payent également pour emprunter un tronçon théoriquement gratuit, subventionnant le tronçon payant situé avant le péage de Heudebouville-Vironvay ? 
2) Une question de sécurité routière : le contournement de Rouen n’aboutirait pas seulement à une échangeur entre l’A13, l’A154 et l’A28, mais aussi à un diffuseur depuis ces autoroutes vers le réseau secondaire. Croit-on vraiment que les rond-points des Clouets, de Saint-Pierre, du fantôme, du monument, des pompiers, des pommiers sont en capacité, alors qu’ils sont déjà saturés soir et matin, parfois également dans la journée, d’accueillir de nouveaux véhicules ? 
3) Une question politique : comment certains candidats – je pense notamment à ceux de la droite et de l’extrême droite –  peuvent-ils prétendre qu’ils sont contre cette autoroute alors que leurs « amis » qui se présentent sous les mêmes étiquettes à la région – il est vrai que la liste LR/LREM de l’Eure ne sait si elle doit soutenir M. Bonnaterre ou M. Morin –  sont pour ? Avec mes camarades et alliés de la métropole, Nicolas Mayer-Rossignol, et de la région, Mélanie Boulanger et Laetitia Sanchez, nous sommes, comme tous ceux qui savent ce qu’est vraiment le progrès, sur la même ligne : « non à l’autoroute ». 
4) Une question industrielle qui est une question de bon sens que je me tue à enseigner à Bernard Leroy, parfois bien léger ou bien suranné : si une voie nouvelle connectée au nord de l’Europe peut éventuellement apporter emplois et richesses, elle peut aussi – on vient de le voir avec la recherche Janssen qui nous déserte pour les Flandres – en emporter loin de notre territoire ou plus facilement encore vers d’autres parties soit plus littorales, soit plus centrales de notre pays. On a connu autant de voies structurantes qui asséchait un éco-système par l’évasion de son dynamisme que le contraire. C’est un jeu aventureux auquel on risque l’avenir de notre département pads toujours attractif.
5) Une question économique qui est aussi une question d’égalité : on a bien compris que ce contournement s’il se faisait (et il ne se fera pas) serait réservé à ceux qui pourront en payer le prix extravagant – une sorte de dîme, de gabelle ou de champart trois siècles après l’abandon des privilèges – et interdit à ceux, la majorité d’entre nous, salariés, retraités, artisans, jeunes qui n’auront pas les moyens de faire face à une dépense qu’on annonce pour un aller-retour en dizaine d’euros. 
6) Une question budgétaire enfin et c’est le magistrat à la Cour des comptes qui parle, celui qui a fait entre 2000 et 2015 de la Normandie, dont j’étais le responsable des finances, la région la mieux gérée de France, celui qui a désendettement sa ville : il ne s’agit pas de savoir ce que l’on pourrait faire avec les sommes astronomiques (on va vers le milliard et plus) qui seront aspirées par cette folie, car ce n’est pas du tout ainsi que le problème se pose techniquement, pratiquement, mais bien plus de s’interroger sur ce qu’on ne fera pas pour payer cette ponction démesurée et où ?  On ne se privera pas de quelque chose de supplémentaire. On fera une croix sur quelque chose d’indispensable. Je n’imagine pas les habitants de Bernay ou de Pacy-sur Eure être mis à la diète, pas même ceux d’Évreux. Ce sont nos collectivités de proximité. Clairement ce davantage de bitume, ce sera moins d’éducation, moins de santé, moins de solidarité d’une part, moins d’investissements pour les transitions écologiques, technologiques, économiques et numériques d’autre part. 
 
Dès lors, l’Eure continuera de ronronner, invisible, oubliée, dépassée. C’est cela que nous voulons éviter, conjurer et changer. Parce que nous voulons l’Eure du réveil et pas l’Eure de l’immobilisme comme aujourd’hui.
Marc-Antoine Jamet
22 MAI 2021

Les trois morts de François Mitterrand

Les trois morts de François Mitterrand

par Marc-Antoine JAMET

Une date est importante lorsque, jour, mois, année, elle ne forme plus qu’un tout indissociable. De Gaulle fût élu en 1965, Pompidou en 1969 et Giscard en 1974, mais François Mitterrand devînt Président de la République le 10 mai 1981. Il y a 40 ans. Une date se hisse dans l’Histoire lorsqu’on n’oublie pas ce qu’on faisait ce jour-là. Je revois la moue désabusée du maire (de droite…) de ma petite commune de banlieue apercevant mon blouson, ma mobylette et mes cheveux longs : « celui-là, c’est pas pour nous ! ». Une date, enfin, entre dans la légende quand une génération entière s’imagine l’avoir intimement vécue. L’accession au pouvoir du premier président socialiste de la Vème République relève de cette catégorie. Comme le Stade de France pour les supporters des bleus en 1998, la Place de la Bastille aurait été bien trop petite pour accueillir tous ceux qui pensent et racontent – avec sincérité ! – avoir, jusqu’au fameux orage, dansé de joie au pied de la colonne et de son génie ailé. Ils sont des dizaines, des centaines, des milliers à s’en rappeler. Quand bien même serait-ce par procuration, il est agréable le goût de la victoire.

Directeur de cabinet du Président de l’Assemblée Nationale, puis du Premier secrétaire du parti socialiste, enfin du Président du Groupe socialiste, entre 1992 et 1997, avant d’occuper par la suite d’autres postes du même acabit, je n’ai connu de l’intérieur que le second septennat. Comme beaucoup dans ce petit milieu, il m’est alors arrivé de rencontrer celui que, dans son dos, ses ministres appelaient le « vieux », mais qui, en sa présence, lui donnaient du « Président » à s’en décrocher la mâchoire. Il impressionnait. Deux fois, sentant le sol se dérober sous mes pas, j’en ai fait les frais. Henri Emmanuelli, pressentant la défaite que suivrait le suicide de Pierre Bérégovoy, désirait me nommer à la Haute Autorité de l’Audiovisuel. A l’Élysée, j’attendais dans l’antichambre confirmation de ce projet quand la voix si reconnaissable à dessein s’éleva : « j’ai déjà nommé le père, je ne vais quand même pas recaser toute la famille ». Et pour punir mon audace, sympathique cruauté, on me donna à instruire le dossier de la jeune femme désignée à « ma » place. Dans les jours sombres qui suivirent la publication du bouquin de Pierre Péan sur la jeunesse contrastée du Président, j’allais au « château » voir le Secrétaire Général de la Présidence, comme il était normal à l’époque que je le fasse. Dans le bureau des secrétaires, Hubert Védrine s’affairait triant des montagnes de papiers. Je lui demandais ce qu’il pouvait bien archiver à cette heure quand le timbre chuintant, qu’avaient popularisé imitateurs et humoristes, à peine affaibli par la maladie, retentit, exaspéré, derrière moi : « puisque vous êtes là, au moins rendez vous utile ». C’est ainsi que, tard dans la nuit, j’agrafais les argumentaires qu’une presse, qui les questionnait, recevrait le lendemain sur les faits d’armes et l’impeccable résistance du Chef de l’État. Peine perdue.

Est-ce parce que cela l’atteignait, par nature ou parce qu’il sentait la vie qui s’enfuyait, il pouvait être d’une extrême dureté. Vers la fin, on me chargea d’organiser un repas secret où le Président convierait les anciens premiers ministres de ses gouvernements et les anciens premiers secrétaires de son parti, ainsi que quelques barons du nord et du Pas-de-Calais qu’il avait souhaité qu’on ajouta. Sa tasse d’hibiscus devant lui (« la boisson d’immortalité des pharaons »), enfoncé dans un amoncellement de coussins, l’inquiétant docteur Jean-Pierre Tarrot à ses côtés, le déjeuner tourna au règlement de comptes interne à la défunte SFIO. Mitterrand, soudain ragaillardi, revivait le congrès d’Épinay, taxant, vingt ans après, de « molettistes » ceux qui s’étaient opposés à sa synthèse (« à cette table, j’aurais étéminoritaire »), rappelant méchamment à Pierre Mauroy qu’il avait convaincu le maire de Lille, Augustin Laurent, de s’en retourner à la faveur d’un enterrement providentiel vers son beffroi plutôt que de rejoindre ses opposants (« c’était aux pissotières, Pierre, oui, aux pissotières ») et révélant enfin à Jean-Pierre Cot, Pierre Joxe et Lionel Jospin que leur coupe de cheveux « afro » leur valait le surnom d’« Angela Davis » dans les couloirs de Solferino. Dans mon souvenir, Jospin répliqua courageusement « et vous Dracula, Président, à cause de vos dents », ce qui jeta un froid. Mitterrand, teint de cire, visage creusé et lèvres blanches, ne reprit l’avantage que par une méditation sur la mort, le ciel gris, les nuages et le temps, exercice dans lequel, de cimetière parcouru en église visitée, il excellait depuis soixante bonnes années.

Il pouvait faire aussi preuve d’une étrange humanité. Décorant mon père, il en fit un portrait si juste, si bienveillant, expliquant – seul à pouvoir le faire – les raisons morales et politiques, lointaines et familiales, qui avaient amené un journaliste de droite, connu et admiré pour cela dans Paris, passé par Le Figaro, L’Auroreet Le Quotidien de Paris, à soutenir un homme de Gauche que tous ces journaux conspuaient allègrement. A la fin d’un discours inhabituellement long, alors qu’il pouvait expédier ces cérémonies, je vis quelques larmes rouler, bien qu’il n’ait jamais cessé de le nier, sur les joues du récipiendaire, tandis que François Mitterrand, le dos rompu par les métastases qui l’envahissaient, retournait s’allonger dans une alcôve dressée pour un impossible repos, non loin du bureau où trônait la maquette de la Très Grande Bibliothèque…

Mais c’est par ses trois morts que je n’oublierai pas François Mitterrand. La première eut lieu le 20 novembre 1994. 13 ans après Créteil et sa désignation comme candidat à la magistrature suprême, le Président socialiste retrouvait à Liévin un congrès de son parti. Il arriva par le train. Épuisé. Hagard. Son discours devant la stèle des 42 mineurs tués dans la catastrophe de 1974 fût un calvaire. Un maigre gargouillis sortait de sa bouche. Il chancelait. A peine le dernier mot chuchoté, on l’évacua vers la Mairie où il s’effondra inconscient. Alors que la foule le demandait, il était allongé à même le sol, entouré de gardes du corps et de médecins. On le piqua. On le soigna. On lui donna des dizaines de cachets, de comprimés et de médicaments. Au bout d’un moment de ce traitement intensif, la vie reprit le dessus. Il se releva, ressuscita, reparla, recevant debout, triomphant et souriant, un tonnerre d’applaudissements. Comme si de rien n’était. Une seconde fois, il passa devant moi de vie à trépas. Après avoir salué Jacques Chirac qui lui succédait, le 17 mai 1995, il était revenu au siège du Parti Socialiste, avant de rejoindre la rue de Bièvre, refaisant à l’envers le chemin du 10 mai 1981. Il fût étincelant. Parlant de chic, comme s’il n’avait jamais quitté cet hôtel particulier mal foutu et familier aux militants. Sa conclusion, « vous reviendrez au pouvoir plus vite que vous le croyez », était prémonitoire. Il voulut revoir le bureau historique des premiers secrétaires. La journée avait été longue et compliquée. Il avait présumé de ses forces. Soudain, chaque marche lui sembla infranchissable. Il s’essoufflait, vacillait, étouffait littéralement. Dans son ancien bureau, il tourna de l’œil et tomba. Le sang avait quitté son visage. Il était un cadavre. On le porta sur un canapé. Autour de lui, le ballet recommença. Seringues. Potions. Réanimation. Le protocole dura plus longtemps. Il se releva plus difficilement. Les hiérarques s’inquiétaient de son absence. On entendait les voix de Martine Aubry, Ségolène Royal et Élisabeth Guigou tambourinant sur la porte : « rendez-nous le Président ». Il reprenait ses esprits. Après avoir refusé de se montrer au balcon (« vous me prenez pour Mussolini ! »), il redescendit parmi ses camarades, posa presque guilleret devant le poing et la rose et repartit en voiture sous les vivas. La troisième de ses morts fut différente. Plus rapide. Plus brutale. A 6 heures du matin, le 8 janvier 1996, Pierre Joxe, sur un ton policier, me téléphona   : « Jamet, je veux voir Fabius à son bureau au Palais-Bourbon ». C’était celui qu’avait occupé François Mitterrand pendant 20 ans d’opposition. Laurent Fabius y arriva. « Le président est mort cette nuit ». Voilà ce que l’ancien ministre de l’intérieur avait à dire. J’étais ému. Les deux hommes l’étaient aussi, calmes et orphelins, atteints sans être anéantis, comprenant simplement que plus rien pour eux ne serait comme avant. Ils l’avaient tant aimé, aidé, admiré et imité.

MAJ

29 JAN 2021

Pour Val-de-Reuil, l’éducation, à l’école, c’est une priorité. Avec le Département et le Rectorat, au collège, au lycée, c’est une corvée.

Pour Val-de-Reuil, l’éducation, à l’école,

c’est une priorité.

Avec le Département et le Rectorat, au collège, au lycée,

c’est une corvée.

Trop c’est trop.Quel est le grand ou le petit timonier qui, quelque part, a juré d’avoir la peau des enseignants de Val-de-Reuil, d’en décourager les parents d’élèves et, pour les enfants, d’y arrêter l’ascenseur social. On se souvient comment, par une décision purement politicienne, pour construire de nouveaux collèges là où les électeurs sont plus dociles, dans le sud de l’Eure, et en restaurer là où, plus près de nous, il y avait un risque que l’alliance LR/LREM perdre un canton, le département, manœuvré en catimini par le ministre Lecornu, avait rayé de la carte le collège Pierre Mendès France de Val-de-Reuil.

On mesure aujourd’hui l’incommensurable dose d’incompétence et la sombre bêtise que recélait cette injustice. Nous en payons les conséquences au prix fort : saturation des collèges voisins Michel de Montaigne et Hyacinthe Langlois, recul de la mixité sociale à Alphonse Allais, dégradation des résultats aux examens, fatigue et temps de trajet allongé pour les enfants. Il semble que cela ne suffise toujours pas à ceux qui ignorent (ou feignent d’ignorer) que les établissements situés dans les quartiers de la Politique de la Ville demandent plus de moyens, plus de crédits, plus d’attention, ainsi que l’avait pourtant souligné l’actuel chef de l’État dans un fameux discours qu’il prononça à Grenoble.

Les démolisseurs de l’école laïque, gratuite et obligatoire ont donc jugé qu’il fallait passer la vitesse supérieure. Réveille-toi Jules Ferry, ils sont devenus fous ! En préparation de la rentrée scolaire 2021/2022, les prévisions d’effectifs et de moyens affectés aux établissements scolaires du second degré viennent d’être dévoilés. Classes surchargées, dotations horaires diminuées, conditions de sécurité des élèves non assurées, projets d’excellence sacrifiés, tel est le détonnant cocktail que devraient avaler collégiens et lycéens rolivalois en septembre prochain, telle est la voie ou plutôt l’impasse vers l’échec, que souhaitent tracer Département et Rectorat pour l’avenir des enfants de Val-de-Reuil, Léry, Pont de l’Arche, Poses ou du Vaudreuil. Incohérence, désinvolture et mépris se le disputent pour caractériser ces orientations néfastes auxquelles il doit être immédiatement remédié, comme je l’ai martelé, hier soir, au conseil d’administration du lycée Marc Bloch. Cette situation s’apparente à du sabotage en administration organisée. Elle ne peut durer.

Depuis 20 ans, la municipalité investit, chaque année, 2 millions d’euros en moyenne dans la réussite éducative des élèves Rolivalois. Écoles reconstruites, réhabilitées et modernisées, projets pédagogiques innovants, soutenus et financés, sorties scolaires subventionnées, classes numérisées, matériel acheté ou  remplacé, dédoublements des effectifs facilités, moyens humains renforcés avant, pendant et après les temps scolaires, davantage encore pendant les deux confinements : la Ville a fait de l’éducation la première de ses priorités. Il n’est pas un dispositif, une mesure ou une expérimentation proposée par le Ministère de l’Education Nationale en faveur de l’Education prioritaire que nous n’ayons intégré ou accompagné. Cette politique partenariale volontariste, construite avec les Inspections de circonscription ou d’académie, grâce au remarquable travail du corps enseignant, s’est traduite dans notre Ville par une hausse continue du nombre d’élèves, de classes et de professeurs.Elle n’a qu’un seul objectif : permettre à chaque élève, quel que soit son origine ou son parcours de compenser, par l’école, les inégalités de la vie. Les statistiques le rappellent : celles-ci sont, hélas, à Val-de-Reuil plus criantes que partout ailleurs dans l’Eure. Notre engagement devrait être relayé par l’ensemble de la communauté éducative. Il ne semble plus trouver, chez ceux qui ont la responsabilité d’y veiller, la moindre volonté. Pour le Département et le Rectorat, assurer l’égalité des chances est devenu une corvée.

Avec 630 élèves, au moins, dans un établissement dont on a longtemps dit qu’il ne pouvait en compter que 500 et qui n’en abritait autrefois que 400, les effectifs du collège Michel de Montaigne, à la prochaine rentrée, vont exploser.Au-delà de l’inquiétante augmentation du nombre des élèves par classe, et d’un environnement pédagogique dégradé, c’est la sécurité même des enfants  qui n’est plus assurée.Faudra-t-il attendre qu’un accident se produise pour s’en inquiéter ? La commission de sécurité a eu l’occasion, à plusieurs reprises, d’estimer que les locaux actuels, par leurs circulations inadaptées, des couloirs étroits et des toilettes en nombre insuffisant (10 en tout et pour tout), ne peuvent accueillir autant d’enfants. La limite compatible avec un accueil de qualité, déjà dépassée cette année,  va continuer d’être franchie sans qu’aucun moyen d’encadrement supplémentaire ne soit prévu pour en neutraliser les effets.Silence dans les rangs du Rectorat et du Département. Le collège Michel de Montaigne n’est, hélas, pas le seul à faire les frais de cette politique de gribouille.

Le Collège Alphonse Allais n’a, lui, conservé de son appellation REP+ que le nom. Seul collège du département de l’Eure à entrer encore dans cette catégorie, après la mise en coupe réglée de Pablo Neruda à Evreux, toute personne censée aurait pensé, sans imaginer se tromper, qu’il ferait l’objet d’une attention plus soutenue. Les élèves de Criquebeuf et des Damps, que le Département, déconnecté de toute réalité, obstinément enfermé, avait cru voir intégrer l’établissement pour diversifier les origines sociales des enfants, s’en sont allés vers l’enseignement privé. Pari perdu. En matière d’éducation, il vaut mieux tenir la barre que naviguer au hasard et jouer à la loterie. Le gâchis vire à la gabegie.La proportion de catégorie sociale défavorisée, près de 80%, n’a jamais été aussi élevée dans ce collège.Une révision immédiate de la carte scolaire est indispensable.Elle permettrait de rapatrier les élèves brinquebalés plus d’une heure dans les transports, de Pont de l’Arche à Louviers, soumis à un rythme journalier effréné, contraire à toutes les recommandations pédagogiques en matière de rythme de l’enfant, partant de chez eux à 7h15 pour n’en revenir qu’à 18h15. Ils retrouveraient ainsi, dans un établissement qui a la capacité de les recevoir, des conditions d’études favorables à leur réussite. La Ville, les parents et les enseignants le demandent. Personne ne répond.

Comme si cela n’était pas assez, les mêmes irresponsables s’en prennent maintenant au Lycée Marc Bloch. Celui-ci, il y a trois ans encore, affichait des résultats au Baccalauréat parmi les meilleurs de l’Académie et faisait pâlir les établissements rouennais assis sur leur réputation. C’était trop beau. L’établissement subit désormais la réduction de ses dotations horaires, la fermeture d’une division de seconde et des effectifs programmés pour atteindre 35 à 36 élèves par classe dès leur entrée au lycée. Pour les trois prochaines années, ce sont 163 heures d’enseignement qui seront retranchées du quota annuel dont est doté le lycée.Comment, dans ces conditions, à l’oral, en langues étrangères, dans les enseignements scientifiques, pour lesquels toutes les études internationales s’accordent à dire que nous accusons un retard important, un élève peut-il s’exprimer ? L’établissement de Val-de-Reuil, le seul, dans l’Eure, à être directement rattaché à un réseau d’éducation prioritaire renforcé, dans lequel étudient 300 élèves issus d’un Quartier Politique de la Ville, serait celui qui perdrait le plus d’heures de tous les établissements du département. Scandaleux.

Depuis trois ans, les signaux d’alarme ont tous été tirés : baisse de la réussite aux épreuves du Baccalauréat, suppression des heures d’aide personnalisée en langues, en mathématiques et en français, fin du dédoublement des heures d’enseignement moral et civique, renoncement à de nombreux projets impliquant des rémunérations en heures supplémentaires effectives.On prétexte, pour justifier rabais et coup de rabot, une baisse progressive des effectifs. Qui veut noyer son chien dit qu’il a la rage. C’est la perte d’attractivité et la baisse des moyens qui sont la cause de ce recul. Non l’inverse. Que sont devenus les programmes d’excellence, l’originalité, la rareté, la spécialité qui permettaient d’attirer des élèves de l’Agglomération et du département ? Pour combattre les inégalités, il faut éviter l’appauvrissement ou la banalité. Ce sont ces programmes, ces options, en langues rares ou anciennes par exemple, ces projets, culturels et internationaux, qui, demain démantelés, permettaient d’élever, d’émanciper, d’ouvrir à de nouveaux horizons des lycéens qui, à défaut de revenus familiaux suffisants, pouvaient en bénéficier. C’est aussi se prémunir qu’on assassine d’autres Samuel Paty. Je connais le dévouement et l’engagement sans faille des enseignants. Leur ambition est intacte. Celle, du Rectorat, en revanche, fait cruellement défaut. Il faut un réveil et un sursaut.

Alors que chacun s’inquiète des risques de décrochage et des conséquences de la crise sanitaire sur l’avenir de notre jeunesse, que le gouvernement, hier soir, par la voix du Premier ministre Jean Castex, annonçait des moyens renforcés pour les quartiers de grande précarité, je demande, que, sous l’autorité de la Rectrice d’Académie, sans prétexter pour ne rien faire l’imminence d’élections locales, qu’une réunion visant à accélérer la révision de la carte scolaire du second degré, garante de la sécurité des élèves et de l’équilibre et la mixité des effectifs dans les collèges de Val-de-Reuil, Pont de l’Arche et Louviers, soit organisée et que l’on en finisse sans délai avec les coupes budgétaires, les fermetures de division en seconde, l’absence de vision et d’ambition dont souffre actuellement notre Lycée.

19 JAN 2021

La Ville solidaire des salariés du site de SANOFI de Val-de-Reuil

Depuis 5 heures, ce matin, une majorité de salariés de Sanofi/Val-de-Reuil participent, sur le site rolivalois du géant pharmaceutique, au mouvement de grève national visant à refuser les 3000 réductions d’emplois récemment décidés par la direction de l’entreprise et qui ont pour conséquence, en France notamment, de diminuer ses effectifs affectés à la R&D. Aucune des suppressions de poste annoncées ne concernera le site rolivalois tourné vers la production des vaccins.

C’est pourquoi cette journée, sur le site normand, a également pour objectif de dénoncer une politique salariale qui, cette année, ne proposerait aucune augmentation aux salariés de l’entreprise, tout en versant 4,7 milliards de dividendes à ses actionnaires, aucune prime à des femmes et des hommes qui, malgré leurs inquiétudes et deux confinements, n’ont jamais cessé le travail, et qui continue, pour recruter le quart de son personnel, parfois davantage dans certains services et métiers, à privilégier la précarité de l’intérim.

Marc-Antoine Jamet, Maire de Val-de-Reuil, par ailleurs Président de la commission des finances de la Région Normandie, et Jean-Jacques Coquelet, conseiller départemental de l’Eure, ont donc rencontré, en Mairie, pendant plus d’une heure, les représentants de l’intersyndicale de Sanofi.

Ils ont rappelé le lien particulier qui unit à la plus jeune commune de France, l’entreprise implantée en 1973, dès la création de la Ville. Celle-ci, qui ne comptait que 150 « pasteuriens » à l’origine, en emploie plus de 2000 aujourd’hui. Sanofi est devenu, en près de 50 ans, la première entreprise de Val-de-Reuil et la plus grande usine du département de l’Eure, 11èmedépartement industriel de France. Certes, cela tient aux 700 millions d’euros que la société a investi sur le site aux cours des dix dernières années auxquels s’ajouteront 120 millions d’euros en 2021. Mais cet effort financier, qu’il faut saluer, a été rendu possible grâce aux mécanismes du crédit d’impôt recherche proposé par l’État et que supporte les contribuables. Il faut aussi souligner qu’il a servi à renouveler, et pas toujours à accroitre, les capacités de production du site.

Les étapes de ce développement et les perspectives qu’il offre en termes d’emploi, croissance que la municipalité entend accompagner, ne sauraient justifier la réelle détérioration des conditions de travail que subissent actuellement tous les salariés de l’entreprise.Mobilisés depuis le début de la pandémie pour maintenir le niveau de production du site et permettre la vaccination contre la grippe, les salariés ont participé au véritable effort de guerre, parfois la peur au ventre de se contaminer et de contaminer leur famille, qu’impose encore la lutte contre le coronavirus.

Au terme d’échanges denses et constructifs avec la délégation syndicale venue partager avec la municipalité les revendications des salariés, Jean-Jacques Coquelet et Marc-Antoine Jamet ont souhaité, dans l’esprit de dialogue qui a toujours caractérisé l’action de la Ville, pour défendre l’emploi et préserver l’activité industrielle à Val-de-Reuil, réaffirmer la totale solidarité de la municipalité aux 2200 salariés qui travaillent quotidiennement sur le site Rolivalois. La municipalité soutiendra donc officiellement auprès de la direction du groupe.

1)                l’ouverture de discussions sur la revalorisation de la politique salariale appliquée aux employés du site et une répartition équitable de ses profits entre actionnaires et salariés ;

2)                la résorption de la précaritéet la fin du recours systématique aux contrats d’intérim pour abaisser la proportion de celui-ci de 25% à 8%.

3)                le versement d’une prime exceptionnelle aux salariés.

Au cours de l’année passée, 170 personnes, employées du site de Val-de-Reuil, ont bénéficié, à la suite d’un ou plusieurs contrats courts ou en intérim, d’un contrat à durée indéterminée. Ce travail, déjà, engagé doit se poursuivre et s’accélérer pour permettre à chacun une plus grande stabilité et un environnement professionnel apaisé.

La direction du site de Val-de-Reuil a indiqué, dans l’après-midi, au Maire de Val-de-Reuil qu’elle allait faire baisser son taux de précarité à 15% en 2021, qu’elle affirmait avoir versé une prime à 2100 salariés, (de 1500€ pour 1400 d’entre eux) et qu’elle entendait proposer aux salariés des augmentations de salaire sur une base allant au-delà du double de l’inflation.

L’industrie de la Santé est au cœur de la réussite économique de Val-de-Reuil. Avec des salariés, à l’implication valorisée, à l’effort mieux rétribué, bénéficiant de meilleures conditions de travail, elle participera davantage au recul l’épidémie et de la crise qui l’accompagne.

À titre personnel, Marc-Antoine Jamet a déclaré :

« Sur le fond, je suis catastrophé par la ratage industriel que constitue le retard pris dans la mise sur le marché du vaccin anti-covid que devait mettre au point Sanofi. Je ne peux m’empêcher de rapprocher ces délais non prévus, non seulement de la pénurie de doses que connaît notre pays actuellement et de la lenteur inacceptable des campagnes de vaccination, mais aussi de la pression économique et sociale que fait peser l’entreprise sur ses salariés. Sans méconnaître les difficultés en termes de validation réglementaire et de propriété industrielle qu’entraînerait cette coopération inédite, je souhaiterais que les capacités de production, qui seraient inemployées dans l’industrie française de santé, soient utilisées à la fabrication du vaccin Pfizer. Dans la forme, par ailleurs, ceux qui, comme moi, rencontrent les salariés de Sanofi chaque semaine et les défendent depuis des années, s’interrogent sur la présence miraculeuse sur le piquet de grève, durant quelques brèves minutes, à la veille des élections départementales et régionales, d’un soutien de la 25ème heure, entouré de caméras, plus connu pour être « l’idiot utile » de la Macronie qu’un atout dans les luttes sociales ».

 

11 NOV 2020

11 NOVEMBRE – Retrouvez ici le discours que j’ai prononcé ce matin, à 11 heures, au Monument Mémoire et Paix, à Val-de-Reuil, à l’occasion du 102ème anniversaire de l’Armistice de 1918

Commémoration de l’Armistice du 11 novembre 1918

Discours de M. Marc-Antoine JAMET,

Maire de Val-de-Reuil et Officier de la Légion d’Honneur

Monument « Mémoire et Paix »

Mercredi 11 novembre 2020 – 11h00

 

Chers concitoyens, chers collègues et chers amis, nous voici à nouveau réunis dans cette crypte à ciel ouvert entre la forêt, les champs et la rivière aux accents de quelques hymnes américains qui nous permettent de saluer la victoire de Joe Biden, rare bonne nouvelle dans un océan de morosité.

Élever au grand jour ce qui, d’ordinaire, est souterrain, entourer de hauts murs un monument qui, ailleurs, se dresse au milieu des esplanades et des places, préférer, pour se recueillir, l’alliance du gazon et du béton plutôt que l’architecture pesante des obélisques, des urnes et des gisants, célébrer l’avenir, à travers la mémoire et la paix, quand d’autres ne commémorent que des conflits anciens et les souvenirs perdus du passé, voici bien quelques-uns des paradoxes qui forgent la singularité de Val-de-Reuil, ville nouvelle qui ne déteste pas les rituels, cité contemporaine qui respecte les traditions.

Cette cérémonie et ce sanctuaire nous sont donc familiers. Trois fois par an, le 8 mai avec le printemps, le 14 juillet dans la chaleur de l’été, le 11 novembre sous un ciel menaçant, ils nous rassemblent. J’y suis avec vous depuis 20 ans. Je n’ai pas vu le temps passer. Probablement parce que ces moments d’unité sont importants.

Cependant, depuis qu’un virus nous soumet aux hasards de sa loi, rien n’est plus pareil. L’épidémie est devenue notre quotidien. Contaminations, hospitalisations, réanimations, inhumations, de couvre-feu en confinement, vague après vague, c’est à ce rythme que, désormais, nous vivons. Au jour le jour. A l’école, en famille, au travail, dans les commerces, la maladie fait son tri et ses ravages, autrefois lointains, se constatent sur notre territoire, parmi nos proches, jusque dans nos rangs. Faute d’un médicament, le meilleur moyen d’en guérir reste encore de ne pas en être atteint…

Aujourd’hui l’annonce faite par Pfizer d’un vaccin est un formidable espoir pour l’humanité toute entière. Mais, sans même évoquer ses effets secondaires et sa durabilité, il recèle, sa part de doute et de cruauté. S’il ouvre la possibilité d’un recul et, pourquoi pas, d’une disparition de l’épidémie, il ne pourra y parvenir, dans notre pays, qu’au terme des six prochains mois. 40.000 personnes en sont déjà décédées au cours des six derniers. C’est dire que, dans l’intervalle qui nous séparera de l’immunité quasi générale, naturelle ou provoquée, chaque semaine, au moins jusqu’à noël, nous compterons de nouveaux morts par centaines, souvent les plus faibles et les plus âgés, parfois les plus pauvres d’entre nous : tous ceux qu’une Nation démocratique et développée par un dispositif de santé publique fondé sur la priorité donnée à un système hospitalier performant et financé, performant parce que financé, à une médecine de ville écoutée et soutenue, soutenue parce que écoutée, aurait dû mieux protéger.

Alors ne relâchons pas nos efforts : conservons ce masque insupportable et indispensable en toute occasion, évitons les contacts et les réunions, limitons nos déplacements, pour les autres, pour nos parents et nos proches, pour ceux qui sont plus vieux ou plus fragiles, pour nous-mêmes après tout, continuons d’adopter urbi et orbi, sur le marché ou en mairie, les gestes-barrière parce que ce sont les seuls qui vaillent et les seuls qui sauvent. Soyons responsables parce que prudents et vigilants. Nous nous épargnerons ainsi bien des tourments.

C’est au nom de cette obligation que, comme pour la commémoration de la victoire de 1945 sur la barbarie nazie, voici six mois, nous avons décidé que cette manifestation républicaine et patriotique, même si elle devait avoir lieu, se tiendrait à huis-clos. Pour autant, dans nombre de communes, elle a été purement et simplement annulée. Ce n’est pas le choix que nous avons fait. Il m’appartient de le justifier. Devant vous qui êtes mes collègues et mes compagnons. Devant les habitants que je salue et qui peuvent nous rejoindre sur le compte FaceBook de la Ville et qui, à chaque fois que nous leur avons proposé, ont été plusieurs milliers, en direct ou en différé à nous suivre avec intérêt, curiosité ou amitié.

La raison fondamentale de ce maintien n’est pas très compliquée à trouver. Elle est inscrite au début de l’article 1ernotre constitution. « La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Ces valeurs sont permanentes et universelles. Il n’y a pas d’éclipses ou de repos pour la liberté, l’égalité, la fraternité. Élus du suffrage universel, nous en sommes pendant six ans les ambassadeurs : au conseil municipal, dans les cours d’écoles, à chaque manifestation, sur le parvis des usines ou du théâtre, aux mariages et, parfois, aux enterrements, dans chacun de nos gestes et à l’occasion des fêtes nationales. La crise ne doit rien y changer. Notre pays nous a donné de petits cailloux blancs. Ce sont ceux de la démocratie, de la solidarité, de l’égalité des chances et de la justice sociale, ceux de la tolérance et de la bienveillance également. Ils ne doivent pas rester égoïstement, paresseusement, dans nos poches. Partout où nous allons, nous devons les répandre sur le sol et dans les esprits pour permettre à tous nos compatriotes, à tous nos administrés de toujours retrouver le seul chemin qui compte : celui du « vivre ensemble ». C’est notre rôle. C’est notre mission.

Seconde raison que vous partagerez, je l’espère, ces rendez-vous sont ceux que nous fixe la France à l’intérieur de frontières et de paysages que vingt siècles ont façonnés. Ces instants, d’une certaine façon, nous y sommes convoqués par l’Histoire à l’invitation, à l’imitation des figures, des héros et des modèles qu’elle nous a légués. Ce sont de justes habitudes, de nobles coutumes dont, comme la pratique de notre langue, nous avons hérité, soit par la naissance, grâce aux automatismes du sol ou du sang, soit par préférence et par l’intégration, seule perspective raisonnable à moyen terme, pour ceux qui ont volontairement obtenu notre nationalité ou choisi de s’associer durablement à la communauté française. C’est de ce creuset qu’est extrait l’alliage de notre identité partagée, non pas au-delà, mais au-dessus des races et des origines.

Dans les champs qui nous entourent et que l’INRAP soumet à la souffrance de ses fouilles incessantes, il reste un peu de Vercingétorix et de Clovis, de Bouvines, de Crécy et d’Azincourt, des comptoirs de Montcalm et de Dupleix, de l’éclat du roi soleil et du tumulte de la Grande Révolution, des drapeaux du pont d’Arcole et de la Commune de Paris, des poilus de Verdun et des mutins de Craonne, des maquis du Vercors et des martyrs de Birkenau, de Jaurès, Blum et Mendès France, qu’il faut citer en ce centenaire effacé du Congrès de Tours, de la colonisation et de la juste émancipation des peuples qui la rejetèrent, des trente glorieuses, de notre fondateur Georges Pompidou et des barricades de mai 68, de la construction de l’Europe, de l’abolition de la peine de mort et de François Mitterrand, de la libération des femmes dont la Panthéonisation de Gisèle Halimi pourrait rappeler aux jeunes générations étonnées qu’elle fut, il n’y a pas si longtemps, une longue marche contre le conservatisme et les idées installées. A Val-de-Reuil, très localement, très modestement, très fièrement, nous sommes demeurés propriétaires d’une part de ces actes, de ces dates et de ces mots.

Ce n’est pas rien. C’est pourquoi la Ville est pavoisée de bleu, de blanc et de rouge. C’est pourquoi la Marseillaise va retentir. Nous sommes ici les porteurs de cet imaginaire tricolore, de ce récit national et nous devons le transmettre à nos enfants. Il y a encore des chapitres à écrire de l’épopée hexagonale. Plus réjouissants et plus enthousiasmants que les tristes épisodes que, sans boussole et sans horizon, nous vivons depuis quelque temps. Comment sauraient-ils que là leur devoir, si nous ne laissons pas le livre ouvert sous leurs yeux.

Qui plus est, si nous ne nous mobilisons pas pour rappeler que ces symboles sont les repères de la Nation toute entière, d’autres, moins bien intentionnés, auront tôt fait de les confisquer transformant des faits indiscutés en « détails de l’Histoire » à leur petit profit. Je vous assure, femmes et hommes, nouveaux et anciens conseillers, que nous faisons œuvre utile en donnant pour cette heure sacrée de notre temps et de notre énergie à la collectivité.

Clemenceau en parlant des anciens combattants disait : « ils ont des droits sur nous ». Chaque 11 novembre, dans une trentaine de pays, la plupart restés ou devenus alliés et amis, les 18 millions de morts, civils et militaires, de la première guerre mondiale se rappellent à nous. Aucun survivant, évidemment, n’existe plus qui puisse dire ce qu’a été cette boucherie, mais il est une sépulture qui, depuis exactement cent ans ce matin, depuis le 11 novembre 1920, abrite un combattant français, pour toujours inconnu et à jamais illustre. Un bouquet de fleurs déposé sur son cercueil le désigna pour reposer au pied de l’Arc-de-Triomphe. Vers lui doit aller, quelles que soient les circonstances, notre reconnaissance. Nous ne pouvions, au prétexte de nos peurs ou de nos craintes, refuser de lui rendre notre hommage, enfants, petits-enfants ou arrière-petits-enfants de ceux qu’il contribua à défendre, jusqu’à la onzième heure du onzième jour du onzième mois de l’année 1918, jusqu’à ce que retentit dans les tranchées le clairon sonnant la fin des hostilités.

Tout comme il était impossible de ne pas s’incliner devant l’ombre géante du Général de Gaulle, né il y a 130 ans, mort il y a demi-siècle, après avoir, par deux fois, le 18 juin 1940 et le 1erjuin 1958, au-delà des clivages et des controverses, incarné la France et permis, avec son panache et sa vision, ses excès et sa démesure, qu’elle renaisse, qu’elle ressuscite aux yeux du monde.

Comment ne pas saluer enfin, comme l’a fait dans son message la Ministre en charge de la mémoire, la dépouille de l’écrivain solognot et académicien français Maurice Genevoix qui, aujourd’hui, franchira pour l’éternité le seuil de l’ancienne église plantée au sommet de la Montagne Sainte-Geneviève emmenant avec lui « Ceux de 14 », ceux de la colline des Éparges où il fût frappé de trois balles, ceux qui ont subi pendant cinq ans, jusqu’à l’armistice signé à Rethondes, la faim, le froid, le feu qui blesse, qui ampute et qui tue. Aux grands hommes la patrie reconnaissante !

A ceux tombés dans les tranchées, il faut fédérer ceux tombés en mai 1940, ceux de Londres, de la résistance autour de Jean Moulin ou du Parti Communiste, ceux du débarquement en Provence et des armées françaises qui, avec De Lattre, Koenig, Leclerc et Juin, marchèrent de Rome à Strasbourg, de Paris libéré à Berchtesgaden, ceux qui perdirent la vie en Indochine et en Algérie face à des peuples qui s’émancipaient de notre tutelle, ceux de la division Daguet durant la guerre du Koweït et de notre Marine Nationale dans le Golfe Persique, ceux des interventions au Tchad, au Zaïre, en Côte d’Ivoire ou en Centrafrique, des opérations au Liban, dernier pays où on exécuta, sans être autrement puni, un ambassadeur de France, en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, en Lybie, en Irak et en Syrie, ceux qui se battent aujourd’hui au Niger, au Burkina et au Mali contre le terrorisme pseudo-islamiste.

A l’invitation du Président de la République, je veux citer devant vous pour que nous retenions leur nom les chefs de bataillon et d’escadron Clément Frison-Roche, Benjamin Gireud, Nicolas Mégard et Romain Chomel de Jarnieu, les capitaines Pierre-Emmanuel Bockel et Alex Morisse, le Major Julien Carette, les adjudants Alexandre Protin et Jérémy Leusie, les maréchaux des logis-chef Valentin Duval, Antoine Serre et Romain Salles de Saint-Paul, le maréchal des logis Andy Fila, les brigadiers Tojohasina Razafintsalama et Arnaud Volpé, les légionnaires Andreï Jouk, adjudant, Volodymyr Rybontchouk, caporal-chef, Dmytro Martynyouk, brigadier-chef, Kévin Clément, brigadier, tous morts pour la France, contre le djihadisme, le fanatisme et l’obscurantisme. C’est à eux, probablement qu’il faudra dédier la minute de silence que nous allons respecter dans un instant après avoir entendu la sonnerie aux morts.

A eux et à d’autres qui ne pouvaient imaginer que la bataille que ces soldats livrent pour la démocratie, se poursuivrait sur notre territoire, à la porte de nos églises et de nos écoles. Nous nous sommes tous arrêtés, voici deux semaines, pour marquer notre émotion devant le lâche assassinat d’un professeur d’histoire et de géographie à Conflans-Sainte-Honorine. Notre colère ne doit pas retomber. Samuel Paty avait étudié pour que les autres apprennent, parlait pour d’autres s’expriment, disait la vérité pour faire reculer le mensonge. C’était ainsi qu’il concevait son beau métier d’enseignant. Il en est mort, tué, non par l’Islam, mais par un fanatique borné, par un imbécile embrigadé, par un criminel attardé que rien n’excuse. Nul sur cette terre n’a le droit d’enlever la vie à qui ce soit, pas plus au nom d’une religion que d’une autre opinion, pour un dessin ou pour quelque autre raison.

C’est pourquoi, pas davantage que nous n’avons oublié le meurtre du père Hamel, en Normandie, à vingt kilomètres d’ici, nous n’oublierons ceux commis à Nice du sacristain Vincent Loquès, de Simone Baretto-Silva et de Nadine Devillers, victimes innocentes de la haine et de la bêtise conjuguées dans un cerveau manipulable. Pas plus que les morts de Vienne, les étudiants de Kaboul, les élèves de la Madrassa de Peschawar, tous musulmans, les familles du Cameroun ou du Nigéria tuées par Boko Haram, celles du Mali et du Niger exterminées par Daech ou Al Qaïda. Ce ne sont certainement pas les mosquées qu’il faut fermer, mais la folie et la violence qu’il faut éradiquer.

Complémentaire de la plus extrême fermeté, il n’y a pour cela qu’une seule voie. J’en suis intimement et politiquement persuadé. Donner aux femmes et aux hommes, sans exception, les instruments du libre-choix, du libre-arbitre, de la libre-détermination, loin des archaïsmes, des pesanteurs et des préjugés. C’est ce que nous nous efforçons de faire, à notre échelle, avec les compétences qui nous sont données, à Val-de-Reuil, en veillant sur les Rolivalois et en leur donnant des moyens pour se prémunir autant que faire se peut du virus, en maintenant le service public ouvert au CCAS, aux services techniques ou en mairie, en nous appuyant sur une police municipale agissante et aux effectifs augmentés, en étant aux côtés de nos instituteurs et de nos professeurs de la maternelle au lycée, en aidant nos commerçants et nos artisans, en soutenant nos entreprises, en encadrant nos jeunes, en offrant au plus grand nombre sports et culture, en réclamant le renforcement de notre commissariat, en n’arrêtant aucun des grands chantiers publics ou privés qui modifieront la physionomie de notre ville demain, le complexe Léo Lagrange, de nouveaux logements, le skate-park, la rénovation du Quartier de l’Andelle aux normes de l’éco-quartier, un budget solide et une dette remboursée, des entreprises implantées, l’école Victor Hugo, des pistes cyclables, des résidences pour personnes âgées et une promenade des Tilleuls devenue coulée verte.

Tout cela et beaucoup d’autres choses sont enclenchées et nous saurons les terminer pour l’amélioration de nos conditions et de notre cadre de vie. Ce succès n’est pas à mettre au crédit de tel ou tel. Il n’est pas de bonne gestion sans bonne équipe. Puisque nous sommes entre nous et que les Rolivalois sont, par la force des choses, un peu éloignés, je voudrais vous remercier, anciens conseillers ou élus fraîchement désignés, femmes et hommes de bonne volonté, progressistes, écologistes, socialistes, radicaux ou tout simplement désireux de travailler et d’avancer avec moi pour notre Ville, de la bonne ambiance et du bon esprit dont vous faites preuve, des initiatives et des idées que vous apportez, de l’exemplarité et de l’effet d’entrainement que cette attitude provoque, de votre implication et de votre engagement, de votre fidélité et de votre loyauté aux valeurs qui, comme ce sera le cas aux prochaines départementales, ont conduit notre liste à la victoire. Face à nos adversaires et face à l’adversité, nous avons deux armes collectives : la solidité et l’unité. Pour nos concitoyens, nous n’avons qu’un seul objectif : le bonheur de chacun.

Vive Val-de-Reuil, Vive la République, Vive la France.

12 OCT 2020

« Des états généraux pour une relance généreuse » – Introduction aux États Généraux de la Cosmétique jeudi 15 octobre 2020 – Université de Paris Sorbonne – Cloître des Cordeliers.

Des États Généraux pour une relance généreuse

L’industrie cosmétique française entre dans une semaine décisive. Avec l’organisation du salon eC360, les 12 et 13 octobre 2020, 6èmeédition, cette année numérique, de la seule manifestation de ce type sous gouvernance française et placée sous le signe de l’innovation, avec la révélation des deux prix, académique et grand public, des Cosmetic Victories, cette semaine va être pour notre industrie celle de la relance et du rebond économiques. Elle va être, aussi et surtout, celle des premiers États Généraux de la Cosmétique.

Il nous semblait indispensable, en effet, de prendre la parole, nous d’ordinaire si discrets, d’avoir ce temps de réflexion, de proposition et d’action pour plusieurs raisons. Certaines sont évidemment conjoncturelles. Si l’industrie cosmétique a moins souffert que le reste de l’économie nationale des conséquences de l’épidémie que nous subissons, elle a connu au second trimestre 2020 une baisse de chiffre d’affaires qui, heureusement, ne devrait pas se confirmer, ainsi qu’une diminution de ses exportations que le redémarrage asiatique vient limiter. Il n’en demeure pas moins que les effets de ce ralentissement ont pu être importants tout au long de la chaine de valeur. Bien des PME, le secteur du maquillage, la distribution par les instituts de beauté, le travel retail, des sociétés naissantes, parmi d’autres, en ont souffert. Elles en paieront durablement les conséquences.

Mais d’autres raisons, plus profondes, plus structurelles, justifiaient aussi ce rassemblement. L’évolution du marché d’abord. Si on ne peut parler de ruptures, la crise que nous connaissons a favorisé l’accélération de transformations que nous vivions déjà. Le besoin de personnalisation, la force de la digitalisation, l’essor de la naturalité se font chaque jour davantage sentir. Circuits courts, économies dans les consommation d’eau ou d’énergie, lutte contre le gaspillage s’imposent à juste titre. Les transitions écologiques et numériques sont en marche. Elles sont porteuses d’une transformation sociétale, comportements, habitudes, modes, que notre secteur ne peut ignorer.

L’attitude des pouvoirs publics ensuite. La considération insuffisante dont fait l’objet une industrie qui emploie 250.000 personnes et contribue au deuxième solde positif de la balance commerciale de notre pays, les incertitudes et les manœuvres qui entourent la création d’une marque générique à l’export dans la dynamique de Choose Francel’impossibilité à être entendus comme une filière à part entière écartelés que nous sommes entre luxe, santé et hygiène, sont des obstacles que la situation ne rend plus acceptables.

Une prise de conscience économique enfin. Si notre pays reste le leader à l’export de la cosmétique mondiale, il voit ses parts de marché parfois s’effriter sous les coups de butoir de nos compétiteurs anciens, japonais ou américains, de nos amis et rivaux européens, toujours agissants, de nouvelles concurrences qu’elles soient coréennes, taiwanaises ou brésiliennes pour ne citer que les plus émergentes.

Face à cette situation, il était de notre responsabilité et de notre mission, pôle de compétitivité chargé par l’État d’animer notre filière industrielle à l’échelle nationale et dans une dimension européenne, de réagir et d’agir. Nous avons donc entamé un processus de rassemblement, qui ne soit pas seulement de résistance et de résilience, mais qui organise une véritable relance,en dise les conditions, en montre le chemin. Pour ce faire, nous avons mobilisé nos adhérents, ils sont près d’un millier dans toute la France et dans tous nos métiers, à 85% composés de PME, mais aussi de grands groupes, de laboratoires privés ou publics, d’universités, de la formulation à l’expédition, des ingrédients aux présentoirs, alerté nos alliés et amis de la FEBEA et de la CNEP, réuni les régions, la majorité, qui nous soutiennent, rameutés nos partenaires, l’ADEME, la BPI, l’IFOP, Business France, le CNRS, etc.

Cette coalition, gage d’efficacité, de diversité et d’originalité, établie, le travail pouvait commencer. Il s’est enclenché avant l’été par des contributions arrivées par centaines. Elles ont été réparties dans des groupes d’analyse qui ont sélectionné des pistes de travail en fonction de leur sérieux, de leur faisabilité, de nos priorités. Au terme de ce parcours et d’un examen collégial, une trentaine de propositions apparaissent qui seront révélées jeudi 15 octobre, au cloître des Cordeliers, lors de nos États Généraux.

Un premier tiers d’entre elles consistent à s’inscrire, avec nos particularités, dans le plan de relance du Gouvernement. Un second tiers aboutit à l’accélération et au renforcement d’opérations que nous avions testées ou expérimentées et qui doivent être généralisées. Un dernier tiers est composé d’initiatives nouvelles qui demandent engagement et audace. Financement des PME, aides à l’international, création d’indicateurs et de rendez-vous, renforcement des projets de recherche, synergies scientifiques, aucune direction n’est négligée. Ces propositions vont constituer un rapport. Il sera remis aux ministres de l’économie et des affaires étrangères, de l’industrie et du commerce extérieur.

Ce n’est qu’une étape. Il revient maintenant aux pouvoirs publics de s’en emparer, de les discuter avec les professions, de nous répondre et de les mettre en œuvre.

Marc-Antoine JAMET

Président de la Cosmetic Valley

12 OCT 2020

« L’innovation, talisman de la cosmétique, pour surmonter la crise » – Introduction au salon e.Cosmetic 360 des 12 et 13 octobre 2020

L’innovation, talisman de la cosmétique, pour surmonter la crise 

L’épidémie que subit la planète entière a accéléré les transformations que connaissaient déjà l’industrie et le marché des cosmétiques davantage qu’elle n’a été à l’origine de ruptures nouvelles ou inattendues.

Un secteur touché, comme toute l’économie, mais moins que toute l’économie, mobilisé et confiant en son avenir : 

  • Si les ventes de cosmétiques ont souffert du fait des conséquences du télétravail ou du port du masque, celles des produits d’hygiène et de soin ont augmenté de 50 %. Si l’Europe affiche des résultats à la baisse, l’Asie, notamment la Chine a vu sa demande progresser. Chiffres d’affaires et exportations des entreprises françaises ont fléchi, notamment pour les PME, mais moins que ceux des autres filières ou de l’économie en général. Les habitudes de consommation ont évolué. Leurs achats se sont dirigés vers des produits de maquillage adaptés au port du masque (mascara, rouge à lèvre longue tenue, fard à paupières, etc.) et des produits de soin traduisant la volonté de faire mieux attention à soi. Le confinement a vu les femmes consacrer moins de temps à leur maquillage, tandis que les visio-conférences incitaient les hommes à veiller sur leur apparence. Les instituts de beauté ont souffert, mais pharmacies et grandes surfaces ont tiré leur épingle du jeu. Le travel retaila dépéri tandis que la vente en ligne prospérait. Les produits qui passaient comme des comètes ont vu leur attractivité diminuer, tandis que les marques établies sont redevenues des repères.
  • Cette capacité d’adaptation n’est pas étonnante. Protégé par les dimensions quasi civilisationnelles, culturelles, éternelles des cosmétiques, des soins, du maquillage, au-delà de cette pandémie, d’autres crises, par le passé, ont montré à quel point, notre secteur pouvait être résistant et résilient. Cela prendra certainement du temps (faudra-t-il attendre 2022 ou 2023 ?), mais nous savons que les grands groupes, comme les TPE et PME, sauront s’adapter et innover. Cela passera naturellement par de l’entraide, entre les acteurs de la filière (certains géants ont ainsi devancé leurs commandes de fin d’année à leurs fournisseurs…) et, comme en Corée, comme à Taiwan, comme au Japon, par un soutien des pouvoirs publics français manifestement pas assez conscients que la cosmétique française, avec une production supérieure à 40 milliards d’euros, second solde exportateur de la France derrière l’aéronautique, bien que leader mondial, a besoin de leurs aides pour assurer la pérennité financière de ses PME, augmenter le nombre de ses projets de recherche collaboratifs ou se développer à l’international.
  • Sans doute faudrait-il que chacun conserve à l’esprit que la force du secteur et sa capacité d’évolution se sont formidablement exprimées pendant le confinement lorsque tous ceux qui le pouvaient, ont converti leurs lignes de productions pour fournir en gel hydro-alcoolique non seulement les professionnels de santé, mais aussi le grand public.
  • C’est pourquoi il nous est apparu juste que le pôle de compétitivité Cosmetic Valley, chargé par l’État d’animer notre filière à l’échelle nationale, organise, avec ses partenaires (CNRS, ESSEC, FEBEA, CNEP…), en invitant tous les acteurs de notre industrie, mais aussi les responsables gouvernementaux, scientifiques, environnementaux, européens dont elle dépend, cette « semaine de la relance». Elle verra en moins d’une semaine la tenue, sixième édition entièrement digitale, du salon eC360, les 12 et 13 octobre, la remise des Cosmetic Victories et, surtout, le 15 octobre, hébergé par la Sorbonne à Paris,  au Cloître des Cordeliers, les États Généraux de la Cosmétique. A travers ces trois événements qui réuniront l’ensemble des acteurs industriels et économiques qui participent à notre activité, nous souhaitons trouver de véritables solutions pérennes pour favoriser le rebond d’un secteur qui est une vitrine française à l’étranger et qui emploie près de 250 000 personnes en France.

L’innovation sera la pierre angulaire de cette reprise

  • Depuis longtemps nous pensons que l’innovation est le talisman de la cosmétique. La R&D est essentielle à notre travail. Nos équipes sont composées de nombreux scientifiques. La volonté de découvrir est au cœur même de leur travail. En moyenne, les effectifs des entreprises de notre secteur investis dans cette mission sont 3 à 4 fois supérieurs à ceux de la moyenne des entreprises françaises.
  • Si cette innovation peut-être technologique, ce n’en est qu’une infime partie. Elle porte aussi et avant tout sur les ingrédients, les packagings, les matières premières, les services, etc. Nous l’avons vu au cours des derniers mois. Clients, commerçants et producteurs se sont très vite adaptés dans les magasins et sur internet à un nombre de plus en plus grand d’applications et d’appareils connectés. Tester virtuellement des cosmétiques, essayer numériquement des maquillages est devenu une habitude.
  • Notre volonté d’innovation s’est également traduit par l’essor de la naturalité, le désir de participer à la protection de la biodiversité, le retour des circuits courts, dans la green beauty, la tech beauty, le safety & healthy. Ce point est aujourd’hui central dans le développement de nouveaux produits et services. C’’est une demande forte de nos clients. Ils souhaitent, en ces temps troublés, des produits plus sains, plus respectueux de la planète, etc. Du côté des fabricants, cet enjeu est tout aussi important et, depuis longtemps, la Cosmetic Valley, a la profonde conviction que notre meilleur atout est et sera le Made in France et ses quatre piliers (authenticité des produits, sécurité des consommateurs, protection de l’environnement, performance de l’innovation).

Une opportunité unique d’accélérer encore la transformation numérique et développer le e-commerce

  • Si la performance du e-commerce peut être variable d’un groupe ou d’une marque à une autre, il y a une certitude : il a considérablement accéléré avec des chiffres de croissance allant de + 40 % à, parfois, + 100 %. De tels chiffres interpellent. Ils signifient deux choses : que nous partons de loin – il faut le reconnaître – mais aussi qu’il y a une véritable opportunité à saisir et urgence à accélérer cette transformation digitale afin de permettre aux clients de se sentir aussi bien sur un site internet que dans une boutique.
  • En revanche, il faut être conscient que cette explosion du e-commerce ne permettra pas de compenser les pertes subies ailleurs dans l’immédiat. C’est la raison pour laquelle, il ne faut pas penser seulement digital ou seulement physique, mais omnicanal. Aujourd’hui, nous devons être capables de proposer une offre et une expérience similaires à nos clients qu’ils se trouvent en boutiques, sur leur ordinateur, sur leur smartphone ou n’importe où ailleurs !
  • Avec le soutien de l’emploi industriel – de l’emploi durable et qualifié dans nos sites de production français – la transformation numérique déjà bien enclenchée doit être un axe fort pour sortir de cette crise par le haut.

Tenir compte de la planète et de l’internet, suivre les aspirations des consommateurs vers plus de naturalité, plus de digitalisation, plus de personnalisation, être un acteur économique socialement responsable et industriellement performant, ce sont les défis qu’il nous faut relever. Nous en étions déjà convaincus. L’épidémie renforce ce sentiment. C’est cela qui nous pousse à faire le pari de cette « innovation en pleine conscience ».

Marc-Antoine JAMET

Président de la Cosmetic Valley

28 SEPT 2020

En 2000, avec Laurent Fabius, nous étions aux côtés de Daniel Dugord pour inaugurer la bibliothèque de Saint Etienne du Vauvray. Maire de la commune entre 1995 et 2001, il l’a voulue, il l’a conçue, il l’a portée. Depuis samedi matin, elle porte son nom.

Discours de M. Marc-Antoine JAMET, Maire de Val-de-Reuil

Baptême de la médiathèque Daniel Dugord

Saint-Étienne-du-Vauvray – Samedi 26 septembre 2020 – 11h00

 

Madame,

Monsieur le Maire,

Chers collègues élus,

Habitants de Saint-Etienne,

Je ne voudrais pas simplement rendre hommage aujourd’hui à Daniel Dugord. Je voudrais aussi être un messager et un témoin.

Le messager du Président du Conseil Constitutionnel, Laurent Fabius, avec qui je parlais encore hier soir de celui que nous honorons à cet instant et qui m’a demandé d’être sa voix auprès de vous tous qui êtes réunis pour le fêter, auprès de vous, Madame, son épouse, qu’il salue chaleureusement, autour de sa famille, avec vous, Monsieur le Maire qu’il sait, pour bien vous connaître depuis M-Real, disposer de la bonne boussole, du bon compas, des bons instruments de navigation, pour suivre les bons vents et gagner les bons combats.

Le témoin de ce 18 novembre 2000 puisque j’étais présent. Sur les photos, outre des cheveux plus longs, nous avons tous, sauf Daniel Dugord, vêtu en jeune homme, écharpes et manteaux. Cette matinée eût beau ne pas être vraiment tropicale, elle fût un succès. Elle vit, en effet, se rassembler, ici, à l’invitation de notre hôte stéphanois, nombre de maires. Il me faut également rappeler, quand bien même ce serait désagréable aux oreilles des élus de 2020, qu’ils étaient très majoritairement de Gauche, comme Bernard Amsalem, alors échevin de Val-de-Reuil, ou Daniel Leho, premier magistrat de Thuit-Signol, ce dernier suppléant comme à l’habitude un François Loncle égaré ou mystérieusement absent. Seul notre député Bruno Questel, son légataire et thuriféraire, que je discerne parmi nous, vingt ans après, connaît peut-être la raison jusqu’ici inexpliquée d’une disparition dont il était coutumier.

Par esprit de justice, il me faut avouer que notre réunion sympathique comptait également certains bourgmestres plutôt classés à droite comme Guy Petel de Surville qui, en républicain convaincu, avait trouvé juste de se déplacer pour féliciter un collègue estimé et pertinent de présenter ses devoirs à un ex-locataire de Matignon qui avait pourtant soutenu son adversaire aux municipales cinq ans auparavant. A la veille des sénatoriales, je dois préciser enfin que Sébastien Lecornu, ce jour-là, jouait au cheval de bois sans quoi il serait venu distribuer quelques décorations et autres licences de débit de boissons à la population.

Tous, nous étions donc réunis épaule contre épaule ce qui serait interdit aujourd’hui par Jean Castex devant l’excellent et regretté Préfet Bernard Fragneau qui venait d’être nommé et Patrick Dion, l’inspecteur d’académie en place.

La matinée fût fraîche, mais riche en émotions. Qu’on en juge : il y eût trois inaugurations au cours desquelles furent dévoilées trois belles réalisations emblématiques de l’œuvre de Daniel Dugord et de son héritage légué à l’intérêt général, de son parcours démocratique et de sa trace solidaire, de ce patrimoine républicain qu’il a su apporter à un village de 700 habitants à l’époque – 700 habitants seulement, mesurons sa performance – dans l’Eure, en Normandie : d’abord la rénovation de l’école maternelle inaugurée autrefois par Pierre Mendès France, puis une salle informatique quand ce n’était pas si courant et, enfin, la médiathèque Jules Verne à qui nous allons donner le nom de celui qui l’a voulue, qui l’a conçue, qui l’a portée.

Je revois sa haute taille, sa moustache plus sombre et plus abondante que celle qu’il porta, poivre et sel, à la retraite, ses lunettes métalliques avant d’être en écaille, qui se voilaient lorsque le soleil transperçait les nuages, ses longues jambes donnant à sa silhouette une allure élancée et un petit air de Jacques Tati, son écharpe tricolore qu’il allait fièrement porter pendant quelques mois encore, ne voulant pas d’un nouveau mandat, assuré qu’il était que Martine Lepelleux, qui nous suit depuis sa résidence de la Manche, et Dominique Delafosse, qui est devant moi, suivraient ses pas.

Sans même parler de ses collègues, Daniel Dugord était en bonne compagnie à cette cérémonie. Il y avait convié l’avenir, car je me souviens très bien que, jusqu’aux discours de la salle Claude Monet, il fût entouré d’enfants. C’était un jour de consécration et de joie, un jour de gloire et de reconnaissance, un jour pour lequel il avait travaillé, un jour qui lui était dédié.

Arrêtons-nous un moment sur ce projet et rappelons comment et combien il était à bien des titres exemplaire.

Une médiathèque gratuite et ouverte à toute l’agglomération. Je connais bien ces communes qui apportent, sans toujours avoir un espoir de retour, leurs plateaux sportifs, leurs infrastructures culturelles, à l’intercommunalité et j’en mesure non seulement la générosité, mais surtout la nécessité. Daniel Dugord savait donner et partager.

Une médiathèque associative et bénévole que faisaient marcher les plus anciens au bénéfice des plus jeunes, des enfants, ou les plus instruits, les mieux formés, nos instituteurs, au service de ceux qui découvraient la lecture. J’y retrouve à la fois Daniel Dugord l’enseignant, Daniel Dugord le militant d’Amnesty International et de sa foire aux livres contre racisme et la violence, le bénévole associatif de « Lire et faire lire » (la lecture ! décidément), Daniel Dugord l’encarté intègre et sincère, l’homme de bonne volonté, l’homme de solidarité et de progrès.

Une médiathèque de réseaux et d’échanges abondée par le fonds de la bibliothèque départementale de prêt, donc ouverte sur le monde, le changement et l’actualité. Un mode de fonctionnement synonyme de pérennité sélectionné par Daniel Dugord le posé, Daniel Dugord l’avisé et pourquoi ne pas le dire, Daniel Dugord le rusé !

Une médiathèque qui était un sacrifice pour une petite collectivité. Qu’on en juge : plus d’un million de francs dont 400.000 apportés grâce à l’opiniâtreté de Leslie Cleret, la conseillère générale de ce canton, 800.000 consentis par les contribuables stéphanois qui savaient déjà qu’ils faisaient, sur le conseil éclairé de leur Maire, un investissement dans le savoir et l’intelligence, dans l’éducation, l’informatique et la culture, un placement rentable de deux décennies et, enfin, quelques centimes que j’avais été chercher à la demande du Ministre de l’économie et des Finances, dans une caisse profonde et aujourd’hui injustement décriée, appelée, les plus anciens s’en souviennent, « réserve parlementaire ».

Une médiathèque qui portait le nom d’un visionnaire nantais, Jules Verne, qui pensa la modernité au siècle passé, même si aucun de ses livres n’a imaginé le numérique et l’informatique, et qui va, à juste titre, céder la place à un mathématicien, à Daniel Dugord, à un autre visionnaire pour le siècle que nous vivons.

Alors résonnent les paroles justes et amicales de Laurent Fabius, non seulement ancien Premier Ministre, mais surtout maire sequano-marin : « Monsieur Dugord a été un remarquable chef d’établissement à Grand-Quevilly, car c’est un homme compétent, sérieux, travailleur qui ne s’engage pas à la légère. Ajoutons-y car c’est essentiel une élégance naturelle et un immense attachement à l’école de la République ». Il est des compliments que méritait amplement, pour avoir servi quatre ans comme principal de collège dans cette commune laboratoire pour Rouen, le Maire de Saint-Étienne-du-Vauvray et que beaucoup aurait voulu recevoir pour eux-mêmes. Hélas, ils n’en ont pas fait autant que celui que nous célébrons. Je suis sûr que c’est dans sa lignée que se place Éric Lardeur.

Permettez-moi pour conclure d’apporter brièvement ma pierre à l’édifice que construit notre mémoire et de dire quelques mots plus personnels sur l’enfant d’Hectomare, près du Neubourg, issu d’une famille nombreuse et d’un milieu modeste, hussard noir de la République qui disait tout devoir à l’ascenseur social, intégrant l’école normale à 15 ans pour conclure une carrière dans deux des établissements les plus prestigieux de la région, le lycée Marc Bloch à Val-de-Reuil dont il fût le capitaine valeureux et le lycée André Maurois d’Elbeuf qu’il mena à l’excellence.

Daniel Dugord, amoureux du café, de la culture et du vélo, a été un acteur de ma Ville et un partenaire de sa rénovation. Il a fait de Marc Bloch un lycée de la réussite où se perpétue la cérémonie de remise solennelle du baccalauréat qu’il avait instaurée et que, en son souvenir, je ne manquerais chaque année pour rien au monde. Il y a développé un BTS que, seul, il parvînt à attirer et nous créâmes ensemble l’atelier Sciences-Po qui propulsa vers les élites autrefois interdites nombre de nos enfants. Ce qu’il a fait est toujours fort, utile et vivant. Rares sont ceux qui peuvent en dire autant. Nous avons une dette à son égard. Assurément c’est avec raison, c’est avec logique que Daniel Dugord, qui a bien mérité de notre pays, voit aujourd’hui son nom donné à un lieu d’apprentissage et de transmission, de culture et d’éducation.

Merci.

28 SEPT 2020

Cosmetic Valley et Beautéville, avec M. Hou Juncheng et Proya, partenaires, amies, alliées pour se développer

28 SEPT 2020

Val-de-Reuil remercie M. Hou Juncheng, Président de Proya, qui lui a donné 100 000 masques au cœur de l’épidémie

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