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7 SEPT 2022

Actualités

Adieu Champion, adieu l’artiste, adieu Hervé Lofidi

Discours de Marc-Antoine JAMET

Maire et Conseiller Départemental de Val-de-Reuil

Obsèques de Hervé LOFIDI, Champion de France des Lourds-Légers/Ceinture WBC Francophone

6 septembre 2022 à 15h00

Cimetière de Val-de-Reuil

 

Chers amis, réunis ici si nombreux, il est rare que, revêtu de l’écharpe tricolore, j’aille à un enterrement. Plus exceptionnel encore que, pour y assister, je me rende dans notre cimetière. Ces cérémonies sont celles de la tristesse et du chagrin. Elles appartiennent aux familles. La décence, la dignité, le deuil commandent de respecter l’intimité de ceux qui ont perdu un proche. Leur épreuve est celle de l’absence et de la douleur.

Mais il fallait que je sois là avec vous, aujourd’hui, avec les parents de Hervé Lofidi, avec ses proches et ses amis. Je prends la parole parce que ses frères, Yves et Éric, m’ont demandé de dire quelques mots. Ils n’enlèveront pas la peine. Ils ne feront pas reculer la douleur. Ils ne parviendront pas à vaincre la mort. Ils sont impuissants à faire tout cela. Ils sont vains. Ils sont faibles. Ils sont humains. Or, ce qui nous réunit devant ce cercueil est de l’ordre de l’irrémédiable et de l’indicible. Cet hommage, votre présence, ma voix, ne peuvent donc être davantage que le témoignage du respect et de l’amitié que nous avions, avec l’ensemble de mes collègues du conseil, beaucoup étant présents, pour Hervé et pour son parcours exceptionnel.

Disant cela, je ne suis toujours pas certain que mon discours soit nécessaire, soit utile pour construire la légende de Hervé Lofidi. Il n’est point besoin, me semble-t-il, que je parle pour que son visage nous apparaisse. Le sillon qu’il creusera sur notre Terre, il l’a tracé lui-même. De son vivant. Par les souvenirs qu’il nous a donnés, par la mémoire que nous avons de lui, de ses exploits sportifs, de son exemple. Un grand champion laisse derrière lui une empreinte exceptionnelle. Il était un très grand champion.

Néanmoins, une Ville jeune comme la nôtre, je vous vois très nombreux à avoir moins de trente ans, a besoin de héros. Hervé Lofidi était un de nos héros, un de nos premiers héros, un héros à notre image, un héros qui nous ressemble, un héros qui nous a permis de dessiner l’image de notre cité. C’est pourquoi Val-de-Reuil, à l’instant de sa disparition, doit remercier Hervé Lofidi, lui payer le tribut, comme disent les Anglais, qu’elle lui doit. C’est Homère qui raconta dans l’Illiade comment Achille éleva le tombeau de Patrocle, son ami, son presque frère. Autour de Hervé, nous sommes tous des petits Achille tristes et effrayés par son départ brutal.

Dans notre histoire collective, dans notre imaginaire, Hervé Lofidi était entré par la grande porte, par la force de ses victoires, par la grandeur de ses combats. Tous ici nous admirions le boxeur. Après le basket et le football dans nos clubs, il avait choisi les arts martiaux et la boxe-thaï qu’il avait pratiquée avec une autre figure de notre ville, une autre silhouette connue des Rolivalois, avec Neth. Qui se ressemble s’assemble. C’est à 25 ans que la boxe anglaise, le noble art celui de Georges Carpentier, de Marcel Cerdan, de Jean-Claude Bouttier, celui de Fabrice Benichou, des frères Tiozzo, de Brahim Asloum, celui des Gentlemen du Ring, celui des grands, l’avait séduit et envahi. Il allait désormais vivre et combattre selon les règles du Marquis de Queensberry.

Comme il était un homme exceptionnel, son parcours fût dans cette discipline exceptionnel. Par sa rapidité. Par sa clarté. Par sa qualité. Champion de Normandie après un an seulement, boxeur professionnel en 2016, Champion de France en 2018, classé dans les 15 premiers de la WBC immédiatement après et titulaire de la ceinture WBC francophone. Beaucoup d’entre vous, et je reconnais vos visages, l’ont suivi à Paris, à Amiens, à Levallois-Perret pour le soutenir et l’admirer. Moi aussi. A bon droit, il avait été surnommé « l’artiste ». C’est un titre qu’il méritait parce qu’il était digne et solide dans la défaite, car il en avait connu quelques-unes ce qui ne le rend que plus remarquable et plus humain, mais il était rayonnant, bien que modeste, mesuré et calme dans la victoire. Un grand, un très grand, un très très grand champion, vous dis-je…

Trois mots le caractérisaient : l’élégance, le courage, la solidarité. L’élégance parce que, au punch, il ajoutait du style. Peu de gens ont du punch ou style. C’est souvent alternatif. Lui avait et du punch et du style. Dans la vie comme sur le ring. Du courage, parce que la boxe est une dure école, une vie de sacrifices. Hervé Lofidi ne le niait pas et il citait son père : « c’est celui qui en veut le plus qui va le plus loin ». Dans le monde qui peut être âpre et cruel des sports de combat, tous ceux qui l’entouraient, entraîneurs, arbitres, certains qui l’ont encore visité il y a peu de temps à l’hôpital, partenaires, promoteurs et je songe à Malamine Koné, estimaient Hervé Lofidi. Il est rare d’être apprécié lorsqu’on est un champion. On est aimé, on est admiré, on est adulé… et jalousé. Mais être apprécié, c’est autre chose. Il faut être aussi être considéré et jugé comme un grand homme. Il l’était. La générosité parce que nous sommes beaucoup à nous souvenir de ce repas qu’il avait offert à tous les jeunes qui l’avaient accompagné, de round en round, de salle en salle, et qu’il avait rassemblé autour de lui au jardin des animaux fantastiques pour les remercier. C’était un grand seigneur.

Cependant Hervé Lofidi n’était pas seulement un sportif. Son corps d’athlète était exceptionnel, mais ses muscles étaient dirigés par une âme, par un esprit, par une pensée. Il avait, ce qui n’est pas toujours donné à une seule et même personne, une très grande beauté, je peux le dire sans ambiguïté, un physique qui rappelait celui des statues classiques, mais il avait également une très grande intelligence et une belle sensibilité. Il possédait à la fois le charisme qui faisait qu’on le suivait et le charme qui faisait qu’on demeurait avec lui. Je l’ai éprouvé : tous les deux, nous avions de l’amitié, de l’estime et de la compréhension l’un pour l’autre. Oui, vraiment, j’espère que nous avons partagé ces sentiments. Il était brillant. Il était solaire. Cette dimension explique qu’il était aimé ici, mais aussi à Louviers où il avait fait ses études, à Canteleu où il s’était entraîné, à Rouen où il avait vécu et à Paris. A vrai dire, Hervé Lofidi était aimé partout où il passait. Les éloges funèbres que nous avons lus dans la presse et jusque dans L’Équipe. les réactions qu’ont pu avoir de nombreuses personnalités, en portent la preuve.

Connu et reconnu un peu partout, cet athlète était d’abord et avant tout un enfant de la ville. Il y était arrivé à l’âge d’un an. Certains se souviennent qu’il était le plus petit de sa fratrie, si bien qu’il était encore appelé « Baby » par les siens longtemps après qu’il était déjà adulte. Il avait connu l’école Coluche où il commença sa scolarité. Il avait connu la dalle, la gare, nos gymnases, nos rues. Il était comme beaucoup de jeunes Rolivalois et c’est pour cela que vous avez tenu à lui dire adieu. Parce qu’il était comme nous, parce qu’il était comme vous, il avait gagné le droit, par son exemple et par sa destinée, d’être un modèle pour une génération.

Une part de lui, et c’est ainsi que je voudrais conclure, est moins connue. Elle n’en est pas moins remarquable. Permettez-moi d’en parler. Hervé Lofidi n’était pas un sportif comme on en voit de plus en plus sur les terrains de football professionnels, insensibles à ce qu’il se passe autour d’eux, tournés vers les médias, les réseaux sociaux ou le chèque que leur victoire va leur permettre d’obtenir. Si Hervé Lofidi était un sportif et un homme, je l’ai rappelé, il était aussi un citoyen, engagé pour le respect des droits de tous, quels que soient son parcours, son origine, ses opinions et sa race. Aux dernières élections municipales, c’est ainsi qu’il avait rejoint notre liste pour s’opposer aux tenants du Rassemblement National dont il mesurait la capacité de nuisance et les ravages y compris dans la jeunesse. Il s’était placé en dernière place avec une idée qu’il m’avait confiée : « si les jeunes de la ville veulent que je sois élu, il faudra qu’ils viennent en masse puisque que je suis le dernier. C’est pour cela que je choisis cette place ». Au nom des mêmes valeurs, il avait déploré et dénoncé les tensions imbéciles qui avaient pu agiter Val-de-Reuil à l’automne dernier. Sa voix pour en condamner les meneurs et les profiteurs à ce moment avait été forte. C’était la voix du bon sens, la voix de la modération, la voix d’un homme qui avait plus de sagesse que ce que son âge aurait dû lui donner. Cette voix avait retenti pour alerter chacun du mal qu’il faisait à notre communauté en se comportant n’importe comment. On se bat sur un ring. Pas dans la rue. Alors qu’il il aurait pu penser à lui-même, à sa réussite, Hervé Lofidi pensait à préserver sa Ville et à protéger ceux qui l’entouraient.

Je veux évoquer notre dernière rencontre. Ce n’était pas moi qui étais allé vers lui, mais lui qui était venu vers moi. Fatigué, affaibli, transformé. J’en ai presque honte. Nous nous étions rencontrés en mairie, mais il n’avait pas pu monter au premier étage, dans mon bureau. Ses forces le trahissaient. Il ne pouvait pas monter les escaliers Nous avions dû rester au rez-de-chaussée, à l’état-civil, là où on déclare les naissances et les décès. C’était hélas prémonitoire. Ce jour-là, comme d’habitude, il ne venait pas parler de lui. Il voulait parler des jeunes, des autres. Il souhaitait mener une action de civisme, de prévention, d’incitation au travail comme, m’a-t-il dit, son père le lui avait appris. En l’écoutant me dire qu’il fallait montrer le droit chemin à tous, je me demandais lequel d’entre nous, frappé par la même maladie, par la même souffrance, aurait eu cet altruisme, cette façon désintéressée et sincère de penser aux autres. A la place d’Hervé Lofidi, nous aurions probablement songé à nous-mêmes. Lui, il pensait à nous. Il pressentait sa fin et, pourtant, il regardait l’avenir. C’est une immense leçon.

Nous n’avons eu par la suite qu’un ou deux échanges téléphoniques. C’est Eric, son frère aimant, tout comme Yves, lui aussi son aîné, qui m’a tenu au courant de l’aggravation de l’état de santé de Hervé, jusqu’à cet appel, voici 8 jours, où il m’a appris qu’il était au plus mal, que la fin était proche, qu’il voulait être enterré et pleuré à Val-de-Reuil. Fidélité. Loyauté. Dignité.

Je vous l’ai dit : la mort est toujours cruelle. C’est la vérité. Elle nous prive de ceux que nous aimons. Elle nous laisse désemparés. Il faut penser d’abord au désespoir de la famille de celui qui nous a quittés, à la peine de ses amis. Je pense particulièrement à la petite fille venue avec lui un jour aux vœux de la municipalité. À 34 ans, la mort n’est pas simplement cruelle. Elle est injuste. C’est pourquoi, devant sa tombe, nous avons un devoir collectif, celui de faire que Hervé Lofidi soit immortel. Il ne peut l’être que dans nos yeux, que dans nos cœurs, que dans notre amitié. Alors conjuguons tous nos sentiments cet après-midi pour lui dire : « Adieu Champion, adieu l’artiste, adieu Hervé Lofidi. J’espère que là-haut, sur un grand ring blanc, tu as retrouvé Cassius Clay, Mohamed Ali, et que, ensemble, vous vous entraînez, vous vous entraidez. Adieu ! ».

22 AVR 2022

Actualités

Dimanche, je voterai Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen. J’incite les Rolivalois, de toutes mes forces, à faire de même.

Madame, Monsieur, Chers concitoyens,

Je veux avant toute chose vous remercier pour les résultats obtenus à Val-de-Reuil au premier tour de cette élection présidentielle, ce scrutin si important pour notre démocratie, ce vote qui ne revient que tous les cinq ans et qui ne demande pour être exercé que cinq minutes à chaque citoyen.

Vous remercier, mais aussi, si vous le voulez bien, vous sensibiliser à trois des enjeux de ce deuxième tour, aux conséquences qu’ils auront pour notre vie quotidienne, pour l’avenir de nos enfants, pour le développement de notre commune. Vous les connaissez, vous en êtes informés, vous vous déterminerez évidemment seuls, en votre âme et conscience, mais, comme votre Maire, celui à qui vous faites confiance pour gérer et faire progresser Val-de-Reuil, je veux, par ce courrier, ainsi que l’a établi entre nous une tradition désormais ancienne, y insister. Je n’ai qu’un seul but : que nous soyons plus nombreux encore à nous rendre aux urnes, dans un des six bureaux de vote qui, dans les écoles rolivaloises, seront ouverts de 8 heures à 19 heures, dimanche 24 avril.

Vous remercier donc et d’abord de vous être déplacés pour aller voter en masse, en foule, au premier tour de l’élection présidentielle, comme vous l’aviez fait aux dernières municipales et, l’année dernière également, aux départementales, comblant ainsi une partie du déficit de participation, de citoyenneté, que nous subissions par rapport à nos voisins et, plus encore, par comparaison la moyenne nationale. Dans la matinée, c’est tout juste si nous avons pu faire face, par la mobilisation des assesseurs et la compétence des fonctionnaires municipaux à votre enthousiasme. C’est un changement essentiel dans nos habitudes collectives. Restons sur cette belle tendance. Grâce à vous, grâce aux quelques instants que nous avons consacrés dimanche 10 avril à notre devoir électoral, nous avons évité les commentaires désagréables qui faisaient de nous, en Normandie, les mauvais élèves de la classe, des gens indifférents à leur sort, la lanterne rouge de l’abstention. A mon poste, toute la journée, avec mes collègues élus, nous avons vu des familles venir, ensemble, déposer un bulletin dans l’urne, de nombreux « premiers votants », âgés de 18 ans, certains, plus âgés ou découragés, qui ne s’intéressaient plus à la politique, et qui, pourtant, ne pouvaient rester silencieux au moment de décider de qui nous gouvernera jusqu’en 2027. Suivons leur exemple. Déjà, je vous l’assure, les analyses des journaux se sont faites moins cruelles, les observateurs moins condescendants, les critiques à notre encontre moins virulentes. On nous écoute. On nous voit. On nous respecte. C’est une victoire collective. Encore un effort, nous n’avons fait que la moitié du chemin ! Je le répète : voter nous donne une force exceptionnelle pour attirer, négocier, obtenir, des subventions, des emplois, des investissements. De notre conduite individuelle dépend le bien-être commun. Notre sort est entre nos mains. Aidons-nous. Aidez-vous.

Vous remercier aussi d’avoir fait reculer l’extrême-droite par rapport à 2017, de ne pas vous être laissés entraîner par la vague brune qui a déferlé sur l’Eure et qui correspond si peu, non seulement à nos valeurs républicaines, celles qui font la France, mais aussi aux réalités de notre vie quotidienne. Nul ne peut dire que, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, le programme sera le même, notre pays identique, les choix indifférents. C’est de vous que dépendra notre avenir. Votre décision comptera. Pour les droits et les libertés, celles qui garantissent toutes les opinions, celles qui font de tous les Français des femmes et des hommes libres et égaux quel que soit leur origine, leur sexe, leur religion. Pour notre économie, notre croissance et notre protection sociale que l’endettement, l’isolement européen et l’incompétence des héritiers de Jean-Marie Le Pen viendraient mettre à mal. Pour notre Ville plus particulièrement puisque le programme de la candidate d’extrême droite ne prévoit rien pour le renouvellement urbain, rien pour le pouvoir d’achat des salariés, rien pour le logement des propriétaires ou des locataires.

C’est un exercice de salubrité publique : en Normandie, le Rassemblement National a vu son leader et nombre de ses cadres rejoindre la petite bande ouvertement raciste qui entourait le candidat Éric Zemmour ; dans l’Eure, pas un des représentants de cette formation ne fait, depuis des années, entendre sa voix, ne fait la moindre proposition, en clair ne travaille et ils sont si transparents que nous serions bien en peine de mettre un nom ou un visage sur leurs idées ; dans notre commune, enfin, ce serait conforter de manière absurde l’élu ténébreux, misanthrope et solitaire qui, perdu dans des discours brumeux, les références à Vichy et la nostalgie du « bon vieux temps des colonies », incarne dans l’excès, parfois dans le ridicule, ce courant dépassé à Val-de-Reuil. Au nom de notre « vivre-ensemble », cette expérience utile pour la sécurité et la laïcité qui fait la singularité et l’exemplarité de Val-de-Reuil, cette orientation humaine et bienveillante à laquelle je crois, mais qui reste fragile, nous ne pouvons pas accepter qu’un seul bulletin ne se dirige, à Val-de-Reuil, vers Marine Le Pen. Il y en aura, mais ils seront l’erreur, comme ses joueurs qui marquent contre leur camp et font perdre leur équipe.

Vous remercier enfin d’avoir gardé notre Ville à Gauche, puisqu’il est manifeste que les voix écologistes et socialistes, qui forment une majorité solide dans notre Ville, se sont très largement dirigées vers Jean-Luc Mélenchon. Je suis lucide : il ne s’agissait pas d’un simple témoignage, mais de la volonté de qualifier ce candidat, les espoirs qu’il entraînait, les propositions qu’il faisait, au second tour de l’élection. Je le comprends. Il s’en est fallu de peu que cette stratégie réussisse. Pour autant, faut-il maintenant attendre les législatives, voter blanc ou rester chez soi. Non, car le retrait des électeurs de Gauche signifierait que, en République, tout se vaut, que Marine Le Pen serait en tête à Val-de-Reuil. Voulons-nous vivre dans une Ville que le Rassemblement National aurait gagnée ? Voulons-nous rejoindre Fréjus et Hénin-Beaumont dans l’outrance, la faillite et la honte ? Pensons-nous que la Guerre en Ukraine, à nos portes, est un « détail de l’Histoire » et que Vladimir Poutine est un sympathique dictateur ? Accepterions-nous que la futur présidente, si elle était élue, parade à Paris avec les Premiers Ministres polonais ou hongrois populistes, homophobes, opposés au droit à l’avortement comme à la contraception, qui musèlent les libertés, les oppositions, les libertés dans leur pays.

Pour éviter cela, il n’y a pas cinquante solutions. Dimanche, sans accepter son programme, sans plébisciter sa personne, je voterai Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen. Je vous incite, de toutes mes forces, à faire de même en vous assurant de mon dévouement sans faille pour notre commune.

Marc-Antoine JAMET.

10 AVR 2022

Actualités

J’appelle toutes les forces de Gauche et de progrès du département de l’Eure à voter massivement Emmanuel Macron pour battre Marine Le Pen.

Communiqué de Marc-Antoine Jamet,

Maire et conseiller départemental de Val-de-Reuil

 J’appelle toutes les forces de Gauche et de progrès du département de l’Eure à voter massivement Emmanuel Macron pour battre Marine Le Pen.

Le grand gagnant de l’élection présidentielle à Val-de-Reuil reste l’abstention (38%), mais la Ville, comme lors des récentes consultations locales, confirme le redressement de sa participation relative et décroche moins, par rapport à 2017, que la moyenne nationale ou la moyenne départementale.

Sur près de 8000 inscrits, 4817 se sont déplacés vers les urnes contre 4918 il y a cinq ans. Les deux bureaux de vote (Léon Blum et Coluche) situés dans les quartiers qui abritent la proportion la plus importante de classes moyennes votent plus (70% environ) que les quartiers de centre-ville dont la population connaît une forte précarité, se rapprochant du taux de participation national.

Le scrutin marque le recul dans la commune des grands partis de Gouvernement à droite comme à gauche, prolongement du pari dangereux et à courte vue tenté par En Marche depuis cinq ans. Le score de Valérie Pécresse (1,65% et 78 votants…), très en retrait par rapport à celui de François Fillon (6,5%), vient confirmer, phénomène entamé il y a 20 ans, la quasi-disparition de la droite classique à Val-de-Reuil. Anne Hidalgo ne se classe que 4ème (3,50% et 165 votants), bien qu’elle enregistre dans la commune un score bien supérieur à son niveau national.

Le Président de la République, qui avait rassemblé 18,3% des suffrages en 2017, fait légèrement moins bien (18% et 849 votants), montrant une absence d’enracinement à la fois personnelle et partisane qui peut interroger ceux qui en sont les représentants locaux dans la circonscription comme à l’échelle du département et annonce les 12 et 19 juin des législatives plus incertaines qu’on ne le pensait.

En additionnant les voix qui se sont portées vers Marine Le Pen (24,6% soit 1160 voix), Éric Zemmour, qui, raciste et urbain n’a que peu séduit dans la Ville Nouvelle (3,2%) et Nicolas Dupont-Aignan (1,4%), on constate un très léger recul de l’extrême-droite (29% soit 1375 voix contre 30% soit 1438 électeurs il y a 5 ans), pourtant battue à plat de couture lors des récentes élections municipales où elle avait fait son plus mauvais score depuis 20 ans. L’extrême droite avait capté 30% des voix en 2017. On en peut en tirer un enseignement : plus on se rapproche du terrain où ses porte-paroles allient médiocrité et absentéisme, plus les résultats du Rassemblement National sont faibles ; plus il s’agit de consultations nationales, plus élevés sont ses scores.

La Gauche radicale qui réunit Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud représente 43,64% avec 2057 voix contre 34% en 2017. L’essentiel de ce résultat est acquis par le leader de la France Insoumise (40,4%) qui réalise une percée importante reposant sur son équation personnelle et la priorité donnée par les électeurs de Gauche au vote utile plus que par son programme irréalisable et qui n’aurait trouvé aucune majorité.

Le courant écologiste réalise une réelle contre-performance puisque, malgré l’importance des dossiers environnementaux, notamment celui du contournement Est de Rouen, il ne parvient pas à mobiliser plus de 2,33% soit 100 voix.

Néanmoins, le bloc de Gauche, Gauche de Gouvernement et Gauche radicale, à Val-de-Reuil (50%), reste, en partie grâce à l’action de la municipalité, deux fois plus important que le bloc des droites (31%), droite républicaine et extrême droite. Cet équilibre n’est que très peu modifié si on ajoute les voix du Président sortant (18%) à celle de la droite.

Quoi qu’il en soit ces résultats ne peuvent appeler de ma part qu’une consigne de vote forte et claire, sans ambiguïté et sans contrepartie : battre l’extrême droite xénophobe, réactionnaire et incompétente, dont la cheffe de file s’est déclarée l’amie et l’alliée de Vladimir Poutine, en se mobilisant, plus nombreux qu’au premier tour, et en votant, massivement, pour éviter la ruine du pays et sa désagrégation, Emmanuel Macron. Il s’agit moins de sauver la démocratie qui résisterait peut-être à l’élection de Mme Le Pen, mais de préserver les valeurs de la République, liberté, égalité, fraternité, solidarité, laïcité qu’elle mettrait irrémédiablement à mal et la place de la France en Europe et dans le monde que, en ridiculisant notre pays et en l’isolant, elle compromettrait gravement et durablement.

Lucide sur ses qualités humaines et sur ses défauts politiques, je souhaite donc sincèrement la victoire du Président de la République sortant, en espérant qu’il comprendra enfin que c’est avec une autre majorité et une autre politique, plutôt qu’en s’appuyant sur la vieille droite, qu’il parviendra à regagner la confiance du camp du progrès et que ce n’est pas en détruisant, un à un, tous ses repères que la société française s’apaisera.

Le dimanche 24 avril 2022, je voterai pour Emmanuel Macron et j’appelle tous les socialistes du département et, au-delà, toutes les forces de Gauche à faire de même.Ce n’est pas en votant blanc ou en restant chez soi qu’on fait barrage à l’extrême droite. C’est en votant pour le Président de la République, pour le chef de l’État, pour Emmanuel Macron.

22 MAI 2021

Actualités

Sollicité par l’Association « NON À L’AUTOROUTE A133-A134 », comme l’ont été tous les candidats aux prochaines élections départementales, j’ai tenu, en approuvant chacune des propositions formulées par ses adhérents, à rappeler mon hostilité de la première heure et mon opposition constante au projet de contournement Est de Rouen, dévastateur pour notre environnement et le cadre de vie des habitants du canton du Vaudreuil/Léry/Poses/Porte de Seine/Herqueville/Connelles/Amfreville sous les Monts/Val-de-Reuil. Contrairement à d’autres, dont l’avis varie à l’approche des élections, nous sommes les seuls à avoir déposé des recours devant la justice pour interdire sa construction.

 

Mesdames les candidates et Messieurs les candidats aux élections départementales, l’association « Non à l’autoroute » (siège social à Léry) aimerait connaître votre avis sur le projet autoroutier A133-134.

Nous vous remercions par avance de répondre à nos courtes questions.

Vous pouvez joindre un commentaire dans le cadre à la fin du courrier.

Vos réponses seront rendues publiques afin d’éclairer le choix des électrices et électeurs.

Je vous prie d’agréer, Mesdames, Messieurs, l’expression de ma considération distinguée.

Maxime Bunel

Président de Non à l’autoroute A133-A134

Voici le questionnaire et son introduction :


Cette autoroute supplémentaire qui viendrait raccorder, sur le territoire Seine Eure, l’A28 à l’A13 au niveau de la forêt de Bord, en serpentant entre Le Manoir, Alizay, Les Damps, Léry, Val de Reuil, est un non-sens à la fois économique et écologique.

Non-sens économique. Elle ne servira en rien l’activité économique sur le territoire, car elle concernera, pour l’essentiel, le trafic de transit international nord-sud de l’Europe. Le montant prévu des péages sera dissuasif pour le trafic de transit nord-sud et le trafic d’échange plus local. Rappelons le développement de l’autoroute ferroviaire qui peut par les voies actuelles se substituer à ce projet pour beaucoup moins cher.

Le territoire Seine Eure est déjà traversé par deux autoroutes (l’A13 et l’A154), une autoroute supplémentaire n’est pas une priorité. La pandémie de la Covid-19 va laisser des traces dans l’économie, l’argent public devra servir à endiguer les pertes économiques et financières, à aider les secteurs de l’économie et les citoyen.nes touché.es par cette pandémie et non gâcher près d’un milliard d’euros dans un projet qui n’est plus d’époque.


Non-sens écologique car elle détruira des espaces naturels riches, des terres agricoles, la lisière de la forêt de Bord, longera une zone Natura 2000, apportera de la pollution supplémentaire : émissions de gaz à effet de serre en plus et de particules fines, de produits toxiques dus à l’abrasion des pneus et freins). Cette balafre autoroutière va modifier négativement le cadre de vie de milliers d’habitant.es (bruit donc stress, éloignement de la forêt, pollution visuelle constante, accroissement des maladies dues à la pollution de l’air) va détruire définitivement ce paysage surplombé par la Côte des Deux Amants, qui est un site classé.


Au moment où le réchauffement climatique met en évidence la nécessité de changer les modèles de développement économique et en particulier les modes de transports des marchandises et des personnes, ce projet vieux de 50 ans, n’est pas adapté aux réalités actuelles. Notre territoire a la chance d’être traversé par la Seine et la voie ferrée Rouen-Paris. L’argent public récupéré, près de 500 millions €, si le projet A133-A134 est définitivement abandonné, pourra être investi dans une politique des transports adaptée aux urgences du moment, sociale, écologique, économique, et rendre service à la grande majorité de la population.


Notre association propose des alternatives : quel est votre avis ?

  • Favoriser la liaison entre la métropole de Rouen et l’agglo Seine Eure utile à des milliers de personnes qui transitent chaque jour dans les deux sens en développant les transports en commun (en amplitude, en cadencement) le co-voiturage, l’autopartage. D’accord / Pas d’accord

  • Faire de l’A13 la voie de circulation prioritaire entre les deux agglomérations en supprimant le péage d’Incarville qui rejette quotidiennement des milliers de véhicules sur le réseau secondaire. Y baisser la vitesse à 90km/h, comme sur les rocades péri-urbaines. D’accord / Pas d’accord

  • Développer le transport multi-modal. Favoriser le fret ferroviaire et le fret fluvial. La Seine, fleuve navigable par excellence, est sous utilisée. Le réseau ferré a jadis développé un important trafic de marchandises, il peut toujours répondre aux besoins de transports du fret actuel. D’accord / Pas d’accord

  • Développer l’utilisation du vélo en construisant des pistes cyclables, en favorisant la combinaison vélo-transport en commun. Le vélo a été un moyen de transport populaire et partagé par un grand nombre de personnes, il peut le redevenir. D’accord / Pas d’accord

  • Conforter les démarches actuelles de mise en service d’une liaison ferroviaire entre Rouen et Evreux qui passerait par Louviers, étudier la meilleure solution (tram-train ? Train léger ?) D’accord / Pas d’accord

  • Désenclavement de la Vallée de l’Andelle : utiliser au mieux la ligne Etrépagny/Alizay qui allait jadis à Gisors pour le fret et l’ouvrir au trafic voyageur; maintenir l’interdiction de la circulation des poids lourds de plus de 19 tonnes sur la D 321 d’Alizay à Fleury sur Andelle, les dévier sur les grands axes routiers et autoroutiers existants. D’accord/Pas d’accord

Vos commentaires éventuels ou votre proposition alternative :

« Je crois que je n’ai pas besoin de vous dire combien je suis hostile à l’autoroute de contournement Est de Rouen, puisque Val-de-Reuil, à mon initiative, dépose recours contre recours – depuis le premier jour, on peut vérifier – pour qu’elle ne se fasse pas, consacre des fonds importants à ce combat, sert discrètement de point d’appui à nombre de démarches juridiques s’opposant également à ce projet démentiel, coûteux et qui ne répondra pas aux objectifs quoi lui sont fixés. En mairie notre juriste y consacre une part non négligeable de son temps de travail depuis plusieurs années. Nous avons subi les foudres et les représailles du DDE à plusieurs reprises, sans que, d’ailleurs, j’ai pu noter, au-delà de Léry et Poses, communes amies, qu’une solidarité particulière s’organise pour en atténuer les effets. 
 
Je réponds, non moins évidemment, par une approbation totale à l’ensemble des propositions que vous faites en alternative réalisable, souhaitable, favorable qu’il s’agisse de multi-modalité (la Gare de Val-de-Reuil, dont la commune – chose exceptionnelle en Normandie – a payé une partie. Bien qu’elle bénéficie à toute notre agglomération, en témoigne à sa façon), d’énergies propres (une station de recharge hydrogène au rond-point des pommiers, une station de recharge électrique rapide d’une vingtaine de postes, au rond-point des clouets, sont en cours d’aménagement ), de liaison ferroviaire avec Evreux/Caen (à la condition que cela ne conduise pas à la création de deux gares voisines de quelques kilomètres sur notre territoire, de tracés absurdes et redondants, de ruptures de change et de liaison routière entre les deux lignes passant devant les fenêtres des malheureux habitants de Louviers ou de Pinterville, si l’embranchement se faisait, non au niveau de la gare actuelle, mais à celui de Vironvay/Heudebouville, sans parler du coût redoublé que nécessiterait ces redondances), d’utilisation renforcés du vélo (contrairement à ce qui peut exister dans d’autres parties de l’agglomération et que je n’approuve pas, Val-de-Reuil a décidé que ses voies cyclables seraient en site propre, sécurisées et signalées par un revêtement d’une couleur spécifique).
 
Puis- je cependant compléter votre courrier de plusieurs remarques ? 
 
Il est clair que les questions principales, en tout cas les plus immédiates, sont celles des paysages et de l’environnement (l’éventrement de la forêt de Bord à la hauteur de Léry n’est pas plus imaginable qu’un viaduc coupant la Seine et l’Eure à 50 mètres d’altitude en parfaite visibilité de tous les points qui font la beauté de notre cadre de vie – je songe à la côte des deux amants – et en défigurant Pitres, Le Manoir, Pont-de-l’Arche, bien d’autres communes encore) mais aussi celle du renforcement de la pollution (dans une aire qui en était à peu près préservée). Toutefois, il y a d’autres points qu’il faut ajouter à ce premier bilan désastreux.  
 
1) Une question sociale : est-il normal qu’un véhicule qui s’arrête à Val-de-Reuil après s’être déjà acquitté d’un droit au péage de Heudebouville/Vironvay en acquitte un second au péage d’Incarville lorsqu’il repart vers Rouen ? Est-il normal que tous les usagers venus de notre canton le payent également pour emprunter un tronçon théoriquement gratuit, subventionnant le tronçon payant situé avant le péage de Heudebouville-Vironvay ? 
2) Une question de sécurité routière : le contournement de Rouen n’aboutirait pas seulement à une échangeur entre l’A13, l’A154 et l’A28, mais aussi à un diffuseur depuis ces autoroutes vers le réseau secondaire. Croit-on vraiment que les rond-points des Clouets, de Saint-Pierre, du fantôme, du monument, des pompiers, des pommiers sont en capacité, alors qu’ils sont déjà saturés soir et matin, parfois également dans la journée, d’accueillir de nouveaux véhicules ? 
3) Une question politique : comment certains candidats – je pense notamment à ceux de la droite et de l’extrême droite –  peuvent-ils prétendre qu’ils sont contre cette autoroute alors que leurs « amis » qui se présentent sous les mêmes étiquettes à la région – il est vrai que la liste LR/LREM de l’Eure ne sait si elle doit soutenir M. Bonnaterre ou M. Morin –  sont pour ? Avec mes camarades et alliés de la métropole, Nicolas Mayer-Rossignol, et de la région, Mélanie Boulanger et Laetitia Sanchez, nous sommes, comme tous ceux qui savent ce qu’est vraiment le progrès, sur la même ligne : « non à l’autoroute ». 
4) Une question industrielle qui est une question de bon sens que je me tue à enseigner à Bernard Leroy, parfois bien léger ou bien suranné : si une voie nouvelle connectée au nord de l’Europe peut éventuellement apporter emplois et richesses, elle peut aussi – on vient de le voir avec la recherche Janssen qui nous déserte pour les Flandres – en emporter loin de notre territoire ou plus facilement encore vers d’autres parties soit plus littorales, soit plus centrales de notre pays. On a connu autant de voies structurantes qui asséchait un éco-système par l’évasion de son dynamisme que le contraire. C’est un jeu aventureux auquel on risque l’avenir de notre département pads toujours attractif.
5) Une question économique qui est aussi une question d’égalité : on a bien compris que ce contournement s’il se faisait (et il ne se fera pas) serait réservé à ceux qui pourront en payer le prix extravagant – une sorte de dîme, de gabelle ou de champart trois siècles après l’abandon des privilèges – et interdit à ceux, la majorité d’entre nous, salariés, retraités, artisans, jeunes qui n’auront pas les moyens de faire face à une dépense qu’on annonce pour un aller-retour en dizaine d’euros. 
6) Une question budgétaire enfin et c’est le magistrat à la Cour des comptes qui parle, celui qui a fait entre 2000 et 2015 de la Normandie, dont j’étais le responsable des finances, la région la mieux gérée de France, celui qui a désendettement sa ville : il ne s’agit pas de savoir ce que l’on pourrait faire avec les sommes astronomiques (on va vers le milliard et plus) qui seront aspirées par cette folie, car ce n’est pas du tout ainsi que le problème se pose techniquement, pratiquement, mais bien plus de s’interroger sur ce qu’on ne fera pas pour payer cette ponction démesurée et où ?  On ne se privera pas de quelque chose de supplémentaire. On fera une croix sur quelque chose d’indispensable. Je n’imagine pas les habitants de Bernay ou de Pacy-sur Eure être mis à la diète, pas même ceux d’Évreux. Ce sont nos collectivités de proximité. Clairement ce davantage de bitume, ce sera moins d’éducation, moins de santé, moins de solidarité d’une part, moins d’investissements pour les transitions écologiques, technologiques, économiques et numériques d’autre part. 
 
Dès lors, l’Eure continuera de ronronner, invisible, oubliée, dépassée. C’est cela que nous voulons éviter, conjurer et changer. Parce que nous voulons l’Eure du réveil et pas l’Eure de l’immobilisme comme aujourd’hui.
Marc-Antoine Jamet
22 MAI 2021

Actualités

Les trois morts de François Mitterrand

Les trois morts de François Mitterrand

par Marc-Antoine JAMET

Une date est importante lorsque, jour, mois, année, elle ne forme plus qu’un tout indissociable. De Gaulle fût élu en 1965, Pompidou en 1969 et Giscard en 1974, mais François Mitterrand devînt Président de la République le 10 mai 1981. Il y a 40 ans. Une date se hisse dans l’Histoire lorsqu’on n’oublie pas ce qu’on faisait ce jour-là. Je revois la moue désabusée du maire (de droite…) de ma petite commune de banlieue apercevant mon blouson, ma mobylette et mes cheveux longs : « celui-là, c’est pas pour nous ! ». Une date, enfin, entre dans la légende quand une génération entière s’imagine l’avoir intimement vécue. L’accession au pouvoir du premier président socialiste de la Vème République relève de cette catégorie. Comme le Stade de France pour les supporters des bleus en 1998, la Place de la Bastille aurait été bien trop petite pour accueillir tous ceux qui pensent et racontent – avec sincérité ! – avoir, jusqu’au fameux orage, dansé de joie au pied de la colonne et de son génie ailé. Ils sont des dizaines, des centaines, des milliers à s’en rappeler. Quand bien même serait-ce par procuration, il est agréable le goût de la victoire.

Directeur de cabinet du Président de l’Assemblée Nationale, puis du Premier secrétaire du parti socialiste, enfin du Président du Groupe socialiste, entre 1992 et 1997, avant d’occuper par la suite d’autres postes du même acabit, je n’ai connu de l’intérieur que le second septennat. Comme beaucoup dans ce petit milieu, il m’est alors arrivé de rencontrer celui que, dans son dos, ses ministres appelaient le « vieux », mais qui, en sa présence, lui donnaient du « Président » à s’en décrocher la mâchoire. Il impressionnait. Deux fois, sentant le sol se dérober sous mes pas, j’en ai fait les frais. Henri Emmanuelli, pressentant la défaite que suivrait le suicide de Pierre Bérégovoy, désirait me nommer à la Haute Autorité de l’Audiovisuel. A l’Élysée, j’attendais dans l’antichambre confirmation de ce projet quand la voix si reconnaissable à dessein s’éleva : « j’ai déjà nommé le père, je ne vais quand même pas recaser toute la famille ». Et pour punir mon audace, sympathique cruauté, on me donna à instruire le dossier de la jeune femme désignée à « ma » place. Dans les jours sombres qui suivirent la publication du bouquin de Pierre Péan sur la jeunesse contrastée du Président, j’allais au « château » voir le Secrétaire Général de la Présidence, comme il était normal à l’époque que je le fasse. Dans le bureau des secrétaires, Hubert Védrine s’affairait triant des montagnes de papiers. Je lui demandais ce qu’il pouvait bien archiver à cette heure quand le timbre chuintant, qu’avaient popularisé imitateurs et humoristes, à peine affaibli par la maladie, retentit, exaspéré, derrière moi : « puisque vous êtes là, au moins rendez vous utile ». C’est ainsi que, tard dans la nuit, j’agrafais les argumentaires qu’une presse, qui les questionnait, recevrait le lendemain sur les faits d’armes et l’impeccable résistance du Chef de l’État. Peine perdue.

Est-ce parce que cela l’atteignait, par nature ou parce qu’il sentait la vie qui s’enfuyait, il pouvait être d’une extrême dureté. Vers la fin, on me chargea d’organiser un repas secret où le Président convierait les anciens premiers ministres de ses gouvernements et les anciens premiers secrétaires de son parti, ainsi que quelques barons du nord et du Pas-de-Calais qu’il avait souhaité qu’on ajouta. Sa tasse d’hibiscus devant lui (« la boisson d’immortalité des pharaons »), enfoncé dans un amoncellement de coussins, l’inquiétant docteur Jean-Pierre Tarrot à ses côtés, le déjeuner tourna au règlement de comptes interne à la défunte SFIO. Mitterrand, soudain ragaillardi, revivait le congrès d’Épinay, taxant, vingt ans après, de « molettistes » ceux qui s’étaient opposés à sa synthèse (« à cette table, j’aurais étéminoritaire »), rappelant méchamment à Pierre Mauroy qu’il avait convaincu le maire de Lille, Augustin Laurent, de s’en retourner à la faveur d’un enterrement providentiel vers son beffroi plutôt que de rejoindre ses opposants (« c’était aux pissotières, Pierre, oui, aux pissotières ») et révélant enfin à Jean-Pierre Cot, Pierre Joxe et Lionel Jospin que leur coupe de cheveux « afro » leur valait le surnom d’« Angela Davis » dans les couloirs de Solferino. Dans mon souvenir, Jospin répliqua courageusement « et vous Dracula, Président, à cause de vos dents », ce qui jeta un froid. Mitterrand, teint de cire, visage creusé et lèvres blanches, ne reprit l’avantage que par une méditation sur la mort, le ciel gris, les nuages et le temps, exercice dans lequel, de cimetière parcouru en église visitée, il excellait depuis soixante bonnes années.

Il pouvait faire aussi preuve d’une étrange humanité. Décorant mon père, il en fit un portrait si juste, si bienveillant, expliquant – seul à pouvoir le faire – les raisons morales et politiques, lointaines et familiales, qui avaient amené un journaliste de droite, connu et admiré pour cela dans Paris, passé par Le Figaro, L’Auroreet Le Quotidien de Paris, à soutenir un homme de Gauche que tous ces journaux conspuaient allègrement. A la fin d’un discours inhabituellement long, alors qu’il pouvait expédier ces cérémonies, je vis quelques larmes rouler, bien qu’il n’ait jamais cessé de le nier, sur les joues du récipiendaire, tandis que François Mitterrand, le dos rompu par les métastases qui l’envahissaient, retournait s’allonger dans une alcôve dressée pour un impossible repos, non loin du bureau où trônait la maquette de la Très Grande Bibliothèque…

Mais c’est par ses trois morts que je n’oublierai pas François Mitterrand. La première eut lieu le 20 novembre 1994. 13 ans après Créteil et sa désignation comme candidat à la magistrature suprême, le Président socialiste retrouvait à Liévin un congrès de son parti. Il arriva par le train. Épuisé. Hagard. Son discours devant la stèle des 42 mineurs tués dans la catastrophe de 1974 fût un calvaire. Un maigre gargouillis sortait de sa bouche. Il chancelait. A peine le dernier mot chuchoté, on l’évacua vers la Mairie où il s’effondra inconscient. Alors que la foule le demandait, il était allongé à même le sol, entouré de gardes du corps et de médecins. On le piqua. On le soigna. On lui donna des dizaines de cachets, de comprimés et de médicaments. Au bout d’un moment de ce traitement intensif, la vie reprit le dessus. Il se releva, ressuscita, reparla, recevant debout, triomphant et souriant, un tonnerre d’applaudissements. Comme si de rien n’était. Une seconde fois, il passa devant moi de vie à trépas. Après avoir salué Jacques Chirac qui lui succédait, le 17 mai 1995, il était revenu au siège du Parti Socialiste, avant de rejoindre la rue de Bièvre, refaisant à l’envers le chemin du 10 mai 1981. Il fût étincelant. Parlant de chic, comme s’il n’avait jamais quitté cet hôtel particulier mal foutu et familier aux militants. Sa conclusion, « vous reviendrez au pouvoir plus vite que vous le croyez », était prémonitoire. Il voulut revoir le bureau historique des premiers secrétaires. La journée avait été longue et compliquée. Il avait présumé de ses forces. Soudain, chaque marche lui sembla infranchissable. Il s’essoufflait, vacillait, étouffait littéralement. Dans son ancien bureau, il tourna de l’œil et tomba. Le sang avait quitté son visage. Il était un cadavre. On le porta sur un canapé. Autour de lui, le ballet recommença. Seringues. Potions. Réanimation. Le protocole dura plus longtemps. Il se releva plus difficilement. Les hiérarques s’inquiétaient de son absence. On entendait les voix de Martine Aubry, Ségolène Royal et Élisabeth Guigou tambourinant sur la porte : « rendez-nous le Président ». Il reprenait ses esprits. Après avoir refusé de se montrer au balcon (« vous me prenez pour Mussolini ! »), il redescendit parmi ses camarades, posa presque guilleret devant le poing et la rose et repartit en voiture sous les vivas. La troisième de ses morts fut différente. Plus rapide. Plus brutale. A 6 heures du matin, le 8 janvier 1996, Pierre Joxe, sur un ton policier, me téléphona   : « Jamet, je veux voir Fabius à son bureau au Palais-Bourbon ». C’était celui qu’avait occupé François Mitterrand pendant 20 ans d’opposition. Laurent Fabius y arriva. « Le président est mort cette nuit ». Voilà ce que l’ancien ministre de l’intérieur avait à dire. J’étais ému. Les deux hommes l’étaient aussi, calmes et orphelins, atteints sans être anéantis, comprenant simplement que plus rien pour eux ne serait comme avant. Ils l’avaient tant aimé, aidé, admiré et imité.

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