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24 NOV 2022

À l’invitation de mon ami Matthias Vincenot, j’introduisais, depuis le Théâtre Rouge du Jardin d’Acclimatation, la remise des prix de « Poésie en Liberté »

Discours de M. Marc-Antoine JAMET

Secrétaire Général du Groupe LVMH

Théâtre Rouge du Jardin d’Acclimatation

Remise des prix de « Poésie en Liberté »

Lundi 21 novembre 2022 à 19h00

 

Mesdames et Messieurs,

Le métier de secrétaire général de LVMH est assez peu poétique. On en conviendra sans peine et j’en administre par mon costume gris, ma chemise blanche et ma cravate éteinte, la triste preuve. Mon emploi, qui relève de la tragédie plus que de la comédie, consiste, en effet, à vendre des sacs à main, des rouges à lèvres et des bouteilles de champagne. J’en suis fier, mais cela m’éloigne du Parnasse. Je dois donc l’avouer : mon activité est un peu triviale. Il me permet cependant de vous accueillir dans cette salle du Théâtre Rouge du Jardin d’Acclimatation, concession de service public que la Ville de Paris a confié au leader mondial du luxe. A défaut de taquiner la muse, je nourrirai ce soir ses adorateurs.

Mais là aussi, je crains que nous commettions un terrible impair. Certes, ce parc est synonyme de littérature. Anatole France et Marcel Proust le fréquentèrent. Tant est si bien que, alors que nous célébrons cette année le centenaire de la mort de son auteur, après salué l’année dernière le cent-cinquantième anniversaire de sa naissance, il est cité à plusieurs reprises, privilège insigne, dans « La Recherche ». Davantage du côté des Guermantes que de celui de Swann, reconnaissons-le. Évidemment, ce parc est musical. Ravel et Debussy composèrent dans ses allées. Mais est-il poétique ? L’Histoire s’y oppose. Ses fondateurs, Napoléon III et l’Impératrice Eugénie, avec ou sans Prosper Mérimée, furent les adversaires du plus grand poète français, du proscrit de Jersey et Guernesey, de la légende de son siècle, de Victor Hugo.

Celui qui nous réunit, Matthias Vincenot, dans sa très grande mansuétude, a décidé néanmoins de passer outre. Au nom de l’amitié. Il dit me connaitre depuis 20 ans. Je le fréquente depuis 35. Les poètes savent rester jeunes. Stagiaire, récipiendaire, professeur à la Sorbonne et poète, je l’ai vu, au fil des décennies, n’avoir qu’un combat, ne défendre qu’une cause, en relever sans cesse le drapeau : celui de la poésie. Je l’en admire. Il est des engagements moins complexes et moins difficiles. Il y est pourtant fidèle. C’est un militant poétique.

Je suis donc très heureux qu’il m’ait invité à introduire cette soirée consacrée à la poésie. Je suis cependant inquiet de mon discours qui, sur un sujet trop élevé pour que je le maîtrise correctement, aura sur vous l’effet d’une dissertation de collège auprès de son correcteur, voire d’une camomille à la fin d’un repas dominical. Au premier rang de ce théâtre, je devine d’ailleurs des visages sévères, quelques rides et des cheveux blancs. Ce sont les membres du Jury. Ils sont impressionnants, même si j’y reconnais Jérôme Clément. Heureusement, derrière eux, j’aperçois la foule avenante des 15/25 ans que vous allez bientôt récompenser. Ils sont enthousiasmants.

Je souhaite évidemment que, galvanisé par leur exemple, leur mobilisation, notre rassemblement éveille un intérêt plus vif, plus large, plus grand, un intérêt quasi olympique pourrait-on dire à la veille des jeux de Paris, pour les poètes et pour leurs œuvres. Ce serait chose utile. Je n’imagine pas plus que vous un monde sans poésie et sans poètes. Si la preuve que le pudding existe, c’est qu’on le mange, la preuve que la poésie est vivante, qu’elle est actuelle, qu’elle est nécessaire, ce sont d’abord les poètes.

Nous en avons de bons et de grands, aimés bien au-delà de nos frontières. Je pense à Aragon. Que serions sans lui qu’un « cœur au bois dormant » ? Nous en aimons aussi venus d’ailleurs. Je songe à Nazim Hikmet dont ma mère avait affiché l’autobiographie dans sa chambre : « à trois ans, je fis profession de petit-fils de pacha ». De jeunes talents, ceux à qui vous allez remettre vos prix en témoignent et continuent d’apparaître. Ainsi va la relève, qui ne remplace personne, mais qui, à son tour, fait œuvre neuve. Vous êtes, chers mais, la garde montante.

J’ai dit que votre initiative était utile. Les poètes ne sont pas assez lus, quoique les tirages d’aujourd’hui eussent fait envie, de leur vivant, à Baudelaire et à Rimbaud. Il n’en demeure pas moins qu’il y a trop peu d’équipements, trop peu d’accompagnements pour les soutenir. Peu d’éditeurs, peu de structures pour les diffuser. J’ai la chance d’abriter dans la Ville dont je suis le Maire, en Normandie, à Val-de-Reuil, la plus jeune commune de France, une Maison de la Poésie. Elle est unique en Normandie. C’est une oasis dans un désert. C’est pourquoi, il faut aider non seulement la création, mais aussi l’édition et la diffusion des œuvres poétiques. C’est que nous faisons ensemble… Nous avons raison. Les auteurs et les autrices sont de plus en plus nombreux. On assiste dans la poésie au foisonnement des écritures et des idées. Il faut les faire connaître et reconnaître.

La poésie, toutefois, est un art mystérieux. Il faut l’apprivoiser. Elle évoque tous les sentiments et tous les stades de la vie. Elle dit l’amour et la mort, la vieillesse et l’enfance. Elle nous berce paradoxalement de la misère humaine. Elle vante la précarité universelle, celle de l’existence, de la sincérité, de la confiance. Elle est gravité et légèreté, joie et tristesse, nostalgie et folie. Elle fait parler les animaux et chanter les mots. Ce faisant, elle enchante. Même ceux qui ne la lisent pas. Elle est innovante et éternelle, improvisée et encadrée, spontanée et formelle. De René Char qui définit le poème comme « un bout d’existence incorruptible » à Aimé Césaire pour qui la poésie est «  le battement de la vague mentale contre le rocher du monde« , on en revient toujours à cette idée la poésie prépare « à un rêve partagé qui ne serait plus solitude« .

Il est vrai que la poésie, lorsqu’elle est juste, atteint à l’essentiel. Elle va droit au cœur de ce qui est. Elle dit tout ce qui pourrait être. Elle est le « modeste violon « de Verlaine. Elle évoque avec Ronsard « l’éphémère parfum des roses ». Elle est messagère d’espoir, de liberté, entendue dans les périodes et dans des temps ou des lieux où d’autres paroles sont muselées. Elle reste après que tout a disparu, après que ceux qui l’ont composée nous ont quittés. « Longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues ».

On n’imagine pas pouvoir un jour s’en passer. On ne se résigne pas à ce que tous n’y aient pas accès. Elle est rétive aux approches superficielles, aux engouements éphémères, aux modes orchestrées. Elle exige du lecteur qu’il fasse lui-même un bout de chemin et, de préférence, obtienne le silence autour de lui, peut-être même en lui. De l’éthique du poète à la pratique du lecteur, des correspondances s’établissent.

Elle est un antidote au bruit et à la fureur. Elle plaide pour la paix et exclue le fracas de la guerre. Dans un monde de plus en plus virtuel, elle plonge au cœur du réel. Dans une société des écrans et de l’instant, elle ralentit charnellement le temps. Dans une époque qui consacre trop souvent la futilité et l’accessoire, elle touche à l’essentiel, au sens et au partage.

Il est rare de citer François Mitterrand dans un festival de Poésie et, pourtant, c’est avec lui que je voudrais conclure. Le chat de Château-Chinon disait voici 35 ans, des mots qui me vont puisque je suis devenu, voici une semaine, pour la première fois grand-père. : « J’en ai pris le goût jeune, en cet âge – l’adolescence – qui est le temps de l’éveil des curiosités, des interrogations. Et je voudrais, si le poète, comme on l’a dit, est le dernier habitant de son enfance, qu’il fût aussi, très tôt, le compagnon de nos enfants. »

24 NOV 2022

Au nom du Ministre de l’Éducation Nationale, comme Président du Centre National de l’Enseignement à distance (CNED), j’ai eu le plaisir de remettre à Céline Blugeon, sa Secrétaire Générale, les insignes de Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques

Remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques

A Mme Céline Blugeon, Secrétaire Générale

du Centre National de l’Enseignement à distance (CNED)

par M. Marc-Antoine Jamet, Président du CNED

Chasseneuil-du-Poitou – Lundi 14 novembre 2022

 

 

 

Madame la Secrétaire Générale, chère Céline Blugeon,

Au cours des 25 années de « services » que vous avez données à la France et à son administration, vous avez probablement tout connu, grèves, virus, intempéries, déficits calamités, mais c’est à un tout autre danger que vous allez devoir faire face : celui de voir défiler les étapes de votre jeune carrière devant vos pairs avant de subir les approximations et les raccourcis, pour ne pas dire les erreurs, de mon éloge.

Vous avez été étonnée que je revendique l’honneur de prononcer ce discours. Vous ne vous attendiez pas à ma présence vespérale et poitevine. Pourtant, bien des choses nous rapprochent, au-delà de notre cantonnement géographique autour sur le petit côté de la table de la conseil d’administration, ses grands espaces étant réservés aux tutelles et aux organisations syndicales. Certes, ces points de convergence ne sautent peut-être pas aux yeux, tant je suis un vieux barbon et vous une éclatante jeune femme, mais il n’est pas si difficile d’en dresser la liste.

Je ne parlerai pas de notre goût partagé pour les plages atlantiques d’Oléron, le long desquelles vous marchez, ou pour les souks de Marrakech, dont la fréquentation, avec ou sans drone clandestinement introduit par un de vos fils au nez et à la barbe des pandores locaux, n’a pas d’équivalent pour mieux maîtriser les éléments fondamentaux des finances, de la comptabilité et du commerce. A se demander si cela ne fût pas un complément de formation pour atteindre l’excellence dans votre métier.

Je mentionne ces destinations chères à votre cœur et nécessaires à votre repos pour mémoire, car elles ont peu à voir avec la réunion amicale qui nous rassemble autour de vous ce soir. Non, il me faut parler de choses définitivement et totalement sérieuses, massives, rébarbatives, monolithiques, ce que Paul Claudel appelait les « travaux ennuyeux et faciles », qui sont en réalité passionnants et complexes.

D’abord, notre dévouement pour les finances publiques, leur exactitude, leur honnêteté, leur rigueur, tous les deux ayant agi en grande complémentarité, sans la savoir, vous dans les réseaux du Trésor Public, moi à la Cour des comptes.

Ensuite et évidemment le CNED, cette vieille dame que le digital et le besoin de formation doivent rajeunir, pour laquelle nous avons attachement et respect, à laquelle nous avons donné, vous énormément, moi beaucoup moins, tant de temps et d’énergie.

Notre titre professionnel, également, de Secrétaire Général qui n’est pas toujours d’une très grande transparence, ni d’une très grande homogénéité, vous dans le service public, moi dans l’entreprise privée, qui, certes, impressionne nos interlocuteurs, mais permet, hélas, à nos supérieurs de nous donner à faire tout et n’importe quoi.

L’ordre des Palmes académiques, enfin et surtout, puisque le fait que j’y appartienne depuis plus de trente ans, comme mon père et ma mère avant moi, et mon grand-père avant eux, me permet d’avoir le plaisir, l’honneur et l’avantage, non seulement de vous y faire entrer, après d’autres membres de votre famille m’avez-vous confié, mais de prononcer ces mots qui saluent votre engagement sans faille au sein de cette communauté éducative à laquelle ont la fierté d’appartenir une large majorité de ceux qui nous écoutent, et vous assurent de la reconnaissance de l’institution scolaire comme de la Nation tout entière.

C’est donc un bon moyen, un beau moyen de rappeler, devant vos amis et collègues ici réunis, quand bien même en seraient-ils déjà convaincus, que l’école, le savoir, la culture et la science, la mission d’éduquer, d’apprendre aux autres, de transmettre une instruction, un enseignement et une éducation, est fondamentale, qu’elle devrait, si on se hasarde à faire un peu de politique, être mieux valorisée, mieux appréciée et mieux récompensée dans notre société au sommet de laquelle trônent trop exclusivement start-ups, promoteurs, cabinets de conseil et, allusion à une actualité récente, animateurs de talk-shows.

Car, si vous n’êtes pas vous-même institutrice ou professeur, pas plus d’ailleurs que je ne le suis bien que j’ai beaucoup et longtemps professé, tout comme vous avez été formatrice à la DGFIP et avec collaboré au CNFPT, vous avez su mettre en place les conditions nécessaires afin que des milliers d’enseignants aillent, avec un environnement approprié, nominativement à distance, mais, en réalité, par écran ou enveloppe de papier kraft interposé, au-devant des dizaines de milliers d’élèves qui ont besoin d’eux.

En cela votre action a été décisive, votre travail utile, vos talents indispensables. Vous avez su aux côtés des directeurs généraux successifs de l’établissement, je pense notamment à Michel Reverchon-Billot sous l’empire duquel vous avez accompli l’essentiel de ce qui va devenir un bilan « globalement positif », avec l’aide et le soutien de l’ensemble vos collègues, assurer la « matérielle » et la vie quotidienne de ce segment si particulier de notre école publique, laïque, gratuite et obligatoire.

Il y a un peu plus de deux cents ans, un jeune officier savoyard, Xavier de Maistre, parce qu’il avait été mis aux arrêts pendant 44 jours pour avoir provoqué un camarade en duel, rédigea un petit livre, léger, spirituel, bien oublié aujourd’hui. Son « Voyage autour de ma chambre » fut à l’époque un succès. Il reflétait les limites physiques de la condition humaine d’un homme enfermé, malade ou prisonnier où le rêve, l’imagination et la mémoire demeuraient les seules possibilités d’évasion.

En dehors de effets de la récente pandémie que nous avons tous subie, vous n’avez encouru, Madame la Secrétaire Générale, chère Céline Blugeon, aucune condamnation qui vous ait contrainte à garder la chambre, ni même, alors que vous n’ayez jamais compté vos heures, à rester confinée dans votre bureau. En outre, ce n’est pas totalement négligeable, je m’empresse de le préciser, vous n’avez pas défié pour un duel ni l’agent comptable pour les recettes qu’il ne recouvre pas, ni le représentant de la DEGESCO pour les crédits qu’ils ne nous accorde pas .

Non, c’est de votre plein gré, en toute liberté, par un choix de l’esprit et du cœur, que vous êtes restée fidèle à votre terre natale, contrairement à votre frère parti fréquenter les hautes sphères de la rue de Grenelle, que vous n’avez jamais quitté votre Poitou, si discrètement et si profondément français, que vous avez gardé ce lien charnel de l’esprit et du cœur qui vous rattache, par-delà les siècles, à Descartes, à Richelieu, à Du Bellay, à Rabelais, autrement dit à la raison, à l’ordre, à l’élégance et à la gaîté, éléments constituants de notre identité hexagonale et de personnalité votre singulière. Vous reconnaitrez qu’il est de pires parrainages que quelques  noms célèbres que je viens de citer pour intégrer un ordre de chevalerie national créé en 1808 par l’Empereur Napoléon au seul profit de l’Université, et étendu par la suite, en 1955, de manière parfaitement républicaine, à l’ensemble du monde de l’éducation grâce au sémillant et zézéyant Edgar Faure,.

Car ce qui frappe, en effet, dans votre parcours, c’est que vous êtes une fidèle enfant de la Vienne, des plaines et des bocages de Vivonne plus exactement, localité dont les habitants veillent sur la prononciation peu prévisible du nom et qui reste davantage connue pour ses 92 mares et ses quatre rivières – le Clain, la Vonne, le Palais et la Clouère – que pour ses boîtes de nuit et ses centres de recherche, mais où la chronique dit que Ravaillac aurait reçu de Dieu l’ordre de tuer Henri IV.

C’est pourtant pacifiquement, sans assassiner François Mitterrand ou Jacques Chirac, que vous passerez un bac scientifique à Poitiers en 1993, un Deug de droit public encore à Poitiers en 1996, une licence d’administration publique à l’Institut de Préparation à l’Administration Générale, devenu centre international de management public, toujours à Poitiers en 1997. C’est bien simple pour un peu je vous confondrais volontiers avec Charles Martel, Saint Hilaire, Alain Clayes ou, pourquoi pas, Jean-Pierre Raffarin, autres figures tutélaires de la « Ville aux cent clochers ».

En 1998, vous affrontez un concours de la fonction publique, le passage de ces épreuves notées, difficiles, anonymes, qui font la grandeur de la méritocratie française et l’honneur des serviteurs des collectivités publiques. Vous réussissez brillamment celui d’inspecteur du Trésor Public. Une victoire pour Céline Blugeon certainement, une aubaine pour le corps que vous rejoignez assurément !

Mais un drame survient. Pendant les deux années qui vont suivre, votre formation d’inspecteur à l’école nationale du trésor vous entraîne à Noisiel en Seine-et-Marne. Terrible exil qui ne va heureusement pas durer. Dès votre sortie de l’école, vous vous rapprochez de votre terroir d’élection au prix d’une insertion résolue dans la ruralité profonde. Elle ne vous fait pas peur. Indiscutablement, vous l’abordez par son volet le plus « authentique ». De 2000 à 2005, vous allez ainsi occuper l’emploi de chef de poste de la trésorerie d’Ardentes, 3850 habitants, sur les rives de l’Indre, où vous suivez, dès votre nomination, avec une petite équipe de trois agents, pas moins de 46 budgets. Le travail ne rebute pas.

De 2005 à 2009, c’est le grand retour au pays natal. Vous êtes nommée adjointe au chef de poste de la recette/perception de Saint-Georges-de-Baillargeaux, 4233 habitants quand même, une sorte de métropole par rapport à votre poste précédent, dans ce département de la Vienne que vous ne quitterez désormais plus. Vous y gérez 70 budgets et en pilotez également la dette publique sous la férule de votre chef de poste.

Cet apprentissage va vous être favorable, car, dans cette nouvelle affectation, vous allez toucher à tout ce qui fera désormais l’ordinaire de votre métier : vie des collectivités locales, gestion du logement et encadrement éducation avec quoi vous allez avoir un premier contact qui ne vous en dégoûtera pas.

Vous assurerez, en effet, de 2006 à 2008, la fonction d’agent comptable du lycée agricole Grand-Pont de Chasseneuil-du-Poitou. Puis, de 2009 à 2011, vous devenez l’adjointe du chef de poste de Logiparc. Outre la gestion et le management d’une équipe de 14 personnes, vous mettez en place des outils de suivi et d’indicateurs de recouvrement. Déjà, vous participez au comité de direction de l’établissement et contribuez à l’action stratégique du développement de cet office public HLM de Poitiers. Comme élu local, maire d’une commune de 15.000 habitants, je sais l’aide que peuvent apporter aux municipalités les agents des recettes-perception et l’expérience humaine que ces postes ont dû vous permettre d’acquérir.

En 2011, vous êtes nommée responsable d’un de ces centres des finances publiques que, aujourd’hui, on ferme à tort un peu partout. Gencay, dans la Vienne, 1746 habitants, vous attend. Vous y aurez la responsabilité de suivre 90 budgets communaux, communautaires, syndicaux ainsi que celui d’un EHPAD. Vous apportez, là aussi, appui et conseil aux élus en matière fiscale, mais aussi réglementaire, notamment sur les marchés publics, et budgétaire avec des analyses financières prospectives. Combien de localités qui n’avaient pas la taille de Lille ou Marseille avez-vous empêché d’aller vers un désastre, séduites par un emprunt toxique en yens indexé sur un mélange exotique de francs suisses et de pesos mexicains. C’est bien simple, Jean sans Terre doit se retourner dans sa tombe, regrettant de ne pas avoir entraîné vos ancêtres vers la perfide Albion. Vous auriez pu utilement conseiller Liz Truss au 10, Downing Street, lui évitant de ne rester Premier ministre que 44 jours. Ce sont donc des maires, toujours âgés, parfois très âgés, souvent des hommes, généralement des agriculteurs que vous avez épaulés. De cet attelage, vous gardez, je crois, des souvenirs pittoresques, pour ne pas dire picaresques

En parallèle à ces tâches prenantes, certainement parce que vous n’êtes pas suffisamment occupée, vous assurez la mission d’agent comptable du lycée Kyoto de Poitiers, placé sous la double tutelle de l’Éducation nationale et, comme pour votre première expérience dans ce secteur, de l’agriculture. Vous y suivez la comptabilité M9, notre Bible, mettez en place la réforme de la comptabilisation des actifs et des passifs et participez à la fusion de ce lycée agricole avec un lycée hôtelier.

J’ajoute également qu’en 2013, succès de plus, vous réussissez l’examen professionnel d’inspecteur divisionnaire de classe normale, dans la filière encadrement des finances publiques.

Saint-Georges-de-Baillargeaux ou Gencay, je ne sais si c’est là que vous avez, comme le faisait chaque après-midi la Queen Mother, la reine Mary, défunte mère de la défunte reine Élisabeth, découvert les vertus du Gin Tonic, cette boisson qui, selon Churchill sauva plus d’âmes et de vies anglaises que l’ensemble des médecins de l’Empire britannique, et dont vous n’usez qu’avec modération m’a certifié votre collègue Jean-Michel Leclerq.

Pour autant, votre enracinement, j’y reviens, n’a jamais été un enfermement. De votre chambre viennoise, au sens où l’entend Pascal, depuis chacun de ces points marquant la présence d’un service public qui font naguère repère pour la population et sécurité pour la Nation, vous avez organisé, entretenu, maîtrisé un rapport quotidien avec le vaste monde des usagers et des administrés.

Miracle de la technique, ordinateur, réseaux, communication, qui n’abolit pas l’espace, mais qui le traverse, qui le transcende, qui n’en fait plus un obstacle à la libre communication du savoir, des idées et des cultures, mais la grande route de nos messages et de nos correspondances. Miracle surtout d’une fonctionnaire loyale ayant lu aussi bien les chapitres fixant de ses « devoirs » que les articles énonçant ses « droits » dans l’épais code général qui la régit.

En 2015, c’est votre jour, c’est notre jour de gloire : vous rejoignez, non pas le Futuroscope, mais à quelques centaines de mètres le CNED. Moins de manèges. Plus de problèmes. Je ne sais si c’est parce que vous avez appris que j’allais en présider le conseil d’administration. On me dit que cela n’aurait rien à voir. Hélas ! Inversement, j’espère que vous n’en partez pas parce que, pour ce faire, un nouveau mandat m’a été accordé par le bon Ministre. Pour vous retenir, je suis prêt à promettre de ne plus changer les dates de nos conseils moins de 48 heures avant qu’ils se tiennent, mais je sens bien qu’il est trop tard…

Vous serez notre directrice des affaires financières à un moment où nous ne roulons pas sur l’or et participerez à notre redressement. Vous allez y animer quatre pôles : élaboration et suivi du budget / suivi de la masse salariale / recettes / gestion des frais de mission. Après avoir défini la marge de manœuvre dans laquelle s’inscrit l’action, vous avez la charge de l’exécution de la stratégie budgétaire de l’établissement sous la houlette toujours exigeante, invariablement bienveillante, des directeurs généraux. Discipline et hiérarchie, qui en douterait, font la force de notre service public. Vous en approuvez les règles !

Attentive et bienveillante, vous aimez valoriser vos collaborateurs et vous nouez avec vos équipes des liens solides. Il est important dans vos fonctions d’être humain. Nos collègues ne sont pas assez payés et considérés pour qu’ils viennent au travail en traînant les pieds. Pour les motiver, vous n’hésitez pas à leur faire visiter, tous ensemble, les grottes de Poitiers en mode spéléologie. C’est dire si vous savez sacrifier à la fois au team building et à l’underground.

Cela met en exergue votre habileté à créer une véritable cohésion parmi vos troupes, mais c’est l’occasion aussi de rappeler que nous avons devant nous une mère de quatre enfants sportive, adepte de la randonnée, du ski, du vélo et me dit-on du kayak, monde très masculin dans lequel vous susciteriez un certain émoi, c’est une information que je n’ai pas vérifiée et que m’a donnée avec une certaine délectation le directeur de cabinet, quand vous vous débarrassez en un temps record de votre combinaison en néoprène.

Depuis septembre 2018, vous occupez donc le poste de secrétaire générale et participez à la mise en œuvre de la politique de l’établissement et notamment de sa gestion RH, financière, juridique, immobilière, des systèmes d‘information, de la performance et de la qualité.

Membre du comité de direction restreint, vous animez fonctionnellement les 8 unités opérationnelles du CNED et participez au dialogue social notamment lors des différentes instances que sont le CHSCT ou le CTE.

En lien avec les métiers et la tutelle, vous mettez en place et suivez plusieurs schémas directeurs tels que celui des systèmes d’information, qui nous est essentiel, ou de la stratégie immobilière qui est légèrement piégeux.

Le progrès a relativisé les notions si longtemps figées et supposées antithétiques du loin et du près, du présentiel et du distanciel, pour reprendre ces deux mots avec lesquels, d’un mal résultant un bien, la pandémie que l’on sait a familiarisé le plus vaste public, en lui faisant prendre pleinement conscience de l’existence, de l’omniprésence, de l’irremplaçabilité des instruments qu’une évolution récente met à notre disposition et que le CNED peut offrir à ses usagers.

Grâce aux services que vous avez dirigés, les « paroles gelées » qui sidérèrent Pantagruel et ses compagnons de voyage sont devenues une réalité que nous mettons au service de nos élèves et des générations nouvelles.

De cette évolution, vous avez été, chère Cécile Blugeon, à votre poste, à votre place, pendant toutes ces années, un observateur ou une observatrice privilégié(e) et un acteur (ou une actrice ?) actif, infatigable, essentiel.

J’ajoute que votre engagement déterminé pour notre établissement s’est accompagné d’une véritable expertise et d’une hauteur de vue des plus appréciables et dont avons bénéficié. Je l’affirme : femme de méthode et de discernement, sachant allier détermination et qualités humaines, vous avez apporté au comité de direction, un appui déterminant dans les nombreux dossiers traités.

Il me faut conclure et, à cet instant, pour frapper les esprits, résumer votre brillante carrière, en quelques chiffres et faits édifiants. Les voici : depuis votre formation initiale en droit et administration publics, vous avez occupé cinq postes de direction au sein du ministère de l’Économie et des Finances et avez participé à la mise en œuvre de multiples politiques publiques au profit de rien mois qu’une demi-douzaine de ministères qu’il s’agisse de l’égalité des territoires, du logement, des finances, de l’Agriculture, de l’Éducation nationale et de la Jeunesse.

Un codicille à ce discours, si vous me le permettez. Juste avant de vous « épingler », avant que le CNED et vous, dans les heures qui viennent, vous vous quittiez, je tiens personnellement à vous adresser mes remerciements. Vous avez bien mérité de ces élèves à qui nous avons la charge, le devoir et l’honneur de transmettre l’héritage éducatif que nous avons reçu de nos pères, qu’il leur revient de gérer, d’enrichir et qu’il leur faudra léguer à leur tour.

Vous allez nous quitter. Je sais que, là où vous irez, vous porterez haut les valeurs de service public qui ont toujours guidé votre parcours professionnel. Vos pas vous conduisent aujourd’hui vers un voisin : le Grand Poitiers. Je ne doute pas que certains d’entre nous pourrons vous croiser sur votre futur vélo de service, dans les rues du centre-ville !

C’est donc avec un grand plaisir que :

Céline Blugeon, Secrétaire Général du Centre National de l’Enseignement à Distance, au nom du ministre de l’Éducation nationale, nous vous faisons chevalier dans l’ordre des Palmes Académiques.

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