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3 SEPT 2020

Hommage à Antoine JARRIER, photographe et directeur du Patrimoine de Louis Vuitton

Hommage à Antoine JARRIER, photographe et directeur du Patrimoine de Louis Vuitton

Discours de M. Marc-Antoine JAMET, Secrétaire Général de LVMH

Église de Boulogne-Billancourt – Samedi 26 août 2020 à 19 heures.

 

Chers amis,

Ma première pensée ira vers Bing, l’épouse d’Antoine, et Étienne, son fils, pour les remercier de m’avoir invité et associé à cet hommage où, pour évoquer son mari, pour rappeler son père, il ne sera question que d’aventures, de défis, de bonté et de courage. C’est un honneur et une faveur. C’est un privilège.

Mon inquiétude est grande de dévoiler sans éveiller la passion, sans assez d’inspiration, ce que mes collègues de Louis Vuitton, Marie-Ange Moulonguet et Thierry de Longevialle, animés par le souffle de l’amitié et du travail partagé, diront parfaitement dans quelques instants. Cela serait ici mal venu de la part de celui qui, en en étant le Secrétaire Général, représente le Groupe LVMH. Cela ne correspondrait pas, surtout, à l’émotion que mon coeur ressent en ce moment, mélange de reconnaissance et de recueillement, sentiment que celui que nous fêtons aurait voulu – nous le savons – léger et joyeux.

Alors permettez-moi quelques mots – simplement – pour que chacun se souvienne (ou apprenne) que Antoine Jarrier, dans l’univers de notre entreprise, appartenait indiscutablement à une triple élite.

Il en relevait d’abord par la nationalité, car il était un éminent ressortissant de la principauté du Pont-Neuf, un citoyen de la Belle Jardinière, entité par tradition quasi indépendante au sein de l’empire LVMH. Chez Louis Vuitton, puisqu’il s’agit de ce pays bien connu, il ne faut pas le cacher, quand « on n’en est pas », on ne peut y entrer qu’avec un visa difficile à obtenir et généralement de très courte durée. Pire que la Suisse ou Monaco. Antoine, pendant près de 35 ans, en possédera pourtant un des très rares passeports permanents. La raison n’en est pas très compliquée à expliquer. Il fut un pilier essentiel d’une marque certes universellement connue, puissamment rentable, perpétuellement innovante, mais surtout impitoyablement sélective quand il s’agit d’attirer le talent, la subtilité, l’intelligence. Voici trois ingrédients dont il n’était pas dépourvu. C’est ainsi armé qu’il participa à la renommée du célèbre malletier. Il en construisit une partie de la gloire et du succès. Il en sculpta l’imaginaire. À sa place. En son temps. Avec d’autres. On n’en disconviendra pas… Mais au premier rang. De manière décisive. Si l’on voulait plagier les discours officiels, on pourrait dire sans mentir que Antoine Jarrier, qui la fit intensément briller au firmament du Luxe, a bien mérité de la patrie des malles, du monogramme et du damier.

Il vivait au sommet du royaume des artisans, sur l’Olympe des maroquiniers, parce qu’il faisait partie de la tribu des Carcelle’s Boys and Girls, de cette petite phalange de femmes et d’homme dévoués corps et âmes à un patron hors normes. Yves Carcelle, exigeant, bouillonnant, inventant, mais aussi chaleureux, audacieux, attirant, avait reconnu ce photographe embauché au temps des Racamier. Il n’était pas évident d’ordinaire de satisfaire à ses critères. Il fallait savoir faire face quotidiennement à ses demandes, aux intuitions de cet hyperactif, suivre son rythme indifférent aux phases du jour et de la nuit, aux fuseaux horaires des continents. Il ne pouvait pour cela que s’entourer des meilleurs. Antoine avait cette résistance et cette capacité d’adaptation qui ne sont pas données à tous. En dépit de la modestie et la gentillesse naturelles dont – peut-on le lui reprocher ? – il ne parvenait à se départir, ses qualités professionnelles, au fil des années, devinrent de plus en évidentes. Rapidement, entre le photographe et le chef d’entreprise, la collaboration se transforma pour devenir échange d’idées, partenariat de projets, mutualité de respects. Il avait progressé. Il prit du grade et du galon. À la satisfaction de tous, ce qui est assez rare pour être souligné.

Enfin, dans l’esprit de M. Bernard Arnault, qui fixa la stratégie et les valeurs de notre société pour en faire, sur tous les continents, un leader, un modèle, le monde semble devoir être parfois, dans nos 75 maisons, découpé en deux. La séparation, si elle n’est pas dénouée d’humour, n’étant pas sans lien avec la vérité, je vais m’efforcer de vous la décrire. D’une part l’armée des comptables, des juristes, des administratifs qui doivent dans une humilité silencieuse faire tourner la logistique des maisons et leur back office. C’est une majorité grisâtre à laquelle, pour vous donner un exemple éclairant, j’appartiens. D’autre part, la chevalerie de ceux qui ont un œil, une vision, un propos associant l’art, la tradition, le patrimoine, nourris de la mémoire des siècles et des exemples laissés par les génies du passé, alliés au sens de l’innovation, du déroutant et du changeant, de l’inattendu et du surprenant, de l’éternel et du contemporain. Bref, ceux qui détiennent le pouvoir foudroyant de créer. C’est de leur crane que, telle Athéna naissant de celui de Zeus, sortent les produits merveilleux que s’arrachent nos clients. Antoine Jarrier avait su puiser aux deux sources, celle du passé qui inspire, celle de l’avenir qui intrigue, pour intégrer cette aristocratie étroite. Le Président du Groupe LVMH avait pour lui estime et confiance.

De manière plus proche et plus concrète, de façon plus personnelle aussi, je voudrais que vous vous souveniez de la voix d’Antoine Jarrier, cette voix légèrement voilée qu’on retenait, qu’on reconnaissait, qu’on entend encore et qui faisait son charme, de son regard où n’avaient disparu, malgré les années passées, derrière d’épaisses lunettes, ni la curiosité, ni l’innocence, encore moins la malice, de sa silhouette qui ne se résumait pas à l’élégance passe-partout, costume noir cintré, chemise blanche et cravate sombre, caractéristique de la gente masculine oeuvrant dans la mode, mais qui savait lui préférer, quand il le pouvait, le vêtement technique du sauveteur, la tenue sportive du globe-trotter, l’épaisseur confortable d’un tweed de campagne ou l’écran d’un trench pour affronter la météo. Pas d’uniforme ! Il avait une véritable personnalité. En témoignent, à leur manière, son rôle fondateur auprès de la croix rouge des Hauts-de-Seine pour laquelle il fonda un département d’intervention en cas de catastrophe naturelle, son goût pour le parachutisme et la spéléologie, du Grand Erg du Sahara au Jura, son implication pour promouvoir les Petites Mains Symphoniques dont Étienne avec virtuosité dirige ce soir l’orchestre. C’est lui qui me présenta Éric du Faÿ, chef et pygmalion de cette formation que nous fîmes aussitôt entrer au Jardin d’Acclimatation au plus grand plaisir des visiteurs qu’ils soient mélomanes ou qu’ils ne le soient pas. Pour les avoir beaucoup écoutés, je sais que leur musique peut parfois monter jusqu’aux cieux. Celui que nous célébrons la percevra.

Avec Antoine, nous avons plusieurs fois travaillé ensemble. Pour la Fondation Louis Vuitton dont je fus le premier fondé de pouvoirs et dont il tint la chronique illustrée de la construction, de l’origine en 2006 à l’ouverture en 2014, grâce au petit boitier qui ne quittait pas sa main. Pour des expositions en Asie et on se souvient encore du pavillon de sel que Louis Vuitton, précurseur en matière de développement durable, bâtit à l’exposition internationale de Aïchi, au Japon, ou des dentelles de bois dont il orna le premier mall chinois, le Plazza 66, à Shanghai pour une superbe présentation inaugurée, enchanté et ravi, par le président du Groupe LVMH. Il y eût les grands événements : « Trophées de Légende » qui marqua son temps, « Icones » manifestation installée au sommet du magasin Vuitton des Champs-Élysées, « Voyages Capitales » et son originalité, la rétrospective Marc Jacobs, Louis Vuitton à Carnavalet. Beaucoup d’autres encore.

Mais c’est pour l’exposition universelle de Shanghai de 2010 que nous sûmes former un commando. Dans le pavillon français que le Groupe avait subventionné et que le président Hu Jin Tao allait inaugurer, il fallait que, par un feu d’artifices éclatant, sur la fin du parcours, Louis Vuitton fasse oublier les autres exposants, Véolia, Sanofi et PSA, pour ne plus marquer les esprits que par sa prodigieuse inventivité. A la volonté de M. Arnault, comme toujours attentif et impliqué, s’étaient ajoutés l’impatience du Président Nicolas Sarkozy qui devait accompagner son homologue chinois et le désordre instillé par Alain Delon, parrain du Pavillon, situation aggravée par les effets émollients que produisait sur nos équipes le sourire de Sophie Marceau qui en était la marraine. Nous n’avions pas de temps et peut être pas autant d’argent que nous l’aurions souhaité. 200 pays étaient nos concurrents. Sacs, accessoires et vêtements étaient bloqués en douane. Notre stress était à son maximum. Au jour J, pourtant, grâce à Antoine Jarrier, apparût devant les chefs d’État français et chinois, par la magie des décors numériques créés par Benoît Munoz, un Paris de science-fiction revu par Jules Verne et magnifié par Louis Vuitton. Il ne fallait pas « se rater ». Antoine ne rata rien.

Il exerça enfin le plus beau des métiers : celui d’éditeur. Vuitton voulait ouvrir des espaces culturels et que peut-il y avoir de plus culturel qu’une librairie. Mais pour ouvrir une librairie, il faut des livres : chacun s’accordera sur ce point… Antoine en trouva, en façonna, en inventa. Il fixa une direction : le monde dans ce qu’il a de plus beau et les voyages, ceux où on visite et ceux où on aime, ceux où on découvre et ceux où on retrouve. Il y eût des guides, des recueils de dessins, des albums de photos. Une collection s’organisa avec une exigence et une identité : l’excellence. Il y excellait.

Pour conclure, deux instants que j’avais jusqu’alors gardés pour moi si vous me le permettez.

J’avais demandé à Antoine s’il avait des tuyaux ou du piston, appelons les choses par leur nom, auprès de l’IGN, l’Institut Géographique National, car, maire de la plus jeune commune de France, une Ville nouvelle en Normandie, à 100 km de Paris, je ne parvenais pas à en trouver la moindre photo aérienne. Un mois après, il ouvre soudain la porte de mon bureau pour me remettre, l’air ironique et moqueur, une vue géante de ma Ville vue du ciel et magnifiquement encadrée. Le résultat était exceptionnel et cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Je me confonds en remerciements, lui dis qu’il est étonnant qu’il ait dû livrer lui-même l’objet et que cela montre bien la faillite du service public, avant de lui demander, par curiosité, quel levier il avait su actionner pour faire bouger la dite IGN, la sortir de son endormissement et obtenir ce cliché. Il me répondit uniquement d’un sourire le doigt sur ses lèvres : « chut… ! ». J’appris comment il s’y était pris peu après. En fait Antoine Jarrier avait contacté, dans mon dos, le club d’ULM municipal (il en avait présidé la fédération) était monté, lui le pilote d’avion aguerri, à plusieurs centaines de mètres d’altitude derrière un inconnu, avait pris à l’instar d’un satellite de la Nasa la plus précise des photos, en avait tiré une épreuve à la taille d’un panneau publicitaire d’autoroute et l’avait fait lui-même encadrer avec un goût absolu. Je passe plusieurs fois par semaine devant ce cadeau photo-aérien. Je pense à son auteur. A chaque fois…

Second moment que je garde en mémoire, une ministre de l’économie devenue patronne du FMI, puis de la banque centrale européenne, m’attribua un jour, par inconscience ou par inadvertance, une médaille imméritée. Je voulais, par vanité et pour mes archives, un souvenir de la soirée de remise et demandais à Antoine en totale confiance de bien vouloir s’en charger. C’était bien au-dessous de sa condition. Il accepta néanmoins avec générosité de retrouver son premier métier de reporter, lui le magicien des shootings, le maestro des studios virtuels. J’imaginais déjà un gros plan sur moi rosissant de plaisir en récipiendaire embrassé sur les deux oreilles par la remettante. Antoine, en fait, m’apporta dans un rouleau une épreuve tirée sur un papier parchemin. Une fois encore un grand format. On m’y voit très vaguement et dans un lointain extrême recevoir un petit machin rouge d’une géante un peu floue qui doit être Christine Lagarde, mais 90% de la photo est occupée, au premier plan, par deux petites filles qui, à l’autre extrémité de la pièce, au même moment et au plus près du spectateur, jouent à chat. Ce sont mes enfants.  On ne peut imaginer image plus décalée, mais en même temps plus juste et plus personnelle de cette cérémonie. Cette photo est tellement plus intime, nuancée et parlante que tout ce que j’avais pu rêver. Elle est chez moi. Très visible. Très présente. Elle ne m’a pas quitté. Elle est signée Antoine Jarrier : un homme unique, un être sensible et un artiste intelligent. Je ne l’oublie pas.

 

MAJ

18 JUIL 2020

Ce mardi 14 juillet, au Monument Mémoire et Paix, devant 200 Rolivalois, je m’exprimais lors du Rassemblement en l’honneur de la Fête Nationale.

Discours de M. Marc-Antoine JAMET,

Maire de Val-de-Reuil,

Président de la commission des finances de la région Normandie

A l’occasion de la Fête Nationale

Mardi 14 juillet 2020 à 11 heures – Monument Mémoire et Paix

Chers collègues, chers compatriotes, chers concitoyens, chers amis,

La France, dans nos cœurs, toujours doit être grande. C’est notre pays. C’est notre terre. C’est notre sang. Nous sommes ses enfants. Nous devons la servir et l’aimer. Comme si elle était unique. Comme si elle était première. C’est cet amour et cette admiration qui nous a donné la force et la confiance d’affronter, ensemble et pour la surmonter, la triple crise sanitaire, économique et sociale qui a surgi brutalement. Dans ce contexte, le 14 juillet m’autorisera un mot de politique générale avant de rendre hommage à la mémoire de trois Français.

Depuis une trentaine d’années et la disparition de ceux qui avaient connu la défaite et l’occupation, la résistance et la libération, la croissance et la décolonisation, il n’est plus évident, même si cela est moins démodé que cela l’a été, d’exprimer des sentiments d’appartenance et d’adhésion à l’égard de la Nation. Il arrive encore – rarement – qu’on apprenne à l’école « France, mère des arts, des armes et des lois, tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle ». Mais c’était Du Bellay, c’était la renaissance et c’était autrefois. La France a beaucoup changé depuis La Pléiade.

Aujourd’hui, on doute de notre puissance face à la Chine, aux États-Unis, à la Russie, à leurs armées ou à leurs usines, sans parler de ces rivaux que seront demain l’Inde, le Brésil ou l’Indonésie. On s’inquiète de notre influence limitée dans une Europe divisée, incapable de se fixer dix priorités ou de rendre leurs compétences aux États, une Europe dont le modèle est en crise et où nos voisins sont davantage des concurrents que des alliés.

Malgré Duras, Modiano le ténébreux Nobel, Yasmina Reza, Houellebecq adulé en Californie, Yourcenar et Le Clézio, en dépit de Levy, Barberie, Musso, Gavalda et Bussi sagement alignés sur la table de nuit du bon M. Priollaud, ainsi que nous l’apprenne les journaux, on constate le retrait de notre langue, de notre culture et de notre littérature. La francophonie était un océan. Ce n’est plus qu’un étang. Est-il en voie d’assèchement ? Sa survie passe désormais par le Niger et le Mali, le Tchad et le Sénégal, le Cameroun et le Burkina, la Côte d’Ivoire et le Gabon, le Congo et Madagascar, l’ancienne Indochine, paradoxalement par le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, peut-être le Liban, au nom des siècles, des diasporas, des immigrations et des familles partagés à condition que nous renforcions nos liens par l’intégration ici, dans la dignité, et la coopération, dans les respect, là-bas.

On parle du climat, mais on oublie cette autre bombe à retardement qu’est la démographie. Elle se charge plus vite. Elle explosera plus fort. Nous étions au siècle précédent 50 millions pour deux milliards et demi d’êtres humains, presque 5% de la population du globe. Nous ne sommes plus que soixante-cinq millions pour sept milliards : moins d’un pour cent de l’humanité. Il y a de quoi nous alarmer pour le futur, pour la planète pour la durabilité de notre existence sans développement mutualisé, réduction des productions carbonées et désarmement.

Le constat est rude, mais il existe des solutions.

Il nous faut retrouver pour vivre et nous épanouir une échelle qui corresponde à notre taille et préserve notre santé, nos paysages, notre identité et notre indépendance. C’est pourquoi le retour vers le local et la proximité, vers l’équitable et le raisonnable, vers la mesure et la nature, sont des orientations de fond qui, au-delà des formations politiques, doivent guider notre action à Val-de-Reuil comme ailleurs.

C’est le rôle de la puissance publique que d’y parvenir, elle qui est payée par l’impôt pour transformer des informations en décisions, mais la peur du leadership est telle que les ministres plutôt que de gouverner, donc de choisir et de prendre le risque de se tromper, préfèrent suivre des conventions citoyennes confectionnées au petit bonheur la chance, comme si le pilote d’un avion le stoppait en l’air pour demander aux passagers de déterminer au hasard l’endroit où ils veulent se poser, comme si vous tiriez au sort parmi des milliers de praticiens inconnus qui sera votre médecin de famille. C’est ainsi que, de grève civique en amnésie démocratique, la participation au second tour des élections municipales, marqué par le retrait/abstention des personnes âgées, a fabriqué le 28 juin de bien curieux résultats.

Une fois par an, cependant, une fois par an, au moins, grâce à la force de ses valeurs, de ses principes, de ses idées, la France continue d’éclairer le monde de sa grandeur et de sa générosité à la lueur d’une flamme républicaine qui reste à jamais exceptionnelle et sera pour toujours exemplaire. C’est cet éclat qui justifie notre présence, qui exige notre rassemblement sur toutes les places des villes et villages de France, de Paris à Val-de-Reuil malgré la grisaille et la menace de la pluie.

Élus, corps constitués, agents civils ou militaires, bénévoles associatifs, je vous en remercie. Je ne pouvais pas rester plus longtemps seul, comme le 8 mai dernier, à tous vous représenter au cœur de ce monument entre un officier de sapeurs-pompiers valeureux et un jeune porte-drapeau masqué.

Chacun connaît la signification de cette cérémonie. Il faut néanmoins inlassablement la répéter.

Le 14 juillet 1789, en brisant les chaines de la Bastille, en s’emparant de la vieille forteresse monarchique, en mettant la tête du Gouverneur de Launay au bout d’une pique, les artisans du Faubourg Saint-Antoine et les gardes-françaises mutinées ont marqué, par la violence et le sacrifice, la naissance d’un mouvement vers l’égalité, la liberté et la fraternité, que, pendant plus de deux siècles, aucun peuple citoyen n’allait oublier.

Le 14 juillet 1790, sur le Champ-de-Mars, en jurant fidélité à la Patrie, en déclarant la supériorité de la Loi sur l’arbitraire, en décrétant l’union nationale, 100.000 parisiens allaient poser le premier acte d’une grande révolution, à la fois terrible et magnifique, dont l’énergie féroce allait transformer le monde, impressionnant les deux Amériques, celle de Jefferson et celle de Bolivar, inspirant les révolutionnaires bolcheviques et chinois, avant que leur longue marche ne les conduise vers la dictature, devenant la référence obligée de la plupart des démocraties, creusant le sillon dans lequel, depuis que le 14 juillet fût proclamé, en 1879, fête nationale, s’inscrit la geste hexagonale. Nous en sommes les héritiers.

C’est pour cette raison suprême que nous ne pouvions déserter ce monument à la Mémoire et à la Paix. On ne confine pas l’Histoire et ses symboles. Sans repère, ni incarnation, il n’est plus d’État et plus de Ville, plus de vie politique et plus de services publics. Souvenons-nous de ces jeunes étudiants manifestant spontanément, chantant la Marseillaise, brandissant le drapeau tricolore sous le nez de l’ennemi, le 14 juillet 1940 à l’Arc-de-Triomphe. Quand tout était perdu, ils ont affirmé que tout était gagnable. Notre risque est autrement plus faible. Oui, il était normal, en songeant à de tels précédents que nous consacrions cet instant à notre Patrie. Oui à la distanciation sociale. Non à la distanciation historique.

Pour leur rendre hommage, je voudrais maintenant parler de deux militaires. Le nom de l’un est si souvent cité que, à lui seul, il suffit à rappeler sa gloire. C’est le Général de Gaulle. Je ne sais si « tout le monde est, a été ou sera gaulliste » comme le proclamait André Malraux, mais le géant à la croix de Lorraine, né à Lille il y a 130 ans, mort à Colombey-les-deux Églises il y a 50 ans, a fait du 18 juin 1940, il y a 80 ans, un triple jour de vérité.

La vérité de sa conscience : mieux vaut être à Londres, entouré des compagnons fidèles à la France Libre qu’à Vichy dans le faste thermal du Gouvernement de la collaboration. Investi de charges publiques, il faut savoir ne pas se tromper, préférer l’honneur à l’intérêt. On peut décider seul, mais il faut que cela soit dans le bon sens. On est toujours responsable de ses actes.

La vérité de la patience : entre le moment où le capitaine de Gaulle cesse toute opération armée en 1920 et la date à laquelle il entre dans le Gouvernement de Paul Reynaud en mai 1940, à 50 ans, il s’est écoulé 20 ans. 20 ans de propositions et de rebuffades. 20 ans d’espoirs et de désillusions. Entre le moment où il abandonne toute fonction le 20 janvier 1946 et son retour au pouvoir le 1erjuin 1958, il lui faudra attendre douze ans, rédiger ses mémoires enfermé à La Boisserie et atteindre l’âge de 68 ans. Quelle différence avec certaines trajectoires supersoniques.

La vérité de la cohérence : trois discours, pas un de plus, résument le Général de Gaulle, Brazzaville, Bayeux et Épinal. Ils forment sa pensée, son corpus idéologique et il restera fidèle, en créant la cinquième république ou sur la scène internationale, à ce qu’il avait écrit, décrit et promis. Pas de valse des étiquettes suivant les majorités et les Gouvernements, pas de pensée changeante au fil des élections ou selon les générations. A l’esprit girouette, il préfère la force tranquille de la falaise ou du rocher.

Le Général de Gaulle, mégalomane, conservateur, cruel, dépressif, manipulateur, dissimulé, comme politicien, n’était pas un ange, mais, comme homme, il a fait preuve de qualités peu communes de courage, de lucidité et d’action, d’un dépassement de soi et d’une vision qu’on retrouve peu, pas ou plus chez nos contemporains. Conscience, patience et cohérence, cela n’est pas valable qu’à l’Élysée ou au Palais-Bourbon, c’est aussi une ligne de conduite qui peut avoir, à de modestes échelons, sa pertinence dans une région ou une agglomération, expliquer que certaines défaites valent bien des victoires, faire la part entre les individus qui réfléchissent avant d’agir, qui parviennent à exprimer un besoin collectif, un intérêt général, qui ont un certain charisme et une certaine stature et ceux qui, hélas, quelle que soit leur bonne volonté, en sont dépourvus. Ce n’est pas seulement une leçon du passé. C’est une feuille de route pour l’avenir. Il est étonnant de constater que ce sont – précisément – ceux qui ont fomenté l’attentat qui, vont honorer, à Belle-Île, la cible qu’ils ont ratée, sur la route du Petit-Clamart, 60 ans plus tôt.

Le second militaire que je veux honorer devrait nous être aussi familier que le premier. Il n’était pas général, mais simple soldat. Nous l’avons croisé et salué au repas des anciens, dans nos rues, à chacune de nos manifestations. Nous l’avons côtoyé pendant des années, avant que la maladie ne l’écarte des commémorations.

Bernard Boivin était né à Rouen, « la ville aux vieilles rues, aux vieilles tours, la ville aux cent clochers carillonnant dans l’air », le 19 janvier 1941, au cœur de la seconde guerre mondiale, quand les Anglais, à l’offensive, se ruent sur Tobrouk, le jour où Mussolini, apeuré, se précipite chez Hitler à Berchtesgaden parce que ses troupes partout sont enfoncées en Albanie, en Grèce, au Soudan en Érythrée. Très tôt, en 1949, à huit ans, il perd ses parents, est séparé, lui le benjamin de la fratrie, de ses deux frères qu’il ne retrouvera pas, est placé comme pupille de la Nation. Les jeunes gens d’aujourd’hui n’imaginent pas toujours les privations et les souffrances qu’ont subies leurs parents pendant et après la seconde guerre mondiale.

Est-ce un effet de cette enfance où il entendra le pas des bottes nazies sur les pavés, où il connaîtra les bombardements alliés sur la Normandie ? Il va dans sa jeunesse embrasser une carrière militaire. A l’âge de vingt ans, comme beaucoup de jeunes de milieu populaire, il part pour l’Algérie, d’abord au 51èmerégiment d’infanterie. Sur le drapeau de son unité, il voit les exploits de ceux qui l’ont précédé derrière deux noms qui y ont été inscrits par des braves et des héros : Arcole et Verdun. Pour deux des années les plus difficiles et cruciales de la tragédie algérienne, 1961 et 1962, il va servir dans l’Algérois, l’Oranais, le Constantinois. Après les accords d’Évian, il s’engage pour cinq ans et est versé dans un régiment d’élite, le premier régiment parachutiste d’infanterie de marine, le 1erRPIMA de Bayonne qui a été engagé à DienBienPhû, Suez et Bizerte, héritier des forces spéciales de la France Libre, fier de sa devise « Qui ose gagne » traduite de celle des commandos britanniques « who dares wins ». Comme Rimbaud, il ira en armes à Djibouti.

Son contrat terminé, il est probablement temps pour le béret rouge de revoir sa Normandie. Nous sommes en 1967. J’imagine que c’est à ce moment-là qu’il rencontre celle qui va devenir sa femme, Monique, qu’il va épouser le 24 février 1990. Ensemble, ils auront avoir trois filles, Aurélie, Mélissa et Élisa, mais il élèvera également les trois enfants que son épouse a eue d’une précédente union. Il était heureux d’être le grand-père de cinq petits-enfants qui le lui rendaient bien : Enzo (13 ans), Maéva (10 ans), Killian (7 ans), Sophie (4 ans) et la petite dernière Annabella.

De retour dans le civil, il ne reprendra pas son métier de garçon de ferme. Il en connaît l’extrême dureté. Il est recruté comme aide-raffineur aux Papeteries Navarre de Grand Quevilly, puis à la Société Parisienne de Gardiennage à Rouen, enfin comme ripeur à la société Vilain de Beaumont-le-Roger. Trois expériences qui usent et fatiguent. Il prendra une retraite bien méritée en 2001.

Marsouins et légionnaires, d’ordinaire, ne font pas toujours la paire, mais c’est, chez les képis blancs, un soldat exceptionnel qui va lui tendre la main et, chez nous, l’embarquer dans toutes ses associations, locataires avec la vaillante ALTAM, anciens combattants avec la célèbre ARACA, jardinage avec les Jardins Familiaux. On l’a compris : Bernard Boivin va rejoindre Antonio Antoniolli. Il resteront fidèles l’un à l’autre jusqu’au décès de l’adjudant-chef italien devenu un des plus éminents conseillers municipaux de notre Ville, un ami qu’une plaque honore en ce jardin.

J’ai un souvenir précis de Bernard Boivin. Il lui arrivait de grommeler quand il n’était pas content, mais c’était un Rolivalois fier de sa ville et reconnu. Il a été notre porte-drapeau. Nous lui avons confié notre étendard et seule la maladie, en 2005, lui faisant perdre l’usage de la parole et des jambes, l’a obligé à passer le relais. Il nous a quittés brusquement voici quelques jours à l’âge de 79 ans. Sa famille avait veillé sur lui. A notre tour, nous lui devions hommage et reconnaissance. Bernard Boivin, là où vous êtes, avec Saint-Michel, patron des chevaliers du ciel, nous vous saluons et nous vous remercions. Je suis ce matin votre porte-drapeau.

Avant de vivre à Val-de-Reuil pour trois décennies, voie de la Bucaille, puis Voie des Rougettes, Bernard Boivin avait habité à quelques kilomètres de chez nous à Saint-Étienne-du-Vauvray.

Nous connaissions bien et pour de multiples raisons Daniel Dugord, un des maires de cette belle commune limitrophe de la nôtre. C’est dans ce rôle que je l’ai d’abord connu accueillant Laurent Fabius en l’an 2000 à l’occasion de l’inauguration de la médiathèque Jules Verne pour la création de laquelle il s’était battu. C’était son jour de gloire, un jour de reconnaissance des habitants, un jour où il rayonnait. D’une certaine façon, son mandat de premier magistrat donnait un éclairage à un engagement de 25 ans, un quart de siècle, comme conseiller municipal, un engagement pour servir et non se servir. Je garde un souvenir fort de cette journée.

Daniel Dugord était un homme de bien. Un homme droit et positif. Un homme généreux et solidaire. Un homme réservé sur lui-même et efficace pour les autres. Un homme de conviction républicaine. Il est décédé, prématurément, victime de la maladie contre laquelle, depuis des années, il luttait avec courage, le 2 mai dernier à l’âge de 69 ans. Issu d’une famille nombreuse et d’un milieu modeste, entré à quinze ans à l’école normale d’Évreux, c’était un pédagogue. C’était un professeur. C’était un progressiste. Il devait tout, disait-il, à l’éducation, ascenseur social et passion de sa vie. Plus qu’un hussard de la République, Jules Romains en aurait certainement fait, entre Jallez et Jerphanion, témoins et passeurs de leur époque, un de ses « Hommes de bonne volonté ».

Après avoir débuté au collège du Hamelet, il avait été le principal ou le proviseur de plusieurs établissements importants de Haute-Normandie, sa région de naissance en 1951, à Hectomare, en Seine-Maritime. Un passage au Collège Branly de Grand Quevilly ne doit pas être oublié. Mais, pour nous, il reste le chef d’établissement de Pierre Mendes-France, pendant sept ans, et, pendant huit années, un des grands proviseurs du Lycée Marc Bloch que ce laïc farouche avait porté sur les fonds baptismaux. Certes, il choisit de finir sa carrière au Lycée André Maurois d’Elbeuf, mais pendant quinze ans il a veillé sur nos enfants, créant avec moi l’atelier Sciences Po qui a fait émerger tant de talents. J’avais été ému par la grande interview dans la presse locale qu’il avait donnée au dernier jour de sa mission. Il y disait sa croyance absolue dans le caractère salvateur de l’éducation, en la mission sacrée de l’enseignant : ne jamais se décourager, voir toujours dans un élève, même le plus mauvais, le bon côté qui va le sauver, inventer et innover pour continuer à faire de l’école, du collège, du lycée les étoiles brillantes du savoir et de la République.

Il n’avait pas cessé, sa tâche accomplie, de parcourir Val-de-Reuil avec ses longues jambes, ses lunettes d’écaille, sa grande taille, sa moustache poivre et sel. Parfois on croisait sa silhouette qui, dans ces circonstances, n’était pas sans rappeler celle de M. Hulot ou du facteur de Jour de Fête, en vélo, autour de la boucle de Poses, profitant du temps retrouvé.

Il continuait de se mobiliser à travers des engagements associatifs sélectifs et déterminés, « Lire et Faire lire » contre l’illettrisme et l’inculture ou « Amnesty International » pour la Justice et contre la violence, contre le racisme aussi, le poison de la ségrégation qui, depuis les États-Unis, sur un compte twitter, se répand comme le pire message du populisme, ne laissant plus aux prises que ceux qui veulent nier l’histoire en ne changeant rien de leurs haines, de leur mépris, de leur a priori contre celui qui n’est pas blanc de peau et ceux qui, en abattant des statues, veulent réécrire l’histoire plutôt que la regarder et l’expliquer.

Nous voulions que le nom de Daniel Dugord, je pense à Jacques Lecerf particulièrement, soit cité, ici, en ce jour, pour le remercier, lui l’homme de Gauche intègre et sincère, à l’ancienne, et adresser un message d’amitié à son épouse Sylvie qui fût, pas seulement, infirmière parmi nous, à ses trois filles et à leur famille, l’une d’entre elles est professeur de mathématiques comme son père, à ses trois petits enfants.

C’est enfin, pour conclure ce propos, à deux communautés que je veux rendre hommage.

D’abord aux agents de notre Ville qui, sous la direction de notre directeur général des services, M. Julien Tristant, avec leurs partenaires des services de l’État, ceux de l’enseignement et ceux de la police, ceux du bassin d’essais et ceux du centre de détention, avec leurs collègues du département, je pense en particulier aux pompiers, ont continué, entre le 15 mars et le 11 mai, de servir avec courage, abnégation et altruisme, la population de Val-de-Reuil. Comme si de rien n’était. Tout en faisant démarrer les premiers chantiers de notre dossier à 137 millions d’euros : l’ANRU. Avec la superbe équipe municipale que j’ai la chance d’avoir pu rassembler, des femmes et des  hommes ouverts et enthousiastes, ce qui donne son prix à notre compliment, nous vous disons merci.

La seconde communauté que je veux honorer par nos mots est celle des soignants, celle de la médecine de ville et celle de l’hôpital, celle qui réunit spécialistes, lingères, administrateurs, infirmiers et infirmières, directeur, personnel de sécurité, médecins, internes, chef de clinique, secrétaires, docteurs, professeurs, français et étrangers, dans des établissements privés, en profession libérale, dans le service public de la santé. Ils ont tenu la ligne de front. Ils n’ont pas déserté. Il ont sauvé, assisté, entouré. Ils en ont payé le prix fort et il serait juste de parler de sacrifice en citant leurs morts. Aucune médaille ne viendra compenser cela. Seule la prise en compte de leur souffrance sociale, la fin de l’indifférence matérielle avec laquelle ils sont traités, pourra apporter une juste compensation à l’énergie et au temps qu’ils consacrent quotidiennement, à préserver la vie et à faire reculer ses limites.

Ayant dit cela je voudrais faire deux remarques. Ne jouons pas avec le feu, ne jouons pas avec la mort. Trop de gens ne respectent pas les gestes-barrière, trop de gens n’observent pas la fameuse distanciation sociale, trop de gens ne portent pas de masques. Le virus est là. Le nombre des appels à SOS-médecins, des contaminations, des hospitalisations ré-augmente. Je ne veux pas crier « au loup », mais faisons attention. C’est la raison pour laquelle j’ai été choqué de lire une lettre signée des noms d’une vingtaine de médecins de notre commune et des alentours regrettant que Val-de-Reuil ait bénéficié d’une campagne de dépistage parce qu’il n’en avait pas été assez prévenus. Venus de la part de gens qui, pour certains d’entre eux, n’ont jamais fait l’effort de voir le maire, représentant de l’État, ou distillent des informations, dont il aurait besoin, à des gens à qui elles ne sont pas destinées, je trouve cela déplacé. Il y a suffisamment de malades et de pauvres à Val-de-Reuil pour que personne ne se les arrache. Inversement quand j’entends que, dans notre église décorée d’un vitrail neuf évoquant la Pentecôte, un prêtre a demandé à ses paroissiens de se donner la main et d’ôter leur masques, en dépit de la protestation d’un médecin qui assistait à l’office, les bras m’en tombent. Pour ce qui est de notre sort ici-bas, le serviteur de Dieu doit s’effacer devant l’homme de science et l’écouter. Sinon il lui en coûtera. Comme n’importe quelle autre manifestation, s’il y a danger et irresponsabilité, je peux interdire les messes. Mon supérieur en la matière n’est pas l’évêque, mais le préfet. Mes évangiles seront le pouvoir de police. C’est un ultime avertissement.

Enfin puisque une minute de silence nous réunira bientôt, je souhaite qu’à tous les morts de la patrie, tombé au champ d’honneur au cours des conflits ou des opérations de maintien de la paix, nous associons les 30.000 femmes et hommes souvent très âgés, que cette maladie a emportés avant l’heure. Pour ma part, je penserai, pour le pleurer, à mon ami Henri Weber.

Vive Val-de-Reuil, vive la République, vive la France.

13 JUIL 2020

14 x 7 = 14.07 pour la fête nationale, le 14 juillet 2020 à 23 heures, tous à vos balcons, tous à vos fenêtres.

14 x 7 = 14.07 pour la fête nationale, le 14 juillet 2020 à 23 heures, tous à vos balcons, tous à vos fenêtres.

À Val-de-Reuil, on ne renonce jamais. C’est même la marque de l’esprit rolivalois. Alors que la plupart des communes de l’Eure, comme partout en France, ont annulé leurs feux d’artifice des 13 ou 14 juillet, la Ville, pour marquer la fête nationale, a décidé, au contraire, de maintenir cet instant de joie républicaine, cet évènement bleu-blanc-rouge, son feu d’artifice considéré comme un des plus beaux de sa catégorie dans le département. Nous ferons donc partie des 3 communes qui « maintiendront » la tradition tandis que 92 « ont mis les pouces ».

Bien sûr, il n’y aura aucun rendez-vous au Parc Sud. Pas de « belle verte » ou de « belle jaune », pas de lâchers de lanternes lumineuses, de fête foraine, de barbe-à-papa et de bal. Que les milliers d’habitués ne se déplacent pas, ils trouveraient porte close. Nous aurions d’ailleurs été dans l’incapacité, au milieu de l’obscurité et des explosions de fusée, de faire observer gestes-barrière, distanciation sociale et port du masque aux sept ou huit mille personnes, venues pour certaines des communes voisines, qui, sur plusieurs hectares, se pressent à cet événement. Or la sécurité face à l’épidémie de Covid 19 est un impératif.

Il a donc fallu innover. Cela ne nous est pas tout-à-fait étranger. Nous nous sommes inspirés de ce qui avait si bien marché pour la fête de la musique lorsque nous avions mis DJ, chanteuses, orchestres classiques et groupes rock sur les toits, celui de la mairie en premier, pour éviter la cohue et les rassemblements. Ce fût un succès. Same player shoot again !  Mais, évidemment, nous y avons mis une petite dose de surprise.

14 x 7 = 14.07. Tout tient dans cette étrange formule. Le 14 juillet, ce sera sur 14 sites, gardés secrets, clos et inaccessibles, très régulièrement disséminés sur la Ville, 14 feux de 7 minutes chacun magnifiant le drapeau tricolore. Pour attirer chacun à son balcon, à sa fenêtre, en proximité, il y aura un peu de son avant la lumière. De puissantes enceintes nous y aideront. D’abord quelques bêtes innocentes et grésillantes nous rappelleront, vers 22h30, que, en Normandie aussi, c’est l’été depuis le 21 juin. Ensuite la sonnerie solennelle des trompettes chères à Maurice Jarre retentira dans la nuit. Il s’agira d’introduire un discours fameux, impressionnant, essentiel, les mots d’un des personnages les plus connus de l’Histoire contemporaine de la France. « Honneur et Patrie », sa voix s’élèvera depuis Londres pour que, en cette année pour lui triplement anniversaire, on se remémore l’homme qui sauva la France de la honte et de la défaite. Viendra alors le temps d’une marseillaise à deux couplets invitant à « l’amour sacré de la Patrie« . Il sera temps vers 23 heures que les premières détonations retentissent synchronisées sur 14 points d’Est en Ouest, du Nord au Sud de la Ville. Bienheureux ceux qui auront pris un peu de hauteur depuis une colline, le spectacle n’en sera que plus beau. Un chœur à bouche fermée, parmi les plus célèbres, nous ramènera ensuite vers le sommeil.

Le matin, comme à l’habitude, avec l’ensemble du conseil municipal, aura eu lieu, à 10h45, une cérémonie officielle et ouverte au public (l’endroit est très marge et venté) au monument « mémoire et paix ».  Le Maire y rendra hommage au Général de Gaulle, mais aussi à Bernard Boivin, porte-drapeau rolivalois, et à Daniel Dugord, ancien proviseur du lycée Marc Bloch. Après la minute de recueillement et l’hymne national exécuté, un très bref conseil municipal extraordinaire se tiendra au Lycée Marc Bloch pour désigner les grands électeurs de Val-de-Reuil (33 titulaires, 2 remplaçants pour le maire et l’adjoint aux finances qui votent déjà, l’un comme président de la commission des finances de la région Normandie, l’autre comme conseiller départemental de l’Eure, et 9 suppléants) aux sénatoriales de septembre 2020 et un apéritif convivial sera donné dans les jardins du lycée.

Communiqué de Marc-Antoine JAMET

Maire de Val-de-Reuil,

Président de la commission des finances de la Région Normandie 

9 JUIL 2020

Pour une agglomération (enfin) démocratique, efficace et moderne !

Pour une agglomération (enfin) démocratique, efficace et moderne !

Ce soir, lorsqu’il faudra élire le Président de l’agglomération Seine-Eure, avec mes camarades et amis rolivalois, nous voterons pour le candidat de la Justice Sociale, de l’Égalité des Chances et du Progrès, pour le Maire de Pont-de-l’Arche Richard Jacquet. Cela n’empêchera pas le conservateur, le sortant Bernard Leroy de l’emporter. Confortablement. Logiquement. Adhésion opportunément sollicitée de quelques communes géographiquement éloignées, mais politiquement complices, fusion avec Eure-Madrie-Seine cousine désargentée accueillie à bras ouverts non sans arrière-pensées, campagne électorale activement menée depuis quatre mois à pas feutrés, prébendes et finances sagement pré-distribuées, le vainqueur, derrière une bonhommie de chanoine, est habile. C’est un talent indispensable pour gagner et ce n’est pas sa seule qualité. Il n’empêche : cette élection expédiée en catimini prive plus de 100.000 citoyens d’un débat de fond sur l’avenir et la forme de leur agglomération. Alors, comme rien ne sera audible dans le tumulte du triomphe annoncé, il faut prendre les devants et rappeler quelques vérités.

Cette victoire ne sera pas démocratique puisqu’elle ne bénéficiera pas de l’onction du suffrage universel. Seine-Eure n’est pas une collectivité locale. C’est un établissement public. Ceux qui y siègent ne sont pas les représentants politiques d’une population, mais les « délégués » administratifs d’un territoire. Ce ne sont pas des députés, mais – au mieux – des ambassadeurs. Ils n’ont pas été choisis sur un programme ou pour un visage, mais préemptés automatiquement et collectivement parmi les premiers des listes qui se sont affrontées aux dernières municipales. Nul n’aura donc la naïveté de croire que les habitants concernés auront été consultés, ne serait-ce qu’au second degré, pour désigner les « conseillers » intercommunaux qui vont former, pour une soirée, un corps électoral éphémère. L’opération ne pourra se dérouler qu’en détournant les yeux de deux ou trois inégalités dérangeantes. Les délégués de Crasville ou de Saint-Germain-de-Pasquier, collègues estimables, compte tenu de la taille de ces communes, auront été portés, tout au plus, par une grosse centaine de supporters (1 délégué pour 125 habitants), tandis qu’il en aura fallu plusieurs centaines pour nommer ceux de Val-de-Reuil (9 délégués pour 15.000 habitants) ou de Louviers (une dizaine pour 18.000 habitants). Ces contorsions s’expliquent par l’objectif recherché : on peut douter qu’une communauté regroupant 105.000 femmes et hommes, au terme d’une compétition rationnelle, se donnerait pour président, quel que soient ses mérites personnels, le Maire d’une commune de moins de 4000 âmes dont les candidats sont, depuis vingt ans, régulièrement battus aux législatives, aux régionales, aux cantonales. On passera sur le manque de parité, l’absence de diversité, l’âge élevé des membres de l’Assemblée qui débute, puisque ce ne sont là -précisément- que les conséquences du manque de légitimité démocratique qui la fonde.

Cette victoire sera celle de la confusion. Qui peut-dire quelles sont les compétences de l’intercommunalité  ? Personne. Pas plus que le nom de ses principaux responsables. Une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Tantôt l’agglomération exerce ses pouvoirs dans leur plénitude, mais sur une partie seulement de son territoire (jeunesse, urbanisme). Tantôt elle les pratique sur la totalité de sa superficie, mais de façon incomplète (propreté, politique de la ville). Parfois, son action fait apparaître les vertus de certaines mutualisations (eau, assainissement). Parfois, au contraire, sa présence ne se fait qu’au profit d’une seule et unique commune (patinoire et piscine de Louviers, conservatoire de Gaillon, centre d’artisanat du Vaudreuil, etc…). Coexistent en son sein l’excellence du cousu main pour faire briller les événements de prestige ou d’image qui servent sa communication (marathon, coopération avec le Bénin, fêtes nautiques, petites scènes théâtrales), mais dont rien ne justifie l’organisation, et, pour gérer son fonctionnement quotidien, c’est à dire les conditions de vie de dizaines de localités, bref tout ce à quoi elle devrait s’obliger, l’uniformité d’un prêt à porter grisâtre imposé à tous au mépris des identités, des traditions, des histoires, des particularismes et des cultures. Une décision pourrait mettre fin à ce ronronnement sinistre qui fait le jeu des populistes. L’agglomération, aussi méconnue et mal-aimée que l’Europe, son modèle en voie de putréfaction, restituerait l’ensemble de leurs compétences aux communes, plébiscitées par les Français, et se consacrerait à dix priorités définies en commun, à dix synergies acceptées par tous. On appellerait cela « subsidiarité ». Quelle belle idée ! Ainsi Seine-Eure, structure attrape-tout s’agitant dans tous les sens, grenouille qui se prend pour un bœuf, embrassant trop pour bien étreindre, au lieu de dépenser l’argent des communes pour faire à leur place ce dont elles sont parfaitement capables, se concentrerait sur le temps long et les initiatives structurantes synonymes d’emploi et de croissance.

Cette victoire sera celle de l’immobilisme. A 60 clochers la paralysie guette autant notre rassemblement qu’à 27 pays le continent. La gestion d’un aussi vaste ensemble impose d’être ambitieux, innovant et pragmatique. Gageons que, dans notre cadre quasi fédéral, aucune réforme d’importance ne verra le jour avant 2026. Trois décisions témoigneraient pourtant chez celui qui les mettrait en œuvre d’une certaine force de caractère, de la priorité donnée à l’intérêt général et d’une véritable hauteur de vue. D’abord, arrêtons de plaindre hypocritement les petites communes. Elles n’ont plus les moyens de leur gestion, de leur entretien, de leur sécurité. Le temps des vaches grasses, s’il revient un jour, est encore loin qui pourrait les leur redonner. Il faut fusionner, construire des ensembles viables, jouer de la proximité. On se fait peu d’amis en affirmant cela, mais Alizay, Pitres et Le Manoir ont des choses à se dire. Incarville et Pinterville, c’est Louviers. Léry et Poses, qui ont, avec Val-de-Reuil, des préoccupations, des dossiers, des projets en commun, devraient se rapprocher. On peut multiplier les exemples. Ensuite, cessons de fermer les yeux sur la situation privilégiée de ces villages à faible fiscalité qui profitent – et c’est heureux, car c’est cela la solidarité – des impôts plus élevés des villes voisines pour jouir de leurs services publics, non sans leur asséner – c’est osé – des leçons de frugalité. Une meilleure répartition des efforts entre tous les contribuables de Seine-Eure serait plus moral que ponctionner les recettes des quartiers les plus pauvres. Enfin ne traitons pas un ensemble de 543 km2 et de 173 millions de budget comme un canton creusois. Il est temps de subdiviser ce géant normand en sous-ensembles à taille humaine, entre cinq et dix « arrondissements », à partir desquels seraient gérés un certain nombre de missions de proximité sous le contrôle des élus qui en sont issus. Va-t-on encore longtemps, entre Vexin normand et Métropole de Rouen, décider de tout et de rien, de la pluie et du beau temps, du sexe des anges et de l’âge du capitaine depuis le bâtiment hideux, mal foutu et technocratique qui abrite le haut commandement de l’agglomération ? Pour combler un trou sur une route à Alizay ou à Acquigny, verser un demi-seau de bitume exige-t-il vraiment, en 2020, un ordre en trois bordereaux tombé depuis le quartier général de la Place Thorel ?

Enfin, quand bien même son nouveau président (dont j’ai dit qu’il se pourrait bien qu’il ressemble à l’ancien) ferait-il preuve le plus souvent de courtoisie républicaine et d’équanimité personnelle à l’égard de ses opposants qu’il consulte souvent et écoute rarement, combien de temps feignera-t-on de croire qu’il dirige son fief autrement que selon les mécanismes politiques qui le rattachent à la droite ? Ses barons, Moglia, Dufour, Bidault sont de droite. Ce n’est pas une attaque. Ils ne s’en cachent pas. Ses alliés, Terlez et Priolaud (auquel il donnera indemnité et statut particuliers sans s’en expliquer), sont de droite et ont été reconduits grâce à la navrante désunion de la Gauche lovérienne, certes, mais également en les dopant aux millions d’Euros que région et agglomération leur ont versés pour les garder en leur giron libéral. Il n’est pas jusqu’à ses querelles contre Lehongre, son inimitié pour Lecornu à qui il préfère, tous les gouts sont dans la nature, Maurey et Morin, qui ne soient typiquement de droite. Reconnaissons toutefois que son caractère affable et des convictions sans sectarisme, ses valeurs, son humanisme peut-être, poussent Bernard Leroy à s’entourer de toutes les sensibilités, à défaut de gouverner avec elles, à ne rejeter, en dehors des extrêmes, aucun des membres de son mini-parlement. Il faut lui en savoir gré. C’est pour cela qu’il prête peu le flanc aux attaques et que ces contempteurs, j’en suis le premier, passent facilement pour d’horribles personnages. Il lui arrive même de faire montre de neutralité, voire d’impartialité, presque de bienveillance, lorsque la distanciation sanitaire l’éloigne de ses mauvais génies, le bon docteur Madroux, qui coula notre base de loisirs, et le brave conseiller Jubert, invisible au département. Mais sa quête éperdue d’unanimisme, ce besoin louable de consensus, ne peuvent faire oublier les astuces qui, depuis l’origine de l’intercommunalité, visent à éviter méthodiquement questions et débats : ordres du jour surchargés qui font trancher dans la nuit des points essentiels, relégation des mal pensants aux derniers des gradins tandis que les bénis-oui-oui monopolisent les premiers, sujets budgétaires minimisés et expédiés, impossibilité d’amender, absence de public, séances non retransmises, opposition ne bénéficiant d’aucun moyen, refus des discussions de fond, indignation orchestrée lorsqu’un échange dure plus qu’un instant.

Alors oui, pendant six ans on peut cohabiter avec Bernard Leroy et ce peut être délicieux. Comme la table d’hôtes d’une pension de famille accueillante. Nous l’avons déjà fait. À l’usage, il n’est ni un despote, ni un dément. Son commerce est agréable. Tout juste devrait-il par un courageux coming-out avouer sa coupable passion pour l’antique démocratie chrétienne. Les choses seraient plus franches. Mais, une fois tous les six ans, à l’orée d’un mandat, et à chaque échéance importante, par clarté, par honnêteté, par cohérence, il faut aussi oser lui dire que, si son propos est responsable et structuré, s’il est facile de se retrouver avec lui autour de mesures de bon sens, de décisions locales, d’initiatives dont on conviendra qu’elles ne sont ni de Gauche, ni de droite, ses idées politiques, son positionnement à l’extrême centre et son giscardisme rural, son désintérêt pour les plus faibles, son indifférence pour les moins riches, son silence sur les questions éducatives et sociales, bref son projet de société, ses initiatives et ses priorités économiques qui le rapprochent de Raymond Barre ou d’Antoine Pinay, ne sont décidément pas les nôtres qui préférons Mendès-France ou Mitterrand. Je ne le lui cache pas en privé. Il me revenait naturellement de le lui rappeler publiquement.

Marc-Antoine JAMET

Maire de Val-de-Reuil,

Président de la commission des finances de la Région Normandie 

17 MAI 2020

Retrouvez le discours que j’ai prononcé ce vendredi 8 mai 2020, au Monument Mémoire et Paix de Val-de-Reuil, lors de la cérémonie du 75ème anniversaire de la victoire des alliés sur le régime nazi

Intervention de Marc-Antoine Jamet,

Maire de Val-de-Reuil – Président de la commission des finances de la Région Normandie

Cérémonie du 8 mai

Vendredi 8 mai 2020, 10h45, Monument Mémoire et Paix

 

Mes chers compatriotes,

Mes chers concitoyens,

 

Ce 8 mai n’est pas ordinaire. L’épidémie venue de Chine qui nous frappe depuis plusieurs semaines, peut-être plusieurs mois, est encore là. Elle change notre vie. Elle change, si ce n’est l’esprit, du moins l’organisation de cette cérémonie. Le confinement est devenu la règle. Les réunions à plus de cinq sont désormais interdites. Comme ses collègues des cent autres départements français, notre Préfet l’a demandé. Il faut célébrer la Nation, célébrer la République, célébrer la victoire du 8 mai 1945, mais le faire autrement que nous le faisions depuis 75 ans. Étrange commémoration. Drôle d’anniversaire.

Tout devenant incertain, par facilité ou par découragement, nous aurions pu annuler cette matinée. Mais nous ne sommes pas du genre à nous résigner. Le mot résilience a créé pour nous. Nous l’avons donc, au contraire, maintenue. Pour Val-de-Reuil, pour ses habitants, pour notre Pays et pour sa mémoire.

Pour honorer nos morts et rappeler une Histoire qui a vu la France surmonter bien d’autres épreuves. D’autres malheurs et d’autres douleurs.

Parce que c’est une tradition à Val-de-Reuil, une tradition non pas populiste, mais populaire, patriotique et républicaine autour de notre drapeau et de notre hymne. Ici, au cœur de ce beau « monument à la mémoire et à la paix », de cette crypte à ciel ouvert, imaginée par les architectes Dominique Jakob et Brendan Mc Farlanne, nos fêtes nationales rassemblaient jusqu’il y a peu encore, des centaines d’habitants, anciens combattants, familles, écoliers. On se réunissait joyeux autour du conseil municipal et de notre conseiller départemental Jean-Jacques Coquelet, de notre Commissaire de police, des pompiers qui, à leur manière, nous sont aujourd’hui fidèles puisque le Capitaine Gastebois, le commandant de notre centre de secours, est là, devant moi, en chair et en os, en présentiel comme on dit maintenant, se rinçant la bouche de ce nouveau mot, amer et glaçant, venu du monde de l’éducation, de l’ingénieur en chef du Bassin d’Essais des Carènes, des responsables de l’Epide, du Directeur du centre de détention, des membres de la Police municipale et des corps constitués. Etre là, c’était pour moi l’occasion de les saluer, chaque année, après un 11 novembre parfois pluvieux et avant un 14 juillet radieux, de leur dire notre reconnaissance, notre gratitude, à eux qui nous sauvent, à eux qui nous protègent, à eux qui nous entourent et font bien davantage encore dans les circonstances dramatiques que nous subissons. Ces temps heureux nous les retrouverons. D’autres cérémonies viendront. Il y aura des temps meilleurs, qui nous verront toujours aussi unis et toujours aussi solidaires.

Aujourd’hui, maintenir cette manifestation, cette cérémonie, cette commémoration, était aussi un moyen de conserver nos codes, nos rites et nos repères. Nous en avons besoin. Il nous faut retrouver nos habitudes et nos réflexes collectifs. « Honneur et Patrie », pendant quatre ans, des Français, nos parents et nos grands-parents ont écouté d’autres français dont la voix venait de Londres.

En est-ce d’une certaine façon le prolongement ? Dans un instant, nous écouterons le message éternel de la France. C’est aujourd’hui celui du Chef de l’État, M. Emmanuel Macron. Comme le veut l’usage, je lirai son discours. C’est celui de la Nation. Puis je dirai quelques mots. Une gerbe sera déposée. Nous entendrons la sonnerie aux morts avant une minute de silence. Enfin la Marseillaise retentira marquant la fin de cette commémoration. Ainsi rappellerons-nous que dans notre commune qui n’est pas la plus riche de ce pays, si ce n’est pas ses habitants, et qui n’est pas la plus nantie de Normandie, si ce n’est par ses talents, il y a, pour reprendre les mots que certains ont prononcés, ni « effondrement » démocratique ni « écroulement » républicain. Nous sommes là, solidement, au service des Rolivalois.

Pour représenter chacun d’entre vous, nos 15 000 habitants, nous ne sommes que trois, mais j’ose espérer que nous ne sommes pas les moins bons. Il y a le Commandant de nos pompiers, le Capitaine Gastebois. Je l’ai cité et je le remercie à nouveau. Mais il n’est pas seul. Il y a avec lui un jeune sapeur-pompier qui porte l’étendard tricolore, ce drapeau bleu-blanc-rouge qui est notre ralliement. Celui du Souvenir français. Celui de la France et de ses combattants. Nous allons simplement nous regarder. Pas nous rapprocher. Nous allons rester à distance sociale. Nous ne nous croiserons pas. Nous serons éloignés les uns des autres. C’est la règle du jeu. C’est un geste de sauvegarde, mais c’est aussi le symbole voulu de notre exemplarité. J’espère Capitaine que notre jeune sapeur-pompier ne sera pas trop intimidé. Tous les trois, nous allons nous efforcer de représenter dignement notre population.

 

Lecture du message du Président de la République

 

Chers amis, quelques mots.

Cette crise et bien évidemment ses conséquences nous font mal. Un seul exemple ? Nous ne pouvons pas nous déplacer librement. Ce confinement, ce n’est pas la maladie seulement qui l’impose, mais c’est la raison qui l’exige. Cette réclusion volontaire est salvatrice. Une immense majorité d’esprits responsables à Val-de-Reuil a respecté sa nécessité. Une minorité d’inconscients, toujours les mêmes, n’en a pas éprouvé l’utilité.

Ce confinement, aussi indispensable soit-il, ne nous est pas naturel. Il signifie pour chacun d’entre nous isolement et enfermement. Il est probablement synonyme de détresse pour les personnes âgées et les plus faibles. De violence dans certaines familles, entre conjoints, entre parents et enfants, de décrochage social et éducatif aussi. Souvent pour les moins favorisés que cela exclue un peu plus encore. Nous l’avons vu hier en comptant le nombre des élèves qui rejoindront nos écoles le 12 mai. De solitude dans le travail, dans les transports. Notre société faite de rencontres et de dialogues au travail, dans les rues, dans les fêtes, dans les commerces, s’éparpille en une multitude de cellules individuelles numériquement reliées entre elles comme dans un mauvais film de science-fiction… C’est une vie sans spectacle, sans culture, sans promenade, sans réunion, sans famille. Ces longues nuits, ces mois de solitude, nous font peur parce qu’ils sont porteurs d’angoisses, d’anxiétés, d’insomnies et de craintes. Peur de la mort immédiate, soudaine, avant l’heure. La sienne. Celle des autres. Au hasard du virus et de notre corps. De sa résistance.

Cet enfermement nous fait mal, également, parce que le sens de cette cérémonie, le 8 mai, est de rendre hommage aux militaires qui se battent pour nous et, plus encore, à ceux qui sont tombés au champ d’honneur. Une cérémonie a eu lieu, hier, aux Invalides. Sans le moindre public. Je dirai donc un mot de deux hommes : un brigadier-chef et un brigadier, tous les deux issus de la Légion Étrangère.Dmytro Martyniuk 29 ans et Kévin Clément 21 ans, tous les deux engagés au Premier Régiment Étranger de Cavalerie de Carpiane, tous les deux morts au Mali il y a à peine quelques jours, tous les deux jeunes et braves. Alors que nous marquons le 75èmeanniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, ils rejoignent tous ceux, je pense à leurs 13 camarades morts également au Mali dans un accident d’hélicoptère ou à ces deux pilotes décédés dans les Pyrénées il y a quelques mois à peine, dont l’hélicoptère a chuté. Ils sont tous morts pour la France. C’est la raison première pour laquelle cette cérémonie devait avoir lieu.

Et puis, même pendant la pandémie, malgré la peur, la maladie, l’épidémie, la démocratie doit continuer de combattre l’extrémisme et de repousser le populisme dont nous voyons les effets absurdes au Brésil et aux États-Unis. C’est aussi le sens de cette cérémonie et c’est pourquoi nous avons voulu la maintenir.

Nous ne pouvons pas non plus pleurer nos propres morts. C’est un chagrin injuste, une souffrance supplémentaire. Je songe notamment aux familles Hassalah et Boulahdaj, dans notre Ville, qui ont perdu un fils et une fille. Ils reposent désormais dans notre cimetière à quelques mètres d’ici. Je songe à Daniel Dugord, l’ancien principal de Pierre Mendès France, le proviseur du Lycée Marc Bloch pendant longtemps, l’ancien Maire de Saint-Etienne-du-Vauvray, parti sans qu’on puisse lui dire adieu et sans qu’on puisse apporter un soutien à sa famille. Je pense à son épouse, infirmière en PMI que nous connaissions bien ici et qui avait travaillé avec nous. Nous sommes à ses côtés.

Nous n’avons pas pu, non plus, rendre hommage comme nous l’aurions dû, à certains qui étaient des amis proches, des gens qui comptaient pour nous. Je pense très personnellement à Henri Weber, Sénateur de Normandie, qui était la vie, la drôlerie, la science et l’intelligence faites homme. Avec lui j’ai appris en politique et appris la politique. Avec lui j’ai fait ma première réunion dans la salle où il n’y avait qu’une seule personne alors que où nous étions deux à la tribune. Il n’a pas tergiversé : « Tu commences, je conclus. Je crois que ce soir sera une belle soirée ». Il avait traversé des épreuves et remporté des batailles. De l’URSS, où il était né, à Dieppe, dont il était l’élu, en passant par Mai 1968, la Fabiusie et Solférino. C’était un homme exceptionnel. Il me manque et il manquera au Parti Socialiste. J’embrasse Fabienne sa femme et ses enfants.

Je pense de manière plus générale à ces générations de fonctionnaires, d’ouvriers, de cadres, d’agriculteurs, d’ambassadeurs, d’ingénieurs. Ils avaient été nos prédécesseurs et nos professeurs à l’école, au travail. Ils ont 80 ans et le virus les décime . Nous pensions les accompagner dans leur vieillesse et ce sont des dizaines de milliers de femmes et d’hommes, presque 30 000, qui sont morts en deux mois.

Cette maladie est terrible parce qu’à la crise sanitaire elle pourrait ajouter une crise économique qui, elle-même, déboucherait sur une crise sociale, plus près de celle de 1929 que de celle de 2008,  dont je ne suis pas certain que l’Europe, qui paraît aujourd’hui si vieille, terrassée par ses Nations concurrentes, se relèverait, dont je crains que notre gouvernement, qui semble parfois si jeune, héritier de 20 ans d’impuissance publique, peine à nous prémunir des conséquences funestes. Parmi les premières victimes de la récession qui s’annonce, je ne veux pas voir les absents de cette matinée être les premières victimes. Je pense à nos journalistes, ceux de Paris Normandie, Thierry Delacourt et Guillaume Lejeune avec lesquels nous travaillons, Violaine Gargala avec laquelle nous avons longtemps travaillé, Audrey Clier ici la correspondante de ce grand journal. Notre quotidien régional ne doit pas disparaître pour sauvegarder le pluralisme de la presse, son honnêteté, son professionnalisme et sa proximité.

Heureusement, il y a dans cette crise des gens admirables et des héros. D’abord la grande armée des soignants, qu’il faut applaudir dans nos cœurs et pas seulement à 20 heures, mais chaque minute, qu’il faut écouter et valoriser. L’hôpital, face à la crise, public a souffert d’invraisemblables pénuries, blouses, gel, masques, et cette pénurie brutale est venue de sa longue paupérisation.

Il y a les forces de l’ordre et les pompiers qui jouent un rôle difficile après une année qui fut épuisante. Je sais le nombre d’interventions que la caserne, l’arsenal de Val-de-Reuil/ Louviers, peut avoir à faire dans une année normale et combien aujourd’hui ces interventions sont devenues plus compliquées, plus délicates.

Je voudrais saluer les services publics, ceux de l’État bien sûr, mais surtout ceux de la Ville qui ont préparé cette cérémonie et qui ont été extraordinaires parce qu’ils ont assuré la continuité du fonctionnement de la mairie tout au long de ces deux mois.

Il y a eu dans l’Eure deux ou trois paroles claires. Je vais rendre hommage à quelqu’un que je n’ai pas pour habitude de saluer. La parole claire, c’est celle du Ministre Sébastien Lecornu dont je ne partage pas la politique mais dont je salue la présence continuelle, forte et lucide, celle du Préfet Jérôme Filippini, calme et rassurant à chaque intervention, et, à sa façon, celle du Président Pascal Lehongre, sincèrement attaché à son département. Pour le reste, parfois, j’ai l’impression que le brouhaha des pré-campagnes électorales s’est ajouté à la confusion des incompétences :

Une région largement absente qui, obscurément, semble ne distribuer des aides qu’aux communes « amies » et des députés invisibles, hors sol. Une agglomération, viciée par l’élection prochaine de son exécutif, dont personne ne parle et à laquelle tout le monde pense, qui aurait dû coordonner les achats de gels et de visières et qui annonce fièrement que, dépensant des millions pour une piscine et une patinoire, aux déficits abyssaux, il n’entre pas dans ses compétences d’acheter plus de 20.000 masques pour protéger 100.000 habitants, mais qu’elle organise des modules de formation sur la pêche à la ligne pour qui veut bien les suivre. Nous n’avons décidemment pas les mêmes priorités dans un territoire qui a pourtant donné à cette intercommunalité la plupart de ses richesses. Et puis, on frémit quand on lit, dans un grand journal du soir, que, jusqu’il y a peu encore, on détruisait des millions de masques et que les responsables gouvernementaux se contredisent et avancent avec les difficultés que nous aurions tous, mais qui font peur parce que ce sont eux qui sont en responsabilité, aux affaires….

Heureusement il y a les Maires. C’est un immense coup de chapeau que je veux donner à mes collègues qui n’ont pas tous 20 ans, il faut le reconnaître, et qui sont sur tous les fronts lorsqu’il s’agit de protéger la population, de créer des solidarités intercommunales et de proximité. Ils vont la même semaine rouvrir les commerces, les écoles, les marchés, les services publics. Si c’est cela qui devaient disparaître au profit d’autres collectivités moins légitimes, plus éloignées, mal élues et technocratiques, alors je dis vive l’esprit de clocher et le socialisme municipal.

Je veux saluer aussi les couturiers et les couturières de Nadia Benamara qui ont fait des masques pour en équiper nos commerçants. Je voudrais citer les assistantes de personnes dépendantes autour de Louisa Belaggoune qui visitent nos anciens. Je voudrais saluer les entreprises, si nombreuses, qui nous ont aidés dans le silence assourdissant de Sanofi qui n’a pas répondu à mes appels. Bravo et merci à Plastibell, Ovopharm, IDFN, Maison Berger, REL Autos, Etilabel, Janssen, Cordon Electronics, Carlo Erba, Schneider Electric,ValdePharm, Varenne Gastronomie, F4S Formation, KAP-WAN. Je voudrais citer les équipes de techniciens autour de Claude Godefroy, les commerçants autour de leur Présidente Madame Choquené, mais aussi autour de Monsieur et Madame Covin qui ont donné tant de réconfort aux anciens de notre Ville en leur offrant des pâtisseries offertes. Je voudrais citer Monsieur Lefebvre qui, dans son rôle sur mesure d’organisateur, dans son tabac, a permis lui aussi partie à la Ville de tenir debout. Je voudrais saluer le Directeur Général des Services de la commune Julien Tristant et les élus du conseil municipal. Catherine Duvallet qui prépare avec moi la réouverture des écoles. Nous le devons c’est une obligation. Nous n’avons pas le pouvoir de décider que nous allons ouvrir ou fermer les écoles. Dominique Lego, encore là à quelques mètres, pour la sécurité. Fadilla Benamara et Nabil Ghoul qui, pour les commerces, ont pris des risques pour leur santé. Ils sont une trentaine qui, au jour le jour, vous aident et ne vous abandonnent pas. 

Je veux remercier nos villes jumelées de Workington, de Stzum, de Ritterhude et de Danthiady qui nous ont adressés des messages d’espoir et d’amitié parfois parce qu’ils souffraient des mêmes maux que nous. Je veux saluer l’Ambassade de Chine en France et son Ambassadeur qui, hier, ont fait livrer à la mairie de Val-de-Reuil, au nom de l’amitié entre les peuples, plusieurs milliers de masques. Je voudrais citer Beautéville, le correspondant chinois du pôle de compétitivité de la Cosmetic Valley, qui a mis dans un avion, qui va arriver à la mi-mai, plusieurs dizaines de milliers de masques pour notre commune.

Je voudrais vous rappeler que notre commune a des atouts, des points forts, des leaderships. Ses entreprises, ses sociétés, que nous avons contribué à faire venir, que j’ai contribué à faire venir : Orange, EDF ou Fareva. Ou à garder : Altitude et Sanofi. Elles travaillent dans des secteurs qui ont résisté et qui résisteront : le numérique, la pharmacie, la défense. Ce sont des raisons d’avoir confiance en l’avenir.

Je suis admiratif devant les habitants de la Ville Nouvelle dont je connais la solidarité, le courage et la résilience. A eux je veux dire qu’ils ne sont pas seuls : vous avez des institutions qui tiennent bon, qui sont stables, qui sont solides, qui sont efficaces et qui resteront à vos côtés, comme votre conseil municipal et son Maire.

Il me faut terminer. Je vais conclure simplement en parlant de sujets qui vous préoccupent pour aller vers la partie officielle de cette cérémonie.

Val-de-Reuil redémarre. Ses entreprises appellent leurs salariés au travail. Chaque habitant est en train d’être doté de deux masques. Les plus de 65 ans ont déjà été servis à domicile. Ils étaient 1700. Les 13 000 autres le seront par une distribution samedi pour les personnes de A à J et dimanche de K à Z dans toutes les écoles qui sont des centres de bureaux de vote, qui sont à proximité de chez vous. Dès lundi, on prendra la température de chaque agent et de chaque usager à la porte des services publics pour y entrer, à la porte de chaque école pour les enseignants, les agents et les enfants. Les commerçants vont rouvrir. Des masques et des plexiglass de protection seront à leur disposition pour qu’ils puissent vous servir en toute tranquillité. J’inspecte nos maternelles, nos crèches, nos écoles primaires. Je les visiterai une par une. Nous examinons ce week-end la réouverture du marché qui sera devant la mairie chaque vendredi pour éviter les attroupements. La Ville, parce qu’elle veut être fidèle et reconnaissante, dotera la police nationale, l’hôpital de Elbeuf/Val-de-Reuil/Louviers, l’ASI, les commerçants, la prison, nos bailleurs sociaux et bien évidemment les pompiers de 5000 masques-tissu dès le début de la semaine prochaine. Enfin, 150 distributeurs de gel hydro-alcoolique (5 par école notamment) seront installés à la porte de tous les services publics de la Ville. 2000 visières équiperont les écoliers. Nous avons réaménagé toutes les salles de classe pour les enfants et les parvis seront, grâce à une signalétique spéciale, adaptés à l’attente des parents.

Les choses sont difficiles, les choses sont compliquées mais la pandémie a plutôt épargné Val-de-Reuil et notre département. C’est dans cet espoir qu’il faudra, à partir du 11 mai, continuer à se préserver, à se protéger, à se confiner si on le peut, si on est âgé, si on est fragile ; à préférer le télétravail si on en a la possibilité ; à faire en sorte de ne pas multiplier les réunions, les rencontres, les attroupements ; à être disciplinés et ordonnés. C’est ainsi, si nous ne laissons rien au hasard, que les choses iront bien. Pour ce qui est de la mairie la barre est tenue, l’autorité est là et la solidarité aussi.

Vive la République, Vive la France, et Vive Val-de-Reuil qui vivra très longtemps grâce à l’unité de tous ses habitants.

2 MAR 2020

Reports du Forum de l’Emploi et de la « Rolivaloise »

 

 

Reports du Forum de l’Emploi et de la « Rolivaloise »

Les conseils de défense et des ministres réunis autour du Président de la République, samedi dernier, ont défini plusieurs mesures, dont l’interdiction ou le report d’événements réunissant des publics importants, afin d’éviter la propagation des foyers d’infections au coronavirus (CoVir 19) qui sont apparus depuis deux semaines dans notre pays.

En application de ces prescriptions, bien qu’aucun risque particulier n’ait été décelé à Val-de-Reuil ou dans ses environs, le Forum de l’Emploi qui devait avoir lieu Jeudi 12 mars 2020 au stade couvert Jesse Owens et la course féminine « La Rolivaloise » qui devait se dérouler en ville le dimanche 8 mars, sont reportés à une date ultérieure. Ces décisions, évoquées, dès samedi, avec le M. Préfet de l’Eure, ne sont pas la conséquence d’un danger constaté ou d’un risque avéré, mais la simple application d’un principe de précaution à des manifestations qui n’ont aucun caractère et calendrier obligatoires.

Le premier de ces deux événements réunissait plus de 5.000 exposants, représentants 300 entreprises, et participants, dont de nombreux enfants et adolescents, venus de nombreuses communes du département, dans un espace confiné. Le second accueillait près de trois mille coureuses, dont quelques-unes âgées, de santé précaire ou handicapées, leurs accompagnants, les organisateurs et les spectateurs, venus de toute la Normandie, parfois, de plus loin, dans l’espace resserré du départ de l’épreuve et du village arrivée devant la Mairie.

Ces deux manifestations, bien qu’attendues, connaissaient cependant un nombre croissant d’annulations ou de désistements. Elles seront reprogrammées.

D’autres événements organisées à Val-de-Reuil, comme le Carnaval, samedi 28 mars, qui réunit traditionnellement un grand nombre d’enfants en bas âge venus des centres de loisirs, leurs parents et encadrants, ou les Puces Motos, qui doivent rassembler, dimanche 5 avril, plus de 40.000 visiteurs venus de différentes régions de France, feront, en liaison avec la préfecture de notre département, l’objet d’un examen attentif en fonction de l’évolution de la situation sanitaire nationale.

Toutes les autres réunions et manifestations ayant lieu dans les espaces et équipements publics de la commune sont maintenues. Les services publics sont ouverts aux horaires et dans les conditions que chacun connaît. Aucune restriction n’a été établie à quelque activité que ce soit dans les entreprises, les administrations ou les associations locales. Je n’ai personnellement rien changé à mes habitudes ou à mon agenda. Il en va de même des élus municipaux, comme de leurs opposants, je l’imagine, qui poursuivent, normalement, sereinement, les actions (réunions, porte-à-portes, tractages) liés à la campagne en vue des élections municipales du 15 mars 2020.

Communiqué de Marc-Antoine JAMET 

Maire de Val-de-Reuil,

Président de la commission des finances de la Région Normandie 

 

7 FEV 2020

Fermeture du Laboratoire « Pharma » de Jansen-Cilag (Groupe Johnson & Johnson) à Val-de-Reuil : une décision brutale, désinvolte et absurde.

 

Fermeture du Laboratoire « Pharma » de Jansen-Cilag (Groupe Johnson & Johnson) à Val-de-Reuil :

une décision brutale, désinvolte et absurde.

La direction de l’entreprise Janssen vient de communiquer au comité social et économique de l’entreprise la décision de fermer le laboratoire de recherche pharmaceutique implanté sur son site de Val-de-Reuil.

C’est une décision brutale, désinvolte et absurde.

Brutale, parce qu’elle a été prise unilatéralement, secrètement, sans préavis, ni dialogue, sans recherche d’une solution négociée, en privilégiant à la fois une délocalisation/relocalisation en Belgique et un plan social aux conséquences sévères (puisque toutes les personnes concernées ne se verront pas proposer une évolution dans l’entreprise) et l’exil des salariés et de leurs familles à 600 km de la Normandie, à Beerse. Belge par naissance, européen par capillarité, Janssen reste bien, dans ces méthodes d’un autre âge, la filiale d’un groupe américain, Johnson & Johnson, qui suit une logique d’amélioration de ses résultats financiers et de protection des intérêts américains compréhensible pour ses actionnaires, mais indifférente aux conséquences sociales qu’elle entraîne en France. Il faut songer au choc qu’ont éprouvé les femmes et les hommes directement concernés, l’inquiétude, et l’incertitude qu’ils ressentent pour leur avenir personnel, celui de leurs enfants, mais aussi les doutes que fait germer une telle décision dans l’esprit des prestataires et fournisseurs du laboratoire de recherche également impactés par cette mauvaise décision.

Désinvolte, puisque Jansen-Cilag pratique la politique du coup de force et du fait accompli en ne prévenant les organisations syndicales qu’avec un minimum de préavis et en informant le Maire de la commune victime de cette décision que par un mail et un coup de téléphone 24 heures seulement avant qu’elle soit rendue publique.

Absurde enfin parce qu’à l’heure des réseaux numériques, des vidéo-conférences et du télétravail, prétexter la nécessité de rapprocher des salariés – physiquement – sur un unique campus relève de la supercherie. C’est faire peu de cas de l’intelligence et de la compétence des chercheurs rolivalois qui ont été à la l’origine de découvertes majeures. 20 nouveaux traitements ont été mis au point depuis une décennie, dont 3 progrès essentiels sur le VIH, les tuberculoses multi-résistantes, le cancer de la vessie. Des récompenses internationales prestigieuses sont venus saluer leur réussite, dont la désignation du « chercheur européen de l’année » il y a dix ans et le Prix Galien 2016.

Outre la question des emplois et des vies, concernées par ce transfert que rien ne laissait prévoir, c’est une conception de l’avenir industriel, et stratégique de la France dont il s’agit, dans un domaine, l’industrie pharmaceutique, où, les investissements en la matière étant les plus élevés de l’industrie, la recherche est hautement stratégique.

C’est pourquoi j’ai décidé 1) d’apporter mon soutien plein et entier aux salariés de l’entreprise, 2) de demander la solidarité des élus du département et de la région, ainsi que des membres du Gouvernement originaires de notre territoire 3) de saisir sans attendre le nouveau préfet de l’Eure M. Jérôme Filippini, 4) de demander l’intervention immédiate de M. Bruno Le Maire, Ministre de l’Economie et des Finances, si régulièrement attaché dans ses propos à l’indépendance industrielle et à la souveraineté économique de notre pays, de Mme Agnès Pannier-Runacher, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, en qui j’ai confiance, et de Mme Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé, tous dépositaires de l’intérêt national et que je sais attentifs à ces questions, 5) d’exiger d’être reçu par la direction générale de l’entreprise pour examiner les compensations qui doivent se diriger vers le site de Val-de-Reuil.

Val-de-Reuil reste un des territoires les plus dynamiques de Normandie, le premier producteur de richesses, d’emplois et de brevets de l’Eure, une Ville où Jansen-Cilag compte encore près de 500 salariés et un centre de recherche mondialement performant en cosmétique sur un site dont le nombre des salariés progresse.

Cependant, même s’il ne concerne que 5% des effectifs, le plan de sauvegarde de l’emploi, évoqué par la direction du groupe Johnson & Johnson , loin d’apaiser mes craintes, me remplit d’inquiétude et renforce ma détermination à défendre les salariés concernés, comme je l’ai toujours fait, mais aussi à me battre pour que reste sur le sol français une structure intellectuelle et industrielle indispensable dans un secteur primordial pour notre pays et ses habitants : la santé.

 Communiqué de Marc-Antoine JAMET

Maire de Val-de-Reuil,

Président de la commission des finances de la Région Normandie

12 NOV 2019

Retrouvez ici le discours que j’ai prononcé hier matin, à 11 heures, au Monument Mémoire et Paix, à Val-de-Reuil, à l’occasion du 101ème anniversaire de l’Armistice de 1918

Discours de M. Marc-Antoine JAMET, Maire de Val-de-Reuil

Commémoration de l’Armistice du 11 novembre 1918

Monument Mémoire et Paix/Lundi 11 novembre 2019 à 11h00

 

 

Cher(e)s concitoyen(ne)s, on ne cite plus beaucoup Jean Jaurès de nos jours et, dans l’Eure particulièrement, on lui préfère désormais ce grand philosophe, l’égal de Montaigne et de La Boétie, si ce n’est celui de Socrate et Platon, peut-être même leur maître. J’ai nommé le Ministre Sébastien Lecornu.

Plutôt que sur l’œuvre en gésine de l’ancien et toujours maire de Vernon, je me risquerai pourtant à revenir sur une des phrases les plus connues du député de Carmaux. « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène ». En d’autres termes, si vous voulez vraiment la Paix, l’avenir et l’Europe, ne craignez pas d’avoir un État, un pays, une Nation, une patrie, car c’est un cadre de référence dont vous aurez besoin. Symétriquement, si vous êtes vraiment patriote, sûr de vous, de votre culture, de votre langue, de votre devise et votre drapeau, peut-être même de votre manière de vous vêtir et de vous coiffer, ne craignez pas les « autres », les « nouvellement arrivés », les « étrangers ». Ne soyons d’ailleurs pas dupes : quand le Front National fait mine de parler de « migrants », il montre en fait nos compatriotes de la première, de la deuxième, de la troisième génération issue de l’immigration. Quelle grossière imposture ! Ce sont nos compatriotes. Ils ne partiront jamais. Ils ne retourneront jamais vers ces pays que leurs parents, leurs grands-parents, parfois à leur corps défendant, ont quitté. Car c’est ici chez eux. La France est leur maison. Des murs ont disparu il y a trente ans à l’époque de la transition idéologique. Il est inutile d’en bâtir de nouveaux alors qu’il faut affronter ensemble la transition écologique. Le choix n’est pas et ne sera jamais entre déferlante religieuse et narcissisme identitaire, entre communautarisme et populisme.

Ne vous méprenez pas. Ce que je dis ici n’est que du bon sens. Ce n’est pas une déclaration électorale. Ce n’est même pas une première réponse au tract idiot rédigé par un imbécile (à moins que ce ne soit le contraire…), par ce candidat sans scrupules qui a confondu nos boîtes aux lettres avec une poubelle ou une fosse d’aisance en y déposant récemment un questionnaire d’une rare bêtise doublé d’une parfaite méconnaissance de notre Ville. Ce sont, bien plus simplement, des félicitations et des remerciements sincères que j’adresse au conseil municipal, aux corps constitués (dans le même temps que j’adresse un message de bienvenue à Alexandra Capogna notre commissaire), aux habitants, aux enseignants, aux élèves du collège Michel de Montaigne qui nous liront tantôt des textes de Woodrow Wilson, de Georges Clemenceau, d’Aristide Briand, pour leur assiduité de plus en plus grande à ces cérémonies républicaines qui, autour de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, sont un utile repère dans la vie d’une petite Ville comme la nôtre et un temps fort, comme l’est la soirée des vœux de la municipalité en janvier, dans l’information de sa population.

Parmi les trois grands rendez-vous qui nous rassemblent au monument « Mémoire et Paix », le 11 novembre est différent du 8 mai et du 14 juillet. Comme un signe supplémentaire de la barbarie, de l’atrocité du conflit mondial qui ravagea l’Europe pendant cinq ans, l’armistice du 11 novembre 1918 fût signé avec l’Allemagne alliée aux puissances centrales, Autriche, Hongrie, Turquie, dans la clairière de Rethondes alors que le froid et la pluie envahissaient de nouveau les tranchées et que, deux semaines auparavant, la France, saignée à blanc, avait, comme le voulaient ses traditions, célébré au lendemain de la Toussaint le jour des morts.

La concordance de ce double calendrier religieux et guerrier a donné ses couleurs de deuil à cette cérémonie avant qu’elle ne devienne, plus récemment, l’instant sacré d’une commémoration dédiée aux morts de toutes les guerres. Si tant est que les pensées des vivants permettent de redonner fugitivement un souffle à l’esprit des défunts, comme le croyait les anciens romains, c’est vers eux que notre mémoire et notre reconnaissance doivent se tourner aujourd’hui.

Le premier de ces disparus, auquel il nous est fait devoir de songer, est ce jeune brigadier engagé au 1er régiment de spahis de Valence. De ce régiment, nous avons entendu le chant de cohésion, le chant de tradition, « Loin de chez nous en Afrique » en pénétrant dans ce monument. C’était une manière de le saluer. Après le médecin capitaine Marc Laycuras tué en avril au Mali, après les membres des forces spéciales Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, tués au Burkina-Faso en mai, Romain Pointeau est tombé au Mali voici neuf jours, le 2 novembre, pratiquement au même moment que 49 soldats maliens. Chaque cérémonie nous fait redire les mêmes mots. Il était jeune. Il était courageux. Il n’avait pas 25 ans. Il s’était engagé non sur un coup de tête, mais par conviction, par amour de la patrie, trois ans auparavant. Il défendait la France et ses valeurs. Ses parents et ses amis le pleurent aujourd’hui.

Comment ne pas s’associer également à la douleur des familles des quatre policiers de la préfecture de Paris poignardé par un collègue, dont il convient moins de souligner qu’il s’était converti, car là n’est pas la question, que de s’interroger sur le fait qu’il s’était radicalisé, car là est l’inquiétude et le combat qu’il faut mener pour la démocratie, les droits des femmes et la liberté de pensée. Cette municipalité, je le rappelle, ne reconnaît aucune religion, aucune communauté. Elle garantit la pratique de cultes et l’existence d’associations. Dussé-je en décevoir certaines ou certains, y compris parmi les gens qui m’aiment bien, la laïcité reste pour moi un horizon indépassable. Voilà tout ! En revanche, notre Mairie est l’alliée naturelle de la Police qu’elle soit nationale ou municipale

Les forces de l’ordre nous protègent et, en nous protégeant, elles prennent en premier les coups qui nous sont destinés, qui nous auraient touchés. On peut les critiquer et, comme toute institution, elles ne peuvent, agissant dans l’urgence et le danger, être parfaites, ne pas commettre d’erreurs (il m’arrive de le dire…), mais on ne peut supporter qu’elles soient abaissées et injuriées par des chants, des slogans, des discours, alors qu’il faudrait exiger, comme pour bien des agents publics, à l’hôpital, à l’école, des moyens et des budgets pour tous ceux qui veillent à notre sécurité. Le mouvement revendicatif des pompiers ne m’a pas échappé. Pour moi, la sécurité est une priorité. Donc les conditions de vie de ceux qui l’assurent le sont aussi. Cela explique sans doute que j’ai recruté deux nouveaux policiers municipaux, pas les moins dissuasifs, qui seront opérationnels en décembre et que nous soyons en train de mettre en place avec Mme le Procureur de la République et M. le directeur de la Sécurité Publique un plan particulier à la commune, caractérisé par sa sévérité et la rapidité des peines qui seront appliquées contre les délinquants et les auteurs d’incivilités. Je ne suis pas autoritaire, mais j’ai de l’autorité.

Je pense également aux deux gardiens de la centrale de Condé-sur-l’Escaut à qui on avait confié un fauve fanatique qui les a poignardés. Cet attentat est révélateur de ce qui se passe dans nombre de prisons et l’administration pénitentiaire, à tous les niveaux, a un dur métier que lui assigne la société en lui confiant ceux dont elle ne veut plus entendre parler, voire se débarrasser.

De même, je veux espérer que la convalescence des passants qui, à Lyon, ont été blessés par un colis piégé se poursuit, tout comme celle de l’imam de la mosquée et cet homme qui s’y rendait  à Brest, ainsi que ces deux hommes âgés, fidèles qui allaient prier, gravement atteints à Bayonne par la folie, la stupidité, la sénilité d’un ancien candidat du Front National.

J’étais en Chine au début de la semaine dernière. J’ai pu y rencontrer le Président de la République durant sa visite officielle. Il sait quel est mon idéal social-démocrate, ce que sont les valeurs auxquelles, au-delà des vicissitudes des partis, je reste fidèle et où est mon engagement. Je continue de croire en l’égalité des chances et à la justice sociale, à revendiquer la nécessité de la redistribution fiscale et du service public pour assurer entre tous les citoyens, sans la moindre discrimination d’origine, d’âge ou de sexe, la solidarité dans l’éducation, le logement et l’emploi, face à la vieillesse, à la pauvreté et la maladie, la priorité à la lutte contre le réchauffement climatique, à la préservation de la biodiversité, au respect de la planète. Ce sont des nécessités sans lesquelles ne peuvent exister ni vivre ensemble, ni pacte républicain. Cependant, au moment où nous nous quittions, le chef de l’État m’a dit avec une certaine gentillesse et plus fortement encore qu’il l’avait fait avant l’été à l’Élysée : « tu sais : je souhaite que tu gagnes ».

Alors, à mon tour, modestement, de saluer l’un des gestes du Chef de l’État. Tout comme nous nous retrouvons dans cette crypte dont les nuages sont le toit, sera inauguré à Paris, cet après-midi, un monument qui pourrait parfaitement s’appeler comme le nôtre « Mémoire et Paix ». Dans le square Eugénie Malika Manon Djendi, du nom d’une sous-lieutenant d’origine algérienne, parachutée pour contribuer à la libération de la France occupée, déportée et exterminée par les nazis à Buchenwald, six soldats de bronze, cinq hommes et une femme, représentant toutes les armées, portent un cercueil qu’on ne voit pas. C’est un hommage à tous ceux qui ont donné leur vie en OPEX, en opérations extérieures, pour la France depuis 1963, Ils sont 549 morts avant le temps. 34 plaques d’acier égrènent leur nom. 129 tués au Tchad. 141 au Liban, 85 en Afghanistan. 78 en ex-Yougoslavie. 28 au Mali.

Il y a là ceux qui sont tombés en 1995, reprenant, comme à Arcole, un pont aux Serbes, à Sarajevo, pour libérer leurs camarades casques bleus pris en otages, ceux, légionnaires, paras et marsouins ensevelis en 1983 sous l’immeuble Drakkar à Beyrouth, assassinés, comme notre ambassadeur l’avait été peu avant, par le père du boucher de Damas et ses complices libanais, ceux – ils étaient dix – qui, à court de munitions, ont été égorgés, après un effroyable corps à corps, en 2008, par les talibans dans les montagnes d’Uzbin, non loin de Kaboul, ou ceux, officier et sous-officiers confirmés, décimés en 2012 dans la cour de leur caserne en Kapissa par un soldat afghan qui avait gagné leur confiance et qui, alors qu’ils étaient en tenue de sport, désarmés, vida sur eux ses chargeurs, ceux qui résistent aux bandits brésiliens à la frontière de la Guyane, ceux qui ont été bombardés par des avions mercenaires à Bouaké en Côte d’Ivoire. Autour d’eux, il y a l’immense cohorte des blessés, des mutilés, des amputés. Avec eux, il y a nos 7000 compatriotes toujours mobilisés dans les dispositifs Chammal contre Daech en Irak et Syrie, Barkhane et Serval contre les terroristes au Niger et au Mali ou sous le fanion des Nations-Unies. Les oublierions-nous s’ils étaient nos enfants, nos fiancés, nos compagnons d’armes ? Non ! Alors considérons-les comme tels.

Je vais conclure. Cette cérémonie est la dernière de la mandature. Je ne sais si nous avons bien fait. Ce n’est l’heure ni du bilan (il faudra le tirer en 2025 après l’ANRU), ni celui du programme, car c’est depuis longtemps le même : être honnêtes, être travailleurs, être présents, être efficaces, être unis. Je n’ai qu’un seul Parti. C’est Val-de-Reuil. Je ne suis pas seul. J’ai une équipe dont je suis fier. Mais un certain nombre de nos collègues nous ont quittés au cours de ces six années qui étaient, pour certains, des amis en actions, des sœurs et des frères en idées. Je pense à Daniel Moreau qui, prenant sa retraite après une vie professionnelle bien remplie chez Matra devenu Cassidian, voulait nous rejoindre pour mettre ses compétences et ses convictions à la disposition des rolivalois. Je songe évidemment à Bernard Cancalon, ancien légionnaire, nouvel élu, venu de bien loin probablement, mais avec tellement de sincérité pour aider les autres, faire le bien, terrassé par une crise cardiaque dont on ne peut s’empêcher de penser qu’elle l’aurait peut-être épargné s’il s’était moins dépensé au service des autres. Nous vivons, enfin, avec le souvenir et le sourire de Noëlle Boudard emportée par une atroce maladie et qui, jusque dans ses derniers SMS dictés à sa fille, parlait « des moments parfois merveilleux, parfois difficiles », je la cite, passés à l’état-civil, au conseil ou dans ces campagnes électorales qu’elle adorait. A nos trois collègues, je veux associer le souvenir d’un autre conseiller municipal, d’abord embarqué dans l’équipe de Bernard Amsalem, puis dans la nôtre, et qui, lui aussi, veillait aux baptèmes et aux mariages qu’il aimait célébrer. Il s’agit de Maurice Dumontier qui vient de nous quitter. Ils ont rejoint, pour moi, Jeanne Doucet et Antonio Antonioli dont le souvenir ne me quitte jamais .

Enfin cette cérémonie a aussi pour but de rendre honneur, de rendre les honneurs à ceux qui, de notre Ville, ont bien mérité. Lorsque le protocole immuable de ce rassemblement sera arrivé à son terme, après la sonnerie aux morts, après le dépôt des gerbes, symboliquement déposés par ceux qui sont l’État, l’autorité et la sécurité, je reprendrai la parole pour faire, devant son épouse et sa famille, l’éloge de Claude Aubé qui s’en est allé voici quelques jours.

Un tout dernier mot enfin. Il est pour Patrice Caumont. Lui aussi a été un soldat de la Ville. Ce soldat avait une vie et cette vie était une femme. Ils ont lutté tous les deux, elle bien sûr, mais lui aussi, pour faire reculer la longue et douloureuse maladie, marquant des points, gagnant du temps, mais elle l’a finalement emporté. A Patrice, nous sommes nombreux à avoir pensé ces dernières semaines. Pour ces femmes, pour ces hommes, pour vous je voudrais simplement réaffirmer : Vive Val-de-Reuil. Vive la République. Vive la France.

12 NOV 2019

Claude Aubé n’avait pas ménagé ses efforts ni pour sa commune, ni pour son pays. Val-de-Reuil a perdu l’un de ses derniers anciens combattants, l’un de ses premiers habitants, l’un de ses plus fidèles défenseurs, l’un de ses bénévoles du quotidien. Il était normal et primordial que nous lui rendions hommage.

Hommage à Claude Aubé (1940 – 2019)

Intervention de Marc-Antoine JAMET, Maire de Val-de-Reuil

Monument Mémoire et Paix

Lundi 11 novembre 2019 à 11h00

Cher(e)s ami(e)s,

Claude Aubé aurait-il apprécié l’hommage que sa Ville lui rend aujourd’hui ? Ce n’est pas certain. Son visage qu’un collier de barbe avait depuis longtemps envahi dissimulait une grande modestie, une puissante aspiration à la tranquillité, une volonté affirmée de discrétion. Cet homme de devoir aimait à se réfugier dans l’ombre et le silence. Pourtant il nous revient à nous, aujourd’hui, ses amis, de le replacer en pleine lumière, de dire à haute et forte voix qu’il n’avait ménagé ses efforts ni pour sa commune, ni pour son pays, ni pour Val-de-Reuil, pour la France.

En ce 11 novembre 2019, il aurait dû prendre rang parmi ses camarades porte-drapeaux, ceux de Poses et ceux de Léry avec lesquels il aimait se mêler lors des grandes cérémonies de la République. C’est une mission qu’il n’avait jamais cessé de remplir au cours des trente dernières années. Qu’il pleuve, qu’il vente, il ne l’aurait manqué pour rien au monde. Seule la mort y aura mis un terme. C’est pourquoi Didier Piednoel, le maire de Poses, et Janick Léger, notre conseillère départementale, qui tous les deux l’ont bien connu, ont ressenti l’absolue nécessité de saluer son parcours par un geste particulier d’amitié et de respect. C’est le sens de cet hommage. Avec moi, ils ont souhaité que sa mémoire soit évoquée au cœur de notre monument. Au cœur de ce Monument, mais aussi, mais surtout face à une forêt dont il connaissait le moindre chemin, le moindre sentier. Ainsi pouvions-nous saluer, sans le trahir, de la manière la plus fidèle, la plus juste et la plus appropriée son engagement, ses valeurs et son attachement à un territoire qu’il aimait profondément. C’est sur notre terre que son histoire avait débuté.

Claude Aubé était né à Notre-Dame-du-Vaudreuil le 13 mars 1940 quelques mois avant que le hurlement strident des stukas n’annonce la douleur de l’exode, la honte de la défaite, l’ignominie de la collaboration. Claudius, comme ses amis aimaient à l’appeler, faisait partie d’une famille dont le nom, synonyme de blancheur, si fréquent entre Manche et Seine, se confond avec la Normandie, ses paysages de bocage et ses traditions. Sans doute lui fut-il moins facile qu’à d’autres gamins de connaître et de profiter, sous l’occupation, durant la guerre et dans les restrictions, de l’insouciance et du bonheur de l’enfance. Son adolescence eut pour cadre ce corps de bâtiments longtemps appelé « la Petite Ferme » qui abrite maintenant les tréteaux de France.

Claude Aubé travailla très tôt en débutant aux côtés de son père. Celui-ci exerçait un des plus durs des métiers de cette France du siècle précédent puisqu’il était ouvrier agricole. Au cours de ses années d’apprentissage, le fils ne ménagera ni son énergie, ni sa peine. A ces exploitations qui faisaient la richesse de notre territoire alors rural, il donna sa force et ses bras. Il s’employa notamment au domaine agricole Louis Renault, à cheval sur les deux rives de la Seine, la demeure à Herqueville et la ferme à Porte-Joie, bourgade qui ne portait pas encore ce nom triste, absurde et banal de Portes-de-Seine. Arriva le temps de la rencontre avec celle qui allait partager toute sa vie. Cet univers appartient à Anita, son épouse, qui se trouve avec nous ce matin. Je ne m’y immiscerai pas. Mais leur rencontre va être soumise à dure épreuve.

Claude Aubé n’a que 20 ans, en effet, lorsque la conscription l’appelle. Il rejoint ces hommes qui vont effectuer leur service national, ces Français de métropole qui, à partir de la Toussaint rouge, en 1954, vont traverser la Méditerranée, naviguer de la Bonne Mère à Notre Dame d’Afrique ou à la Santa-Cruz, s’embarquer sur le Ville d’Oranou bien le Ville d’Alger, avant de rejoindre les Aurès, le Sahara, la Kasbah, les frontières avec le Maroc et la Tunisie. Ce qui devait être une simple opération de maintien de l’ordre, d’événement en événement, pour toute une génération, est devenu une guerre qui ne voulait pas dire son nom. Lorsque Claude Aubé arrive en Algérie, en 1960, il ne s’agit déjà plus de confier aux appelés des missions de police. Ils participent depuis des mois, activement, aux affrontements, aux ratissages, aux combats. Dans les deux camps, la violence va attiser la haine. D’un côté, c’est la torture parfois jusqu’à la mort pour arracher aux prisonniers fellaghas renseignements et réseaux. De l’autre, ce sont des atrocités commises par vengeance. Cela finira par l’indépendance, inéluctable, de l’Algérie. Le FLN décimé remporta la victoire politique et la France gagnant l’essentiel de la bataille militaire perdra celle des âmes et des cœurs.

Pendant près de 26 mois, Claude Aubé aura été affecté au poste radio de l’un des régiments d’infanterie de l’Oranais face au Royaume Chérifien, base arrière de ce qu’on appelle encore la rébellion. De ces deux années et demie passées loin des siens, il parlait peu. Les mémoires d’appelés sont souvent des mémoires blessées. Claude Aubé partagea le silence du million d’hommes qui s’en revinrent d’un conflit qui dura huit années, marqua profondément une époque et explique une partie des fractures de la société française, sa méfiance à l’égard des banlieues, le succès de mouvements populistes racistes et xénophobes.

Songeant à cette période passée loin de sa terre natale, Claude Aubé n’exprimait pas de rancœur, d’amertume ou d’animosité. Au contraire, il s’attacha à faire vivre le souvenir de ceux qui, morts pour la France, avaient été ses compagnons, de ceux qui, soldats des deux grandes guerres mondiales, avaient précédé son engagement, de ceux, militaires des opérations extérieures, qui lui avaient succédé sous les drapeaux, honorant leur mémoire, transmettant aux générations futures le sens de leur sacrifice et de leur dévouement.

Libéré de ses obligations militaires, la carrière professionnelle de Claude Aubé se poursuivit. Notre département accomplit dans les années soixante-dix sa mutation industrielle. Croissance, emploi, commerce, c’était encore les Trente Glorieuses. Claude Aubé rejoint alors l’entreprise Labelle, à Saint-Pierre-du-Vauvray, qui, faut-il qu’il nous en souvienne, créée en 1820, figurait parmi les plus importantes fabriques de chaussures en France. Fournissant des marques de prestige, elle ne comptait pas moins de 1200 salariés et voyait chaque matin arriver sur le quai d’une gare désormais moins fréquentée un train spécialement affrété pour acheminer ses ouvriers. A vrai dire, le climat social y était plus proche de Zola que de Google ou Microsoft. C’était avant que son dernier dirigeant, patron d’un autre âge, ne dépose le bilan en 2002 prenant prétexte des 35 heures, pour expliquer son échec.

En 1987, il rejoint Hervé Jimonet, son complice, son frère d’armes qu’il avait rencontré trente ans plus tôt au bal des conscrits de Pont de l’Arche. Il adhère alors à la section de l’Union Nationale des Combattants de Louviers puis, quelques années plus tard, participe avec son ami à la création de celle du Souvenir Français de Léry-Poses. Il ne cessera d’en être l’un des piliers et en était, encore jusqu’à ces dernières semaines, le vice-président. Mais venons-en à l’essentiel. À la fin des années 1980, Claude Aubé et Hervé Jimonet vont accomplir une mission symbolique et sacrée. Ils parcourent les communes environnantes pour vérifier l’état des monuments et des stèles dédiés aux soldats morts au champ d’honneur, aux militaires morts pour la France. À Poses, à Léry, à Connelles, Tournedos, à Andé, à Daubeuf et au Vaudreuil, pendant des semaines, en tout temps et en toute circonstance, ce sont plus d’une centaine de stèles qui seront relevés ou consolidés grâce à leurs efforts et à leur courage. Ils ont ainsi empêché que le nom de milliers d’hommes, originaires de nos villes et de nos villages, ne glissent dans l’oubli. Cette magnifique entreprise justifie que nous nous rassemblions ce matin.

Pour entretenir la mémoire du Pays, il n’est jamais de vaines attentions, ni de démarches inutiles. C’est par le récit collectif que se fait la transmission, l’intégration et la Nation. Je le dis en regardant les dizaines de jeunes présents à cette cérémonie.Claude Aubé, qui avait à cœur d’emmener son petit-fils à chacune des manifestations patriotiques auxquelles il participait, aurait été touché de voir ces collégiens, ces lycéens, ces volontaires du SNU, ces pensionnaires de l’EPIDE et ces jeunes Sapeurs-Pompiers réunis dans la froide humidité d’un matin de novembre.

Notre hommage n’est heureusement pas le premier. Ses plus de trente années de travail citoyen et de veille patriotique furent salués par le Souvenir Français et l’Union Nationale des Combattants. Médaillé du mérite de l’UNC, de la Croix du Djebel, de celle du Combattant, de celle commémorative d’Afrique du Nord et, en 2019, médaillé de Vermeil avec bélière laurée, plus haute distinction remise à un adhérent du Souvenir Français. Ces décorations disent la reconnaissance de ses pairs. Elles rappellent aussi les vertus d’un homme.

En bon normand, Claude Aubé, je l’ai dit, était un taiseux. En bon normand, c’était donc un faiseux, un homme dévoué et courageux. Au retour d’Algérie, Claude Aubé retrouve Anita à Saint Pierre du Vauvray. Ils fondent une famille de trois enfants et rejoignent Val-de-Reuil en août 1985 au 2, rue des Compagnons, adresse symbolique à laquelle ils ont toujours résidé. Il a est vrai qu’il a connu Val-de-Reuil avant Val-de-Reuil. Il était de la sorte plus Rolivalois, s’il se peut, que les pionniers de la Ville Nouvelle, imprégné qu’il avait été, depuis le plus jeune âge, avant que la cité contemporaine soit construite, de son terrain, de la courbe de ses collines, de ses sentiers et de ses rivières,

Vînt le temps des établissements LeTellier, entreprise de serrurerie et de clôture, au sein de laquelle il reste près de 25 ans y faisant la majorité de sa carrière professionnelle. Courageux, je disais, à l’aube ou au crépuscule, Claude Aubé faisait le trajet qui séparait son domicile de son travail à vélo sur une chaussée qui ne comportait ni contre-allées ni pistes cyclables protégées. Il fallait avoir les épaules solides et une belle santé. Il est vrai que Claude Aubé n’était pas le plus frêle des hommes, mais la largeur de ses épaules n’était pas superflue lorsqu’il s’agissait de porter à bout de bras des mètres de clôtures métalliques. La pénibilité de son travail ne lui retirait pourtant pas, m’a-t-on dit, son sourire. Pour ne donner qu’un exemple de ce que fût le quotidien de son labeur, on disait qu’il avait planté chacun des piquets de notre base de loisirs. Il en fut quelques années plus tard le garde-pêche, ne détestant pas ses moments où les chemins du travail rejoignaient ceux d’une nature dans laquelle il aimait vivre, chasser, pêcher. Il appréciait ses instants de liberté.

Claude Aubé, habitant Val-de-Reuil depuis 35 ans, aimait sa Ville. Fidèle du concours des balcons fleuris, il était aussi, au début des années 2000, une figure des Facéties qui, une semaine durant, voyaient la Place des Chalands métamorphosée en jardin suspendu digne d’une moderne Babylone. Après avoir participé aux expositions florales que l’association organisait, il fut pendant près de trois ans le Président des Jardins Familiaux, non parce qu’il convoitait cette responsabilité, mais parce qu’il fallait suppléer à la vacance laissée par celui qui lui avait précédé. Il avait accepté cette tâche sans sourciller. Jean-Pierre Perrault et Jean-Denis Harrou pourront le confirmer. Il aimait rendre service. Spontanément. Sans attendre de contrepartie ou de retour. C’est ainsi qu’il agissait également dans nos écoles et auprès des sapeurs-pompiers de Val-de-Reuil lorsqu’il revêtait les habits rouge et blanc du Père Noel. Il le faisait comme bénévole de chacun des triathlons. C’était une question de loyauté, de justice et de solidarité.

Claude Aubé ne cachait pas ses convictions. Il avait confié à Janick Léger sa fierté de voter pour une femme lorsqu’elle fut élue pour la première fois conseillère générale de Val-de-Reuil. Je n’oublie pas non plus qu’il fut l’un des premiers à me recevoir, à me conseiller et à me soutenir lors de la première de mes quatre élections municipales en 2001.

Dimanche 6 octobre 2019, Val-de-Reuil a donc perdu l’un de ses derniers anciens combattants, l’un de ses premiers habitants, l’un de ses plus fidèles défenseurs, l’un de ses bénévoles du quotidien. Aussi, revenant à mes premiers mots, il était normal et primordial, aux côtés de son épouse, de sa fille, de ses amis et de ses compagnons, que nous donnions son nom au chemin qui mène aux jardins familiaux. Claude Aubé vous nous avez aidés. Nous nous vous remercions et nous ne vous oublierons pas.

27 OCT 2019

Organisé par la Cosmetic Valley, le Salon Cosmetic360 2019 était placé sous le signe du développement durable. Une 5ème édition dédiée à une modernité responsable, faite de confiance, de vigilance et d’optimisme. En tant que Président du pôle de compétitivité, c’est la priorité que j’ai souhaité rappeler à travers cet éditorial qui introduisait le programme du rendez-vous international de l’innovation pour la filière parfumerie-cosmétique.

Nous sommes tous des collégiennes suédoises ?

par Marc-Antoine JAMET, Président de la Cosmetic Valley

 

Partout, à la tribune de l’ONU, à la table du G7, au rythme des cortèges de rue, sur les ronds-points ou dans les associations, en Corrèze, en Amazonie, les citoyens veulent transparence, proximité et responsabilité. Ils l’exigent des institutions politiques. Ils les demandent aux entreprises. Mieux vaudrait, pour le futur de la planète certes, pour l’avenir de tous également, qu’elles ne restent pas sourdes à cet appel. Au mépris, au mutisme, à l’indifférence, ne répondraient que l’intolérance et la boursouflure, les zadistes en dreadlockset autres black blocs, l’extrémisme des gilets ultrafluos et l’intolérance des bigots, l’exagération imbécile, le fanatisme assassin, bref le repli sur soi, la violence aveugle et « la bêtise au front de taureau ».

Une solution existe. Chez la plupart des êtres, le cerveau a horreur du vide. Il faut un sens à la vie, des causes qui vous emportent et vous transforment, un idéal, une idéologie. Après vingt siècles de l’ancien, un autre monde est en train de naître. Ce sont les idées, les valeurs, qui mènent l’humanité. Quand elles surgissent, autant prendre les bonnes. Manifestement certaines, pas les moins dérangeantes pour notre confort intellectuel, nos habitudes de vie et pensée, mais pas non plus les plus inintéressantes, ni les moins sensées, sont en train de se frayer un chemin. Après avoir été des Juifs allemands, il y a quarante ans, sommes-nous – tous – en train de devenir des collégiennes suédoises en rupture de ban ?

La Cosmetic Valley est un peu plus âgée que Greta. Elle fête ses 25 ans. C’est dire qu’elle jouit de toutes ses facultés. Plus d’adhérents, plus de projets, plus de résultats, comme l’équipe qui la fait vivre, elle a la silhouette et les privilèges de l’éclatante jeunesse. Sa mémoire est vive, mais sans a priori. Elle est engagée, contre le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources, la montée des océans, la disparition des dernières forêts primaires, l’extinction de la biodiversité, la protection de la faune et de la flore (que nous appelons cosmétopée), mais pas militante. Le rouge faisait peur aux bêtes à cornes. Le vert convient à l’herbe des prairies. Nous devons être plus subtils.

Cela tombe bien : le propre d’un pôle de compétitivité est d’être à l’écoute du terrain, d’agir en proximité, d’entendre ce qui se dit. Notre écosystème – géants, PME, start-ups, laboratoires, universités et collectivités –  a pour objectif de travailler vite, efficacement, de manière appropriée, par l’industrie, au service de l’économie, pour une croissance juste et équilibrée. C’est ce que nous défendons. C’est ce nous apprenons de nos clients, de nos partenaires, de nos salariés. Ils espèrent un « substainable world », un monde durable qui prenne pleinement en compte les impacts environnementaux et sociaux des activités humaines. Ce n’est plus une option, une indulgence par laquelle on rachèterait sa conscience. C’est une nécessité. Devant cet impératif écologique nous pensons que l’innovation, richesse illimitée de la créativité des hommes et de leurs entreprises, nous permettra de relever le défi gigantesque qui nous fait face.

Il était donc normal, presque banal, que COSMETIC 360 dédie ce salon 2019 à une modernité responsable, faite de confiance, de vigilance et d’optimisme. Le pôle et ses adhérents peuvent agir sur toute sa chaîne de valeur, du sourcing éthique à l’éco-conception des produits, de la sauvegarde de l’agriculture à la prévention des pollutions, par la valorisation de l’économie circulaire, par la réduction de l’empreinte carbone, depuis la recherche de matières premières jusqu’à la distribution dans les magasins physiques, ou via les places digitales de marché.

Ce sont ces dimensions que nous explorons à travers la 5ème édition de notre rendez-vous parisien. Ainsi découvrirez-vous, étonnés, de nouvelles approches pour acquérir principes et ingrédients grâce aux filières mises en place avec les pays producteurs comme la Colombie, le Japon ou Madagascar. Le choix du « packaging plastic free » s’illustrera par la proposition – prosaïque et prosélyte – d’un retour au verre porté la Glass Valley. Parmi 80 innovations présentées, 18 seront lancées par nos conférences « Activist Beauty ». Enfin, pour son 3ème rassemblement, notre hackathon fera plancher de jeunes énergies, de bien savants étudiants, les business men and womende demain, sur ce thème de la RSE pour, au-delà, du discours et des intentions, faire souffler un vent nouveau, un air rafraichissant sur notre profession.

Voici notre feuille de route, voilà notre priorité. Ce n’est pas l’apologie de l’austérité. Loin s’en faut. Il s’agit, tenant compte des contraintes nouvelles, s’appuyant sur la science et le bon sens, de donner à notre filière le souffle et l’esprit qu’Arthur Rimbaud avait assignés à la poésie, qu’elle « ne rythme plus l’action », qu’elle « soit en avant ». Nous souhaitons, j’emprunte à Claude Martinez, président de Parfums Christian Dior, la formule, « passer d’une beauté durable à une durabilité belle ».

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