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16 NOV 2017

Quand la Chine consommera ! – Comme Président de la Commission-projet Consommation et Communication, je signe ce mois-ci l’éditorial de la lettre du Comité France-Chine

Quand la Chine consommera !

Paré de toutes les vertus, accablé d’opprobres, on ne parle que de lui. Vient-il en masse ? On redoute son invasion. Se fait-il rare ? On regrette sa disparition. Lui, c’est le consommateur chinois. On l’avait croisé déambulant avec la foule de Shanghai sur Nanjing Lu, flânant devant les enseignes du Landmark à Hong-Kong, sillonnant les allées de l‘Oriental Plazza à Pékin. Âme d’une civilisation restée commerçante malgré la révolution culturelle, sa silhouette nous était familière, ses habitudes connues, sa psychologie déchiffrable à travers cet adage impie pour nos oreilles européennes : « Sunday is shopping day ! ». Aujourd’hui qu’on le rencontre Boulevard Haussmann, sur Oxford Street ou Piazza di Spagna, les choses sont différentes. Avec inquiétude, on scrute ses goûts. Pour ne pas devenir dépendant de son pouvoir d’achat, de sa capacité à voyager, des règles que son Gouvernement peut édicter, on s’efforce d’accentuer son attirance pour nos modes, nos marques, nos maisons. Nous lui devons une parfaite sécurité de sa personne et de ses biens, sans quoi notre hospitalité ne serait qu’un leurre. Il est la nouvelle frontière, le nouveau Graal, le nouvel eldorado.

Mais, pour le retenir, pour l’attirer, pour le séduire, il a fallu revoir nos certitudes. On le croyait amateur d’objets à la valeur ambivalente destinés à assoir notoriété et position sociale. Il est devenu expert pointilleux, attentif à la personnalisation, demandeur d’exclusivité, de surprises et d’expériences pour lui-même. On lui donnait la quarantaine bien tassée. Il est le plus souvent un de ces « millenials » à la trentaine conquérante. On imaginait que, femme, il serait plus sensible à l’offre que nous lui faisons. C’est un homme qui, en premier, franchit, concerné, intéressé, la porte de nos magasins. On le croyait grégaire, ne quittant ni son car, ni son groupe, les yeux attachés au fanion de son guide. Il suit les « nouvelles routes du Moi » et c’est en couple ou avec ses proches qu’il découvre Fàguó, la France. On le voyait, naïf, timide, agrippé à son smartphone. Il est expert en « connectivité » ile lorsqu’il s’agit d’utiliser réseaux sociaux, sites de vente, moteurs de recherche pour s’informer, comparer, commenter, acheter en ligne, payer. S’il est fier de sa culture ancestrale, il est de plain-pied dans le temps mondial.

C’est pourquoi il veut désormais connaître et comprendre l’origine des matières employées, les lieux de fabrication de nos produits, leurs inspirations artistiques. Il attend que nous renouvelions la haute tradition de nos manufactures, de nos usines, de nos ateliers, par la force créative de nos talents et une attention à ses aspirations. Il recherche, de manière croissante, la garantie que seront satisfaites ses exigences en matière d’art de vivre et de bien-être.  Nous savons que le Made in France peut lui apporter la sécurité sanitaire, le respect de l’environnement, l’authenticité des matières premières et des process, la performance et l’innovation. Ce sont des défis concrets qu’il faut relever. « Le fondement de la théorie, c’est la pratique ». Ainsi ne parlait-il pas le Président Mao ?

Marc-Antoine JAMET

 

 

 

 

27 SEPT 2017

Lettre aux militants socialistes de l’Eure

Val-de-Reuil, le 27 septembre 2017

Chers camarades et chers amis,

Je n’organiserai pas le vote de confiance à la direction nouvelle du Parti Socialiste. Sans attendre notre Congrès, j’ai décidé de mettre fin à mon mandat de Premier Secrétaire de la Fédération du Parti Socialiste de l’Eure et de démissionner de notre Conseil National où je siège depuis 1994.

Je veux avant tout remercier les militants qui m’ont élu et réélu par deux fois, avec – à chaque mandat – de plus en plus larges majorités. L’honneur de les représenter, l’exigence politique d’être leur porte-parole, m’ont rempli de fierté et de joie. Ensemble, nous avons connu toutes les victoires, organisé des meetings comme nous en avions peu connus, mené de belles campagnes électorales. Ensemble, nous avons donné un second Président de la République à la Gauche, battu Bruno Lemaire aux régionales dans son propre département, conservé le Conseil Général et le Conseil Régional, géré les quatre grandes villes qui structurent notre territoire, doublé le nombre des parlementaires socialistes, organisé la guérilla contre le Front National, assaini nos comptes, organisé le débat – y compris quand il ne m’était pas favorable -et fait fonctionner nos instances dans la transparence. Cela n’a été possible que grâce au bureau et au conseil fédéraux, toutes motions, toutes sensibilités confondues, avec lesquels j’ai travaillé, à l’appui de nos permanents vers qui va ma reconnaissance, à votre soutien constant et bienveillant qui a été essentiel.

Aujourd’hui, nous avons tout perdu ou presque. J’en ai été marqué. Il est cruel de voir son espérance disparaître ou plutôt se désagréger. Ce n’est cependant pas pour cela que je prends de la distance. Je crois à notre Parti depuis que je m’y suis engagé derrière Laurent Fabius voici plus de trente ans. C’était au lendemain – déjà – d’une défaite. Comment pourrai-je le quitter ? J’ai accepté d’en être le trésorier et le directeur général des services aux pires moments. Il m’a coûté dans ma vie professionnelle. Il m’a valu des incompréhensions dans ma vie personnelle. Avant de rejoindre celle de Val-de-Reuil en 1999, j’ai adhéré dans la section de Léon Blum au cœur du Paris populaire. Je suis un « partageux ». Le Socialisme est ma vérité. Il est mon chemin. J’aurais toujours pour ses valeurs, l’égalité des chances et à la justice sociale, la solidarité et la liberté, la foi du charbonnier. Je suis persuadé, comme l’avait dit François Mitterrand en 1993, que, d’une manière ou d’une autre, nous reviendrons au pouvoir, localement, nationalement, plus vite que nous le pensons. Certains, après avoir allègrement trahi ou opportunément déserté, m’attribuent avec leur générosité habituelle l’entière responsabilité de nos revers. Cela me laisse indifférent. Je leur confirme, si leurs contorsions peuvent y trouver consolations, que le Parti Socialiste n’a connu de difficultés que dans l’Eure et, uniquement, par ma faute.

Ce n’est pas la seule interrogation à laquelle par ce dernier courrier fédéral je veux répondre. A droite, à Gauche, au travail, parmi mes proches, on m’a souvent demandé pourquoi je n’ai pas rejoint l’actuelle majorité. Il paraît que mon profil avec elle était compatible. Malgré les appels et les propositions, parfois les plus autorisées, je n’ai pas cherché l’investiture d’En Marche. Je n’en suis ni l’adhérent, ni le sympathisant.

Certes, beaucoup de ceux qui, à l’Elysée, au Gouvernement, au Parlement, incarnent ce mouvement, sont mes amis, ont été mes collègues ou, preuve que je vieillis, mes collaborateurs, voire mes étudiants. Mais d’autres, ici notamment, ont été mes adversaires parmi les plus virulents.

Certes, j’ai, si ce n’est de l’admiration, du moins du respect pour la démarche, faite d’audace, d’une bonne dose de courage et de confiance en soi, qui a conduit Emmanuel Macron vers un succès qu’il ambitionnait à seulement 39 ans. Ce n’est d’ailleurs pas la première transgression qu’il a assumée et il faut à ce propos lui rendre des points. Le Chef de l’Etat est l’artisan de sa propre réussite et, peut-être, de sa vie. Mais cela n’est pas suffisant pour le suivre.

Certes, je mesure les erreurs que nous avons commises et suis conscient du malheur dont nous n’avons pas su extraire des millions de femmes et d’hommes soumis au chômage ou à la pauvreté. J’aurais garde d’en accuser François Hollande. Nous savions tous, ainsi qu’en étaient tombés d’accord Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn, que ce quinquennat serait celui de « l’enfer ». L’absence de cohésion et de conscience morales de la majorité a fait le reste. Pour autant, je ne partage pas la politique actuellement conduite par Edouard Philippe, même si je connais la sincérité de ce Normand.

Certes, elle peut comporter des initiatives intéressantes. Il faut saluer sa référence appuyée au progrès et à la modernité. Je continue de souhaiter pour mon pays qu’elle aboutisse. Nous ne pouvons nous permettre de perdre cinq ans. L’idée du changement pour le changement, du renouvellement pour le renouvellement, me paraît particulièrement limitée, mais En Marche a diversifié, rajeuni et féminisé la politique qui en avait considérablement besoin. Dommage qu’en ait été parfois extirpé – du même coup – compétences et capacités. Du moins jusqu’à présent Tout s’acquiert. On ne reste pas nouveau, nul ou naïf éternellement… Mais, fiscalement et socialement, pour les retraités, les familles et les collectivités locales, pour les plus jeunes, les plus fragiles, les plus exposés, pour le logement et les emplois aidés, l’action menée ne peut recueillir de ma part un début d’approbation. Voilà pour le fond. Sur le style et la manière, il y aurait tant à dire. La popularité vacillante du Président en révèle assez.

Je ne change donc pas de convictions. La cohérence c’est aussi la constance. Je reste militant socialiste. Il n’y a pas d’autres voies à Gauche. Je n’aime pas le simplisme et la démagogie, quand bien même seraient-ils éloquents, qui conduisent la France Insoumise. J’ai fait la campagne de Benoît Hamon par loyauté et par amitié, sincèrement, totalement, sans partager néanmoins nombre de ses propositions. Je ne discerne pas encore, dans la nouvelle direction pléthorique, pardon collégiale, celui ou celle qui ramassera le drapeau tombé à terre, celui qui m’enthousiasmera, celui que je soutiendrai les yeux fermés. Les gens ne nous suivent pas, ne nous suivent plus. Je n’ai le goût ni des crépuscules, ni des groupuscules. J’attendrai. Ce n’est pas une question d’âge ou d’énergie. Je m’engagerai sur d’autres fronts, avec d’autres moyens. Je retrouverai un peu de temps pour moi et les miens. Qui plus est, je n’abandonne pas le travail qu’il me reste à faire dans ma commune que j’aime. Nul n’est indispensable, mais pour le renouvellement urbain et la sécurité, pour la construction de logements et l’investissement industriel, suis-je le plus mal placé pour mener, dans des temps durs et troublés, avec peu d’argent et dans l’adversité, une politique municipale juste, forte et efficace à Val-de-Reuil.

 

Je ne pars pas sans un regard en arrière. Une équipe existe composée de militantes et de militants de Vernon, de Gisors et des Andelys, de Bourgtheroulde, de Gaillon et de Louviers, de Verneuil et d’Evreux, de Pont-Audemer, de Conches et de Bernay. Je les connais : j’ai défilé, collé, tracté avec eux devant les gares, sur les marchés, aux portes des usines, moments un peu austères que leur amitié joyeuse transformait. Je veux saluer nos secrétaires de section qui sont des gens formidables sur lesquels j’ai pu m’appuyer, nos trésoriers qui vivent un sacerdoce tant leur rôle est ingrat, tous ceux qui ont fait le choix de l’engagement collectif et désintéressé. Pour diriger la Fédération jusqu’au renouvellement de sa direction, je connais les qualités, notamment, de Martine Séguéla des Andelys dont le militantisme chimiquement pur demeure un modèle pour moi, de Thomas Toutain, dévoué à nos idéaux qui ne ménage ni son temps ni son intelligence, Timour Veyri qui sera pour Evreux, en 2020, un maire inventif et intègre, proche et compétent. J’ai confiance en eux. Il leur appartient de prendre leur destin en mains. Je les y aiderai.

Amitiés socialistes

Marc-Antoine JAMET

18 SEPT 2017

Maintenant que l’on sait, Pierre Mendes France doit rester ouvert !

Maintenant que nous savons que le Ministre compétent est contre, que le Préfet de l’Eure est contre, que le recteur de Normandie est contre, que le directeur académique de notre département est contre, que les conseillers départementaux de notre canton sont contre, que le Maire et le conseil municipal de Val-de-Reuil sont contre, que le chef d’établissement et les professeurs du collège Pierre Mendès France sont contre, que les parents des 350 élèves inscrits (qui seront 450 l’année prochaine) sont contre.

Maintenant que nous avons été informés que la principale du collège Alphonse Allais prévoit des effectifs pour la rentrée 2018 de près de 500 élèves, ce qui met son établissement dans l’incapacité d’accueillir un enfant de plus.

Maintenant qu’il est de notoriété publique que le Collège Michel de Montaigne a refusé l’inscription de plusieurs enfants issus des CM2 de Val-de-Reuil à la rentrée 2017 alléguant qu’il était saturé et que c’est la vérité.

Maintenant qu’il est établi que jamais le collège Pierre Mendes France n’a été un collège du type Pailleron et que le prétendre était un grossier mensonge ou la preuve d’une parfaite ignorance de la réalité.

Maintenant que l’on se souvient que M. Sébastien Lecornu, jeune exécutif départemental devenu jeune secrétaire d’Etat au prix d’une grande souplesse idéologique, rompant avec la gestion brutale et secrète du dossier qui avait prévalu, avait indiqué, par une lettre reçue à la Communauté d’agglomération, qu’il fallait, localement, pendant un an, en engageant la concertation avec tous les acteurs, mener une réflexion sur le principe même de la fermeture de cet établissement plutôt qu’un autre et que ce travail n’a connu aucun début de concrétisation, ce qui pourrait montrer, chose impossible à croire, que les promesses varient d’un exécutif à un exécutant départemental en seulement quatre mois.

Maintenant que l’on se rappelle que l’agglomération Seine Eure, unanime, a voté en juin dernier un moratoire d’au moins deux ans reportant toute décision tant une fermeture paraissait déstabilisatrice pour notre territoire, que cette volonté politique rassemble localement Gauche et droite, et qu’il faut respecter cette unité.

Maintenant que nul n’ignore que le Conseiller départemental LR de Louviers M. Jubert, convaincu de sa stupidité, avait fait son affaire du retrait rapide de la mesure décriée.

Maintenant que l’on constate que les 200 logements annoncés à Val-de-Reuil (AMEX, Extraco, Nexity, Altitude) sont en train de se construire pour la prochaine rentrée et que 500 autres sont lancés.

Maintenant que l’on observe que Val-de-Reuil est lancé dans un nouvel ANRU, le PNRU2, et que le but de ce projet est précisément d’éviter les friches administratives grâce à la participation budgétaire du département que la fermeture de PMF par le même département créerait, schizophrénie pour le moins ubuesque, voire kafkaïenne.

Maintenant que, sous l’autorité du Président de la République Emmanuel Macron que je vais saisir, le Gouvernement de Edouard Philippe, que je vais saisir, a donné la priorité au soutien des élèves de ZEP et que, comme pour le Collège Pablo Neruda d’Evreux, le ressort du Collège Pierre Mendès France de Val-de-Reuil est le plus directement concerné par cette initiative, initiative à laquelle on imagine mal que le Conseil Départemental de l’Eure s’oppose, puisque c’est le département de M. Bruno Le Maire, département qui compte cinq députés En Marche (tous muets sur ce sujet qui va pourtant contre le programme de leur Majorité Parlementaire).

Maintenant qu’une rumeur folle prétend qu’il s’agira pour M. Le Hongre d’envoyer les enfants qui allaient naguère à Louviers à Michel de Montaigne au Vaudreuil pour mieux envoyer sur des routes encombrées de camions les petits rolivalois (dont on sait qu’ils sont évidemment pauvres, étrangers, en difficulté, et sans doute un peu bêtes !) à Pont de l’Arche ou à Louviers (deux heures de trajet/jour et, hélas, potentiellement des accidents dont M. Le Hongre sera personnellement responsable) avec les répercutions que l’on sait sur la santé, le sommeil, les résultats d’enfants de 10 à 14 ans, laissant place à toutes les stratégies familiales de contournement qui asphyxieront Montaigne, sans parler du coût faramineux du transport pour la collectivité publique.

Maintenant qu’on s’aperçoit que rompre la chaîne éducative d’excellence qui unit les écoles rolivaloises au meilleur lycée du département, Marc Bloch, via le collège Pierre Mendes France est une absurdité sans nom, l’exemple même du mauvais service public.

Maintenant que l’on discerne que ceux qui mettent en oeuvre cette décision ont certainement des qualités, mais n’ont aucune légitimité pédagogique (en tant que Président actuel du CNED et ancien président de la commission paritaire d’un de nos établissements universitaires les plus prestigieux, j’en ai à peine…) et n’agissent qu’au nom d’une logique comptable que, en magistrat de la Cour des comptes, je recommanderais fermement à mes collègues de la Chambre Régionale des Comptes, de juger comme une politique de Gribouille ou une stratégie du sapeur Camembert.

Maintenant que l’ont sait que le bailleur social IBS est prêt à affecter le bâtiment mitoyen du collège à un internat.

Maintenant que le Ministre de l’éducation a demandé que le dossier soit évoqué à son cabinet.

Il apparaît évident, à tous les esprits logiques, éclairés, républicains, qu’il faut ajourner sine die le conseil d’administration du Collège Pierre Mendès France du 2 octobre 2017. C’était au cours de cette réunion que la décision sans aucun fondement de fermer l’établissement devait être prises. A contrario, il est temps de se mettre enfin à travailler sérieusement, entre professionnels, sans politiciens, et d’examiner le maintien du Collège Pierre Mendes France grâce à la création d’un Internat d’Excellence (astucieusement à 1000 mètres d’une gare !) piste que, sur la suggestion des services de Jean-Michel Blanquer alors directeur de l’enseignement scolaire au Ministère de l’éducation, le département de l’Eure avait étudié lorsqu’il était –bien- géré par Jean Louis Destans.

Marc-Antoine JAMET
Maire de Val-de-Reuil

26 AOUT 2017

Ceci est notre Théâtre : venez et aimez le tous ! Le 5 octobre prochain y sera dévoilé la programmation de sa nouvelle saison. Je vous y attends (très) nombreux.

Il est des salles qui ne ressembleront jamais à un théâtre. Jamais. On aura beau y installer des projecteurs, des fauteuils et une scène, cela ne changera rien. Qu’importe que pour donner le change, du mieux que l’on peut, on y déchire des tickets à l’entrée, on y vende des programmes à l’entracte. Ces efforts resteront vains. On tentera bien de cacher ces boites à chaussures sous des plafonds de stuc, derrière des façades de marbre. Les applaudissements battront toujours creux, les rappels sonneront toujours faux. On trouve plus souvent de la lessive que du talent dans les grands barils d’hypermarché. Quand bien même s’évertuera-t-on en fermant les yeux, en serrant les lèvres, à imaginer que, après la sonnerie, les lustres s’éteignent, le brigadier frappe les trois coups et le rideau se lève, la magie ne prendra pas. Comment sous des néons blafards convoquer la joie, la peine et l’indéfinissable ? Cosmétique et playback ont leurs limites. La fête ne se décrète pas. C’est atroce, c’est injuste, mais pas un instant, ces espaces polyvalents, ces forums faits pour tout, faits pour rien, ne se rapprocheront du Français, du Piccolo, de l’Old Vic, de la Taganka. Pas plus qu’ils ne rattraperont d’un millimètre le Bolchoï, la Scala ou le Lincoln Theater. Ce n’est pas une question de scène à l’italienne. On ne rit pas dans un bunker. On rêve mal dans un cimetière. La médiocrité, la laideur ne pardonnent pas. Malraux l’avait dit en des termes gaulliens : il faut à la culture des palais, des places et des cathédrales. Voilà tout. Melpomène, Thalie et Terpsichore, Calliope, Euterpe et Erato, pour être un peu âgées, ne sont pas si gourdes qu’elles se laissent berner par un décor en carton pâte. Des voix s’y feront peut-être entendre, puissantes et payées, avec le ton que l’on aimerait, les mots que l’on pense attendre, les visages que l’on connaît par la télé. Cela ne suffira pas. « Commediante, tragediante », le manque d’authenticité pue à des kilomètres à la ronde. N’est pas Epidaure qui veut ! La messe est dite. Pas de passion. Pas de petite flamme. Je le répète : ce ne seront jamais des théâtres.

L’Arsenal, lui, est un théâtre. Un vrai. Un beau. Un tatoué. Il l’est en rouge et en noir. En verre, en bois et en acier. Il l’est par sa silhouette courbe et trapue. Il a du muscle et du cerveau. Il l’est par la pente de ses gradins que, de rang en rang, les répliques escaladent quittant l’approbation de l’orchestre pour défier la contestation du balcon. Il l’est par la procession des spectateurs qui, remontant l’avenue des Falaises, s’y dirigent dans l’obscurité qui vient. Comme vers un mystère. Il l’est par le sort qu’il fait aux acteurs accueillis pour un soir comme s’ils étaient de toute éternité membre de la grande famille rolivaloise. Il l’est quand on s’assoit, côté pair ou impair, impatient sans savoir de quoi, persuadé que, de toutes façons, quelque chose se produira, quelque chose de bien et de beau, quelque chose qui nous changera et, insensiblement, nous améliorera. Il l’est par la profondeur de sa scène, la largeur de son plateau, la hauteur de ses cintres, ses justes proportions que l’architecte éclairé d’un nombre d’or subtilement calcula. Il l’est parce que, repère au dehors, repaire en dedans, il enrichit la Ville. Avec douceur, avec amour, il la change. Il l’est par la rumeur, bienveillante, intelligente, rassurante par laquelle la salle vous accueille avant que cela commence. Il l’est par le rire des enfants. Il l’est parce qu’on en franchit la porte sans crainte pour une première fois. Il l’est par ceux qui le dirigent, les deux à la fois, les deux en même temps, le chorégraphe et le metteur-en-scène, ces deux qui vivent leur art et le partagent généreusement. Il l’est par la surprise et l’inattendu. Il l’est par le verre de vin pris au bar, la bouche embrassée et les amis retrouvés. Il l’est par ses murs si jeunes et qui, pourtant, depuis longtemps déjà, ont respiré Brecht et Koltès, Carolyn Carlsson, Beau Geste et Maguy Marin, Racine, puis Tchekov, Caubère et Molière certainement, Homère et Shakespeare évidemment. Il donne du corps au ballet et laisse humaine la comédie. L’Arsenal est un théâtre. Un beau théâtre, c’est l’évidence. Un vrai théâtre, c’est l’important.

Marc-Antoine Jamet

Maire de Val-de-Reuil

Président de la commission des finances de la Région Normandie

21 JUIL 2017

Que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre (d’or) !

Le « dégagisme », idéologie à la mode chez ceux qui n’en ont pas, continuerait-il d’accomplir ses ravages ? « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ». A ce Moloch, adepte du nettoyage par le vide, il faut chaque jour manifestement de nouvelles victimes. Après les prétendants à la Maison Blanche et la politique hexagonale, le monde de l’immobilier, notre monde donc, a semblé succomber à son tour à cette maladie de l’époque.

La scène se passe à Paris au début de l’été. On n’en dévoilera que les deux principaux protagonistes. Philippe Pelletier et Pascal Bonnefille, puisque ce sont eux, ont choisi d’inviter une vingtaine de professionnels, amis convaincus d’Immoweek, de ses pompes et de ses œuvres pour évoquer en petit comité le vingtième anniversaire des « Pierres d’Or ». Il s’agit pas tant, questions existentielles, de s’accorder sur le menu, les centres de table et le dress code de la soirée de Gala qui, à l’Opéra de Paris, en janvier 2018, marquera l’événement que de réfléchir collectivement, si tant est que cela soit possible, à l’avenir d’une cérémonie que, certes, les « Molière » et les « César » nous envient, mais dont la mise-en-scène n’a pas fondamentalement évolué depuis l’âge des cavernes. Je résume : la tribu reconnaissante récompense les plus forts, les plus malins, les plus costauds. Sous vos applaudissements… !

Effet de leur prudence habituelle, de leur expérience séculaire, nos deux sybarites ont veillé à se prémunir de tout débordement. La recette est simple. Pour éviter les dérapages, les aigreurs, les revendications, soignez le confort et les estomacs des participants. Ainsi le cadre de cette discussion n’est-il rien moins que leurs bureaux du « Cercle », thébaïde nichée, entre Palais-Bourbon, pour l’action, et La Madeleine, pour la méditation, au sommet d’un immeuble cossu de la rue Royale. Le café est chaud. Les nappes sont blanches. On sert aux plus affamés jus de fruits et viennoiseries. La canicule autorise même à tomber la veste. Même l’atmosphère que l’on respire est sous contrôle. Pour un peu on se croirait en vacances ou en journées de formation ce qui est à peu près équivalent. Qu’on se le dise : tout est réuni pour que la discussion se révèle, si ce n’est sérieuse, du moins fructueuse. Mais un caillou suffit parfois à faire dérailler les mécaniques les mieux huilées.

Autour de la table, l’un d’entre nous parmi les plus jeunes prend la parole. Certainement convié par mégarde à se symposium, il murmure effrayé de sa propre audace : « moi, je trouve que, les pierres d’or, ce sont toujours les mêmes qui les ont… ». Une exhorte à la laïcité en plein Vatican ne produirait pas pareil effet. Le silence tombe. Pesant. Profitant de la stupéfaction qui saisit l’assistance, l’audacieux soutenu par quelques camarades de sa génération, poursuit. Il en a assez de la dictature des gros, des gras, des grands, des puissants. Les mots de justice sociale et d’égalité des chances ne sont pas prononcés, mais on en n’est pas loin. C’est la révolution culturelle dans les m2. Dans peu de temps, la tête des patrons de foncières se promènera au bout d’une pique.

L’orateur, véritable Saint-Just, propose, pour remédier à une situation qu’il ne supporte plus, quelques réformes simples. Impossibilité d’obtenir un trophée dans une catégorie quand on est déjà nominé dans une autre. Interdiction de concourir quand on a déjà été primé l’année précédente. Limitation du nombre global des récompenses attribuées à une seule personne. Contingentement des voix des professionnels d’une même société afin d’éviter les votes groupés. Insulte mon grand âge, malgré mon ouïe devenue incertaine, je crois entendre qu’une date de naissance remontant au mitan du siècle précédent pourra être considérée comme un critère écartant toute nomination. La « Promotion Insoumise » ne propose pas de rebaptiser le trophée « les cailloux de calcaire », mais on n’en est pas loin.

Qu’on ne se méprenne pas. Moi aussi je trouve que le technologique, le numérique et l’écologique, malgré nos progrès accomplis, pourraient avoir une place plus importante dans nos choix. Moi aussi, je pense que les femmes, et notre profession en compte des dizaines dont le talent est exceptionnel, n’ont pas la place qui leur est due – la moitié au moins – dans nos palmarès d’un soir et parfois, dans nos jurys de l’année. Moi aussi, je crois que notre confrérie doit se renouveler et, en homme européen, de 60 ans, classiquement diplômé, je sais que d’autres profils font la réalité de notre pays.

Mais cela ne se fera pas par des règlements d’apothicaires ou des préconisations mieux adaptées à l’élection d’une rosière qu’à l’avènement de la démocratie immobilière. Non seulement je crois peu aux quotas et davantage à la raison, à la conscience et au bon sens, mais je soutiens qu’il m’aurait paru ubuesque de s’interdire de saluer le travail de Guillaume Poitrinal au prétexte que nous l’avions déjà fait, qu’il serait absurde de ne pas considérer ce que Unibail ou BNP Real Estate ont apporté à notre secteur, parce que l’agence immobilière indépendante de Val-de-Reuil (Eure), elle aussi, fait du bon travail, qu’il serait idiot de s’empêcher de saluer un projet ou une réalisation au prétexte que son financeur, son concepteur, son utilisateur ou son promoteur ont déjà été reconnus, qu’il serait nuisible de ne pas décerner à quelqu’un qui le mérite un titre dans une catégorie et – en même temps – un autre titre dans une autre s’il le mérite également car on peut être, par exemple, le meilleur « utilisateur » d’un immeuble mais aussi celui qui a su le mieux l’aménager ou en économiser l’énergie. Notre objectif est bien de distinguer les meilleurs. Pas de nous livrer à une redistribution artificielle des succès et des notoriétés.

Alors oui, comme toute chose, pour grandir sans vieillir, les Pierres d’Or doivent sans doute se transformer, de moderniser, évoluer. Mais non, ce n’est pas en ayant recours à la bien-pensance universelle, par une inondation de bons sentiments, que nos trophées évolueront, mais par les valeurs dont ils seront porteurs : l’excellence, l’exemplarité, l’exceptionnel. Et cela ne dépend pas d’un règlement dont la précision conduirait à l’immobilisme, mais de la force, de l’originalité, de la sincérité de nos votes. Je crois que je viens de m’interdire à jamais de recevoir une troisième pierre d’or. Tant pis, c’est dit. Tant mieux, il fallait que je le dise.

Marc-Antoine JAMET, Secrétaire Général et Directeur Immobilier du Groupe LVMH/Moët Hennessy – Louis Vuitton.

22 JUIN 2017

J’intervenais aujourd’hui lors de la 2ème cérémonie de remise des Cosmetic Victories

Discours de M. Marc-Antoine JAMET

Président du pôle de compétitivité Cosmetic Valley

Cérémonie de remise des Cosmetic Victories

Jeudi 22 juin 2017 à midi

Auditorium de LVMH – 22, avenue Montaigne – 75008 Paris

Chers amis,

Je voudrais remercier avant tout le Président du Groupe LVMH, Bernard Arnault, d’avoir accepté de nous recevoir au 22 Montaigne, ce qui était logique, cohérent, presque obligatoire, puisqu’il avait accepté, voici 6 ans, déjà que LVMH, leader mondial du luxe, préside la Cosmetic Valley ce dont nous lui sommes reconnaissants. Nous voici donc à l’ombre et au frais, dans l’ancien grand studio de France 2, qui abritait jadis l’Heure de Vérité et Stade 2, émissions qui forment un bon résumé de ce marathon, de cette course d’obstacles, de ce steeple-chase que les candidats ont dû subir avant que notre jury les auditionne ce matin.

Je veux remercier également Jean-Luc Ansel, père-fondateur de la Cosmetic Valley avec Jean-Paul Guerlain que Olivier Echaudemaison, notre make-up wizard, connait bien. En parvenant à convaincre de les rejoindre Jean-Michel Blanquer, alors patron de l’Essec, depuis parti sous des cieux plus gouvernementaux, ils ont puisé dans leur imagination, énergie chez eux éternellement renouvelable, et dans leur portefeuille, avant même toute réforme fiscale ce qui est intrépide, pour créer et doter les Cosmetic Victories.

Ces prix sont une manière de donner plus de visibilité à la Cosmetic Valley. C’est elle qui nous réunit ce matin. On me demande de vous la décrire. Je ne vous ferai pas l’injure de penser que vous ne la connaissez pas. Je vous en rappellerai simplement les caractéristiques essentielles.

Elle est un pôle de compétitivité particulièrement performant qui allie des grands groupes, des PME, des TPE, pratique le décloisonnement productif en alliant des laboratoires privés ou publics dans ce qu’on appellerait un « tissu industriel à l’allemande », si nous fabriquions des voitures, des trains, des avions, des fusées et non des crèmes ou des parfums, bref si on ne nous accusait pas du crime de superficialité au prétexte qu’il n’y a pas d’acier dans ce que nous fabriquons.

Pourtant, en emmenant des entreprises à la conquête de l’international, en formant leurs cadres et leurs chercheurs, en multipliant les projets industriels, en mutualisant, en échangeant, en regroupant, ensemble, nous sommes devenus plus forts, plus puissants, plus entreprenants, offrant à notre pays une place de leader mondial et son second excèdent commercial.

Mais ne nous endormons pas sur ces lauriers à peine coupés. L’histoire la plus récente montre que les dinosaures, les mammouths, les mastodontes sont, dans la vie politique ou dans la vie économique, toujours menacés d’extinctions, s’ils ne sont pas agiles, habiles, mobiles. Alors nous avons essayé de nous faire légers, virevoltants et disruptifs. Il le fallait !

En effet, nous ne sommes pas dans notre secteur le plus gros marché. Ce sont la Chine ou les Etats-Unis. Nous n’avons pas la plus grosse force de frappe industrielle. Nous n’avons pas les coûts salariaux les plus bas. Nous sommes entourés de concurrents anciens, japonais ou américains, proches, à Barcelone, Londres, Crémone et Hambourg, plus récents à Séoul ou Taïwan. Rien ne nous a été donné. Rien ne nous est acquis.

Aussi avons-nous décidé de faire notre révolution culturelle et de nous transformer, de nous métamorphoser autour de la marque France, du « Made in France », en nous appuyant sur les quatre piliers qui font sa qualité, sa notoriété, sa renommée, les quatre colonnes sur lesquelles s’est construit notre succès : la sécurité absolue des produits, la protection parfaite de l’environnement, l’authenticité de nos recettes, de nos méthodes et de nos ingrédients qu’ils aillent puiser dans les molécules artificielles de Firmenich comme dans la cosmétopée des Iles Marquises, et l’innovation qui est notre fer de lance, notre étendard. Elle est notre plus-value intellectuelle. Elle est notre valeur ajoutée civilisationnelle. Elle est notre avantage comparatif dans la mondialisation.

Pour cela, nous avons conçu un plan en quatre temps :

  1. Redonner à la France une vitrine internationale à Paris, brillante et observée, autour du thème de la modernité. Inauguré par Emmanuel Macron en 2015, à qui il semble que cela a porté chance récemment, par Xavier Niel en 2016, c’est désormais chose faite avec notre salon « Cosmetics 360 ». Cet évènement réunira donc en octobre prochain, au Carrousel du Louvre, avec des espaces d’Open Innovation et de co-working dédiés aux jeunes pouces qui pourront pitcher, plusieurs centaines d’exposants et une cinquantaine de pays, pour sa 3ème édition.

  1. De manière volontariste, nous avons décidé que 10% des 150 projets industriels que nous menons actuellement pour 300 millions d’Euros seront numériques, électroniques et digitaux qu’il s’agisse de big data, de didacticiels, d’objets connectés, d’asservissements pour ordinateurs.

  1. Nous avons aussi décidé d’attirer à nous les start-ups, en créant la plate-forme Cosmet-up pour les soutenir, en montant un incubateur à Chartres et en plaçant nos poulains sous l’ombrelle de LVMH à Vivatech pour participer à cette « Nation de Start-ups» qu’appelle de ses vœux le Président de la République. Nous avons aujourd’hui parmi nous un fleuron de ces petites merveilles que nous avons présentées à Bernard Arnault jeudi dernier et qui va enchanter Claude Martinez, le président de Parfums et Cosmétiques Dior qui nous fait l’amitié et l’honneur d’être avec nous. Il s’agit de Ink & Out, fondé par Benjamin de Blanzy qui a inventé un vernis qui change durablement de couleur lorsqu’on passe ses doigts sous l’eau froide ou chaude.

  1. Enfin nous avons décidé de nous mobiliser, de prendre de votre temps et de vous réunir ce matin, en créant les « Cosmetic Victories» et en attribuant deux prix à des innovations, à des avancées de la connaissance, l’un industriel et grand public, l’autre scientifique et académique, afin de les populariser comme nous l’avons fait, l’année dernière, avec le masque connecté MAPO.

Pour cela nous avons réuni un jury d’exception par son ouverture et sa compétence.

– Avec des professionnels et je veux saluer mon amie Natalie Bader la présidente de Clarins, François Demachy le nez de Dior que je revois encore cueillant quelques herbes le long d’un chemin à Grasse, Simon Dufeigneux de Sisley.

– Avec des experts incontestables comme Bruno Bavouzet, président de LVMH Recherche et Patrice Bellon, président de la Société Française de Cosmétologie auxquels rien de ce qui fait la chimie des parfums, l’alchimie devrait-on dire, n’est étranger.

– Avec nos grands partenaires du CNRS représenté par sa directrice de l’innovation Marie-Pierre Comets et la BPI représentée par sa directrice des partenariats, Laure Reinhart qui nous apportent sérieux et rigueur.

– Avec les garants et fondateurs de ce prix : l’Essec, dont Julien Morel portera la voix, et la Cosmetic Valley incarnée par son fondateur Jean-Luc Ansel.

Enfin, il nous fallait une personnalité qualifiée, un grand témoin, un œil extérieur. Qui aurait pu mieux jouer ce rôle que Axelle Tessandier qui donne ses avis, ses conseils au chef de l’Etat en matière de transition numérique et, après avoir passé cinq ans aux Etats-Unis, a ouvert une agence, AXL, pour en faire profiter les entrepreneurs français ?

Nous voilà désormais au pied du mur. Nous avons reçu plusieurs centaines de dossiers venus du monde entier, onguents américains, packaging allemand, antioxydants tchèques, collagène Taiwanais. Nous en avons instruits 60, grâce à un comité de sélection de très haut niveau. Nous en avons auditionné 6. Il y aura ce matin deux lauréats pour deux prix. C’est la loi cruelle des concours. Dura lex, sed lex !

Je suis impatient de les voir récompensés, mais je ne veux pas conclure, après avoir remercié mes équipes du secrétariat général, celles de la direction de la communication de LVMH et les jeunes collaborateurs de la Cosmetic Valley, sans tirer mon chapeau aux chercheurs, aux doctorants, aux entrepreneurs, à tous les talents qui forment l’éco-système de la « Beauty Tech », à vous tous qui présidez aux noces de la cosmétique et du digital, et qui offrent à nos produits de salle de bain et de sacs à main un avenir subtil, prospère et technologique dans le monde de la personnalisation, de la sophistication et de l’hyper innovation.

 

 

 

 

19 JUIN 2017

La majorité la plus mal élue de la Vème République

Le second tour des élections législatives ne pouvait que confirmer la tendance observée dimanche dernier. Il a donc assuré au nouveau Président de la République une majorité dont le caractère inédit relève autant de sa composition, à la fois hétéroclite et monocolore, que de son profil, renouvelé, mais déroutant, que de son ampleur dont on ne sait si elle sera gage d’efficacité ou de lourdeur pour le Gouvernement.

Plus de 350 députés forment désormais, pour les cinq années qui viennent, la majorité parlementaire dont disposera le Président de la République. Elle lui permettra de mettre en œuvre le programme de réformes qu’il a annoncé, mais dont il n’est absolument pas certain qu’il a été intégré et accepté par les Français qui l’ont élu le 7 mai dernier. Cette situation ambiguë est la conclusion logique et mécanique d’un cycle présidentiel et législatif où la confusion et le flou auront été prédominants.

Seul élément certain : l’abstention, associée à l’importante somme des bulletins nuls et des votes blancs, est devenue la seule et réelle majorité de notre pays. C’est cette majorité qui a permis au chef de l’Etat de l’emporter, comme autrefois au Front National de peser, puisque ce sont principalement ses électeurs qui se sont déplacés. Mais c’est une majorité inerte et lointaine, une majorité inutile et invisible, une majorité silencieuse et bougonne, dont il faut s’inquiéter qu’elle aille chercher ailleurs qu’à travers les débats d’un parlement godillot, les garanties sociales qu’elle attend. 60% des Français et des Eurois ont choisi de ne pas suivre, de ne pas s’exprimer, de ne pas approuver. Cette réalité jamais observée auparavant souligne non seulement le faible intérêt des électeurs pour un second tour dont l’issue avait été largement dessinée dimanche dernier, mais aussi la sourde réprobation d’une partie du corps citoyen devant le bonapartisme digital du nouveau Chef de l’Etat. Ajoutons que la succession des primaires de la droite et de la Gauche, puis des élections présidentielle et législatives, succession censée donner du souffle à notre démocratie, l’a en fait épuisée.

L’Eure, comme un très grand nombre de départements métropolitains, se verra désormais exclusivement représenter par des députés d’En Marche. C’est paradoxalement une promesse d’immobilisme. C’est un appauvrissement intellectuel. On s’inquiètera, hormis pour un ancien ministre de Nicolas Sarkozy réélu au prix d’un changement d’étiquette à vue dans la 1ère circonscription, de l’aura limitée, du faible charisme, des capacités vacillantes de ces élus de circonstance. On remarquera leurs incohérences idéologiques et leurs invraisemblances politiques. Comme partout, on notera qu’ils ne représentent que la France qui va bien, des bien-pensants et des bien-portants, à laquelle, élus professionnels, amuseurs radiophoniques, médecins, fonctionnaires, ils appartiennent. Ce sont les « heureux du siècle ». Attaché aux valeurs qui fondent la solidité de nos institutions et de notre République, je salue cependant leur victoire et adresse à ceux qui l’ont méritée, Bruno Le Maire, Fabien Gouttefarde et Marie Tamarelle, des félicitations sincères. Ils ont œuvré, sans provocation ni arrogance, au rassemblement de tous les républicains, démocrates et progressistes lors de cette campagne d’entre-deux tours.

Tous les candidats du Front National échouent dans toutes les circonscriptions de notre département. Leur impossibilité à travailler et à proposer un projet à la fois crédible et sérieux, juste et respectueux, a été durement sanctionnée par les électeurs eurois. Dans l’ensemble des territoires de notre département, dans nos villes comme dans nos campagnes, leurs résultats sont en très net recul par rapport au second tour de l’élection présidentielle. Je m’en réjouis, mais ne m’en satisfais pas. La présence systématique du Front National au second tour de chaque élection depuis les dernières élections municipales ne peut devenir automatique.

Dans un paysage politique devenu monocolore, la Gauche, éliminée au 1er tour dans notre département, réduite à la portion congrue dans la future Assemblée, est à reconstruire totalement. Un espace existe pour une formation qui ne soit ni hostile ni docile, pour une force progressiste qui ne tombe ni dans le radicalisme mélenchonien ni le contentement macronien. Sur la solidarité et le refus des propositions qui tendraient vers l’exclusion, sur la protection des salariés et l’opposition à des mesures qui aboutiraient à leur réduction, sur la fiscalité et le rejet de toute loi qui renforcerait les inégalités et appauvrirait les retraités et les moins aisés, des réponses de justice sociale et d’égalité devront être apportées. Il faudra dire à la fois notre désapprobation sur la réforme du Code du Travail, sur la hausse de la CSG, sur la baisse de la fiscalité au seul bénéfice des plus fortunés, sur les menaces qui pèsent sur l’assurance chômage, et, en même temps, être en capacité de proposer de nouvelles solutions, d’amener de vraies propositions.

Le pluralisme des opinions et la nécessité d’une confrontation libre et démocratique, qui ne trouveront plus aucune expression au Palais Bourbon, doivent perdurer. Pour cela, il faudra s’appuyer sur le travail de proximité de nos élus locaux, dans les majorités municipales de Val-de-Reuil, Pont de l’Arche, Verneuil sur Avre, Serquigny et Pont-Audemer comme dans les oppositions, avec Martine Séguéla aux Andelys et Timour Veyri à Evreux, retisser des liens plus solides et plus profonds avec le milieu syndical et associatif, et, plus généralement, amener le débat sur des positions que la future Assemblée Nationale ne défendra pas. La Gauche devra, demain, avec ses partenaires et ses alliés, travailler, amender, débattre et proposer. Si son appareil est à repenser, ses idées, elles, plus que jamais, ont un sens et un intérêt. La situation politique impose de nous réinventer. Nous en avons le devoir et la responsabilité.

11 JUIN 2017

Les électeurs de la Gauche, éliminée au premier tour, doivent partout faire barrage au Front National

Les électeurs de la Gauche, éliminée au premier tour,

doivent partout faire barrage au Front National

 

 

Les résultats du premier tour des élections législatives confirment ceux de l’élection présidentielle.

Ils traduisent d’abord la réussite générale d’En Marche dans notre département quelle que soit la notoriété, la personnalité ou le parcours de ses candidats qui, à l’exception de Bruno Le Maire, étaient inconnus ou peu appréciés. Celle ci est normale et logique. Les électeurs ont voulu donner au Président de la République la plus large majorité possible pour mener les réformes qu’il a annoncées. C’est donc pour le Chef de l’Etat une victoire personnelle qui se répercute sur nos cinq circonscriptions.

Le niveau de l’abstention montre que les partisans des candidats battus en avril, selon une loi de la Vème république devenue encore plus forte depuis que les élections législatives suivent l’élection présidentielle, n’ont pas voulu entraver la dynamique de leurs adversaires et sont souvent restés chez eux. Se faisant, ils ont partout empêché la perspective de triangulaires et faussé la vérité des résultats.

Dans ce contexte, la Gauche paye le prix de sa division et de sa dispersion. Alors qu’elle parvient dans certaines circonscriptions à réaliser des scores convenables, elle est partout éliminée dès le premier tour. Elle devra en termes d’union, de propositions et de refondation en tirer toutes les conclusions. Cela ne passe pas à mes yeux par une surenchère permanente et irréaliste qui conduirait à la disparition, à la marginalisation ou à la disparition des socialistes. Cela ne consiste pas non plus à regretter aujourd’hui qu’un seul parti soit hégémonique car, pour éviter ce danger, il suffisait de le battre dans un scrutin démocratique.

La question de son avenir, au conseil général, dans se mairies, est également posée à la droite classique et républicaine. Elle aussi subit un important revers. Elle aussi voit ses voix aspirées par le centre et les extrêmes. La confusion extrême créée par l’entrée de Bruno Le Maire au sein du gouvernement d’Emmanuel Macron a précipité un échec qui est aussi celui des politiques que ses élus mènent à la tête des collectivités qu’ils gèrent. Elle devra enfin sortir de l’ambiguïté par rapport à l’extrême droite et choisir enfin son camp face à Emmanuel Macron.

Mais il est évident que cette défaite pèse singulièrement sur le Parti Socialiste. Nationalement, il paye autant son usure gouvernementale et l’immobilisme stratégique des dirigeants de Solferino que les errements de certains de ses parlementaires. Localement, il a souffert de la collection de médiocres, de minables et de mesquins qui l’ont consciencieusement trahi après qu’il leur a tout donné. Les candidats investis et soutenus par le Parti Socialiste dans les cinq circonscriptions de notre département, qu’ils soient écologistes, radicaux ou communistes, ne sont pas parvenus à se qualifier pour le second tour. Ma déception est à la mesure de l’investissement personnel, du dévouement, de l’énergie déployés par les militants lors de cette campagne. Que Val-de-Reuil soit une exception dans ce naufrage ne me console pas. Je veux dire mon amitié et mon admiration pour Richard Jacquet, mon candidat, pour Martine Séguéla, Laetitia Sanchez, Marie-Claire Haki et Valéry Beuriot. Je veux saluer aussi Jean Louis Destans qui, au Département de l’Eure, puis à l’Assemblée Nationale, a été à l’origine d’avancées majeures pour nos territoires et ses habitants prouvant qu’un député socialiste eurois peut réfléchir et travailler.

Dans notre département, parce qu’il y avait réalisé d’inquiétantes percées, notamment lors de l’élection présidentielle, la vague brune, si elle a été freinée, s’abat sur nos villes et nos campagnes. L’indigence et l’incompétence de leurs candidats dévoilent le véritable visage du Front National dans notre département. Hélas, il tire profit de l’abstention en se maintenant seul dans les cinq circonscriptions face à En Marche.

La Gauche, éliminée ce soir, doit donc rester mobilisée pour faire barrage au Front National et empêcher, partout, que ses représentants, non pas l’emportent, mais progressent d’une seule voix dans les seconds tours qui les opposeront aux candidats républicains. Notre attitude est claire. Nous appelons, dans toutes ces circonscriptions, à faire massivement barrage au Front National, ce qui consiste à voter notamment pour Bruno Le Maire, Fabien Gouttefarde et Marie Tamarelle.

Communiqué de Marc-Antoine Jamet

Premier secrétaire de la Fédération de l’Eure du Parti Socialiste 

11 JUIN 2017

A Val-de-Reuil, un résultat qui fait la part entre détermination locale et volonté nationale

Dans un contexte de participation historiquement faible, les résultats du premier tour des élections législatives, à Val-de-Reuil, sont la conséquence d’une double dynamique faite, d’une part, d’un attachement particulier au parti socialiste et d’une défiance à l’encontre du candidat d’En Marche, dont ni la personnalité ni le parcours n’ont totalement convaincu, d’autre part, des répercutions d’un climat national qui renforce les extrêmes et exige de donner au président élu la majorité qu’il attend.

Sous l’effet de ce double mouvement, apparaissent dans notre commune quatre mouvements d’importance à peu près égale : le maintien d’une Gauche des socialistes forte, le renforcement de celle des Insoumis, l’émergence d’En Marche, et le recul du Front National qui demeure cependant à un niveau trop élevé.

  • Les élections législatives ne sont devenues, depuis 2002, qu’un scrutin de confirmation de l’élection présidentielle. Val-de-Reuil ne déroge pas à cette tendance de fond. Les électeurs dont le vote ne s’était pas porté vers Emmanuel Macron ont, au moment de désigner leur député, préféré l’abstention à une sanction qui, six semaines seulement après l’élection du nouveau Président de la République, leur apparaissait excessive. Cela explique le net recul de participation. Moins de 40% des électeurs rolivalois, niveau proche de celui du premier tour des législatives 2012, se sont déplacés.
  • La Gauche qui avait été majoritaire au soir du premier tour de l’élection présidentielle l’est également ce soir dans tous les bureaux de vote de la commune. La somme des voix de ses candidats est en progression par rapport au 23 avril dernier rassemblant près de 45% des suffrages sur l’ensemble de la commune. Richard Jacquet, avec 22,2% des suffrages exprimés, réalise ici son meilleur score à l’échelle de la circonscription.  La France Insoumise, avec 16,5%, bénéficie de la notoriété et de la dynamique de campagne de Jean-Luc Mélenchon, loin cependant des 31% recueillis au soir du premier tour de l’élection présidentielle. La Gauche, socialiste, écologiste et insoumise, avec près de 50% des voix, maintient ses anciennes positions mais paie le prix de sa division.
  • Le résultat de la droite confirme sa quasi inexistence politique dans notre commune. Avec 4,5% des voix, c’est une nouvelle lourde défaite qu’elle subit, probablement handicapée par le candidat qu’elle s’est choisie. Déjà prétendant à la députation en 2012, son candidat absent des débats qui structurent et animent la vie municipale, a perdu, en cinq ans, près la moitié de ses électeurs.
  • Le candidat de la majorité présidentielle, s’il obtient un résultat qui confirme l’émergence d’une nouvelle formation dans le paysage politique, ne s’impose pas autant à Val-de-Reuil que dans le reste de la circonscription. Son score de 27,5% est de dix à vingt points inférieur à celui qu’il réalise à Gaillon, Louviers, Bourgtheroulde. Ses positions sont fortes dans les bureaux les plus aisés ou ceux où la communauté turque est la plus forte.
  • Le Front National régresse par rapport aux élections présidentielles et passe, pour la première fois depuis le scrutin européen de 2014 sous le seuil des 20%., avec 17,8% des voix. C’est le fait politique majeur de cette élection à Val-de-Reuil. Son déclin, amorcé lors du second tour de l’élection présidentielle, s’est confirmé aujourd’hui. Cette tendance doit se prolonger et s’amplifier dimanche prochain. Les chantiers décidés par la municipalité dans le cadre du troisième volet de son projet de renouvellement urbain, notamment autour des deux bureaux de vote où le Front National réalise ses meilleurs résultats, devront démarrer rapidement afin de répondre efficacement aux difficultés rencontrées par les habitants de ces quartiers.

Dans ce contexte, deux messages doivent être adressés aux électeurs de Val-de-Reuil. Il faut une plus grande mobilisation citoyenne et une meilleure participation électorale au second tour, dimanche prochain. Il faut continuer à faire reculer le Front National dans notre commune. Toutes les voix des progressistes, des républicains et des démocrates doivent se rassembler pour s’opposer à l’extrême-droite.

LEGISLATIVES 2017 RESULTATS 1ER TOUR NB

29 MAI 2017

Aire de grand passage : l’Agglomération Seine-Eure doit assumer ses responsabilités

Un aphorisme politique, venu de la nuit des temps, prétend qu’on ne peut en vouloir à un régime de gouverner mal quand il gouverne peu. Cette réflexion de comptoir n’est pas d’une grande puissance. Elle n’est pourtant pas parvenue jusqu’au cortex supérieur de l’agglomération Seine-Eure. En effet, celle-ci, continuant superbement d’ignorer la mesure et la retenue à laquelle son irresponsabilité électorale devrait l’obliger, reproduisant allègrement le contresens démocratique qui vaut à la Commission Européenne son impopularité persistante, entend, chaque jour davantage, régir peu près tout ce qui passe à sa portée. C’est le défaut de toutes les technocraties.

 

Il est des exceptions à cette règle. En effet, placée manifestement, car peu prestigieuse et peu lucrative, au dernier rang des compétences, toujours plus abondantes, que l’Agglomération Seine-Eure se plaît à accumuler – à défaut de les exercer – l’accueil des « gens du voyage », comme le branchement des lampadaires de la Gare de Val-de-Reuil, ne paraît pas passionner l’intercommunalité. Elle avait pourtant tenu à en prendre s la responsabilité au début des années 2000, responsabilité confirmée la loi « NOTRE » le 1er janvier dernier. Qu’importe !

 

Certes, voici une dizaine d’années, quelques « aires » ont bien été installées ici ou là, à Val-de-Reuil, à Pinterville, à Acquigny, pour accueillir de petites communautés locales pratiquement sédentarisée Mais ce n’était traiter qu’un dixième du sujet. Depuis rien de plus n’a été fait alors que l’agglomération devrait équiper et gérer des espaces permanents dédiés à ce qu’on appelle les «  grands passages », ces rassemblements de 100, 200, 300 ou plus caravanes qui, l’été arrivant, se déplacent de commune en commune de l’Ile-de-France vers la Seine-Maritime et le Calvados. On ne peut pas réellement dire que ce phénomène soit inconnu ou inattendu : il a toujours existé… Il n’empêche. Faute d’investissements, d’aménagements pourtant simples et relevant davantage de la décence que de l’excès de dépense, les campements sauvages prolifèrent à nouveau sur notre territoire au grand désespoir des villes ou villages impactés ainsi que des riverains habitant à proximité.

 

Cette situation est scandaleuse. Le schéma départemental d’accueil des gens du voyage, adopté en 2012 sous l’égide du Préfet de l’Eure, suivant l’avis et les recommandations formulés par les représentants des associations de personnes itinérantes, les EPCI et communes concernés, avait expressément prévu la création de deux aires de grand passage supplémentaires dans notre département dont une sur le territoire de la petite trentaine de municipalités que rassemblait alors Seine-Eure. Naturellement c’était à Val-de-Reuil qu’elle fût localisée par les hiérarques intercommunaux de l’époque, les mêmes que ceux qui déménageaient le siège de l’agglomération à Louviers, comme si la Ville Nouvelle n’avait pas assez de difficultés à recevoir les personnes handicapées, les parents âgés, les adultes sans ressources et les familles monoparentales de ses voisins dans son parc locatif social. Pourquoi pas, la solidarité ne se rationne pas.

 

J’ai donc au prix d’un travail long et compliqué fait, moi-même, une trentaine de propositions d’emplacements qui recueillaient l’assentiment des publics concernés. Après d’interminables discussions, un lieu a été identifié et sélectionné, sur la Haute-Crémonville, là où devait initialement être implanté un héliport, aujourd’hui abandonné. Il présente l’avantage de n’occasionner ni gêne ni trouble majeur pour les riverains dont les premières habitations se trouvent à plusieurs centaines de mètres de l’emplacement. Trois aménagements, (eau courante, raccordement électrique, fauchage régulier) étaient requis pour que cette aire de grand passage fonctionne. On est bien loin des budgets auxquels l’Agglomération consent pour construire des patinoires, des centres d’art ou des halles de marché au Vaudreuil ou à Louviers. Cinq années ont passé et le site ne peut toujours pas fonctionner, faute d’une alimentation électrique que l’intercommunalité se refuse à installer.

 

A l’occasion d’une réunion de concertation qui s’est tenue il y a quelques semaines en Préfecture, les services de l’Etat ont rappelé aux collectivités compétentes en matière d’accueil des gens du voyage leurs obligations. L’Agglomération Seine-Eure, malgré les relances, les mécontentements, l’exaspération nés d’une situation qui n’a que trop duré, a une nouvelle fois fuit sa responsabilité, prétextant, la faiblesse de ses ressources. La plaisanterie n’a que trop duré.

 

Comme sur bien des sujets, ayant trait aux services publics de proximité rendus à la population, l’Agglomération n’assume pas ses missions et fait supporter aux autres sa gestion hasardeuse des dossiers, son refus d’exercer ses responsabilités, ses curieuses largesses et sa trop grande mollesse. Ce n’est ni supportable ni acceptable. Pour les communes qui se voient progressivement vidées de leurs compétences, mais dont les responsabilités, en termes de sécurité, de tranquillité et de salubrité, n’ont pas diminué. Pour les riverains et les habitants résidant à proximité des zones occupées illégalement, qui ont à supporter des dépôts d’ordures improvisés, des branchements électriques artisanaux, l’absence d’évacuation des eaux usées, des parkings sauvages. Pour les « personnes itinérantes », ainsi que l’administration baptisent les gens du voyage, dont les droits ne sont pas respectés.

 

C’est ainsi qu’un campement de près de deux cents caravanes, campement parfaitement illégal, s’est installé voici une semaine à Val-de-Reuil, d’abord au Parc Sud, en limite du Vaudreuil, puis sur la Plaine de Jeux, en bordure de Léry, ou sur Pharmaparc II en proximité de nos start-ups, non loin de Louviers. Les habitants de ces trois communes, les responsables des entreprises, comme en chaque circonstance similaire, n’ont pas manqué de m’adresser reproches, protestations et récriminations, dénonçant mon laxisme, alors que mes trois collègues, investis de hautes responsabilités dans la bureaucratie Seine-Eure, n’ont pas levé le petit doigt. J’ai donc, de mon côté, immédiatement interpellé la Préfecture et la Procureure de la République afin qu’une procédure d’exclusion puisse être enclenchée. La Ville de Val-de-Reuil, par la voie d’un référé transmis par huissier, a signifié cette démarche aux intéressés. J’ai rencontré les responsables du camp, car à chaque fois je n’hésite pas à provoquer, sans m’entourer pour cela d’une cohorte de grades du corps, la discussion avec les contrevenants. Je leur ai dit, avec la plus grande fermeté, ma volonté qu’ils s’en aillent. Nous avons reçu dans ce processus l’aide constante de la police nationale et de son commandant. Nous pallions donc aujourd’hui à l’inefficacité et aux absences répétées de l’Agglomération, seule responsable des perturbations que doivent subir nos concitoyens.

 

L’Agglomération, adepte de politiques à géométrie variable selon qu’elles bénéficient telle ou telle population, se cherchait un nouveau slogan pour ses 20 ans. Il semble qu’elle l’ait trouvé : « compétente pour tout, mais responsable de rien ». L’Agglomération, dont la principale mission ne devrait pas de gérer au quotidien nos territoires, de faire à la place des communes ce qu’elles savent faire lieux, plus vite et à moins cher, d’incarner à distance le régalien, mais d’organiser synergies, mutualisations, équilibres, se montre une nouvelle fois défaillante. Par son incapacité à agir, elle entretient le trouble et la confusion sur les responsabilités propres à chaque niveau de collectivité. Par sa négligence et son défaut de compétence, elle déstabilise les communes alors qu’elle devrait être là pour les épauler.

Communiqué de Marc-Antoine JAMET,

Maire de Val-de-Reuil

Président de la Commission des finances de la Région Normandie

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