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5 DEC 2018

Actualités

Dialogue, négociation, respect.

Dialogue, négociation, respect.

 

Le mouvement des « Gilets Jaunes » veut lutter contre les inégalités sociales et territoriales qui se creusent. Il demande plus de justice et plus de solidarité entre tous les Français. Il exige le maintien de services publics accessibles, performants, modernes partout dans le pays. Il dit le besoin d’écoute, de respect et de dialogue. En ce sens, il recueille évidemment mon soutien.

Cet appui est logique. Il est la seule réponse que nous puissions apporter à des politiques publiques qui, à Val-de-Reuil, malgré la relance du renouvellement urbain et le recul du chômage, se sont traduites, en dix-huit mois, par la fermeture d’un de nos trois collèges, la diminution des emplois aidés, la taxation des retraités ou des plus pauvres, la baisse des APL, la fin de l’accession aidée à la propriété. La liste serait longue des mesures qui, prises une à une, paraissent ne pas être dirigées contre les habitants de notre commune, mais qui, dans leur ensemble, concrètement, ont été nuisibles à la collectivité que nous formons.

Il ne s’agit pas d’une volonté ou d’une hostilité de la majorité au pouvoir. On ne peut refuser au Chef de l’État et au Premier Ministre une légitimité qu’ils ont conquise, par deux fois, dans les urnes. Je le reconnais d’autant plus volontiers que je n’appartiens pas à leur camp. Mais ils sont responsables du malaise que nous vivons. Ce sentiment est la résultante, non seulement d’un style de communication inapproprié et blessant, mais, aussi, d’une indifférence à la France, celle des banlieues, celle des campagnes, qui n’est pas celle des métropoles ou des catégories prospères. Inexpérience, méconnaissance ou maladresse, la faute n’en est pas moins grave. Il faut rapidement la corriger.

Cette orientation s’est accompagnée, dans la pratique, d’une entreprise de décrédibilisation des corps intermédiaires (syndicats, élus de terrain, chambres consulaires, etc…), d’une verticalisation de l’autorité, d’un oubli – qui ne date pas d’hier – de nos traditions républicaines, ce qui faisait notre singularité en Europe, qui laissent aujourd’hui le peuple français sans représentation pour porter ses revendications. Voilà pourquoi il est dans la rue. Au-delà des manipulations, qui existent, c’est la raison première de sa mobilisation. Certains ont voulu remplacer la République des élus par la République des élites. Nous en payons – tous – les conséquences. Il est temps de retrouver le sens et les modalités de la négociation globale par laquelle on sort d’une crise. Des annonces concédées et successives ne peuvent la résoudre. S’il est absurde de répéter en boucle « les riches paieront » dans une société où la fiscalité bat déjà des records, la question du pouvoir d’achat ne peut être laissée de côté.

Pour autant, la violence n’est pas admissible. Elle est moralement injustifiable. Elle va, économiquement, contre la croissance et socialement contre l’emploi. Elle est indigne quand elle s’exerce contre les forces de l’ordre ou les sapeurs-pompiers, quand elle détruit le fruit du travail, quand elle profane les monuments nationaux. Les récupérations opportunistes et extrémistes, de droite comme, parfois, de Gauche, doivent être dénoncées. Après les échecs de Parcours Sup’, additionnés aux incertitudes de la réforme du Baccalauréat, il est normal qu’étudiants et lycéens soient inquiets pour leur avenir. Néanmoins, les parvis des facultés et des lycées, qui sont les lieux de l’éducation et de la connaissance, ne sont pas faits pour être bloqués. Pour préserver une planète dont la lutte contre réchauffement devrait être une cause politique universelle, une transition écologique, expliquée, durable, soutenable, reste indispensable, afin de ne plus être dépendants de produits pétroliers qui, de plus en plus rares, seront de plus en plus chers et devront être, comme notre dette, financés par nos enfants.

Communiqué de Marc-Antoine JAMET

Maire de Val-de-Reuil

3 DEC 2018

Actualités

Nouveau prix d’urbanisme pour Val-de-Reuil : L’éco-quartier des Noés et son architecte Philippe Madec décrochent le prix du Moniteur/Équerre d’Argent dans la catégorie « aménagement urbain et paysager »

 

Nouveau prix d’urbanisme pour Val-de-Reuil :

L’éco-quartier des Noés et son architecte Philippe Madec décrochent le prix du Moniteur/Équerre d’Argent

 dans la catégorie « aménagement urbain et paysager »

« Nul n’est prophète en son pays ». Pourtant la qualité et la réussite du renouvellement urbain de Val-de-Reuil (ORU, ANRU, PNRU2), son utilité et sa maîtrise, sont unanimement soulignées. Autour de l’ANRU, les partenaires de la Ville le savent. Autour de la presse spécialisée, les commentateurs le disent. Autour des entreprises associées, le milieu du BTP le reconnaît. Autour de la centaine de grands professionnels que la Ville a mobilisée depuis 20 ans, les architectes le confirment. Autour de la Ville Nouvelle, la CASE en bénéficie. Cause ou conséquence, la plus jeune commune de France, cas unique en Normandie avec Le Havre, a su gagner, pour plusieurs de ses projets, les premières places dans les grands palmarès nationaux d’urbanisme et d’architecture.

Mais c’est probablement avec l’éco-quartier ou éco-village des Noés, le premier à avoir été ainsi labellisé dans la région, en 2017, par la Ministre du Logement Emmanuelle Cosse, que la Ville a remporté le plus de lauriers. Construit en 2016, sur les Rives de l’Eure, cette centaine de logements offre une vie nouvelle, meilleure et éco-citoyenne, à ses occupants qui bénéficient notamment des bienfaits d’un habitat bioclimatique, chauffé au bois, à budget maîtrisé. Soucieux d’inventer aujourd’hui l’habitat de demain, le bailleur Siloge (pour les logements) et la municipalité (pour la chaufferie, la halle – dont les travaux commencent prochainement -, la crèche, les parcs paysagers) – ont su appeler, pour mener à bien ce projet d’envergure, Philippe Madec, pionnier de l’habitat écoresponsable. Grâce à lui, cette réalisation séduit et, parfois, fascine. Les promoteurs ne s’y sont pas trompés qui, avec 250 maisons construites, ont multiplié les projets voisins.

A un point tel que, lundi 26 novembre, après le Grand Prix de la Ville Durable, la sélection aux « Green Solutions Awards » de Bonn pour la COP23, le Grand Prix de l’Aménagement/Construction en Zones Inondables, l’éco-quartier rolivalois a, de nouveau, remporté un prix prestigieux : celui donné dans la catégorie « aménagement urbain et paysager » à l’occasion de la remise de l’Équerre d’Argent. À partir de 900 dossiers, cinq projets avaient été retenus dans chaque catégorie pour cette édition des Équerres d’Argent 2018. Considéré comme le Goncourt de l’Architecture, le trophée a donc été remis lors d’une cérémonie organisée au conseil économique, social et environnemental (Cese) à Paris, par le jury présidé par Bernard Plattner (vainqueur de l’Equerre d’Argent 2017 pour le Palais de Justice de Paris) et où figurait l’architecte Manuelle Gautrand, à notre équipe : Philippe Madec, son maître d’œuvre, Denis Comont/Art du paysage son paysagiste, Peggy Abert pour la Siloge et Marc-Antoine Jamet pour Val-de-Reuil, ses co-maîtres d’ouvrage. Dans un palmarès que Sybille Vincendon de Libération décrivait comme « très minéral », le Jury a estimé que l’éco-quartier des Noés « apporte une réponse à l’urgence écologique et à la nécessité sociale ».

Obtiendra-t-il un même succès aux Victoires du Paysage où il est nominé parmi 67 projets sélectionnés à travers la France entière ? Réponse ce 6 décembre. En attendant, avec le même architecte, Siloge et Municipalité doublent la mise en rénovant, à partir de 2019, dans le cadre de l’ANRU, le quartier pavillonnaire de l’Andelle, doublant la taille de l’éco-quartier mitoyen.

23 NOV 2018

Actualités

Maire de famille

Maire de Famille

par Marc-Antoine JAMET, Maire de Val-de-Reuil

 

L’hiver commence. Le temps est gris. Il pleut sur Paris. Le parc des expositions de la porte de Versailles n’a jamais été un endroit folichon. Sous les nuages de novembre, il est carrément sinistre. Ses pavillons de plastique, de plexi et de parpaings, regroupés au hasard, ressemblent aux bâtiments d’une zone industrielle ratée. On peut douter qu’un architecte se soit un jour penché sur leur silhouette déglinguée. Le tout ne déparerait pas un paysage post stalinien. Aujourd’hui le béton murmure. Une foule morose se hâte à la recherche d’un abri. Peu de femmes, beaucoup de cheveux blancs, des accents. Les Maires de France sont en congrès. Je suis avec eux.

Le Président de la République ayant fait savoir qu’il était empêché, le Premier ministre doit parler. En politique, Édouard Philippe n’est pas un champignon poussé après la pluie. Une ville, il sait ce que c’est. Au Havre, il a appris. Théoriquement. Pourtant les collègues n’attendent rien de bon de cet après-midi. Un discours pour dire que rien ne va changer ? A quoi bon ! Les conversations sont uniformément désabusées. Ça grogne. Ça se plaint. Ça maugrée. Les collègues qui démissionnent : ceux qui sont fatigués, ceux qui sont découragés, ceux qui perdent pied. Le « métier » n’est plus ce qu’il était.

Les Maires veulent être aimés. Ils ne sont plus respectés. Les figures républicaines sont dépassées. Gambetta, Jules Ferry, Clemenceau, revenez. Ils sont devenus fous ! Sans l’écharpe, point de reconnaissance. Avec ce n’est guère mieux : « dépêchez-vous ne nous marier, on a prévu une célébration yoga juste après ». Dans les campagnes, dans les petites villes, les Maires n’ont pas choisi de se présenter pour la centaine d’euros que leur rapporte leur indemnité. Le mauvais mousseux leur fait mal au ventre. Comme à tout le monde. Peut-être y sont-ils allés avec un peu d’orgueil, une pincée d’ambition, un petite envie de gloriole, mais, le plus souvent, c’est le goût du collectif, de l’intérêt général, du service public qui les a motivés. Travailler pour les autres, rendre au pays ce qu’il vous a donné, mettre ses compétences et ses idées à disposition d’une commune et la développer. Existe-t-il de plus belle vocation, de mission plus utile ?

Alors, bien sûr, les derniers mois ont été rudes. L’impression de ne pas être écouté, de ne pas être considéré, est venue mettre du sel sur des plaies plus anciennes. La montée des agglomérations, trop grandes, trop lointaines, trop techniciennes, sans la moindre responsabilité réelle devant les citoyens, a accéléré le suicide des municipalités. La fin du cumul des mandats a éloigné les députés des réalités et les élus locaux des responsabilités. Les dotations diminuent. Les sujets, la circulation, l’environnement, les jeunes, la culture, sont de plus en plus compliqués. Il devient difficile de construire, d’entretenir ou de réparer un gymnase, une école, une route un cimetière. Dans les Palais Nationaux, les communes, et ce n’est pas d’hier, ne sont plus des priorités. Ce qui a fait le pays, son histoire, sa géographie, sa singularité, est en train de disparaître. La fin des beffrois et des clochers est programmée. Nos repères disparaissent dans le grand flou uniforme et mondialisé.

Alors on pourrait jeter l’éponge et tout arrêter. Ce n’est pas dans mes gênes. Ce n’est pas dans ma personnalité. J’aime l’optimisme et la volonté. Pas d’états d’âme quand on est au service de la collectivité. On n’en a pas le droit. On n’en a pas le temps. Les nouveaux médias éloignent des habitants ? Il faut donner à tous votre adresse internet, communiquer sur twitter, apprivoiser cette « nouvelle convivialité ». L’esprit de citoyenneté disparaît. ? Il faut faire le tour des écoles et voir les petits élèves, à l’invitation de leur institutrice se lever, aller à la rencontre des associations, distribuer médailles et trophées. L’argent vient à manquer ? Il faut aller le chercher là où il est : dans le privé, à l’intercommunalité, dans les crédits exceptionnels comme l’ANRU qui va encore transformer Val-de-Reuil au cours des cinq prochaines années. Le nombre des unions ne cesse de chuter ? Il faut en faire, en mairie, les plus belles des cérémonies. On doute de sa propre utilité ? Il y a assez à faire, par soi-même parfois, dans la sécurité et la propreté, pour ne pas musarder. Les grands projets sont durs à monter ? Occupez-vous en bouchant les trous et en effaçant les tags ou les graffitis. Le manque emploi est le cancer qui ronge la cité ? N’abandonnez rien, ni le stage pour la jeune fille timide, ni la recommandation pour celui qui roule des biscottos, votre sourire pour les investisseurs et votre disponibilité pour les chefs d’entreprise. La fonction publique est un repoussoir ? Ce n’est pas vrai. Il y a des équipes jeunes, talentueuses, capables.

Construire une école est un bonheur. Refaire un gymnase est une joie. Transformer un quartier est un défi. Il n’y a pas de travaux ennuyeux ou facile quand il s’agit de moderniser ou d’améliorer. Cyrano, probablement pas le meilleur des gestionnaires, le disait élégamment : « c’est encore plus beau quand c’est difficile ! ». Alors, à tous les collègues, un seul conseil. A tous les maux, un seul remède. Retroussons les manches et allons de l’avant. Pour les habitants. Et puis comme toute peine mérite salaire, quand une grand-mère nous salue, avec émotion, ou un enfant nous reconnait, en confiance, rappelons-nous qu’il n’y a pas de plus belle récompense, de plus grand honneur. Je suis un maire de famille. C’est ainsi que je sers Val-de-Reuil.

11 NOV 2018

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Retrouvez ici le discours que j’ai prononcé ce matin, à 11 heures, au Monument Mémoire et Paix, à Val-de-Reuil, à l’occasion du Centenaire de l’Armistice de 1918

Discours de M. Marc-Antoine JAMET

Maire de Val-de-Reuil

à l’occasion du Centenaire de l’Armistice de 1918

Monument Mémoire-et-Paix à Val-de-Reuil/

Dimanche 11 novembre 2018à 11 heures

 

 

Chers amis européens, chers concitoyens rolivalois,

Cette cérémonie n’est pas banale. Elle n’est pas un anniversaire. C’est une commémoration. On y parle de guerre et, pourtant, elle fait l’apologie de la paix. On y exalte, à juste raison, le courage de ces jeunes corses ou bretons, qui eurent l’inconscience ou la force d’âme, à vingt ans, avec d’autres auvergnats, picards ou normands, de monter à l’assaut d’une colline ou d’une tranchée, pour défendre les beffrois et les clochers d’un pays dont il ne parlait pas toujours la langue. Mais on oublie parfois d’associer au même hommage les tirailleurs sénégalais, les goumiers marocains, les spahis algériens, les auxiliaires indochinois ou malgaches qui, dans le froid et la boue, depuis l’Atlas et les Aurès, Dakar et le Fouta-Djalon, vinrent défendre une métropole que, pour la plupart d’entre eux, ils n’avaient jamais vue.

Cette cérémonie est paradoxale. Elle fête la victoire de la France et de l’Angleterre, alliées aux États-Unis d’Amérique, mais elle réunit, fraternellement, avec les représentants de Ritterhude, unsere freundin Suzanne Geils, et de Workington, our friend Joan Wright, les délégations de trois des grands pays européens qui, vainqueurs ou vaincus, furent les protagonistes de ce conflit. Au cœur des deux batailles de la Marne et celle de la Somme, autour de Craonne et de Verdun, en Artois et en Flandres, sur le Chemin des Dames, au Morthomme ou à Douaumont, il y eut aussi des londoniens, des écossais et des gallois, des australiens, des canadiens et des indiens et, face à eux, des Prussiens, des Rhénans, des Bavarois. C’est le même sang qui battait dans leurs veines. C’est le même sang qui fut versé. Nous le savons aujourd’hui.

Cette cérémonie est à la fois anachronique et actuelle. Elle rappelle la puissance des empires européens qui, en rose ou en bleu, sur les cartes Vidal de La Blache, s’étalaient sur les cinq continents, mais elle marque aussi le début de leur fin, quarante ans avant l’ère des indépendances. Elle mit aux prises 70 nations, mais certaines, la Pologne dont Letchek Tabor le Maire nouvellement réélu (il faut toujours réélire un bon maire) nous adresse un message, ou l’Irlande n’existaient pas juridiquement et d’autres, brièvement apparues, la Tchécoslovaquie ou la Yougoslavie, ont disparus comme État. Le monde est fragile. Au lieu de s’unir, il se fragmente, il se scissionne, il se divise, il se déchire en Ukraine, en Irak, en Syrie, au Mali et, après tout, en Catalogne aussi, parfois plus près encore…

Cette cérémonie n’est pas anodine. Si, dans une vie, il fallait n’en suivre qu’une, c’est à celle-ci qu’il aurait fallu assister, le 11 novembre 2018, car elle marque un siècle d’histoire. Elle est le regard du XXIème siècle, ses craintes et ses découvertes, sur le XXème, ses progrès et ses folies. Elle fait ressurgir l’image de nos grands-parents, pour les plus âgés d’entre nous, de nos arrière-grands-parents, pour les plus jeunes. Chacun de nous, en Allemagne, gnädige Suzanne, en Angleterre, dear Joan, en France, chers amis, avons connu ou entendu parler d’un homme, jeune, qui, un matin d’août 1914, la fleur au fusil, pensant que la mobilisation n’était pas la guerre ou que, si elle l’était, elle serait « fraîche et joyeuse », a quitté ses champs ou son usine, son atelier ou son troupeau. Constant dont je porte le prénom, né en 1897, avait été mobilisé, envoyé sur le front et aussitôt retiré car, caissier à la Banque de France, on lui demanda de veiller à Pau sur nos lingots. Claude, mon autre grand-père dont je porte aussi le prénom, avait quatre ans en août 14 et connaîtra ensuite, avant d’autres errements, la ligne Maginot, la débâcle et l’offlag, mais son père, Ernest, était officier de liaison auprès de l’armée anglaise. Il participa, en première ligne, aux offensives des Tommies, et fût décoré par ses supérieurs britanniques, amateurs du flegme qui porte leur nom, pour avoir continué de se raser sous les balles d’une attaque aérienne ennemie. Vers la fin de sa vie, l’intéressé confessait ne plus être vraiment certain d’avoir entendu l’avion arriver. Nous les avons connus très âgés ces Théodore et ces Victor, ces Otto et ces Karl, ces Bill et ces Bob. Ils n’avaient pas toujours l’air de héros et pourtant ils en avaient été.

Ni notre Ville, ni ce monument n’existaient quand cette cérémonie fût instituée, mais, depuis le décès de Lazare Ponticelli, il n’est plus aujourd’hui une seule commune de France où l’on puisse entourer d’affection les veuves ou partager l’effroi des survivants de ces quatre années et demi d’épouvantables tueries. Nous sommes désormais à égalité devant cette tragédie. Val-de-Reuil est peut-être trop jeune pour avoir une Histoire, mais ses habitants en ont assez vécu pour avoir une mémoire.

Il y aura cent ans aujourd’hui même, à la onzième heure du onzième jour du onzième mois de 1918, les clairons de l’armistice sonnaient le cessez-le-feu sur toute la ligne de front occidentale laissant les combats se poursuivre et le sang se verser en Orient et au centre de l’Europe sur les ruines des empires austro-hongrois et ottoman. Des démocraties triomphaient et des monarchies abdiquaient à Berlin, à Vienne, à Istanbul. Un jour nouveau se levait sur la France, sur l’Europe et sur le monde.

Un jour nouveau, mais un jour triste, un jour sanglant, un jour d’hécatombe. Derrière l’ivresse de la victoire, des pays vacillants se relevaient comme des boxeurs sonnés. Une immense cicatrice traversait notre pays de part en part. De la mer du Nord à la frontière suisse, un gigantesque réseau de tranchées, de boyaux, de postes d’observation, de barbelés, de cratères de bombes, de décombres encore fumants, de fosses communes et de désolation, courait sur notre sol dévasté.

Après plus de quatre ans d’un conflit qui, né à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine, de l’assassinat d’un archiduc autrichien par un étudiant serbe, s’était peu à peu étendu à la quasi-totalité de la planète pour devenir la première guerre mondiale, les canons, les fusils et les mitrailleuses se taisaient enfin. La guerre était finie et, comme sortant d’un interminable cauchemar, dans l’ivresse de la paix retrouvée, les peuples en liesse se juraient les uns aux autres qu’on ne les y prendrait plus, que c’était bien la dernière, la « der des ders », comme chacun le disait dans sa langue et l’espérait dans son cœur. En Français, en Allemand, en Anglais, en Turc, en Polonais.

La guerre, nous savons tous ce que c’est. Ou nous croyons le savoir. Les livres d’histoire, les films documentaires et les films de fiction, les quelques images, les quelques sons qui nous en parviennent sur nos écrans de télévision et par les réseaux sociaux, pire les jeux électroniques enfin, nous en font quotidiennement le récit et nous en proposent une vision, édulcorée et filtrée par d’innombrables censures, dont nous nous accommodons d’autant plus facilement que, Dieu merci, depuis maintenant plus de sept décennies, nous, nous les Français, nous les Européens, n’en avons plus ni subi l’horreur qui est celle de la mort, ni connu la terreur qui est celle des armes, ni senti l’odeur qui est celle du sang. Non, la guerre n’est pas un jeu vidéo. Nos soldats qui se battent pour nous au Sahel ou au Levant savent ce que la guerre, parce qu’elle peut conduire au sacrifice suprême, a de terrible. Nous leur devons le plus absolu des respects.

Ce que nos arrière-grands-parents, puis nos grands-parents, vingt ans plus tard, ont vécu, ce qu’ils ont traversé, ce à quoi ils ont survécu et dont, le plus souvent, ils ne voulaient ni ne savaient parler à leurs enfants, nous n’en avons qu’une bien faible idée. Il est des expériences et des souffrances incommunicables. Jamais dans l’histoire des peuples, l’humanité n’avait consenti un si lourd tribut à la folie humaine. Vingt millions de victimes entre 1914 et 1918, cinquante millions entre 1939 et 1945, tel est le montant de la rançon qu’a exigée et obtenue des hommes ce dieu du carnage, Moloch impitoyable auquel ils ont sacrifié par deux fois leur bonheur et leur raison.

Blasés par l’habitude, soit ignorants, soit indifférents à notre histoire, nous passons chaque jour devant ces monuments commémoratifs que le remords et la piété ont multipliés au centre de nos villes, au cœur de chacun de nos villages et nous jetons un regard indifférent sur ces interminables listes de noms gravés dans la pierre ou le marbre et qu’efface peu à peu le temps. Relisez-les comme je le fais toujours. Ce sont parfois dans nos campagnes des familles entières qui ont été anéanties. Ayons une pensée, en ce jour du centenaire, pour cet effroyable cortège de jeunes hommes, frères, cousins, voisins, que la mort a fauchés au printemps de leur existence. Prenons conscience de ce que notre vieux pays a souffert dans sa chair et dans son âme, de cette hécatombe dont il ne s’est peut-être jamais remis. Un million et demi de morts, quatre millions de blessés sur dix millions de mobilisés. La guerre avait marqué de son signe fatal une maison, une famille, un foyer sur deux. A Liverpool, à Brême, à Rouen ou à Evreux, elle laissait des gueules cassées et des grands blessés, des orphelins, des veuves et des femmes seules qui, par millions, avaient fait tourner l’économie, soutenu l’effort de guerre, travaillé dans les usines d’armement, moissonné les champs, soigné les blessés. Oubliant qu’on ne peut se réconcilier qu’avec son ennemi, à Versailles, elle avait multiplié pour les vainqueurs, les frustrations, pour les vaincus, les humiliations, pour la société des Nations, les désillusions.

Sont-ils morts pour rien, comme on l’a trop souvent dit ? Étrange manière de les honorer que de cracher sur leurs tombes si prématurément ouvertes ! Ces civils que la guerre avait revêtus d’uniformes, entre les mains de qui elle avait mis des armes, qu’elle avait enrôlés sous ses drapeaux, dont elle avait fait sinon des militaires, en tout cas des combattants, aimaient la vie comme nous, auraient pu se marier, fonder une famille, vieillir, mais ils ont accepté de mourir. Par discipline ou par idéal. Pour la patrie, pour la terre natale, pour des valeurs qu’ils voyaient en danger, dans l’espoir d’un monde meilleur et plus juste. C’est bien parce qu’ils sont morts avec Guillaume Apollinaire et Rolland Garros, avec Charles Péguy et Louis Pergaud, avec Jean Bouin et Alain-Fournier, que nous sommes là, c’est à leur mort que nous devons notre liberté d’un côté et de l’autre du Rhin, de part et d’autre de la Manche.

Les clairons de l’armistice n’annonçaient pas la paix, comme nos aïeux ont voulu le croire. Ils ne sonnaient que pour une trêve. Au moins, après deux guerres mondiales, le spectre semble pour toujours écarté des guerres civiles, des guerres intestines, des guerres suicidaires que se livraient les peuples européens, ennemis héréditaires, Français contre Anglais, Français contre Allemands. L’esprit de revanche, le nationalisme westphalien et l’hégémonisme colonial ont disparu. Ne nous faisons pour autant pas trop d’illusions : la guerre n’est pas finie. Nous la menons sous des formes différentes et qu’il nous faut gagner sous peine d’être balayés par l’histoire, contre l’injustice et la misère, pour la justice sociale et l’égalité des chances, contre le fanatisme et l’intolérance, pour la laïcité et la liberté, contre la haine et la violence, pour la fraternité et la solidarité, contre le populisme et le terrorisme, donc contre la guerre et pour la paix universelle. Demain nos enfants feront face aux conséquences du réchauffement de la planète, de la poussée démographique en Afrique et en Asie, de l’envahissement numérique et du recul de l’éthique, de la relégation des banlieues et du mépris des élites, du manque d’eau, de la transformation du travail et du vieillissement des populations européennes. Il y aura deux manière de répondre à ces défis : le rassemblement des intelligences, des talents et des énergies comme nous tentons de le faire ici à Val-de-Reuil, à Ritterhude, à Workington, à Stzum, à Danthiady. Ou bien la rivalité, la compétition, le chacun pour soi et, comme ceux que l’on a appelé les somnambules parce que, à Paris, Londres et Berlin, ils ont provoqué la guerre croyant jusqu’au dernier moment qu’ils n’auraient pas à la faire, l’humanité connaîtra des déconvenues et des drames bien plus graves que ceux dont nous voyons aujourd’hui les prémices se mettre en place. Plus que jamais soyons vigilants. C’est le sens de cette cérémonie.

Vive Ritterhude, Vive Workington, Vive Val-de-Reuil.

Vive la République et Vive la France

4 OCT 2018

Actualités

J’ouvrais ce jeudi 4 octobre, au Théâtre de l’Arsenal, à Val-de-Reuil, en présence de nombreux anciens dirigeants africains, chefs d’entreprise, économistes, acteurs associatifs et élus du territoire normand, la 3ème édition des rencontres « Entreprendre avec l’Afrique »

 

Je suis encore trop jeune pour être un sage. Je ne peux donc ouvrir ce colloque, ici au théâtre de l’Arsenal, sans saluer les anciens auquel le respect est dû. Par leur expérience et leur travail, ils ont permis la dynamique de ces journées qu’organisent la communauté d’agglomération Serine-Eure et son président, Bernard Leroy, qui est un peu le chef de la CASE.

D’abord, mon collègue Hubert Zoutu, indissociable de Thérèse son épouse, qui, comme Léopold Sédar Senghor en son temps, est devenu un pont solide et généreux entre notre Normandie et l’Afrique plurimillénaire, grand continent qui a engendré les autres et où l’humanité est née. Je rends hommage à l’acharnement et au dévouement qui ont été les siens pour lancer politiquement, intellectuellement, matériellement ces assises.

Je veux également souhaiter la bienvenue dans notre Ville à un ami, Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des Economistes, qui, ayant le sens du partage et le talent de l’intelligence, partage précisément son intelligence de Aix à Val-de-Reuil, en passant par Singapour pour susciter, de cercles en rencontres, discussions et idées.

Je veux, enfin, dire l’honneur qu’ils font par leur présence dans la plus jeune commune de France à nos illustres invités qui, au sud du Sahara, dans leurs différents pays, ont occupé les fonctions les plus élevées, et aux intervenants français qui ont pris sur leur agenda pour éclairer nos débats, au premier rang desquels, évidemment, ma collègue du conseil régional, Clothilde Eudier, vice-présidente en charge de l’agriculture en général et, plus particulièrement, de rappeler à Hervé Morin qu’il n’y a pas que le cheval dans la vie. C’est dire qu’elle a fort à faire.

Je suis trop jeune, ai-je dit, mais déjà assez vieux pour être assis sous l’arbre où, dans la cité contemporaine dont je suis le maire, le conseil du village se réunit. Alors permettez-moi quelques réflexions générales pour nourrir ce mot d’accueil et l’extirper de son carcan protocolaire.

Première remarque : il serait très artificiel et très européen de prétendre que l’Afrique est une. Tout comme l’Allemagne, l’Italie, la Hongrie, l’Italie, même si elles appartiennent – pour combien de temps encore – à la même union politique et économique, ne sont pas la France, il y a, en fait, de l’océan indien au golfe de Guinée, du Cap à Alger, plusieurs « Afriques » immenses, variées, diverses, par l’économie, l’alphabétisation, les recettes budgétaires, le climat, la pyramide des âges, les ressources, le peuplement. L’Afrique est le continent pluriel par excellence. Alors gardons-nous de toute généralisation.

On entend, en effet, beaucoup de jugements globaux sur l’Afrique. Ils en proposent souvent une vision catastrophiste. Sans doute faudrait-il que ces commentateurs se modèrent, ne serait-ce que parce que beaucoup d’entre eux n’ont jamais traversé le détroit de Gibraltar, bu un verre de bissap ou une tasse de quinquéliba, jamais senti l’air parfumé qui s’engouffre dans l’avion quand la porte de la carlingue s’ouvre à N’Djamena, Yaoundé ou Djibouti, jamais vu les choucas tourner en cercles infinis au-dessus des ports de Libreville, Dakar ou Abidjan. Certes, l’Afrique continue de souffrir de maux préoccupants : pauvreté et inégalités, menaces terroristes et conflits ethniques, régimes discutables et infrastructures insuffisantes… Certes la conjoncture macroéconomique y est depuis quelques mois plus aléatoire en raison du cours erratique des minerais ou de la remontée des niveaux d’endettement des Gouvernements. Mais il est d’autres manières – plus positives – de décrire un continent, riche de ses matières premières et de ses capacités humaines, un continent qui représentera la jeunesse de la terre avec 25% de la population mondiale en 2050 et qui vit, en même temps, des dizaines de transitions numériques, démographiques, écologiques, économiques.

D’un point de vue géopolitique, il ne faut pas confondre les territoires en crise ou en tension qui existent, qui connaissent insécurité ou épidémies – on sait combien le Mali est la victime de Daech, de même qu’on se souvient des ravages qu’a fait, encore récemment, le virus d’Ebola – et des régions entières où cela va mieux, où cela va bien.

D’un point de vue économique et démographique, il faut se méfier des agrégats statistiques. Bien sûr on peut rappeler que deux Africains sur trois n’ont pas accès à l’électricité, mais c’est en train de changer. Mais l’Afrique est en mouvement. Mais 500 millions d’Africains sont connectés par leur portable. Mais le potentiel est considérable. Mais sa croissance progresse à un rythme impressionnant. Mais elle est portée par une classe moyenne en pleine expansion. Tout ce à quoi croit Jean-Louis Borloo sous le nom duquel nos discussions se sont abritées et qui, comme je lui rappelais encore cet été, quand nous nous sommes vus, a beaucoup fait pour Val-de-Reuil.

D’un point de vue démocratique, certes on peut déplorer les soubresauts dictatoriaux qui se produisent régulièrement, mais il y a des alternances comme en Gambie, au Bénin, au Ghana, au Sénégal, des évolutions comme celle incarnée par Georges Weah au Libéria non plus comme footballeur du PSG, mais président à Monrovia.

Mais s’il ne faut pas pas verser dans l’afro-optimisme béat des années 70, car, étant de principe, il était naïf, il ne faut pas non plus sombrer dans un afro pessimisme, exagéré et désespérant, qui serait anachronique au XXIème siècle.

Dans ces conditions, quelle est la méthode pour parler de l’Afrique ? Acceptez du secrétaire général de LVMH qu’il se hasarde à considérer que les Afriques méritent de la haute couture et du sur mesure. Il faut réfléchir, quand on l’évoque, à une approche par zone, par pays, par projet. C’est ce que vous ferez aujourd’hui et demain.

Deuxième remarque : nous avons raison de consacrer notre temps et notre réflexion à l’Afrique, car elle prend une importance de plus en plus grande sur la scène internationale. Le continent africain est le cœur d’enjeux stratégiques essentiels. Il est devenu un acteur à part entière des échanges mondiaux. C’est pourquoi il est activement courtisé par les puissances montantes comme par les États qui l’ont autrefois découpée en empires.

D’ailleurs, si l’Afrique n’en valait pas la peine, tous les pays du monde n’aurait pas aujourd’hui une politique africaine. Or, on voit les dirigeants de l’Inde et du Maroc l’Arabie Saoudite ou du Qatar, du Brésil, de la Turquie ou des USA, se passionner pour sa modernisation, y séjourner, s’en préoccuper. Ce n’est pas toujours par simple bienveillance. S’appuyant sur la diplomatie de l’autoroute, du stade ou de la voie ferrée, la Chine y désormais a un commerce deux fois important que le nôtre. Pas vraiment par philanthropie.

Il faut dire que nous avons compris trop tardivement qu’il nous fallait être symétrique et pas unilatéral, qu’il ne fallait plus prendre en Afrique, mais y entreprendre. Pour parler clair, la France, qui l’a annoncé tant de fois, doit mettre fin au système inefficace et dépassé de la France-Afrique. Mais, comme l’a dit le Président de la République Emmanuel Macron, parfois maladroitement, à Ouagadougou ou, plus récemment, à la conférence des ambassadeurs en aout dernier, elle ne doit pas renoncer à l’amitié avec les pays africains. Continuons, comme nous le faisons à notre échelle ce matin, à entretenir une relation intellectuelle et culturelle singulière, avec cette partie de l’Afrique multiple avec laquelle nous avons le plus en commun : la proximité géographique, l’héritage historique, le métissage des cultures et des peuples, la langue souvent, des liens personnels étroits. Faut-il rappeler, ici où toutes les nationalités du continent sont largement représentées que 10% des Français ont des origines africaines, que 300 000 ressortissants français vivent sur le sol africain et que 75 % des francophones seront Africains en 2050 ? Dans ma commune, tous les pays d’Afrique sont représentés. Vous n’aurez pas l’équivalent de Val-de-Reuil à Pékin…

Troisième remarque : si on consacre à l’Afrique, comme nous ce matin, mieux qu’un regard extérieur, vague et lointain, on s’apercevra que le continent africain n’est plus uniquement le terrain de jeu des puissances anciennes, mais qu’il est le berceau de puissances jeunes et nouvelles : le Nigéria avec 27% du PIB de la zone et 94 milliards de $ d’investissements extérieurs, l’Afrique du Sud avec 20% du PIB de la zone et 136 milliards de $ d’investissements extérieurs, deux pays qui se caractérisent en outre par des forces et un effort militaires importants, l’Éthiopie avec 10% de croissance, le Zimbabwe avec 7,5% de croissance, d’autres États souverains encore qui naissent ou renaissent comme le Maroc. On n’est pas observateur, mais acteur de son propre destin. L’Afrique le sait.

Pour coller plus étroitement à notre sujet, dans un contexte prometteur, mais instable, il est déterminant que l’Afrique parvienne à couvrir ses besoins de proximité en développant massivement son agriculture vivrière, qu’elle enclenche une véritable révolution verte face aux dérèglements climatiques, qu’elle relève le défi agro-alimentaire par une meilleure utilisation des terres arables, par la restauration des sols, par un recours accru à l’irrigation et une bonne gestion de l’eau, par une mécanisation adaptée, par l’emploi de semences améliorées, par le développement de filières prometteuses (coton, oléagineux, cacao, horticulture, pêche…), par l’innovation et les nouvelles technologies. Vous êtes de ces sujets de meilleurs experts que moi.

Vous constaterez au fil des tables rondes que l’Afrique, par elle-même, a déjà accompli de grands progrès en matière de nutrition et de sécurité alimentaire. Mais le développement du secteur agricole nécessite d’importants capitaux. Même s’ils sont encore insuffisants, des financements sont disponibles, notamment à travers l’aide publique et l’épargne d’une vaste diaspora qui se mobilise en faveur de projets concrets. Les entreprises françaises et la coopération décentralisée, avec mon ami Rémy Rioux qui, à la tête de notre agence de développement, le plus utile et le plus beau job au monde, fait un remarquable travail, peuvent certainement apporter, en ce domaine, une collaboration recherchée. Mais il faut bien comprendre que l’Afrique a désormais davantage besoin de partenariats équilibrés et équitables que de bonnes paroles et de conseils.

Dernière remarque : dans notre colloque très pacifique, il faut marteler que, de part et d’autre de la Mer Méditerranée, il n’y aura pas de développement sans sécurité ni de sécurité sans développement. L’essor économique de l’Afrique est donc une priorité absolue pour le monde. Il exige de déraciner les ferments terroristes, de stabiliser les États et de redonner l’espoir à la jeunesse.

Pour y parvenir, il faut avoir – ensemble – une priorité et une constante : la lutte contre le djihadisme. L’expansion du fanatisme islamiste précarise la situation sécuritaire en Afrique, en particulier dans la vaste zone sahélo-saharienne. Des groupes armés s’y sont réfugiés dans des zones désertiques Depuis 20 ans, l’extrémisme religieux violent s’est progressivement répandu en Somalie, au Soudan, au Mali, au Nigéria, au Kenya, en Tunisie, en Libye. Cet islamisme radical prospère dans des régions pauvres et reculées où sévissent le marasme économique, la désespérance sociale, la pression démographique, des tensions interreligieuses ou interethniques. Il embrigade des jeunes déshérités, frustrés et privés de perspectives professionnelles, sociales, éducatives. Il tire profit de tous les trafics (drogue, cigarettes, armes, migrants, otages…) qui prospèrent dans ces territoires sur lesquels le contrôle étatique ne s’exerce que de manière faible. En dénonçant le problème, je dis les solutions.

Ce défi majeur que l’Afrique affronte, concerne aussi directement nos États européens, car les répercussions de cette crise se font sentir chaque jour en Europe. Les arrivées massives de migrants sur les côtes italiennes et espagnoles, après une traversée souvent périlleuse et meurtrière, n’ont parfois pas d’autres raisons.

Heureusement, en matière de sécurité, il faut se féliciter de la montée en puissance et de la crédibilisation des capacités défensives africaines, tant sur le plan national qu’au niveau régional. Sur ce plan, le G5 Sahel revêt un caractère exemplaire avec un état-major qui rassemble un général nigérian, un officier supérieur tchadien et un commandant camerounais. L’Afrique prend, sur ce plan aussi, de plus en plus son destin en mains. L’organisation annuelle du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique depuis 2014 en est la preuve. Dans ce combat nous sommes alliés.

Alors, pour conclure, quelle méthode notre colloque doit-il prôner pour que l’Afrique et l’Europe relèvent les défis d’intégration, d’urbanisation, de biodiversité, d’éducation, de financement, d’innovation auxquelles elles font face ? Le partenariat, je l’ai dit.  C’est Hubert Védrine qui, en préparant cette intervention avec moi, me l’a affirmé. À condition qu’il repose sur le co-développement et non sur l’hégémonie, sur la confiance mutuelle et non sur la défiance généralisée, sur la responsabilité partagée et non l’arrogance imposée. L’avenir appelle à la cogestion intelligente des flux, des crises, des projets. Ensemble, par le dialogue et la compréhension, nous pouvons faire des choses extraordinaires pour nous et pour la planète. Il est un proverbe africain qui dit cela mieux que moi : « Si tu veux aller vite, marche seul, mais si tu veux aller loin, marchons ensemble ».

© 2011 Marc-Antoine Jamet , Tous droits réservés / Wordpress