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11 NOV 2020

11 NOVEMBRE – Retrouvez ici le discours que j’ai prononcé ce matin, à 11 heures, au Monument Mémoire et Paix, à Val-de-Reuil, à l’occasion du 102ème anniversaire de l’Armistice de 1918

Commémoration de l’Armistice du 11 novembre 1918

Discours de M. Marc-Antoine JAMET,

Maire de Val-de-Reuil et Officier de la Légion d’Honneur

Monument « Mémoire et Paix »

Mercredi 11 novembre 2020 – 11h00

 

Chers concitoyens, chers collègues et chers amis, nous voici à nouveau réunis dans cette crypte à ciel ouvert entre la forêt, les champs et la rivière aux accents de quelques hymnes américains qui nous permettent de saluer la victoire de Joe Biden, rare bonne nouvelle dans un océan de morosité.

Élever au grand jour ce qui, d’ordinaire, est souterrain, entourer de hauts murs un monument qui, ailleurs, se dresse au milieu des esplanades et des places, préférer, pour se recueillir, l’alliance du gazon et du béton plutôt que l’architecture pesante des obélisques, des urnes et des gisants, célébrer l’avenir, à travers la mémoire et la paix, quand d’autres ne commémorent que des conflits anciens et les souvenirs perdus du passé, voici bien quelques-uns des paradoxes qui forgent la singularité de Val-de-Reuil, ville nouvelle qui ne déteste pas les rituels, cité contemporaine qui respecte les traditions.

Cette cérémonie et ce sanctuaire nous sont donc familiers. Trois fois par an, le 8 mai avec le printemps, le 14 juillet dans la chaleur de l’été, le 11 novembre sous un ciel menaçant, ils nous rassemblent. J’y suis avec vous depuis 20 ans. Je n’ai pas vu le temps passer. Probablement parce que ces moments d’unité sont importants.

Cependant, depuis qu’un virus nous soumet aux hasards de sa loi, rien n’est plus pareil. L’épidémie est devenue notre quotidien. Contaminations, hospitalisations, réanimations, inhumations, de couvre-feu en confinement, vague après vague, c’est à ce rythme que, désormais, nous vivons. Au jour le jour. A l’école, en famille, au travail, dans les commerces, la maladie fait son tri et ses ravages, autrefois lointains, se constatent sur notre territoire, parmi nos proches, jusque dans nos rangs. Faute d’un médicament, le meilleur moyen d’en guérir reste encore de ne pas en être atteint…

Aujourd’hui l’annonce faite par Pfizer d’un vaccin est un formidable espoir pour l’humanité toute entière. Mais, sans même évoquer ses effets secondaires et sa durabilité, il recèle, sa part de doute et de cruauté. S’il ouvre la possibilité d’un recul et, pourquoi pas, d’une disparition de l’épidémie, il ne pourra y parvenir, dans notre pays, qu’au terme des six prochains mois. 40.000 personnes en sont déjà décédées au cours des six derniers. C’est dire que, dans l’intervalle qui nous séparera de l’immunité quasi générale, naturelle ou provoquée, chaque semaine, au moins jusqu’à noël, nous compterons de nouveaux morts par centaines, souvent les plus faibles et les plus âgés, parfois les plus pauvres d’entre nous : tous ceux qu’une Nation démocratique et développée par un dispositif de santé publique fondé sur la priorité donnée à un système hospitalier performant et financé, performant parce que financé, à une médecine de ville écoutée et soutenue, soutenue parce que écoutée, aurait dû mieux protéger.

Alors ne relâchons pas nos efforts : conservons ce masque insupportable et indispensable en toute occasion, évitons les contacts et les réunions, limitons nos déplacements, pour les autres, pour nos parents et nos proches, pour ceux qui sont plus vieux ou plus fragiles, pour nous-mêmes après tout, continuons d’adopter urbi et orbi, sur le marché ou en mairie, les gestes-barrière parce que ce sont les seuls qui vaillent et les seuls qui sauvent. Soyons responsables parce que prudents et vigilants. Nous nous épargnerons ainsi bien des tourments.

C’est au nom de cette obligation que, comme pour la commémoration de la victoire de 1945 sur la barbarie nazie, voici six mois, nous avons décidé que cette manifestation républicaine et patriotique, même si elle devait avoir lieu, se tiendrait à huis-clos. Pour autant, dans nombre de communes, elle a été purement et simplement annulée. Ce n’est pas le choix que nous avons fait. Il m’appartient de le justifier. Devant vous qui êtes mes collègues et mes compagnons. Devant les habitants que je salue et qui peuvent nous rejoindre sur le compte FaceBook de la Ville et qui, à chaque fois que nous leur avons proposé, ont été plusieurs milliers, en direct ou en différé à nous suivre avec intérêt, curiosité ou amitié.

La raison fondamentale de ce maintien n’est pas très compliquée à trouver. Elle est inscrite au début de l’article 1ernotre constitution. « La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Ces valeurs sont permanentes et universelles. Il n’y a pas d’éclipses ou de repos pour la liberté, l’égalité, la fraternité. Élus du suffrage universel, nous en sommes pendant six ans les ambassadeurs : au conseil municipal, dans les cours d’écoles, à chaque manifestation, sur le parvis des usines ou du théâtre, aux mariages et, parfois, aux enterrements, dans chacun de nos gestes et à l’occasion des fêtes nationales. La crise ne doit rien y changer. Notre pays nous a donné de petits cailloux blancs. Ce sont ceux de la démocratie, de la solidarité, de l’égalité des chances et de la justice sociale, ceux de la tolérance et de la bienveillance également. Ils ne doivent pas rester égoïstement, paresseusement, dans nos poches. Partout où nous allons, nous devons les répandre sur le sol et dans les esprits pour permettre à tous nos compatriotes, à tous nos administrés de toujours retrouver le seul chemin qui compte : celui du « vivre ensemble ». C’est notre rôle. C’est notre mission.

Seconde raison que vous partagerez, je l’espère, ces rendez-vous sont ceux que nous fixe la France à l’intérieur de frontières et de paysages que vingt siècles ont façonnés. Ces instants, d’une certaine façon, nous y sommes convoqués par l’Histoire à l’invitation, à l’imitation des figures, des héros et des modèles qu’elle nous a légués. Ce sont de justes habitudes, de nobles coutumes dont, comme la pratique de notre langue, nous avons hérité, soit par la naissance, grâce aux automatismes du sol ou du sang, soit par préférence et par l’intégration, seule perspective raisonnable à moyen terme, pour ceux qui ont volontairement obtenu notre nationalité ou choisi de s’associer durablement à la communauté française. C’est de ce creuset qu’est extrait l’alliage de notre identité partagée, non pas au-delà, mais au-dessus des races et des origines.

Dans les champs qui nous entourent et que l’INRAP soumet à la souffrance de ses fouilles incessantes, il reste un peu de Vercingétorix et de Clovis, de Bouvines, de Crécy et d’Azincourt, des comptoirs de Montcalm et de Dupleix, de l’éclat du roi soleil et du tumulte de la Grande Révolution, des drapeaux du pont d’Arcole et de la Commune de Paris, des poilus de Verdun et des mutins de Craonne, des maquis du Vercors et des martyrs de Birkenau, de Jaurès, Blum et Mendès France, qu’il faut citer en ce centenaire effacé du Congrès de Tours, de la colonisation et de la juste émancipation des peuples qui la rejetèrent, des trente glorieuses, de notre fondateur Georges Pompidou et des barricades de mai 68, de la construction de l’Europe, de l’abolition de la peine de mort et de François Mitterrand, de la libération des femmes dont la Panthéonisation de Gisèle Halimi pourrait rappeler aux jeunes générations étonnées qu’elle fut, il n’y a pas si longtemps, une longue marche contre le conservatisme et les idées installées. A Val-de-Reuil, très localement, très modestement, très fièrement, nous sommes demeurés propriétaires d’une part de ces actes, de ces dates et de ces mots.

Ce n’est pas rien. C’est pourquoi la Ville est pavoisée de bleu, de blanc et de rouge. C’est pourquoi la Marseillaise va retentir. Nous sommes ici les porteurs de cet imaginaire tricolore, de ce récit national et nous devons le transmettre à nos enfants. Il y a encore des chapitres à écrire de l’épopée hexagonale. Plus réjouissants et plus enthousiasmants que les tristes épisodes que, sans boussole et sans horizon, nous vivons depuis quelque temps. Comment sauraient-ils que là leur devoir, si nous ne laissons pas le livre ouvert sous leurs yeux.

Qui plus est, si nous ne nous mobilisons pas pour rappeler que ces symboles sont les repères de la Nation toute entière, d’autres, moins bien intentionnés, auront tôt fait de les confisquer transformant des faits indiscutés en « détails de l’Histoire » à leur petit profit. Je vous assure, femmes et hommes, nouveaux et anciens conseillers, que nous faisons œuvre utile en donnant pour cette heure sacrée de notre temps et de notre énergie à la collectivité.

Clemenceau en parlant des anciens combattants disait : « ils ont des droits sur nous ». Chaque 11 novembre, dans une trentaine de pays, la plupart restés ou devenus alliés et amis, les 18 millions de morts, civils et militaires, de la première guerre mondiale se rappellent à nous. Aucun survivant, évidemment, n’existe plus qui puisse dire ce qu’a été cette boucherie, mais il est une sépulture qui, depuis exactement cent ans ce matin, depuis le 11 novembre 1920, abrite un combattant français, pour toujours inconnu et à jamais illustre. Un bouquet de fleurs déposé sur son cercueil le désigna pour reposer au pied de l’Arc-de-Triomphe. Vers lui doit aller, quelles que soient les circonstances, notre reconnaissance. Nous ne pouvions, au prétexte de nos peurs ou de nos craintes, refuser de lui rendre notre hommage, enfants, petits-enfants ou arrière-petits-enfants de ceux qu’il contribua à défendre, jusqu’à la onzième heure du onzième jour du onzième mois de l’année 1918, jusqu’à ce que retentit dans les tranchées le clairon sonnant la fin des hostilités.

Tout comme il était impossible de ne pas s’incliner devant l’ombre géante du Général de Gaulle, né il y a 130 ans, mort il y a demi-siècle, après avoir, par deux fois, le 18 juin 1940 et le 1erjuin 1958, au-delà des clivages et des controverses, incarné la France et permis, avec son panache et sa vision, ses excès et sa démesure, qu’elle renaisse, qu’elle ressuscite aux yeux du monde.

Comment ne pas saluer enfin, comme l’a fait dans son message la Ministre en charge de la mémoire, la dépouille de l’écrivain solognot et académicien français Maurice Genevoix qui, aujourd’hui, franchira pour l’éternité le seuil de l’ancienne église plantée au sommet de la Montagne Sainte-Geneviève emmenant avec lui « Ceux de 14 », ceux de la colline des Éparges où il fût frappé de trois balles, ceux qui ont subi pendant cinq ans, jusqu’à l’armistice signé à Rethondes, la faim, le froid, le feu qui blesse, qui ampute et qui tue. Aux grands hommes la patrie reconnaissante !

A ceux tombés dans les tranchées, il faut fédérer ceux tombés en mai 1940, ceux de Londres, de la résistance autour de Jean Moulin ou du Parti Communiste, ceux du débarquement en Provence et des armées françaises qui, avec De Lattre, Koenig, Leclerc et Juin, marchèrent de Rome à Strasbourg, de Paris libéré à Berchtesgaden, ceux qui perdirent la vie en Indochine et en Algérie face à des peuples qui s’émancipaient de notre tutelle, ceux de la division Daguet durant la guerre du Koweït et de notre Marine Nationale dans le Golfe Persique, ceux des interventions au Tchad, au Zaïre, en Côte d’Ivoire ou en Centrafrique, des opérations au Liban, dernier pays où on exécuta, sans être autrement puni, un ambassadeur de France, en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, en Lybie, en Irak et en Syrie, ceux qui se battent aujourd’hui au Niger, au Burkina et au Mali contre le terrorisme pseudo-islamiste.

A l’invitation du Président de la République, je veux citer devant vous pour que nous retenions leur nom les chefs de bataillon et d’escadron Clément Frison-Roche, Benjamin Gireud, Nicolas Mégard et Romain Chomel de Jarnieu, les capitaines Pierre-Emmanuel Bockel et Alex Morisse, le Major Julien Carette, les adjudants Alexandre Protin et Jérémy Leusie, les maréchaux des logis-chef Valentin Duval, Antoine Serre et Romain Salles de Saint-Paul, le maréchal des logis Andy Fila, les brigadiers Tojohasina Razafintsalama et Arnaud Volpé, les légionnaires Andreï Jouk, adjudant, Volodymyr Rybontchouk, caporal-chef, Dmytro Martynyouk, brigadier-chef, Kévin Clément, brigadier, tous morts pour la France, contre le djihadisme, le fanatisme et l’obscurantisme. C’est à eux, probablement qu’il faudra dédier la minute de silence que nous allons respecter dans un instant après avoir entendu la sonnerie aux morts.

A eux et à d’autres qui ne pouvaient imaginer que la bataille que ces soldats livrent pour la démocratie, se poursuivrait sur notre territoire, à la porte de nos églises et de nos écoles. Nous nous sommes tous arrêtés, voici deux semaines, pour marquer notre émotion devant le lâche assassinat d’un professeur d’histoire et de géographie à Conflans-Sainte-Honorine. Notre colère ne doit pas retomber. Samuel Paty avait étudié pour que les autres apprennent, parlait pour d’autres s’expriment, disait la vérité pour faire reculer le mensonge. C’était ainsi qu’il concevait son beau métier d’enseignant. Il en est mort, tué, non par l’Islam, mais par un fanatique borné, par un imbécile embrigadé, par un criminel attardé que rien n’excuse. Nul sur cette terre n’a le droit d’enlever la vie à qui ce soit, pas plus au nom d’une religion que d’une autre opinion, pour un dessin ou pour quelque autre raison.

C’est pourquoi, pas davantage que nous n’avons oublié le meurtre du père Hamel, en Normandie, à vingt kilomètres d’ici, nous n’oublierons ceux commis à Nice du sacristain Vincent Loquès, de Simone Baretto-Silva et de Nadine Devillers, victimes innocentes de la haine et de la bêtise conjuguées dans un cerveau manipulable. Pas plus que les morts de Vienne, les étudiants de Kaboul, les élèves de la Madrassa de Peschawar, tous musulmans, les familles du Cameroun ou du Nigéria tuées par Boko Haram, celles du Mali et du Niger exterminées par Daech ou Al Qaïda. Ce ne sont certainement pas les mosquées qu’il faut fermer, mais la folie et la violence qu’il faut éradiquer.

Complémentaire de la plus extrême fermeté, il n’y a pour cela qu’une seule voie. J’en suis intimement et politiquement persuadé. Donner aux femmes et aux hommes, sans exception, les instruments du libre-choix, du libre-arbitre, de la libre-détermination, loin des archaïsmes, des pesanteurs et des préjugés. C’est ce que nous nous efforçons de faire, à notre échelle, avec les compétences qui nous sont données, à Val-de-Reuil, en veillant sur les Rolivalois et en leur donnant des moyens pour se prémunir autant que faire se peut du virus, en maintenant le service public ouvert au CCAS, aux services techniques ou en mairie, en nous appuyant sur une police municipale agissante et aux effectifs augmentés, en étant aux côtés de nos instituteurs et de nos professeurs de la maternelle au lycée, en aidant nos commerçants et nos artisans, en soutenant nos entreprises, en encadrant nos jeunes, en offrant au plus grand nombre sports et culture, en réclamant le renforcement de notre commissariat, en n’arrêtant aucun des grands chantiers publics ou privés qui modifieront la physionomie de notre ville demain, le complexe Léo Lagrange, de nouveaux logements, le skate-park, la rénovation du Quartier de l’Andelle aux normes de l’éco-quartier, un budget solide et une dette remboursée, des entreprises implantées, l’école Victor Hugo, des pistes cyclables, des résidences pour personnes âgées et une promenade des Tilleuls devenue coulée verte.

Tout cela et beaucoup d’autres choses sont enclenchées et nous saurons les terminer pour l’amélioration de nos conditions et de notre cadre de vie. Ce succès n’est pas à mettre au crédit de tel ou tel. Il n’est pas de bonne gestion sans bonne équipe. Puisque nous sommes entre nous et que les Rolivalois sont, par la force des choses, un peu éloignés, je voudrais vous remercier, anciens conseillers ou élus fraîchement désignés, femmes et hommes de bonne volonté, progressistes, écologistes, socialistes, radicaux ou tout simplement désireux de travailler et d’avancer avec moi pour notre Ville, de la bonne ambiance et du bon esprit dont vous faites preuve, des initiatives et des idées que vous apportez, de l’exemplarité et de l’effet d’entrainement que cette attitude provoque, de votre implication et de votre engagement, de votre fidélité et de votre loyauté aux valeurs qui, comme ce sera le cas aux prochaines départementales, ont conduit notre liste à la victoire. Face à nos adversaires et face à l’adversité, nous avons deux armes collectives : la solidité et l’unité. Pour nos concitoyens, nous n’avons qu’un seul objectif : le bonheur de chacun.

Vive Val-de-Reuil, Vive la République, Vive la France.

12 OCT 2020

« Des états généraux pour une relance généreuse » – Introduction aux États Généraux de la Cosmétique jeudi 15 octobre 2020 – Université de Paris Sorbonne – Cloître des Cordeliers.

Des États Généraux pour une relance généreuse

L’industrie cosmétique française entre dans une semaine décisive. Avec l’organisation du salon eC360, les 12 et 13 octobre 2020, 6èmeédition, cette année numérique, de la seule manifestation de ce type sous gouvernance française et placée sous le signe de l’innovation, avec la révélation des deux prix, académique et grand public, des Cosmetic Victories, cette semaine va être pour notre industrie celle de la relance et du rebond économiques. Elle va être, aussi et surtout, celle des premiers États Généraux de la Cosmétique.

Il nous semblait indispensable, en effet, de prendre la parole, nous d’ordinaire si discrets, d’avoir ce temps de réflexion, de proposition et d’action pour plusieurs raisons. Certaines sont évidemment conjoncturelles. Si l’industrie cosmétique a moins souffert que le reste de l’économie nationale des conséquences de l’épidémie que nous subissons, elle a connu au second trimestre 2020 une baisse de chiffre d’affaires qui, heureusement, ne devrait pas se confirmer, ainsi qu’une diminution de ses exportations que le redémarrage asiatique vient limiter. Il n’en demeure pas moins que les effets de ce ralentissement ont pu être importants tout au long de la chaine de valeur. Bien des PME, le secteur du maquillage, la distribution par les instituts de beauté, le travel retail, des sociétés naissantes, parmi d’autres, en ont souffert. Elles en paieront durablement les conséquences.

Mais d’autres raisons, plus profondes, plus structurelles, justifiaient aussi ce rassemblement. L’évolution du marché d’abord. Si on ne peut parler de ruptures, la crise que nous connaissons a favorisé l’accélération de transformations que nous vivions déjà. Le besoin de personnalisation, la force de la digitalisation, l’essor de la naturalité se font chaque jour davantage sentir. Circuits courts, économies dans les consommation d’eau ou d’énergie, lutte contre le gaspillage s’imposent à juste titre. Les transitions écologiques et numériques sont en marche. Elles sont porteuses d’une transformation sociétale, comportements, habitudes, modes, que notre secteur ne peut ignorer.

L’attitude des pouvoirs publics ensuite. La considération insuffisante dont fait l’objet une industrie qui emploie 250.000 personnes et contribue au deuxième solde positif de la balance commerciale de notre pays, les incertitudes et les manœuvres qui entourent la création d’une marque générique à l’export dans la dynamique de Choose Francel’impossibilité à être entendus comme une filière à part entière écartelés que nous sommes entre luxe, santé et hygiène, sont des obstacles que la situation ne rend plus acceptables.

Une prise de conscience économique enfin. Si notre pays reste le leader à l’export de la cosmétique mondiale, il voit ses parts de marché parfois s’effriter sous les coups de butoir de nos compétiteurs anciens, japonais ou américains, de nos amis et rivaux européens, toujours agissants, de nouvelles concurrences qu’elles soient coréennes, taiwanaises ou brésiliennes pour ne citer que les plus émergentes.

Face à cette situation, il était de notre responsabilité et de notre mission, pôle de compétitivité chargé par l’État d’animer notre filière industrielle à l’échelle nationale et dans une dimension européenne, de réagir et d’agir. Nous avons donc entamé un processus de rassemblement, qui ne soit pas seulement de résistance et de résilience, mais qui organise une véritable relance,en dise les conditions, en montre le chemin. Pour ce faire, nous avons mobilisé nos adhérents, ils sont près d’un millier dans toute la France et dans tous nos métiers, à 85% composés de PME, mais aussi de grands groupes, de laboratoires privés ou publics, d’universités, de la formulation à l’expédition, des ingrédients aux présentoirs, alerté nos alliés et amis de la FEBEA et de la CNEP, réuni les régions, la majorité, qui nous soutiennent, rameutés nos partenaires, l’ADEME, la BPI, l’IFOP, Business France, le CNRS, etc.

Cette coalition, gage d’efficacité, de diversité et d’originalité, établie, le travail pouvait commencer. Il s’est enclenché avant l’été par des contributions arrivées par centaines. Elles ont été réparties dans des groupes d’analyse qui ont sélectionné des pistes de travail en fonction de leur sérieux, de leur faisabilité, de nos priorités. Au terme de ce parcours et d’un examen collégial, une trentaine de propositions apparaissent qui seront révélées jeudi 15 octobre, au cloître des Cordeliers, lors de nos États Généraux.

Un premier tiers d’entre elles consistent à s’inscrire, avec nos particularités, dans le plan de relance du Gouvernement. Un second tiers aboutit à l’accélération et au renforcement d’opérations que nous avions testées ou expérimentées et qui doivent être généralisées. Un dernier tiers est composé d’initiatives nouvelles qui demandent engagement et audace. Financement des PME, aides à l’international, création d’indicateurs et de rendez-vous, renforcement des projets de recherche, synergies scientifiques, aucune direction n’est négligée. Ces propositions vont constituer un rapport. Il sera remis aux ministres de l’économie et des affaires étrangères, de l’industrie et du commerce extérieur.

Ce n’est qu’une étape. Il revient maintenant aux pouvoirs publics de s’en emparer, de les discuter avec les professions, de nous répondre et de les mettre en œuvre.

Marc-Antoine JAMET

Président de la Cosmetic Valley

12 OCT 2020

« L’innovation, talisman de la cosmétique, pour surmonter la crise » – Introduction au salon e.Cosmetic 360 des 12 et 13 octobre 2020

L’innovation, talisman de la cosmétique, pour surmonter la crise 

L’épidémie que subit la planète entière a accéléré les transformations que connaissaient déjà l’industrie et le marché des cosmétiques davantage qu’elle n’a été à l’origine de ruptures nouvelles ou inattendues.

Un secteur touché, comme toute l’économie, mais moins que toute l’économie, mobilisé et confiant en son avenir : 

  • Si les ventes de cosmétiques ont souffert du fait des conséquences du télétravail ou du port du masque, celles des produits d’hygiène et de soin ont augmenté de 50 %. Si l’Europe affiche des résultats à la baisse, l’Asie, notamment la Chine a vu sa demande progresser. Chiffres d’affaires et exportations des entreprises françaises ont fléchi, notamment pour les PME, mais moins que ceux des autres filières ou de l’économie en général. Les habitudes de consommation ont évolué. Leurs achats se sont dirigés vers des produits de maquillage adaptés au port du masque (mascara, rouge à lèvre longue tenue, fard à paupières, etc.) et des produits de soin traduisant la volonté de faire mieux attention à soi. Le confinement a vu les femmes consacrer moins de temps à leur maquillage, tandis que les visio-conférences incitaient les hommes à veiller sur leur apparence. Les instituts de beauté ont souffert, mais pharmacies et grandes surfaces ont tiré leur épingle du jeu. Le travel retaila dépéri tandis que la vente en ligne prospérait. Les produits qui passaient comme des comètes ont vu leur attractivité diminuer, tandis que les marques établies sont redevenues des repères.
  • Cette capacité d’adaptation n’est pas étonnante. Protégé par les dimensions quasi civilisationnelles, culturelles, éternelles des cosmétiques, des soins, du maquillage, au-delà de cette pandémie, d’autres crises, par le passé, ont montré à quel point, notre secteur pouvait être résistant et résilient. Cela prendra certainement du temps (faudra-t-il attendre 2022 ou 2023 ?), mais nous savons que les grands groupes, comme les TPE et PME, sauront s’adapter et innover. Cela passera naturellement par de l’entraide, entre les acteurs de la filière (certains géants ont ainsi devancé leurs commandes de fin d’année à leurs fournisseurs…) et, comme en Corée, comme à Taiwan, comme au Japon, par un soutien des pouvoirs publics français manifestement pas assez conscients que la cosmétique française, avec une production supérieure à 40 milliards d’euros, second solde exportateur de la France derrière l’aéronautique, bien que leader mondial, a besoin de leurs aides pour assurer la pérennité financière de ses PME, augmenter le nombre de ses projets de recherche collaboratifs ou se développer à l’international.
  • Sans doute faudrait-il que chacun conserve à l’esprit que la force du secteur et sa capacité d’évolution se sont formidablement exprimées pendant le confinement lorsque tous ceux qui le pouvaient, ont converti leurs lignes de productions pour fournir en gel hydro-alcoolique non seulement les professionnels de santé, mais aussi le grand public.
  • C’est pourquoi il nous est apparu juste que le pôle de compétitivité Cosmetic Valley, chargé par l’État d’animer notre filière à l’échelle nationale, organise, avec ses partenaires (CNRS, ESSEC, FEBEA, CNEP…), en invitant tous les acteurs de notre industrie, mais aussi les responsables gouvernementaux, scientifiques, environnementaux, européens dont elle dépend, cette « semaine de la relance». Elle verra en moins d’une semaine la tenue, sixième édition entièrement digitale, du salon eC360, les 12 et 13 octobre, la remise des Cosmetic Victories et, surtout, le 15 octobre, hébergé par la Sorbonne à Paris,  au Cloître des Cordeliers, les États Généraux de la Cosmétique. A travers ces trois événements qui réuniront l’ensemble des acteurs industriels et économiques qui participent à notre activité, nous souhaitons trouver de véritables solutions pérennes pour favoriser le rebond d’un secteur qui est une vitrine française à l’étranger et qui emploie près de 250 000 personnes en France.

L’innovation sera la pierre angulaire de cette reprise

  • Depuis longtemps nous pensons que l’innovation est le talisman de la cosmétique. La R&D est essentielle à notre travail. Nos équipes sont composées de nombreux scientifiques. La volonté de découvrir est au cœur même de leur travail. En moyenne, les effectifs des entreprises de notre secteur investis dans cette mission sont 3 à 4 fois supérieurs à ceux de la moyenne des entreprises françaises.
  • Si cette innovation peut-être technologique, ce n’en est qu’une infime partie. Elle porte aussi et avant tout sur les ingrédients, les packagings, les matières premières, les services, etc. Nous l’avons vu au cours des derniers mois. Clients, commerçants et producteurs se sont très vite adaptés dans les magasins et sur internet à un nombre de plus en plus grand d’applications et d’appareils connectés. Tester virtuellement des cosmétiques, essayer numériquement des maquillages est devenu une habitude.
  • Notre volonté d’innovation s’est également traduit par l’essor de la naturalité, le désir de participer à la protection de la biodiversité, le retour des circuits courts, dans la green beauty, la tech beauty, le safety & healthy. Ce point est aujourd’hui central dans le développement de nouveaux produits et services. C’’est une demande forte de nos clients. Ils souhaitent, en ces temps troublés, des produits plus sains, plus respectueux de la planète, etc. Du côté des fabricants, cet enjeu est tout aussi important et, depuis longtemps, la Cosmetic Valley, a la profonde conviction que notre meilleur atout est et sera le Made in France et ses quatre piliers (authenticité des produits, sécurité des consommateurs, protection de l’environnement, performance de l’innovation).

Une opportunité unique d’accélérer encore la transformation numérique et développer le e-commerce

  • Si la performance du e-commerce peut être variable d’un groupe ou d’une marque à une autre, il y a une certitude : il a considérablement accéléré avec des chiffres de croissance allant de + 40 % à, parfois, + 100 %. De tels chiffres interpellent. Ils signifient deux choses : que nous partons de loin – il faut le reconnaître – mais aussi qu’il y a une véritable opportunité à saisir et urgence à accélérer cette transformation digitale afin de permettre aux clients de se sentir aussi bien sur un site internet que dans une boutique.
  • En revanche, il faut être conscient que cette explosion du e-commerce ne permettra pas de compenser les pertes subies ailleurs dans l’immédiat. C’est la raison pour laquelle, il ne faut pas penser seulement digital ou seulement physique, mais omnicanal. Aujourd’hui, nous devons être capables de proposer une offre et une expérience similaires à nos clients qu’ils se trouvent en boutiques, sur leur ordinateur, sur leur smartphone ou n’importe où ailleurs !
  • Avec le soutien de l’emploi industriel – de l’emploi durable et qualifié dans nos sites de production français – la transformation numérique déjà bien enclenchée doit être un axe fort pour sortir de cette crise par le haut.

Tenir compte de la planète et de l’internet, suivre les aspirations des consommateurs vers plus de naturalité, plus de digitalisation, plus de personnalisation, être un acteur économique socialement responsable et industriellement performant, ce sont les défis qu’il nous faut relever. Nous en étions déjà convaincus. L’épidémie renforce ce sentiment. C’est cela qui nous pousse à faire le pari de cette « innovation en pleine conscience ».

Marc-Antoine JAMET

Président de la Cosmetic Valley

28 SEPT 2020

En 2000, avec Laurent Fabius, nous étions aux côtés de Daniel Dugord pour inaugurer la bibliothèque de Saint Etienne du Vauvray. Maire de la commune entre 1995 et 2001, il l’a voulue, il l’a conçue, il l’a portée. Depuis samedi matin, elle porte son nom.

Discours de M. Marc-Antoine JAMET, Maire de Val-de-Reuil

Baptême de la médiathèque Daniel Dugord

Saint-Étienne-du-Vauvray – Samedi 26 septembre 2020 – 11h00

 

Madame,

Monsieur le Maire,

Chers collègues élus,

Habitants de Saint-Etienne,

Je ne voudrais pas simplement rendre hommage aujourd’hui à Daniel Dugord. Je voudrais aussi être un messager et un témoin.

Le messager du Président du Conseil Constitutionnel, Laurent Fabius, avec qui je parlais encore hier soir de celui que nous honorons à cet instant et qui m’a demandé d’être sa voix auprès de vous tous qui êtes réunis pour le fêter, auprès de vous, Madame, son épouse, qu’il salue chaleureusement, autour de sa famille, avec vous, Monsieur le Maire qu’il sait, pour bien vous connaître depuis M-Real, disposer de la bonne boussole, du bon compas, des bons instruments de navigation, pour suivre les bons vents et gagner les bons combats.

Le témoin de ce 18 novembre 2000 puisque j’étais présent. Sur les photos, outre des cheveux plus longs, nous avons tous, sauf Daniel Dugord, vêtu en jeune homme, écharpes et manteaux. Cette matinée eût beau ne pas être vraiment tropicale, elle fût un succès. Elle vit, en effet, se rassembler, ici, à l’invitation de notre hôte stéphanois, nombre de maires. Il me faut également rappeler, quand bien même ce serait désagréable aux oreilles des élus de 2020, qu’ils étaient très majoritairement de Gauche, comme Bernard Amsalem, alors échevin de Val-de-Reuil, ou Daniel Leho, premier magistrat de Thuit-Signol, ce dernier suppléant comme à l’habitude un François Loncle égaré ou mystérieusement absent. Seul notre député Bruno Questel, son légataire et thuriféraire, que je discerne parmi nous, vingt ans après, connaît peut-être la raison jusqu’ici inexpliquée d’une disparition dont il était coutumier.

Par esprit de justice, il me faut avouer que notre réunion sympathique comptait également certains bourgmestres plutôt classés à droite comme Guy Petel de Surville qui, en républicain convaincu, avait trouvé juste de se déplacer pour féliciter un collègue estimé et pertinent de présenter ses devoirs à un ex-locataire de Matignon qui avait pourtant soutenu son adversaire aux municipales cinq ans auparavant. A la veille des sénatoriales, je dois préciser enfin que Sébastien Lecornu, ce jour-là, jouait au cheval de bois sans quoi il serait venu distribuer quelques décorations et autres licences de débit de boissons à la population.

Tous, nous étions donc réunis épaule contre épaule ce qui serait interdit aujourd’hui par Jean Castex devant l’excellent et regretté Préfet Bernard Fragneau qui venait d’être nommé et Patrick Dion, l’inspecteur d’académie en place.

La matinée fût fraîche, mais riche en émotions. Qu’on en juge : il y eût trois inaugurations au cours desquelles furent dévoilées trois belles réalisations emblématiques de l’œuvre de Daniel Dugord et de son héritage légué à l’intérêt général, de son parcours démocratique et de sa trace solidaire, de ce patrimoine républicain qu’il a su apporter à un village de 700 habitants à l’époque – 700 habitants seulement, mesurons sa performance – dans l’Eure, en Normandie : d’abord la rénovation de l’école maternelle inaugurée autrefois par Pierre Mendès France, puis une salle informatique quand ce n’était pas si courant et, enfin, la médiathèque Jules Verne à qui nous allons donner le nom de celui qui l’a voulue, qui l’a conçue, qui l’a portée.

Je revois sa haute taille, sa moustache plus sombre et plus abondante que celle qu’il porta, poivre et sel, à la retraite, ses lunettes métalliques avant d’être en écaille, qui se voilaient lorsque le soleil transperçait les nuages, ses longues jambes donnant à sa silhouette une allure élancée et un petit air de Jacques Tati, son écharpe tricolore qu’il allait fièrement porter pendant quelques mois encore, ne voulant pas d’un nouveau mandat, assuré qu’il était que Martine Lepelleux, qui nous suit depuis sa résidence de la Manche, et Dominique Delafosse, qui est devant moi, suivraient ses pas.

Sans même parler de ses collègues, Daniel Dugord était en bonne compagnie à cette cérémonie. Il y avait convié l’avenir, car je me souviens très bien que, jusqu’aux discours de la salle Claude Monet, il fût entouré d’enfants. C’était un jour de consécration et de joie, un jour de gloire et de reconnaissance, un jour pour lequel il avait travaillé, un jour qui lui était dédié.

Arrêtons-nous un moment sur ce projet et rappelons comment et combien il était à bien des titres exemplaire.

Une médiathèque gratuite et ouverte à toute l’agglomération. Je connais bien ces communes qui apportent, sans toujours avoir un espoir de retour, leurs plateaux sportifs, leurs infrastructures culturelles, à l’intercommunalité et j’en mesure non seulement la générosité, mais surtout la nécessité. Daniel Dugord savait donner et partager.

Une médiathèque associative et bénévole que faisaient marcher les plus anciens au bénéfice des plus jeunes, des enfants, ou les plus instruits, les mieux formés, nos instituteurs, au service de ceux qui découvraient la lecture. J’y retrouve à la fois Daniel Dugord l’enseignant, Daniel Dugord le militant d’Amnesty International et de sa foire aux livres contre racisme et la violence, le bénévole associatif de « Lire et faire lire » (la lecture ! décidément), Daniel Dugord l’encarté intègre et sincère, l’homme de bonne volonté, l’homme de solidarité et de progrès.

Une médiathèque de réseaux et d’échanges abondée par le fonds de la bibliothèque départementale de prêt, donc ouverte sur le monde, le changement et l’actualité. Un mode de fonctionnement synonyme de pérennité sélectionné par Daniel Dugord le posé, Daniel Dugord l’avisé et pourquoi ne pas le dire, Daniel Dugord le rusé !

Une médiathèque qui était un sacrifice pour une petite collectivité. Qu’on en juge : plus d’un million de francs dont 400.000 apportés grâce à l’opiniâtreté de Leslie Cleret, la conseillère générale de ce canton, 800.000 consentis par les contribuables stéphanois qui savaient déjà qu’ils faisaient, sur le conseil éclairé de leur Maire, un investissement dans le savoir et l’intelligence, dans l’éducation, l’informatique et la culture, un placement rentable de deux décennies et, enfin, quelques centimes que j’avais été chercher à la demande du Ministre de l’économie et des Finances, dans une caisse profonde et aujourd’hui injustement décriée, appelée, les plus anciens s’en souviennent, « réserve parlementaire ».

Une médiathèque qui portait le nom d’un visionnaire nantais, Jules Verne, qui pensa la modernité au siècle passé, même si aucun de ses livres n’a imaginé le numérique et l’informatique, et qui va, à juste titre, céder la place à un mathématicien, à Daniel Dugord, à un autre visionnaire pour le siècle que nous vivons.

Alors résonnent les paroles justes et amicales de Laurent Fabius, non seulement ancien Premier Ministre, mais surtout maire sequano-marin : « Monsieur Dugord a été un remarquable chef d’établissement à Grand-Quevilly, car c’est un homme compétent, sérieux, travailleur qui ne s’engage pas à la légère. Ajoutons-y car c’est essentiel une élégance naturelle et un immense attachement à l’école de la République ». Il est des compliments que méritait amplement, pour avoir servi quatre ans comme principal de collège dans cette commune laboratoire pour Rouen, le Maire de Saint-Étienne-du-Vauvray et que beaucoup aurait voulu recevoir pour eux-mêmes. Hélas, ils n’en ont pas fait autant que celui que nous célébrons. Je suis sûr que c’est dans sa lignée que se place Éric Lardeur.

Permettez-moi pour conclure d’apporter brièvement ma pierre à l’édifice que construit notre mémoire et de dire quelques mots plus personnels sur l’enfant d’Hectomare, près du Neubourg, issu d’une famille nombreuse et d’un milieu modeste, hussard noir de la République qui disait tout devoir à l’ascenseur social, intégrant l’école normale à 15 ans pour conclure une carrière dans deux des établissements les plus prestigieux de la région, le lycée Marc Bloch à Val-de-Reuil dont il fût le capitaine valeureux et le lycée André Maurois d’Elbeuf qu’il mena à l’excellence.

Daniel Dugord, amoureux du café, de la culture et du vélo, a été un acteur de ma Ville et un partenaire de sa rénovation. Il a fait de Marc Bloch un lycée de la réussite où se perpétue la cérémonie de remise solennelle du baccalauréat qu’il avait instaurée et que, en son souvenir, je ne manquerais chaque année pour rien au monde. Il y a développé un BTS que, seul, il parvînt à attirer et nous créâmes ensemble l’atelier Sciences-Po qui propulsa vers les élites autrefois interdites nombre de nos enfants. Ce qu’il a fait est toujours fort, utile et vivant. Rares sont ceux qui peuvent en dire autant. Nous avons une dette à son égard. Assurément c’est avec raison, c’est avec logique que Daniel Dugord, qui a bien mérité de notre pays, voit aujourd’hui son nom donné à un lieu d’apprentissage et de transmission, de culture et d’éducation.

Merci.

28 SEPT 2020

Cosmetic Valley et Beautéville, avec M. Hou Juncheng et Proya, partenaires, amies, alliées pour se développer

28 SEPT 2020

Val-de-Reuil remercie M. Hou Juncheng, Président de Proya, qui lui a donné 100 000 masques au cœur de l’épidémie

3 SEPT 2020

Hommage à Antoine JARRIER, photographe et directeur du Patrimoine de Louis Vuitton

Hommage à Antoine JARRIER, photographe et directeur du Patrimoine de Louis Vuitton

Discours de M. Marc-Antoine JAMET, Secrétaire Général de LVMH

Église de Boulogne-Billancourt – Samedi 26 août 2020 à 19 heures.

 

Chers amis,

Ma première pensée ira vers Bing, l’épouse d’Antoine, et Étienne, son fils, pour les remercier de m’avoir invité et associé à cet hommage où, pour évoquer son mari, pour rappeler son père, il ne sera question que d’aventures, de défis, de bonté et de courage. C’est un honneur et une faveur. C’est un privilège.

Mon inquiétude est grande de dévoiler sans éveiller la passion, sans assez d’inspiration, ce que mes collègues de Louis Vuitton, Marie-Ange Moulonguet et Thierry de Longevialle, animés par le souffle de l’amitié et du travail partagé, diront parfaitement dans quelques instants. Cela serait ici mal venu de la part de celui qui, en en étant le Secrétaire Général, représente le Groupe LVMH. Cela ne correspondrait pas, surtout, à l’émotion que mon coeur ressent en ce moment, mélange de reconnaissance et de recueillement, sentiment que celui que nous fêtons aurait voulu – nous le savons – léger et joyeux.

Alors permettez-moi quelques mots – simplement – pour que chacun se souvienne (ou apprenne) que Antoine Jarrier, dans l’univers de notre entreprise, appartenait indiscutablement à une triple élite.

Il en relevait d’abord par la nationalité, car il était un éminent ressortissant de la principauté du Pont-Neuf, un citoyen de la Belle Jardinière, entité par tradition quasi indépendante au sein de l’empire LVMH. Chez Louis Vuitton, puisqu’il s’agit de ce pays bien connu, il ne faut pas le cacher, quand « on n’en est pas », on ne peut y entrer qu’avec un visa difficile à obtenir et généralement de très courte durée. Pire que la Suisse ou Monaco. Antoine, pendant près de 35 ans, en possédera pourtant un des très rares passeports permanents. La raison n’en est pas très compliquée à expliquer. Il fut un pilier essentiel d’une marque certes universellement connue, puissamment rentable, perpétuellement innovante, mais surtout impitoyablement sélective quand il s’agit d’attirer le talent, la subtilité, l’intelligence. Voici trois ingrédients dont il n’était pas dépourvu. C’est ainsi armé qu’il participa à la renommée du célèbre malletier. Il en construisit une partie de la gloire et du succès. Il en sculpta l’imaginaire. À sa place. En son temps. Avec d’autres. On n’en disconviendra pas… Mais au premier rang. De manière décisive. Si l’on voulait plagier les discours officiels, on pourrait dire sans mentir que Antoine Jarrier, qui la fit intensément briller au firmament du Luxe, a bien mérité de la patrie des malles, du monogramme et du damier.

Il vivait au sommet du royaume des artisans, sur l’Olympe des maroquiniers, parce qu’il faisait partie de la tribu des Carcelle’s Boys and Girls, de cette petite phalange de femmes et d’homme dévoués corps et âmes à un patron hors normes. Yves Carcelle, exigeant, bouillonnant, inventant, mais aussi chaleureux, audacieux, attirant, avait reconnu ce photographe embauché au temps des Racamier. Il n’était pas évident d’ordinaire de satisfaire à ses critères. Il fallait savoir faire face quotidiennement à ses demandes, aux intuitions de cet hyperactif, suivre son rythme indifférent aux phases du jour et de la nuit, aux fuseaux horaires des continents. Il ne pouvait pour cela que s’entourer des meilleurs. Antoine avait cette résistance et cette capacité d’adaptation qui ne sont pas données à tous. En dépit de la modestie et la gentillesse naturelles dont – peut-on le lui reprocher ? – il ne parvenait à se départir, ses qualités professionnelles, au fil des années, devinrent de plus en évidentes. Rapidement, entre le photographe et le chef d’entreprise, la collaboration se transforma pour devenir échange d’idées, partenariat de projets, mutualité de respects. Il avait progressé. Il prit du grade et du galon. À la satisfaction de tous, ce qui est assez rare pour être souligné.

Enfin, dans l’esprit de M. Bernard Arnault, qui fixa la stratégie et les valeurs de notre société pour en faire, sur tous les continents, un leader, un modèle, le monde semble devoir être parfois, dans nos 75 maisons, découpé en deux. La séparation, si elle n’est pas dénouée d’humour, n’étant pas sans lien avec la vérité, je vais m’efforcer de vous la décrire. D’une part l’armée des comptables, des juristes, des administratifs qui doivent dans une humilité silencieuse faire tourner la logistique des maisons et leur back office. C’est une majorité grisâtre à laquelle, pour vous donner un exemple éclairant, j’appartiens. D’autre part, la chevalerie de ceux qui ont un œil, une vision, un propos associant l’art, la tradition, le patrimoine, nourris de la mémoire des siècles et des exemples laissés par les génies du passé, alliés au sens de l’innovation, du déroutant et du changeant, de l’inattendu et du surprenant, de l’éternel et du contemporain. Bref, ceux qui détiennent le pouvoir foudroyant de créer. C’est de leur crane que, telle Athéna naissant de celui de Zeus, sortent les produits merveilleux que s’arrachent nos clients. Antoine Jarrier avait su puiser aux deux sources, celle du passé qui inspire, celle de l’avenir qui intrigue, pour intégrer cette aristocratie étroite. Le Président du Groupe LVMH avait pour lui estime et confiance.

De manière plus proche et plus concrète, de façon plus personnelle aussi, je voudrais que vous vous souveniez de la voix d’Antoine Jarrier, cette voix légèrement voilée qu’on retenait, qu’on reconnaissait, qu’on entend encore et qui faisait son charme, de son regard où n’avaient disparu, malgré les années passées, derrière d’épaisses lunettes, ni la curiosité, ni l’innocence, encore moins la malice, de sa silhouette qui ne se résumait pas à l’élégance passe-partout, costume noir cintré, chemise blanche et cravate sombre, caractéristique de la gente masculine oeuvrant dans la mode, mais qui savait lui préférer, quand il le pouvait, le vêtement technique du sauveteur, la tenue sportive du globe-trotter, l’épaisseur confortable d’un tweed de campagne ou l’écran d’un trench pour affronter la météo. Pas d’uniforme ! Il avait une véritable personnalité. En témoignent, à leur manière, son rôle fondateur auprès de la croix rouge des Hauts-de-Seine pour laquelle il fonda un département d’intervention en cas de catastrophe naturelle, son goût pour le parachutisme et la spéléologie, du Grand Erg du Sahara au Jura, son implication pour promouvoir les Petites Mains Symphoniques dont Étienne avec virtuosité dirige ce soir l’orchestre. C’est lui qui me présenta Éric du Faÿ, chef et pygmalion de cette formation que nous fîmes aussitôt entrer au Jardin d’Acclimatation au plus grand plaisir des visiteurs qu’ils soient mélomanes ou qu’ils ne le soient pas. Pour les avoir beaucoup écoutés, je sais que leur musique peut parfois monter jusqu’aux cieux. Celui que nous célébrons la percevra.

Avec Antoine, nous avons plusieurs fois travaillé ensemble. Pour la Fondation Louis Vuitton dont je fus le premier fondé de pouvoirs et dont il tint la chronique illustrée de la construction, de l’origine en 2006 à l’ouverture en 2014, grâce au petit boitier qui ne quittait pas sa main. Pour des expositions en Asie et on se souvient encore du pavillon de sel que Louis Vuitton, précurseur en matière de développement durable, bâtit à l’exposition internationale de Aïchi, au Japon, ou des dentelles de bois dont il orna le premier mall chinois, le Plazza 66, à Shanghai pour une superbe présentation inaugurée, enchanté et ravi, par le président du Groupe LVMH. Il y eût les grands événements : « Trophées de Légende » qui marqua son temps, « Icones » manifestation installée au sommet du magasin Vuitton des Champs-Élysées, « Voyages Capitales » et son originalité, la rétrospective Marc Jacobs, Louis Vuitton à Carnavalet. Beaucoup d’autres encore.

Mais c’est pour l’exposition universelle de Shanghai de 2010 que nous sûmes former un commando. Dans le pavillon français que le Groupe avait subventionné et que le président Hu Jin Tao allait inaugurer, il fallait que, par un feu d’artifices éclatant, sur la fin du parcours, Louis Vuitton fasse oublier les autres exposants, Véolia, Sanofi et PSA, pour ne plus marquer les esprits que par sa prodigieuse inventivité. A la volonté de M. Arnault, comme toujours attentif et impliqué, s’étaient ajoutés l’impatience du Président Nicolas Sarkozy qui devait accompagner son homologue chinois et le désordre instillé par Alain Delon, parrain du Pavillon, situation aggravée par les effets émollients que produisait sur nos équipes le sourire de Sophie Marceau qui en était la marraine. Nous n’avions pas de temps et peut être pas autant d’argent que nous l’aurions souhaité. 200 pays étaient nos concurrents. Sacs, accessoires et vêtements étaient bloqués en douane. Notre stress était à son maximum. Au jour J, pourtant, grâce à Antoine Jarrier, apparût devant les chefs d’État français et chinois, par la magie des décors numériques créés par Benoît Munoz, un Paris de science-fiction revu par Jules Verne et magnifié par Louis Vuitton. Il ne fallait pas « se rater ». Antoine ne rata rien.

Il exerça enfin le plus beau des métiers : celui d’éditeur. Vuitton voulait ouvrir des espaces culturels et que peut-il y avoir de plus culturel qu’une librairie. Mais pour ouvrir une librairie, il faut des livres : chacun s’accordera sur ce point… Antoine en trouva, en façonna, en inventa. Il fixa une direction : le monde dans ce qu’il a de plus beau et les voyages, ceux où on visite et ceux où on aime, ceux où on découvre et ceux où on retrouve. Il y eût des guides, des recueils de dessins, des albums de photos. Une collection s’organisa avec une exigence et une identité : l’excellence. Il y excellait.

Pour conclure, deux instants que j’avais jusqu’alors gardés pour moi si vous me le permettez.

J’avais demandé à Antoine s’il avait des tuyaux ou du piston, appelons les choses par leur nom, auprès de l’IGN, l’Institut Géographique National, car, maire de la plus jeune commune de France, une Ville nouvelle en Normandie, à 100 km de Paris, je ne parvenais pas à en trouver la moindre photo aérienne. Un mois après, il ouvre soudain la porte de mon bureau pour me remettre, l’air ironique et moqueur, une vue géante de ma Ville vue du ciel et magnifiquement encadrée. Le résultat était exceptionnel et cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Je me confonds en remerciements, lui dis qu’il est étonnant qu’il ait dû livrer lui-même l’objet et que cela montre bien la faillite du service public, avant de lui demander, par curiosité, quel levier il avait su actionner pour faire bouger la dite IGN, la sortir de son endormissement et obtenir ce cliché. Il me répondit uniquement d’un sourire le doigt sur ses lèvres : « chut… ! ». J’appris comment il s’y était pris peu après. En fait Antoine Jarrier avait contacté, dans mon dos, le club d’ULM municipal (il en avait présidé la fédération) était monté, lui le pilote d’avion aguerri, à plusieurs centaines de mètres d’altitude derrière un inconnu, avait pris à l’instar d’un satellite de la Nasa la plus précise des photos, en avait tiré une épreuve à la taille d’un panneau publicitaire d’autoroute et l’avait fait lui-même encadrer avec un goût absolu. Je passe plusieurs fois par semaine devant ce cadeau photo-aérien. Je pense à son auteur. A chaque fois…

Second moment que je garde en mémoire, une ministre de l’économie devenue patronne du FMI, puis de la banque centrale européenne, m’attribua un jour, par inconscience ou par inadvertance, une médaille imméritée. Je voulais, par vanité et pour mes archives, un souvenir de la soirée de remise et demandais à Antoine en totale confiance de bien vouloir s’en charger. C’était bien au-dessous de sa condition. Il accepta néanmoins avec générosité de retrouver son premier métier de reporter, lui le magicien des shootings, le maestro des studios virtuels. J’imaginais déjà un gros plan sur moi rosissant de plaisir en récipiendaire embrassé sur les deux oreilles par la remettante. Antoine, en fait, m’apporta dans un rouleau une épreuve tirée sur un papier parchemin. Une fois encore un grand format. On m’y voit très vaguement et dans un lointain extrême recevoir un petit machin rouge d’une géante un peu floue qui doit être Christine Lagarde, mais 90% de la photo est occupée, au premier plan, par deux petites filles qui, à l’autre extrémité de la pièce, au même moment et au plus près du spectateur, jouent à chat. Ce sont mes enfants.  On ne peut imaginer image plus décalée, mais en même temps plus juste et plus personnelle de cette cérémonie. Cette photo est tellement plus intime, nuancée et parlante que tout ce que j’avais pu rêver. Elle est chez moi. Très visible. Très présente. Elle ne m’a pas quitté. Elle est signée Antoine Jarrier : un homme unique, un être sensible et un artiste intelligent. Je ne l’oublie pas.

 

MAJ

18 JUIL 2020

Ce mardi 14 juillet, au Monument Mémoire et Paix, devant 200 Rolivalois, je m’exprimais lors du Rassemblement en l’honneur de la Fête Nationale.

Discours de M. Marc-Antoine JAMET,

Maire de Val-de-Reuil,

Président de la commission des finances de la région Normandie

A l’occasion de la Fête Nationale

Mardi 14 juillet 2020 à 11 heures – Monument Mémoire et Paix

Chers collègues, chers compatriotes, chers concitoyens, chers amis,

La France, dans nos cœurs, toujours doit être grande. C’est notre pays. C’est notre terre. C’est notre sang. Nous sommes ses enfants. Nous devons la servir et l’aimer. Comme si elle était unique. Comme si elle était première. C’est cet amour et cette admiration qui nous a donné la force et la confiance d’affronter, ensemble et pour la surmonter, la triple crise sanitaire, économique et sociale qui a surgi brutalement. Dans ce contexte, le 14 juillet m’autorisera un mot de politique générale avant de rendre hommage à la mémoire de trois Français.

Depuis une trentaine d’années et la disparition de ceux qui avaient connu la défaite et l’occupation, la résistance et la libération, la croissance et la décolonisation, il n’est plus évident, même si cela est moins démodé que cela l’a été, d’exprimer des sentiments d’appartenance et d’adhésion à l’égard de la Nation. Il arrive encore – rarement – qu’on apprenne à l’école « France, mère des arts, des armes et des lois, tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle ». Mais c’était Du Bellay, c’était la renaissance et c’était autrefois. La France a beaucoup changé depuis La Pléiade.

Aujourd’hui, on doute de notre puissance face à la Chine, aux États-Unis, à la Russie, à leurs armées ou à leurs usines, sans parler de ces rivaux que seront demain l’Inde, le Brésil ou l’Indonésie. On s’inquiète de notre influence limitée dans une Europe divisée, incapable de se fixer dix priorités ou de rendre leurs compétences aux États, une Europe dont le modèle est en crise et où nos voisins sont davantage des concurrents que des alliés.

Malgré Duras, Modiano le ténébreux Nobel, Yasmina Reza, Houellebecq adulé en Californie, Yourcenar et Le Clézio, en dépit de Levy, Barberie, Musso, Gavalda et Bussi sagement alignés sur la table de nuit du bon M. Priollaud, ainsi que nous l’apprenne les journaux, on constate le retrait de notre langue, de notre culture et de notre littérature. La francophonie était un océan. Ce n’est plus qu’un étang. Est-il en voie d’assèchement ? Sa survie passe désormais par le Niger et le Mali, le Tchad et le Sénégal, le Cameroun et le Burkina, la Côte d’Ivoire et le Gabon, le Congo et Madagascar, l’ancienne Indochine, paradoxalement par le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, peut-être le Liban, au nom des siècles, des diasporas, des immigrations et des familles partagés à condition que nous renforcions nos liens par l’intégration ici, dans la dignité, et la coopération, dans les respect, là-bas.

On parle du climat, mais on oublie cette autre bombe à retardement qu’est la démographie. Elle se charge plus vite. Elle explosera plus fort. Nous étions au siècle précédent 50 millions pour deux milliards et demi d’êtres humains, presque 5% de la population du globe. Nous ne sommes plus que soixante-cinq millions pour sept milliards : moins d’un pour cent de l’humanité. Il y a de quoi nous alarmer pour le futur, pour la planète pour la durabilité de notre existence sans développement mutualisé, réduction des productions carbonées et désarmement.

Le constat est rude, mais il existe des solutions.

Il nous faut retrouver pour vivre et nous épanouir une échelle qui corresponde à notre taille et préserve notre santé, nos paysages, notre identité et notre indépendance. C’est pourquoi le retour vers le local et la proximité, vers l’équitable et le raisonnable, vers la mesure et la nature, sont des orientations de fond qui, au-delà des formations politiques, doivent guider notre action à Val-de-Reuil comme ailleurs.

C’est le rôle de la puissance publique que d’y parvenir, elle qui est payée par l’impôt pour transformer des informations en décisions, mais la peur du leadership est telle que les ministres plutôt que de gouverner, donc de choisir et de prendre le risque de se tromper, préfèrent suivre des conventions citoyennes confectionnées au petit bonheur la chance, comme si le pilote d’un avion le stoppait en l’air pour demander aux passagers de déterminer au hasard l’endroit où ils veulent se poser, comme si vous tiriez au sort parmi des milliers de praticiens inconnus qui sera votre médecin de famille. C’est ainsi que, de grève civique en amnésie démocratique, la participation au second tour des élections municipales, marqué par le retrait/abstention des personnes âgées, a fabriqué le 28 juin de bien curieux résultats.

Une fois par an, cependant, une fois par an, au moins, grâce à la force de ses valeurs, de ses principes, de ses idées, la France continue d’éclairer le monde de sa grandeur et de sa générosité à la lueur d’une flamme républicaine qui reste à jamais exceptionnelle et sera pour toujours exemplaire. C’est cet éclat qui justifie notre présence, qui exige notre rassemblement sur toutes les places des villes et villages de France, de Paris à Val-de-Reuil malgré la grisaille et la menace de la pluie.

Élus, corps constitués, agents civils ou militaires, bénévoles associatifs, je vous en remercie. Je ne pouvais pas rester plus longtemps seul, comme le 8 mai dernier, à tous vous représenter au cœur de ce monument entre un officier de sapeurs-pompiers valeureux et un jeune porte-drapeau masqué.

Chacun connaît la signification de cette cérémonie. Il faut néanmoins inlassablement la répéter.

Le 14 juillet 1789, en brisant les chaines de la Bastille, en s’emparant de la vieille forteresse monarchique, en mettant la tête du Gouverneur de Launay au bout d’une pique, les artisans du Faubourg Saint-Antoine et les gardes-françaises mutinées ont marqué, par la violence et le sacrifice, la naissance d’un mouvement vers l’égalité, la liberté et la fraternité, que, pendant plus de deux siècles, aucun peuple citoyen n’allait oublier.

Le 14 juillet 1790, sur le Champ-de-Mars, en jurant fidélité à la Patrie, en déclarant la supériorité de la Loi sur l’arbitraire, en décrétant l’union nationale, 100.000 parisiens allaient poser le premier acte d’une grande révolution, à la fois terrible et magnifique, dont l’énergie féroce allait transformer le monde, impressionnant les deux Amériques, celle de Jefferson et celle de Bolivar, inspirant les révolutionnaires bolcheviques et chinois, avant que leur longue marche ne les conduise vers la dictature, devenant la référence obligée de la plupart des démocraties, creusant le sillon dans lequel, depuis que le 14 juillet fût proclamé, en 1879, fête nationale, s’inscrit la geste hexagonale. Nous en sommes les héritiers.

C’est pour cette raison suprême que nous ne pouvions déserter ce monument à la Mémoire et à la Paix. On ne confine pas l’Histoire et ses symboles. Sans repère, ni incarnation, il n’est plus d’État et plus de Ville, plus de vie politique et plus de services publics. Souvenons-nous de ces jeunes étudiants manifestant spontanément, chantant la Marseillaise, brandissant le drapeau tricolore sous le nez de l’ennemi, le 14 juillet 1940 à l’Arc-de-Triomphe. Quand tout était perdu, ils ont affirmé que tout était gagnable. Notre risque est autrement plus faible. Oui, il était normal, en songeant à de tels précédents que nous consacrions cet instant à notre Patrie. Oui à la distanciation sociale. Non à la distanciation historique.

Pour leur rendre hommage, je voudrais maintenant parler de deux militaires. Le nom de l’un est si souvent cité que, à lui seul, il suffit à rappeler sa gloire. C’est le Général de Gaulle. Je ne sais si « tout le monde est, a été ou sera gaulliste » comme le proclamait André Malraux, mais le géant à la croix de Lorraine, né à Lille il y a 130 ans, mort à Colombey-les-deux Églises il y a 50 ans, a fait du 18 juin 1940, il y a 80 ans, un triple jour de vérité.

La vérité de sa conscience : mieux vaut être à Londres, entouré des compagnons fidèles à la France Libre qu’à Vichy dans le faste thermal du Gouvernement de la collaboration. Investi de charges publiques, il faut savoir ne pas se tromper, préférer l’honneur à l’intérêt. On peut décider seul, mais il faut que cela soit dans le bon sens. On est toujours responsable de ses actes.

La vérité de la patience : entre le moment où le capitaine de Gaulle cesse toute opération armée en 1920 et la date à laquelle il entre dans le Gouvernement de Paul Reynaud en mai 1940, à 50 ans, il s’est écoulé 20 ans. 20 ans de propositions et de rebuffades. 20 ans d’espoirs et de désillusions. Entre le moment où il abandonne toute fonction le 20 janvier 1946 et son retour au pouvoir le 1erjuin 1958, il lui faudra attendre douze ans, rédiger ses mémoires enfermé à La Boisserie et atteindre l’âge de 68 ans. Quelle différence avec certaines trajectoires supersoniques.

La vérité de la cohérence : trois discours, pas un de plus, résument le Général de Gaulle, Brazzaville, Bayeux et Épinal. Ils forment sa pensée, son corpus idéologique et il restera fidèle, en créant la cinquième république ou sur la scène internationale, à ce qu’il avait écrit, décrit et promis. Pas de valse des étiquettes suivant les majorités et les Gouvernements, pas de pensée changeante au fil des élections ou selon les générations. A l’esprit girouette, il préfère la force tranquille de la falaise ou du rocher.

Le Général de Gaulle, mégalomane, conservateur, cruel, dépressif, manipulateur, dissimulé, comme politicien, n’était pas un ange, mais, comme homme, il a fait preuve de qualités peu communes de courage, de lucidité et d’action, d’un dépassement de soi et d’une vision qu’on retrouve peu, pas ou plus chez nos contemporains. Conscience, patience et cohérence, cela n’est pas valable qu’à l’Élysée ou au Palais-Bourbon, c’est aussi une ligne de conduite qui peut avoir, à de modestes échelons, sa pertinence dans une région ou une agglomération, expliquer que certaines défaites valent bien des victoires, faire la part entre les individus qui réfléchissent avant d’agir, qui parviennent à exprimer un besoin collectif, un intérêt général, qui ont un certain charisme et une certaine stature et ceux qui, hélas, quelle que soit leur bonne volonté, en sont dépourvus. Ce n’est pas seulement une leçon du passé. C’est une feuille de route pour l’avenir. Il est étonnant de constater que ce sont – précisément – ceux qui ont fomenté l’attentat qui, vont honorer, à Belle-Île, la cible qu’ils ont ratée, sur la route du Petit-Clamart, 60 ans plus tôt.

Le second militaire que je veux honorer devrait nous être aussi familier que le premier. Il n’était pas général, mais simple soldat. Nous l’avons croisé et salué au repas des anciens, dans nos rues, à chacune de nos manifestations. Nous l’avons côtoyé pendant des années, avant que la maladie ne l’écarte des commémorations.

Bernard Boivin était né à Rouen, « la ville aux vieilles rues, aux vieilles tours, la ville aux cent clochers carillonnant dans l’air », le 19 janvier 1941, au cœur de la seconde guerre mondiale, quand les Anglais, à l’offensive, se ruent sur Tobrouk, le jour où Mussolini, apeuré, se précipite chez Hitler à Berchtesgaden parce que ses troupes partout sont enfoncées en Albanie, en Grèce, au Soudan en Érythrée. Très tôt, en 1949, à huit ans, il perd ses parents, est séparé, lui le benjamin de la fratrie, de ses deux frères qu’il ne retrouvera pas, est placé comme pupille de la Nation. Les jeunes gens d’aujourd’hui n’imaginent pas toujours les privations et les souffrances qu’ont subies leurs parents pendant et après la seconde guerre mondiale.

Est-ce un effet de cette enfance où il entendra le pas des bottes nazies sur les pavés, où il connaîtra les bombardements alliés sur la Normandie ? Il va dans sa jeunesse embrasser une carrière militaire. A l’âge de vingt ans, comme beaucoup de jeunes de milieu populaire, il part pour l’Algérie, d’abord au 51èmerégiment d’infanterie. Sur le drapeau de son unité, il voit les exploits de ceux qui l’ont précédé derrière deux noms qui y ont été inscrits par des braves et des héros : Arcole et Verdun. Pour deux des années les plus difficiles et cruciales de la tragédie algérienne, 1961 et 1962, il va servir dans l’Algérois, l’Oranais, le Constantinois. Après les accords d’Évian, il s’engage pour cinq ans et est versé dans un régiment d’élite, le premier régiment parachutiste d’infanterie de marine, le 1erRPIMA de Bayonne qui a été engagé à DienBienPhû, Suez et Bizerte, héritier des forces spéciales de la France Libre, fier de sa devise « Qui ose gagne » traduite de celle des commandos britanniques « who dares wins ». Comme Rimbaud, il ira en armes à Djibouti.

Son contrat terminé, il est probablement temps pour le béret rouge de revoir sa Normandie. Nous sommes en 1967. J’imagine que c’est à ce moment-là qu’il rencontre celle qui va devenir sa femme, Monique, qu’il va épouser le 24 février 1990. Ensemble, ils auront avoir trois filles, Aurélie, Mélissa et Élisa, mais il élèvera également les trois enfants que son épouse a eue d’une précédente union. Il était heureux d’être le grand-père de cinq petits-enfants qui le lui rendaient bien : Enzo (13 ans), Maéva (10 ans), Killian (7 ans), Sophie (4 ans) et la petite dernière Annabella.

De retour dans le civil, il ne reprendra pas son métier de garçon de ferme. Il en connaît l’extrême dureté. Il est recruté comme aide-raffineur aux Papeteries Navarre de Grand Quevilly, puis à la Société Parisienne de Gardiennage à Rouen, enfin comme ripeur à la société Vilain de Beaumont-le-Roger. Trois expériences qui usent et fatiguent. Il prendra une retraite bien méritée en 2001.

Marsouins et légionnaires, d’ordinaire, ne font pas toujours la paire, mais c’est, chez les képis blancs, un soldat exceptionnel qui va lui tendre la main et, chez nous, l’embarquer dans toutes ses associations, locataires avec la vaillante ALTAM, anciens combattants avec la célèbre ARACA, jardinage avec les Jardins Familiaux. On l’a compris : Bernard Boivin va rejoindre Antonio Antoniolli. Il resteront fidèles l’un à l’autre jusqu’au décès de l’adjudant-chef italien devenu un des plus éminents conseillers municipaux de notre Ville, un ami qu’une plaque honore en ce jardin.

J’ai un souvenir précis de Bernard Boivin. Il lui arrivait de grommeler quand il n’était pas content, mais c’était un Rolivalois fier de sa ville et reconnu. Il a été notre porte-drapeau. Nous lui avons confié notre étendard et seule la maladie, en 2005, lui faisant perdre l’usage de la parole et des jambes, l’a obligé à passer le relais. Il nous a quittés brusquement voici quelques jours à l’âge de 79 ans. Sa famille avait veillé sur lui. A notre tour, nous lui devions hommage et reconnaissance. Bernard Boivin, là où vous êtes, avec Saint-Michel, patron des chevaliers du ciel, nous vous saluons et nous vous remercions. Je suis ce matin votre porte-drapeau.

Avant de vivre à Val-de-Reuil pour trois décennies, voie de la Bucaille, puis Voie des Rougettes, Bernard Boivin avait habité à quelques kilomètres de chez nous à Saint-Étienne-du-Vauvray.

Nous connaissions bien et pour de multiples raisons Daniel Dugord, un des maires de cette belle commune limitrophe de la nôtre. C’est dans ce rôle que je l’ai d’abord connu accueillant Laurent Fabius en l’an 2000 à l’occasion de l’inauguration de la médiathèque Jules Verne pour la création de laquelle il s’était battu. C’était son jour de gloire, un jour de reconnaissance des habitants, un jour où il rayonnait. D’une certaine façon, son mandat de premier magistrat donnait un éclairage à un engagement de 25 ans, un quart de siècle, comme conseiller municipal, un engagement pour servir et non se servir. Je garde un souvenir fort de cette journée.

Daniel Dugord était un homme de bien. Un homme droit et positif. Un homme généreux et solidaire. Un homme réservé sur lui-même et efficace pour les autres. Un homme de conviction républicaine. Il est décédé, prématurément, victime de la maladie contre laquelle, depuis des années, il luttait avec courage, le 2 mai dernier à l’âge de 69 ans. Issu d’une famille nombreuse et d’un milieu modeste, entré à quinze ans à l’école normale d’Évreux, c’était un pédagogue. C’était un professeur. C’était un progressiste. Il devait tout, disait-il, à l’éducation, ascenseur social et passion de sa vie. Plus qu’un hussard de la République, Jules Romains en aurait certainement fait, entre Jallez et Jerphanion, témoins et passeurs de leur époque, un de ses « Hommes de bonne volonté ».

Après avoir débuté au collège du Hamelet, il avait été le principal ou le proviseur de plusieurs établissements importants de Haute-Normandie, sa région de naissance en 1951, à Hectomare, en Seine-Maritime. Un passage au Collège Branly de Grand Quevilly ne doit pas être oublié. Mais, pour nous, il reste le chef d’établissement de Pierre Mendes-France, pendant sept ans, et, pendant huit années, un des grands proviseurs du Lycée Marc Bloch que ce laïc farouche avait porté sur les fonds baptismaux. Certes, il choisit de finir sa carrière au Lycée André Maurois d’Elbeuf, mais pendant quinze ans il a veillé sur nos enfants, créant avec moi l’atelier Sciences Po qui a fait émerger tant de talents. J’avais été ému par la grande interview dans la presse locale qu’il avait donnée au dernier jour de sa mission. Il y disait sa croyance absolue dans le caractère salvateur de l’éducation, en la mission sacrée de l’enseignant : ne jamais se décourager, voir toujours dans un élève, même le plus mauvais, le bon côté qui va le sauver, inventer et innover pour continuer à faire de l’école, du collège, du lycée les étoiles brillantes du savoir et de la République.

Il n’avait pas cessé, sa tâche accomplie, de parcourir Val-de-Reuil avec ses longues jambes, ses lunettes d’écaille, sa grande taille, sa moustache poivre et sel. Parfois on croisait sa silhouette qui, dans ces circonstances, n’était pas sans rappeler celle de M. Hulot ou du facteur de Jour de Fête, en vélo, autour de la boucle de Poses, profitant du temps retrouvé.

Il continuait de se mobiliser à travers des engagements associatifs sélectifs et déterminés, « Lire et Faire lire » contre l’illettrisme et l’inculture ou « Amnesty International » pour la Justice et contre la violence, contre le racisme aussi, le poison de la ségrégation qui, depuis les États-Unis, sur un compte twitter, se répand comme le pire message du populisme, ne laissant plus aux prises que ceux qui veulent nier l’histoire en ne changeant rien de leurs haines, de leur mépris, de leur a priori contre celui qui n’est pas blanc de peau et ceux qui, en abattant des statues, veulent réécrire l’histoire plutôt que la regarder et l’expliquer.

Nous voulions que le nom de Daniel Dugord, je pense à Jacques Lecerf particulièrement, soit cité, ici, en ce jour, pour le remercier, lui l’homme de Gauche intègre et sincère, à l’ancienne, et adresser un message d’amitié à son épouse Sylvie qui fût, pas seulement, infirmière parmi nous, à ses trois filles et à leur famille, l’une d’entre elles est professeur de mathématiques comme son père, à ses trois petits enfants.

C’est enfin, pour conclure ce propos, à deux communautés que je veux rendre hommage.

D’abord aux agents de notre Ville qui, sous la direction de notre directeur général des services, M. Julien Tristant, avec leurs partenaires des services de l’État, ceux de l’enseignement et ceux de la police, ceux du bassin d’essais et ceux du centre de détention, avec leurs collègues du département, je pense en particulier aux pompiers, ont continué, entre le 15 mars et le 11 mai, de servir avec courage, abnégation et altruisme, la population de Val-de-Reuil. Comme si de rien n’était. Tout en faisant démarrer les premiers chantiers de notre dossier à 137 millions d’euros : l’ANRU. Avec la superbe équipe municipale que j’ai la chance d’avoir pu rassembler, des femmes et des  hommes ouverts et enthousiastes, ce qui donne son prix à notre compliment, nous vous disons merci.

La seconde communauté que je veux honorer par nos mots est celle des soignants, celle de la médecine de ville et celle de l’hôpital, celle qui réunit spécialistes, lingères, administrateurs, infirmiers et infirmières, directeur, personnel de sécurité, médecins, internes, chef de clinique, secrétaires, docteurs, professeurs, français et étrangers, dans des établissements privés, en profession libérale, dans le service public de la santé. Ils ont tenu la ligne de front. Ils n’ont pas déserté. Il ont sauvé, assisté, entouré. Ils en ont payé le prix fort et il serait juste de parler de sacrifice en citant leurs morts. Aucune médaille ne viendra compenser cela. Seule la prise en compte de leur souffrance sociale, la fin de l’indifférence matérielle avec laquelle ils sont traités, pourra apporter une juste compensation à l’énergie et au temps qu’ils consacrent quotidiennement, à préserver la vie et à faire reculer ses limites.

Ayant dit cela je voudrais faire deux remarques. Ne jouons pas avec le feu, ne jouons pas avec la mort. Trop de gens ne respectent pas les gestes-barrière, trop de gens n’observent pas la fameuse distanciation sociale, trop de gens ne portent pas de masques. Le virus est là. Le nombre des appels à SOS-médecins, des contaminations, des hospitalisations ré-augmente. Je ne veux pas crier « au loup », mais faisons attention. C’est la raison pour laquelle j’ai été choqué de lire une lettre signée des noms d’une vingtaine de médecins de notre commune et des alentours regrettant que Val-de-Reuil ait bénéficié d’une campagne de dépistage parce qu’il n’en avait pas été assez prévenus. Venus de la part de gens qui, pour certains d’entre eux, n’ont jamais fait l’effort de voir le maire, représentant de l’État, ou distillent des informations, dont il aurait besoin, à des gens à qui elles ne sont pas destinées, je trouve cela déplacé. Il y a suffisamment de malades et de pauvres à Val-de-Reuil pour que personne ne se les arrache. Inversement quand j’entends que, dans notre église décorée d’un vitrail neuf évoquant la Pentecôte, un prêtre a demandé à ses paroissiens de se donner la main et d’ôter leur masques, en dépit de la protestation d’un médecin qui assistait à l’office, les bras m’en tombent. Pour ce qui est de notre sort ici-bas, le serviteur de Dieu doit s’effacer devant l’homme de science et l’écouter. Sinon il lui en coûtera. Comme n’importe quelle autre manifestation, s’il y a danger et irresponsabilité, je peux interdire les messes. Mon supérieur en la matière n’est pas l’évêque, mais le préfet. Mes évangiles seront le pouvoir de police. C’est un ultime avertissement.

Enfin puisque une minute de silence nous réunira bientôt, je souhaite qu’à tous les morts de la patrie, tombé au champ d’honneur au cours des conflits ou des opérations de maintien de la paix, nous associons les 30.000 femmes et hommes souvent très âgés, que cette maladie a emportés avant l’heure. Pour ma part, je penserai, pour le pleurer, à mon ami Henri Weber.

Vive Val-de-Reuil, vive la République, vive la France.

13 JUIL 2020

14 x 7 = 14.07 pour la fête nationale, le 14 juillet 2020 à 23 heures, tous à vos balcons, tous à vos fenêtres.

14 x 7 = 14.07 pour la fête nationale, le 14 juillet 2020 à 23 heures, tous à vos balcons, tous à vos fenêtres.

À Val-de-Reuil, on ne renonce jamais. C’est même la marque de l’esprit rolivalois. Alors que la plupart des communes de l’Eure, comme partout en France, ont annulé leurs feux d’artifice des 13 ou 14 juillet, la Ville, pour marquer la fête nationale, a décidé, au contraire, de maintenir cet instant de joie républicaine, cet évènement bleu-blanc-rouge, son feu d’artifice considéré comme un des plus beaux de sa catégorie dans le département. Nous ferons donc partie des 3 communes qui « maintiendront » la tradition tandis que 92 « ont mis les pouces ».

Bien sûr, il n’y aura aucun rendez-vous au Parc Sud. Pas de « belle verte » ou de « belle jaune », pas de lâchers de lanternes lumineuses, de fête foraine, de barbe-à-papa et de bal. Que les milliers d’habitués ne se déplacent pas, ils trouveraient porte close. Nous aurions d’ailleurs été dans l’incapacité, au milieu de l’obscurité et des explosions de fusée, de faire observer gestes-barrière, distanciation sociale et port du masque aux sept ou huit mille personnes, venues pour certaines des communes voisines, qui, sur plusieurs hectares, se pressent à cet événement. Or la sécurité face à l’épidémie de Covid 19 est un impératif.

Il a donc fallu innover. Cela ne nous est pas tout-à-fait étranger. Nous nous sommes inspirés de ce qui avait si bien marché pour la fête de la musique lorsque nous avions mis DJ, chanteuses, orchestres classiques et groupes rock sur les toits, celui de la mairie en premier, pour éviter la cohue et les rassemblements. Ce fût un succès. Same player shoot again !  Mais, évidemment, nous y avons mis une petite dose de surprise.

14 x 7 = 14.07. Tout tient dans cette étrange formule. Le 14 juillet, ce sera sur 14 sites, gardés secrets, clos et inaccessibles, très régulièrement disséminés sur la Ville, 14 feux de 7 minutes chacun magnifiant le drapeau tricolore. Pour attirer chacun à son balcon, à sa fenêtre, en proximité, il y aura un peu de son avant la lumière. De puissantes enceintes nous y aideront. D’abord quelques bêtes innocentes et grésillantes nous rappelleront, vers 22h30, que, en Normandie aussi, c’est l’été depuis le 21 juin. Ensuite la sonnerie solennelle des trompettes chères à Maurice Jarre retentira dans la nuit. Il s’agira d’introduire un discours fameux, impressionnant, essentiel, les mots d’un des personnages les plus connus de l’Histoire contemporaine de la France. « Honneur et Patrie », sa voix s’élèvera depuis Londres pour que, en cette année pour lui triplement anniversaire, on se remémore l’homme qui sauva la France de la honte et de la défaite. Viendra alors le temps d’une marseillaise à deux couplets invitant à « l’amour sacré de la Patrie« . Il sera temps vers 23 heures que les premières détonations retentissent synchronisées sur 14 points d’Est en Ouest, du Nord au Sud de la Ville. Bienheureux ceux qui auront pris un peu de hauteur depuis une colline, le spectacle n’en sera que plus beau. Un chœur à bouche fermée, parmi les plus célèbres, nous ramènera ensuite vers le sommeil.

Le matin, comme à l’habitude, avec l’ensemble du conseil municipal, aura eu lieu, à 10h45, une cérémonie officielle et ouverte au public (l’endroit est très marge et venté) au monument « mémoire et paix ».  Le Maire y rendra hommage au Général de Gaulle, mais aussi à Bernard Boivin, porte-drapeau rolivalois, et à Daniel Dugord, ancien proviseur du lycée Marc Bloch. Après la minute de recueillement et l’hymne national exécuté, un très bref conseil municipal extraordinaire se tiendra au Lycée Marc Bloch pour désigner les grands électeurs de Val-de-Reuil (33 titulaires, 2 remplaçants pour le maire et l’adjoint aux finances qui votent déjà, l’un comme président de la commission des finances de la région Normandie, l’autre comme conseiller départemental de l’Eure, et 9 suppléants) aux sénatoriales de septembre 2020 et un apéritif convivial sera donné dans les jardins du lycée.

Communiqué de Marc-Antoine JAMET

Maire de Val-de-Reuil,

Président de la commission des finances de la Région Normandie 

9 JUIL 2020

Pour une agglomération (enfin) démocratique, efficace et moderne !

Pour une agglomération (enfin) démocratique, efficace et moderne !

Ce soir, lorsqu’il faudra élire le Président de l’agglomération Seine-Eure, avec mes camarades et amis rolivalois, nous voterons pour le candidat de la Justice Sociale, de l’Égalité des Chances et du Progrès, pour le Maire de Pont-de-l’Arche Richard Jacquet. Cela n’empêchera pas le conservateur, le sortant Bernard Leroy de l’emporter. Confortablement. Logiquement. Adhésion opportunément sollicitée de quelques communes géographiquement éloignées, mais politiquement complices, fusion avec Eure-Madrie-Seine cousine désargentée accueillie à bras ouverts non sans arrière-pensées, campagne électorale activement menée depuis quatre mois à pas feutrés, prébendes et finances sagement pré-distribuées, le vainqueur, derrière une bonhommie de chanoine, est habile. C’est un talent indispensable pour gagner et ce n’est pas sa seule qualité. Il n’empêche : cette élection expédiée en catimini prive plus de 100.000 citoyens d’un débat de fond sur l’avenir et la forme de leur agglomération. Alors, comme rien ne sera audible dans le tumulte du triomphe annoncé, il faut prendre les devants et rappeler quelques vérités.

Cette victoire ne sera pas démocratique puisqu’elle ne bénéficiera pas de l’onction du suffrage universel. Seine-Eure n’est pas une collectivité locale. C’est un établissement public. Ceux qui y siègent ne sont pas les représentants politiques d’une population, mais les « délégués » administratifs d’un territoire. Ce ne sont pas des députés, mais – au mieux – des ambassadeurs. Ils n’ont pas été choisis sur un programme ou pour un visage, mais préemptés automatiquement et collectivement parmi les premiers des listes qui se sont affrontées aux dernières municipales. Nul n’aura donc la naïveté de croire que les habitants concernés auront été consultés, ne serait-ce qu’au second degré, pour désigner les « conseillers » intercommunaux qui vont former, pour une soirée, un corps électoral éphémère. L’opération ne pourra se dérouler qu’en détournant les yeux de deux ou trois inégalités dérangeantes. Les délégués de Crasville ou de Saint-Germain-de-Pasquier, collègues estimables, compte tenu de la taille de ces communes, auront été portés, tout au plus, par une grosse centaine de supporters (1 délégué pour 125 habitants), tandis qu’il en aura fallu plusieurs centaines pour nommer ceux de Val-de-Reuil (9 délégués pour 15.000 habitants) ou de Louviers (une dizaine pour 18.000 habitants). Ces contorsions s’expliquent par l’objectif recherché : on peut douter qu’une communauté regroupant 105.000 femmes et hommes, au terme d’une compétition rationnelle, se donnerait pour président, quel que soient ses mérites personnels, le Maire d’une commune de moins de 4000 âmes dont les candidats sont, depuis vingt ans, régulièrement battus aux législatives, aux régionales, aux cantonales. On passera sur le manque de parité, l’absence de diversité, l’âge élevé des membres de l’Assemblée qui débute, puisque ce ne sont là -précisément- que les conséquences du manque de légitimité démocratique qui la fonde.

Cette victoire sera celle de la confusion. Qui peut-dire quelles sont les compétences de l’intercommunalité  ? Personne. Pas plus que le nom de ses principaux responsables. Une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Tantôt l’agglomération exerce ses pouvoirs dans leur plénitude, mais sur une partie seulement de son territoire (jeunesse, urbanisme). Tantôt elle les pratique sur la totalité de sa superficie, mais de façon incomplète (propreté, politique de la ville). Parfois, son action fait apparaître les vertus de certaines mutualisations (eau, assainissement). Parfois, au contraire, sa présence ne se fait qu’au profit d’une seule et unique commune (patinoire et piscine de Louviers, conservatoire de Gaillon, centre d’artisanat du Vaudreuil, etc…). Coexistent en son sein l’excellence du cousu main pour faire briller les événements de prestige ou d’image qui servent sa communication (marathon, coopération avec le Bénin, fêtes nautiques, petites scènes théâtrales), mais dont rien ne justifie l’organisation, et, pour gérer son fonctionnement quotidien, c’est à dire les conditions de vie de dizaines de localités, bref tout ce à quoi elle devrait s’obliger, l’uniformité d’un prêt à porter grisâtre imposé à tous au mépris des identités, des traditions, des histoires, des particularismes et des cultures. Une décision pourrait mettre fin à ce ronronnement sinistre qui fait le jeu des populistes. L’agglomération, aussi méconnue et mal-aimée que l’Europe, son modèle en voie de putréfaction, restituerait l’ensemble de leurs compétences aux communes, plébiscitées par les Français, et se consacrerait à dix priorités définies en commun, à dix synergies acceptées par tous. On appellerait cela « subsidiarité ». Quelle belle idée ! Ainsi Seine-Eure, structure attrape-tout s’agitant dans tous les sens, grenouille qui se prend pour un bœuf, embrassant trop pour bien étreindre, au lieu de dépenser l’argent des communes pour faire à leur place ce dont elles sont parfaitement capables, se concentrerait sur le temps long et les initiatives structurantes synonymes d’emploi et de croissance.

Cette victoire sera celle de l’immobilisme. A 60 clochers la paralysie guette autant notre rassemblement qu’à 27 pays le continent. La gestion d’un aussi vaste ensemble impose d’être ambitieux, innovant et pragmatique. Gageons que, dans notre cadre quasi fédéral, aucune réforme d’importance ne verra le jour avant 2026. Trois décisions témoigneraient pourtant chez celui qui les mettrait en œuvre d’une certaine force de caractère, de la priorité donnée à l’intérêt général et d’une véritable hauteur de vue. D’abord, arrêtons de plaindre hypocritement les petites communes. Elles n’ont plus les moyens de leur gestion, de leur entretien, de leur sécurité. Le temps des vaches grasses, s’il revient un jour, est encore loin qui pourrait les leur redonner. Il faut fusionner, construire des ensembles viables, jouer de la proximité. On se fait peu d’amis en affirmant cela, mais Alizay, Pitres et Le Manoir ont des choses à se dire. Incarville et Pinterville, c’est Louviers. Léry et Poses, qui ont, avec Val-de-Reuil, des préoccupations, des dossiers, des projets en commun, devraient se rapprocher. On peut multiplier les exemples. Ensuite, cessons de fermer les yeux sur la situation privilégiée de ces villages à faible fiscalité qui profitent – et c’est heureux, car c’est cela la solidarité – des impôts plus élevés des villes voisines pour jouir de leurs services publics, non sans leur asséner – c’est osé – des leçons de frugalité. Une meilleure répartition des efforts entre tous les contribuables de Seine-Eure serait plus moral que ponctionner les recettes des quartiers les plus pauvres. Enfin ne traitons pas un ensemble de 543 km2 et de 173 millions de budget comme un canton creusois. Il est temps de subdiviser ce géant normand en sous-ensembles à taille humaine, entre cinq et dix « arrondissements », à partir desquels seraient gérés un certain nombre de missions de proximité sous le contrôle des élus qui en sont issus. Va-t-on encore longtemps, entre Vexin normand et Métropole de Rouen, décider de tout et de rien, de la pluie et du beau temps, du sexe des anges et de l’âge du capitaine depuis le bâtiment hideux, mal foutu et technocratique qui abrite le haut commandement de l’agglomération ? Pour combler un trou sur une route à Alizay ou à Acquigny, verser un demi-seau de bitume exige-t-il vraiment, en 2020, un ordre en trois bordereaux tombé depuis le quartier général de la Place Thorel ?

Enfin, quand bien même son nouveau président (dont j’ai dit qu’il se pourrait bien qu’il ressemble à l’ancien) ferait-il preuve le plus souvent de courtoisie républicaine et d’équanimité personnelle à l’égard de ses opposants qu’il consulte souvent et écoute rarement, combien de temps feignera-t-on de croire qu’il dirige son fief autrement que selon les mécanismes politiques qui le rattachent à la droite ? Ses barons, Moglia, Dufour, Bidault sont de droite. Ce n’est pas une attaque. Ils ne s’en cachent pas. Ses alliés, Terlez et Priolaud (auquel il donnera indemnité et statut particuliers sans s’en expliquer), sont de droite et ont été reconduits grâce à la navrante désunion de la Gauche lovérienne, certes, mais également en les dopant aux millions d’Euros que région et agglomération leur ont versés pour les garder en leur giron libéral. Il n’est pas jusqu’à ses querelles contre Lehongre, son inimitié pour Lecornu à qui il préfère, tous les gouts sont dans la nature, Maurey et Morin, qui ne soient typiquement de droite. Reconnaissons toutefois que son caractère affable et des convictions sans sectarisme, ses valeurs, son humanisme peut-être, poussent Bernard Leroy à s’entourer de toutes les sensibilités, à défaut de gouverner avec elles, à ne rejeter, en dehors des extrêmes, aucun des membres de son mini-parlement. Il faut lui en savoir gré. C’est pour cela qu’il prête peu le flanc aux attaques et que ces contempteurs, j’en suis le premier, passent facilement pour d’horribles personnages. Il lui arrive même de faire montre de neutralité, voire d’impartialité, presque de bienveillance, lorsque la distanciation sanitaire l’éloigne de ses mauvais génies, le bon docteur Madroux, qui coula notre base de loisirs, et le brave conseiller Jubert, invisible au département. Mais sa quête éperdue d’unanimisme, ce besoin louable de consensus, ne peuvent faire oublier les astuces qui, depuis l’origine de l’intercommunalité, visent à éviter méthodiquement questions et débats : ordres du jour surchargés qui font trancher dans la nuit des points essentiels, relégation des mal pensants aux derniers des gradins tandis que les bénis-oui-oui monopolisent les premiers, sujets budgétaires minimisés et expédiés, impossibilité d’amender, absence de public, séances non retransmises, opposition ne bénéficiant d’aucun moyen, refus des discussions de fond, indignation orchestrée lorsqu’un échange dure plus qu’un instant.

Alors oui, pendant six ans on peut cohabiter avec Bernard Leroy et ce peut être délicieux. Comme la table d’hôtes d’une pension de famille accueillante. Nous l’avons déjà fait. À l’usage, il n’est ni un despote, ni un dément. Son commerce est agréable. Tout juste devrait-il par un courageux coming-out avouer sa coupable passion pour l’antique démocratie chrétienne. Les choses seraient plus franches. Mais, une fois tous les six ans, à l’orée d’un mandat, et à chaque échéance importante, par clarté, par honnêteté, par cohérence, il faut aussi oser lui dire que, si son propos est responsable et structuré, s’il est facile de se retrouver avec lui autour de mesures de bon sens, de décisions locales, d’initiatives dont on conviendra qu’elles ne sont ni de Gauche, ni de droite, ses idées politiques, son positionnement à l’extrême centre et son giscardisme rural, son désintérêt pour les plus faibles, son indifférence pour les moins riches, son silence sur les questions éducatives et sociales, bref son projet de société, ses initiatives et ses priorités économiques qui le rapprochent de Raymond Barre ou d’Antoine Pinay, ne sont décidément pas les nôtres qui préférons Mendès-France ou Mitterrand. Je ne le lui cache pas en privé. Il me revenait naturellement de le lui rappeler publiquement.

Marc-Antoine JAMET

Maire de Val-de-Reuil,

Président de la commission des finances de la Région Normandie 

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