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29 JUIN 2018

COSMETIC VALLEY EN POLE POSITION : DIX OBJECTIFS POUR ENVISAGER L’AVENIR INDUSTRIEL DE LA FRANCE

 

COSMETIC VALLEY EN POLE POSITION :

DIX OBJECTIFS POUR ENVISAGER L’AVENIR INDUSTRIEL DE LA FRANCE

 

Alors que le Premier ministre Édouard Philippe vient d’annoncer le lancement de l’appel à candidatures, dit « de phase IV », à l’issue duquel seront sélectionnés les grands pôles de compétitivité de l’avenir, COSMETIC VALLEY et son Président Marc-Antoine JAMET ont souhaité prendre les devants. À la faveur de leur Assemblée Générale, organisée ce 28 juin en Normandie, au Théâtre de l’Arsenal de Val-de-Reuil, dans l’Eure, et, devant 200 chefs d’entreprise, représentants des universités, laboratoires de recherche, établissements de formation et partenaires, ils ont défini les dix objectifs qui permettront au pôle de franchir collectivement une nouvelle étape. La parfumerie-Cosmétique française n’est pas le nucléaire, ni l’aéronautique, mais, sur un marché de 430 milliards d’Euros et face à 6 milliards de consommateurs, elle rappelle son rôle essentiel dans la constitution du second excédent commercial du pays et l’animation de 200.000 emplois.

1.Garder une place de leader mondial : la France n’est pas le plus vaste marché au monde, ni l’acteur le plus compétitif de l’économie de la parfumerie-cosmétique, mais elle doit continuer de faire la course en tête dans son secteur grâce aux quatre piliers (innovation performante, protection de l’environnement, authenticité des matières premières, sécurité du consommateur) d’un Made in France qu’elle a su constituer et d’une culture de l’excellence, mais aussi de la tradition, dont elle sait jouer. La Cosmetic Valley, en veillant à la qualité de ses partenaires internationaux, comme le Japanese Cosmetic Center de Karatsu, en ne se dispersant pas dans des structures parallèles, doit prolonger cette stratégie victorieuse.

2.Agir au niveau européen : si le pôle a déjà su rassembler dans des structures d’inter-clustering ses partenaires de l’Union, il doit ne pas se disperser et désormais dialoguer directement avec Bruxelles pour définir à l’échelon continental des axes et des financements de recherche. A l’initiative de Cosmetic Valley, en partenariat avec 4 clusters européens (Portugal, Roumanie, Espagne, Italie), le projet pilote Cosmetic4Well-Being a ainsi été retenu par la Commission européenne dans le cadre du programme COSME pour la compétitivité des PME. A travers un cluster européen, ESCP-4i (European Strategic Cluster Partnership-going international), il mettra en œuvre une stratégie d’accompagnement et d’internationalisation des PME de la cosmétique. D’une durée de 18 mois, il est doté d’un financement de 199.223 euros. C’est l’exemple même de ce qu’il faut faire.

3.Parfaire la qualité d’un maillage régional : en passant d’un simple pôle de territoire à un pôle de filière, mission confiée par l’État, la Cosmetic Valley a changé d’échelle et d’ambition. En s’appuyant sur son réseau de Domaines d’excellence stratégique territoriaux, les fameux DEST, elle a su identifier et spécialiser chacune des collectivités qui l’ont accompagnée. Elle a trouvé une nouvelle dimension avec la création d’antennes régionales, comme à Bordeaux ou à Caen, en développant des accords outre-mer autour de la cosmétopée, notamment en Polynésie, en ouvrant de premières négociations avec les régions PACA, Bretagne et Hauts-de-France, en coopérant avec des pôles complémentaires, comme Glass Valley/ Vallée de la Bresle. Elle doit pour poursuivre ce travail de réseau être confirmée, par ses efforts comme la reconnaissance des pouvoirs publics en tant que seul pôle stratégique français dans son domaine.

4.Digitaliser ses actions : le numérique, pour la parfumerie-cosmétique comme pour n’importe quel secteur industriel majeur, ne peut être un décor ou un… vernis. La numérisation des activités du pôle doit se poursuivre : big data, objets connectés, tutoriels. 10% de ses projets collaboratifs doivent désormais s’inscrire dans cette nouvelle économie concrétisée par un incubateur à Chartres installée avec la ville et la CCI d’Eure-et-Loir. Leur priorité doit se voir sur ses plateformes technologiques comme Cosmet’up. C’est pourquoi, comme un symbole, comme un signe, les startupers disposeront, en 2018, d’une place éminente au salon international Cosmetic 360, les 17 et 18 octobre prochains, au Carrousel du Louvre à Paris. Ainsi seront présentées 200 innovations venues de 56 pays, devant 5000 visiteurs, pendant que se dérouleront 170 rendez-vous d’open innovation sans oublier un extraordinaire hackathon sponsorisé par LVMH.

5.Densifier son tissu industriel : si l’expression « chasser en meute » recèle une agressivité qui n’est pas de mise, le pôle doit être chaque jour davantage l’outil grâce auquel les grands groupes appuient les PME et les startups (446 sont recensés dans le secteur de la parfumerie-cosmétique), les entraînent vers la connaissance et les marchés, la structure qui permet aux laboratoires publics de travailler en recherche fondamentale avec les laboratoires privés en recherche appliquée, à des concurrents de coopérer face à des rivaux étrangers souvent plus nombreux, parfois plus agiles, le label d’excellence qui attire entreprises et investissements étrangers sur notre sol formant un écosystème que, dans l’automobile, on appellerait un « tissu industriel à l’allemande ».

6.Consolider une indispensable indépendance financière : avec 70% de ressources privées (sans compter la valorisation du travail de ses administrateurs et adhérents), le pôle, depuis ses origines en 1994, a su faire face au désengagement financier progressif des pouvoirs publics et de certaines collectivités territoriales. Il doit donc continuer à développer ses recettes propres (salons, congrès, services) en veillant à conserver un fonds de roulement à la hauteur de ses engagements et à ne pas augmenter une masse salariale que cette prise de risque entrepreneuriale peut gonfler. Il ne lui faut pas pour autant négliger l’effet de levier réel des contributions publiques. Dans un contexte de compétition mondiale croissante, alors que d’autres pays, dont la Chine, la Corée, Taiwan, investissent massivement dans leur secteur cosmétique, il est important, dans une perspective de réforme fondamentale des pôles de compétitivité, qu’un cercle vertueux se mette en place entre public et privé, c’est-à-dire que l’Etat et les régions ne fassent pas disparaître leurs soutiens.

7.Intensifier les programmes de recherche : l’innovation et la performance sont l’ADN de la Cosmetic Valley. Elles doivent être sa signature pour l’avenir. Le pôle doit continuer à être la référence mondiale en matière d’inventions, de brevets, mais aussi d’audace, d’imagination et de jeunesse. Cela passe par la mutualisation des moyens et la coopération des intelligences entre tous ses acteurs. 350 projets de recherche collaboratifs ont été lancés par le pôle pour un montant de 400 millions d’euros et avec 540 partenaires impliqués : universités, laboratoires de recherche, grands groupes, PME. L’ambitieux programme de recherche et de formation Cosmetosciences, l’organisation des rencontres Connexions R&D dédiées aux échanges entre chercheurs publics et privés, et du concours international des Cosmetic Victories, en association avec l’ESSEC, le partenariat inédit dans le secteur cosmétique noué avec le CNRS, illustrent la qualité et le dynamisme des échanges entre acteurs de l’innovation au sein du pôle.

8.Communiquer mieux, autrement et plus rapidement : être leader donne des droits, mais entraîne des obligations. L’une d’entre elles est la transparence qui implique que le pôle fasse mieux connaître ses succès et ses projets, l’autre est la franchise qui devrait le conduire à prendre position sur les grands sujets qui mobilisent la profession. Sa présence dans les circuits d’information généralistes ou spécialisés doit s’affirmer. Sa capacité à publier des contenus doit se développer. Sa place sur les réseaux sociaux doit se faire plus visible. Son empreinte médiatique, au service de ses adhérents et de sa crédibilité collective, doit s’imprimer à la fois dans l’actualité et le long terme.

9.Se doter d’infrastructures adaptées : pour tenir son rang, le pôle doit se doter d’un siège à sa mesure. Après avoir intelligemment concédé l’ancien lycée Marceau à une grande école de Cosmétiques, la municipalité de Chartres propose à la Cosmetic Valley de s’installer, dans le respect des communautés éducatives, au sein du collège Jean Moulin, au pied de la cathédrale mondialement connue, et de se doter d’espaces de travail, de présentation, de colloques ou muséaux modernes qui correspondent à la réalité de son poids économique. C’est un grand chantier pour le Conseil d’Administration de l’association. Il est temps qu’il démarre.

10.Servir ses adhérents et en augmenter le nombre : ce dernier objectif sera le juge de paix et l’indicateur d’efficacité des 9 autres. A chaque conseil d’administration entre 20 et 30 candidatures sont proposées à l’adhésion. Des professions associées frappent à la porte de la Cosmetic Valley. Il faudra dans un dispositif de cotisations mesuré, profitant d’une équipe jeune, compétente, très sympathique, intelligente et dévouée, qui peut être séniorisée, leur proposer plus de services, plus d’opportunités, plus d’appuis et de soutiens, les former et les informer, les emmener à l’étranger ou leur proposer des sites de recherches adaptés. Le pôle doit être « une force qui va », surtout pas un géant impressionnant, mais immobile.

Marc-Antoine JAMET, président de COSMETIC VALLEY a déclaré : « Grâce à l’union des énergies et à des objectifs ambitieux, Cosmetic Valley est devenue le pôle de la filière et du secteur. Il s’est hissé parmi les meilleurs écosystèmes d’innovation français. De nouveaux défis nous attendent :  réussir le virage du digital, veiller à une montée en compétence de la filière, assurer le développement de la visibilité du pôle à l’international et surtout, dans un contexte de mondialisation toujours accrue des marchés comme de la concurrence, rivaliser de créativité, d’audace et d’innovation. Cette nouvelle feuille de route devra être mise en œuvre lors de la phase IV des pôles de compétitivité avec l’implication d’un maximum d’acteurs concernés, pour contribuer à maintenir la compétitivité et le leadership de la filière parfumerie-cosmétique française. C’est un enjeu que je souhaite que le Gouvernement n’oublie pas. De notre côté, nous devons sans attendre préparer l’avenir et les relèves, envisager les évolutions de notre pilotage et de notre gouvernance, accompagner notre croissance en nous adaptant à sa taille et à sa vitesse. »

12 AVR 2018

Retrouvez ma réaction suite à la diffusion, mercredi 11 avril, d’un reportage consacré à Val-de-Reuil dans l’édition de 20 heures de France 2.

 

« Vision ou télévision »

Je regrette profondément le ton et les partis-pris erronés du reportage consacré à Val-de-Reuil que France 2 a diffusé mercredi 11 avril dans son édition de 20 heures. Ils ne peuvent demeurer, notamment à l’égard des Rolivalois et compte tenu du mandat qu’ils m’ont confiés, pour mettre en œuvre la renaissance et le développement de notre Ville, sans réponses ni rectifications.

Il est clair que j’avais pleinement accepté la proposition de Mme Valérie Astruc, figure réputée de cette rédaction, de réaliser un sujet sur la plus jeune commune de France. Elle souhaitait le faire à la veille de la remise au Président de la République, M. Emmanuel Macron, d’un rapport sur la Politique de la Ville. Cela m’apparaissait pertinent compte tenu de la personnalité de son auteur, M. Jean-Louis Borloo, à qui je ne dirais jamais assez notre reconnaissance pour le soutien rapide, fort et concret qu’il nous a apporté.

Je le referais donc si cette journaliste me le demandait à nouveau. Parce que, plus que jamais, il est indispensable de ne pas ghettoïser les quartiers de la politique de la ville et de les réintégrer dans la vie de la Nation. Parce que je n’imagine pas qu’un tournage puisse se faire en démocratie sous un régime d’autorisation. Parce que je me fiais au discernement, au sens de la nuance, à la capacité d’évaluer les conséquences de ses actes et de ses propos, d’une professionnelle, chef de service adjoint du service politique de la première chaine publique de télévision française.

C’est dire mon étonnement, ma tristesse et ma déception lorsque j’ai découvert qu’elle avait choisi pour étayer sa démonstration un scénario digne de Dickens ou de Zola.

Il n’était pas indispensable (et naïf) de donner aussi largement la parole à une habitante malheureusement abonnée aux différents services de police pour représenter une population qui ne se reconnaît certainement pas en elle.

Il n’était pas nécessaire (et injuste) de s’attarder, sans les lui attribuer, sur les faillites du département de l’Eure (fermeture du collège Pierre Mendès France et débâcle d’Eure Habitat) sans évoquer les nombreuses réussites municipales.

Il n’était pas normal (et pas convenable) de laisser dire que « les gendarmes étaient partis » sans vérifier cette information, ni préciser que 100 policiers les avaient remplacés, que « les pompiers étaient partis » sans corriger cette affirmation fausse d’une très légère précision : les pompiers ont été regroupés dans une caserne… à Val-de-Reuil.

En définitive, ce reportage, loin de nous aider et de nous faire mieux connaitre, nous a décrits de manière caricaturale et, ce faisant, stigmatisés davantage.

Transformer une ville difficile qui progresse et qui relève la tête en ville qui sombre et l’accepte, c’était risquer de mettre à bas 15 ans d’efforts collectifs. C’est pourtant ce qui a été fait sans y réfléchir davantage.

Heureusement, la rage donne du courage, la colère de l’énergie et l’adversité de l’audace. On ne joue pas avec la pauvreté. On la combat. Malgré les obstacles, les oppositions et les ennuis, je ne me lasse jamais. Je ne renonce jamais. Je n’abandonne jamais. Je travaille. Beaucoup. Honnêtement. Je tire ma légitimité, ma crédibilité, mon efficacité des résultats que nous avons obtenus et auxquels nul autre ne serait parvenu. D’autres réussites viendront. L’avenir parlera pour Val-de-Reuil.

Communiqué de Marc-Antoine JAMET,

Maire de Val-de-Reuil,

Président de la Commission des finances de la Région Normandie.

7 FEV 2018

A l’initiative du Préfet de l’Eure, Thierry Coudert, et du DRAC, Jean-Paul Ollivier, se tenait hier soir au Théâtre de l’Arsenal, à Val-de-Reuil, une réunion sur l’avenir de la « culture et de la politique de la ville »

Réunion « Culture et Politique de la Ville »

Discours de M. Marc-Antoine JAMET, Maire de Val-de-Reuil.

Mardi 6 février 2018 – 18h00

Théâtre de l’Arsenal – Val-de-Reuil

 

Notre réunion est la bienvenue malgré la neige qui lui donne ce petit air tchékhovien. Est-ce un effet de mon grand âge, mais son intitulé tient pour moi du faire-part de deuil plus que de la promesse d’une renaissance. Il suffit de prendre les deux termes qui font l’intitulé de cette discussion : la Ville et la Politique.

La Ville ? Je me demande chaque jour davantage si, au temps de l’argent rare, des économies imposées, des coupes et des restrictions, la Ville est encore capable de donner une place à la culture, d’en faire une priorité, de la considérer comme un indicateur et un marqueur d’identité, de crédibilité, de légitimité ou de visibilité. Nous sommes dans un département où on ferme des collèges et où on diminue les crédits de l’action artistique, où le théâtre du chef-lieu depuis des années ne rouvre pas, où la scène nationale, de petit Cadran en grand Forum, joue dans des salles polyvalentes.

Je ne suis pas certain à l’heure de la « start-up nation », alors que professeurs et créateurs ont déserté les mouvements politiques pour laisser la place aux apparatchiks et aux chefs d’entreprise, tandis qu’une communication creuse et agressive règne en maître sur les réseaux sociaux, qu’un discours sur la culture existe lace en politique.

Les cinémas ferment. Les théâtres sont moins nombreux. La lecture recule. Les mécènes financent les expositions davantage que la réunion des musées nationaux. Les ministres ignorent tantôt le nom de Modiano, tantôt ce que doit être le service public de la télévision et de la radio. Quelqu’un, quelqu’un d’ici, connaît-il seulement le nom d’un parlementaire, d’un seul qui se préoccupe de cette question ?

Où est le grand projet ? Où est le grand dessein ? Où est le rêve ? France, mère des armes, des arts et des lois, tout cela est envolé. Les comparaisons sont cruelles tant on a du mal à trouver aujourd’hui l’équivalent de ce qui fût. On pense aux cathédrales édifiées par Malraux à Grenoble, à Bourges, à Saint-Etienne. On revoit Jacques Duhamel prêtant sa canne à Chaplin en clôture du festival de Cannes. On se souvient du travail de Michel Guy pour favoriser la musique et la danse. On songe à ce qu’a fait Jack Ralite à Aubervilliers avec le Théâtre de la Commune. On regrette, pourquoi ne pas le dire, Jack Lang, peut-être pas la fête permanente et tous grands travaux, mais certainement l’amour de l’intelligence et du beau au service d’un souverain qui aimerait les artistes et les livres.

Pardonnez ma mélancolie. Je suis né d’un père critique de théâtre, comme son père, et d’une mère comédienne au théâtre du soleil. La salle, chaque soir de la semaine, la scène le week-end, ont été le décor de mon enfance et de mon adolescence. Cela forge une conviction. La mienne est restée rudimentaire. Pour développer l’esprit critique, pour donner un sens à la citoyenneté, pour combattre la radicalisation, pour donner le goût de l’école, la culture est un rempart et un tremplin.

La présence du service public, qu’il soit éducatif ou culturel, est indispensable à la cohésion sociale, à l’intégration de toutes les populations, au développement du sentiment d’appartenance à une même communauté. La culture est un outil extraordinaire pour favoriser cette émancipation. Elle est encore plus indispensable dans une ville qui n’a que 40 ans. Elle est encore plus essentielle dans une commune qui compte près de 60 nationalités différentes.

La culture, c’est l’outil qui rassemble et qui unifie, c’est notre bagage fondamental contre le repli sur soi et la tentation du communautarisme. C’est ce qui permet de se découvrir et de s’accepter. C’est ce qui apprend à cultiver nos différences sans les redouter ou les appréhender.

Elle est un repère et un combat parce qu’elle permet à une communauté humaine de se reconnaitre en termes de valeurs, de pensées et d’engagements, de langue, de lieu et de vie, de pratiques, de traditions et de croyances, de vivre ensemble, d’imaginaire collectif, d’histoire et de mémoire. Elle est la patrie, elle est la nation, elle est le monde.

Elle évite les anachronismes et permet de rappeler que Louis XIV fût, en même temps, un grand roi et un épouvantable tyran, Napoléon 1er, un homme d’Etat et un boucher, tous les deux fort peu féministes et certainement parfaitement racistes, mais comme l’essentiel de leurs contemporains. Elle guérit des peurs et permet de commémorer Maurras en sachant qu’il fût un fieffé fasciste et d’éditer Céline en connaissant son abjection antisémite plutôt que de les cacher dans un placard.

A Val-de-Reuil, nous sommes partisans des additions et non des soustractions. Ici cohabitent un menhir, les murs pignons de Proweiller, Tomasello ou Cueco, et l’arbre de la liberté de Christian Zimmermann, la Compagnie Nationale de Danse Beau Geste, la Maison de la Poésie en Normandie, Le Théâtre de l’Arsenal, scène désormais conventionnée d’intérêt national grâce au soutien de la DRAC, Marie Nimier Prix Renaudot, le souvenir des tournages de Rohmer et l’ombre des Tréteaux de France.

Cette présence, unique dans notre département, ne suffit pas. Pour que les habitants de nos quartiers franchissent le pas, se rendent dans nos théâtres, inscrivent leurs enfants au conservatoire, s’initient à l’écriture et la lecture de la poésie, pénètrent dans nos salles obscures, il faut multiplier les actions en direction de la population. C’est ce que nous faisons.

En se rendant dans les classes de nos écoles, de nos collèges et de notre lycée, pour aller à la rencontre des élèves. C’est ce que fait notre Théâtre en construisant avec les enseignants des parcours de découverte et d’initiation à ses spectacles, c’est ce que fait notre conservatoire en développant la pratique de la musique et de la danse dès le plus jeune âge, c’est que fait la Factorie en s’associant à des classes de collèges sur des projets pédagogiques de très grande qualité. C’est ce que fait notre Cinéma en proposant, chaque été, à la nuit tombée, 30 soirées de cinéma populaire et engagé après avoir emmené pendant près d’un mois des centaines de jeunes à s’initier au maniement de la caméra. La culture passe par l’école et comme l’école, la réussite de son action, s’établit dans la proximité.

Nous le faisons également en accompagnant l’émergence de nos jeunes talents, grapheurs, slameurs, photographes, danseurs de hip-hop, musiciens ou chanteurs, en leur attribuant des lieux pour se développer, pour élaborer leurs projets, pour se faire connaitre et se mettre en scène comme notre ancien Théâtre des Chalands devenu Maison de la Jeunesse et des Associations ouverte le soir, le dimanche. J’ai entendu que l’Etat était prêt à nous accompagner dans cette démarche et je m’en réjouis.

Nous le faisons aussi en encourageant une culture diffuse qui s’adapte aux différents publics et s’établit hors les murs en soutenant, par exemple, l’initiative étonnante des Bourlingueurs, collectif d’artistes et d’artisans venus de toute la Normandie, qui, le temps d’un week-end, s’approprie l’Ile du Roy, la transforme, l’anime et donne à notre population un peu de leur énergie, de leur confiance et de leurs idées.

Nous le faisons enfin, et nous avons encore à le développer, en multipliant les partenariats et les associations. Je disais que nous avions la chance de compter à Val-de-Reuil sur le réseau d’acteurs culturels le plus riche et le plus dense de notre département. N’hésitons pas à croiser nos initiatives et à les rassembler. Lorsque nous le faisons, nous en voyons les réussites. Lorsque le Théâtre invite le Cinéma pour des Ciné-Débats, cela fonctionne. Lorsque le Conservatoire occupe notre Théâtre pour son Festival des Caméléons, c’est un succès. Lorsque la Compagnie Beau-Geste et l’Ephéméride accompagnent les Bourlingueurs, c’est un triomphe. Développons ces moments de partage. Allons plus loin encore. C’est le souhait que je voulais ce soir formuler.

A Val-de-Reuil, nous avons une exigence. Celle de proposer aux publics l’excellence. J’observe parfois, dans certaines communes, pas très éloignées de l’endroit où nous nous trouvons, une sorte de renoncement. Il faut accumuler les têtes d’affiche, se cantonner à un théâtre qui ne serait que pur divertissement. Je crois que c’est une erreur. Ne renouons pas avec ce qui fut il y a quelques années un échec. Les tournées Karsenty nous en ont montré les limites. Lorsque l’on prend la peine d’investir dans la culture, lorsqu’on construit des ponts entre le public et nos établissements culturels, les bénéfices n’en sont que plus grands. La confiance des partenaires ici présents en est peut-être le témoignage. Cela peut parfois sembler difficile. Cela peut paraitre risqué. Cela peut s’avérer long à porter ses fruits. Mais, lorsque l’on fait confiance aux acteurs culturels, qu’on leur donne les moyens d’exister et de se produire, le résultat est au rendez-vous.

La force des acteurs culturels, la place qu’ils occupent dans la ville, la liberté dont ils bénéficient pour se développer sont des atouts sur lesquels s’appuyer pour se transformer, se moderniser, attirer et se renouveler. C’est une des plus belles cartes à jouer pour accompagner et renforcer la mixité. Etat et collectivités doivent continuer à miser sur la culture lorsqu’ils réfléchissent à la future politique de la ville. S’il y a, ce soir, des exemples à suivre pour en bâtir les futurs fondements, nous serons heureux de les expérimenter.

26 JAN 2018

La dame de la sécurité sociale

La dame de la sécurité sociale.

par Marc-Antoine JAMET, Maire de Val-de-Reuil

 

Elue de Val-de-Reuil depuis presque vingt ans, Noëlle Boudart nous a quittés. Notre collègue, notre amie, est décédée mercredi 24 janvier, dans la matinée, des suites de la douloureuse maladie qui lui avait été diagnostiquée quelques semaines auparavant. Cruel, le mal l’a emportée très rapidement. Trop rapidement. Elle venait juste d’avoir 69 ans et ne demandait qu’à vivre. Pour être utile. Pour aider les autres. Pour voir grandir les siens.

Noëlle était pour notre équipe une mémoire et une vigie. Des deux dernières décennies de la Ville nouvelle, elle avait connu chacun des instants, surmonté tous les obstacles, participé aux réussites. Dès 2000, elle avait rejoint avec enthousiasme – elle aurait voulu que nous le rappelions – notre liste « Changer la Ville, améliorer la Vie ». Elle était persuadée que Val-de-Reuil, qu’elle aimait et où elle vivait depuis les années quatre-vingts, à deux pas de la route des Sablons, devait évoluer, se transformer ou bien sombrerait. Très attachée à la Cité Contemporaine, elle ne voulait y voir prospérer ni la misère, ni la violence, ni le chaos. Pour les combattre, elle s’était donc engagée à nos côtés. Spontanément. Elle s’était mobilisée. Entièrement.

Prenant naturellement la place qui était sienne, elle s’est alors jetée sans retenue, sans réticence, sans réserve, dans une aventure où tout, diminuer la dette, stopper les impôts, relancer l’investissement, tenir notre rang, ramener la sécurité, paraissait pourtant, à l’époque de ces temps héroïques, incertain et compliqué. Dans cette lutte, sa volonté, sa sincérité et sa loyauté ne se sont jamais démenties. Elle ne voulait pas, en dépit des années, du plaisir qu’elle avait à rejoindre sa fille près d’Avignon, son fils au Proche-Orient, quitter le bateau ou lever le pied. Il lui restait du travail. Elle voulait le faire. Ce n’était pas une occupation, mais une nécessité et une passion. Tout simplement.

Parce qu’on se voyait davantage, parce qu’on parlait plus, parce qu’on partageait des anecdotes, des fous-rires ou des idées, Noëlle aimait bien les campagnes électorales, les meetings politiques, les réunions d’appartement, les distributions de tracts à la gare ou sur le marché, le porte-à-porte, ces rencontres où il faut convaincre en quelques minutes, ces soirées où il faut réunir des centaines de participants, ces moments de fraternité où on se retrouvait, après, fourbus, mais proches et heureux, devant un énième café, autour de la table en bois de la permanence de la rue Grande. Elle appréciait aussi les voyages de jumelages au cours desquels elle représentait notre pays et sa culture à Workington ou à Ritterhude. Nos interlocuteurs demandaient à ce qu’elle revienne plus fréquemment. Elle participait avec un plaisir non dissimulé à ces journées républicaines où, au bureau de vote (qu’elle tenait avec un mélange de fermeté et de sourire), on voit défiler les électeurs qui déposent dans l’urne un bulletin. Elle n’aurait pas manqué une fête, un repars partage ou une manifestation de solidarité. Elle était fière d’appartenir au Parti Socialiste, celui de Jaurès, Blum et Mitterrand, poursuivant une vie professionnelle bien remplie par une vie militante qui ne l’était pas moins. Nous partagions les mêmes valeurs. En me souvenant de nos derniers mots au CHU de Rouen, mots que, obstinément, nous avions voulu légers, gais, amusants, je regrette que ces moments aient été trop brefs.

Mais Noëlle ne nous avait pas rejoints pour regarder passer les trains. Elle comprenait ce qu’était l’action, les sacrifices qu’il fallait faire, les conversations auxquelles il faut renoncer, le temps personnel qui s’amenuise, et, elle-même, souhaitait avoir un rôle moteur. C’est ainsi qu’elle avait accepté de s’occuper de la vie scolaire et de la petite enfance tout au long de notre premier mandat et, depuis 2008, d’avoir en charge l’état-civil afin, pour notre communauté, de veiller à ce que soit tenue, scrupuleusement, la chronique des naissances, des unions et des disparitions. Référente du conseil municipal pour l’école Léon Blum, elle était aimée des élèves et de leurs maîtres. N’était-elle pas la grand-mère aimée de cinq petits enfants ? Ce sentiment ne faiblissait pas au passage des générations et en témoigne la peine des deux directeurs de ce Groupe Scolaire lorsqu’ils ont appris qu’ils ne la verraient plus.

Noëlle était donc une figure importante de notre vie municipale. Mais, au-delà, elle était un repère et un recours pour de nombreux habitants qui venaient lui confier leurs problèmes matériels en Mairie. Dans le cadre institutionnel du CCAS où elle siégeait ou, de manière conviviale, à la volée, au rez-de-chaussée de la Mairie, toujours disponible, elle les écoutait, attentive et bienveillante, mettant tout en oeuvre afin de faire disparaître leur peine, de soulager leurs angoisses, de trouver des solutions. Pendant longtemps, autant, sinon plus que maire-adjointe, elle est restée aux yeux de beaucoup la « dame de la sécurité sociale », celle que l’on va voir quand la maladie, la vieillesse ou la famille préoccupent. Il est vrai que, dans un métier exigeant, elle avait intégré la caisse de l’Eure, en 1978, à Gaillon d’abord, puis à Evreux et à Louviers, enfin à Val-de-Reuil, recevant au fil d’une carrière tournée vers les autres des milliers de normands.

Noëlle était née en Arles, le 12 janvier 1949, et aimait la terre de Provence qui était celle de ses parents, même si – disait-elle – la Normandie lui avait fait perdre son accent. La vie ne lui avait pas toujours été très tendre, mais elle ne se départissait pas pour autant de la bonne humeur qu’elle offrait aux visages qui lui étaient avenants. Du sud, elle avait conservé une élégance agréable et joyeuse dont on remarquait le caractère étudiée en la connaissant. Sur ce point elle aimait les compliments. Elle pensait retourner « un jour » vers Saint-Pons-la-Calme, en Vaucluse, au nord-ouest d’Avignon, dans cette commune où reposent son père, sa mère et sa grand-mère Plagne. Elle parlait du Gard de sa aïeux Plantevin, du soleil et du mistral. C’est là qu’elle va reposer. Sur son cercueil, rappel du dévouement qui a été le sien pour Val-de-Reuil, du temps et de l’énergie qu’elle y a consacrés, ses enfants ont disposé une photo d’elle avec son écharpe devant la Mairie. Elle y tenait. Nous aussi.

 

3 DEC 2017

Front National contre Fonds Régional, à l’art l’extrême droite continue décidément de préférer le cochon !

 

Front National contre Fonds Régional,

à l’art l’extrême droite continue décidément de préférer le cochon !

Attentif à m’éviter les publicités pour chaussettes et les petites annonces grivoises, le filtre anti-spams de mon ordinateur vient à l’instant de laisser passer une lettre affligeante, consternante, délirante d’un certain Philippe Fouché-Saillenfest, médecin de son état, dont j’apprends du même coup qu’il serait non seulement conseiller régional FN de Normandie, mais aussi administrateur du FRAC de Caen. Ce dernier point est à vérifier puisque notre docteur, à qui Google fait porter une élégante barbichette IIIème République, avoue sans ambages détester l’institution qu’il est censé servir. Son courrier est, en effet, un long cri de désespoir. Siéger dans un aéropage favorable à une création cosmopolite et décadente est une souffrance. Le Président Hervé Morin ayant récemment supprimé les châtiments corporels, ma première réaction a été de m’étonner qu’un collègue d’ordinaire plutôt mutique se soumette à ce masochisme intellectuel auquel nul le contraint. Nous étions un dimanche matin. Je n’allais pas à la messe. J’ai poursuivi la lecture de son courrier. Ne disposant d’aucun appareil de datation au carbone 14, je confesse ignorer la période de la préhistoire au cours de laquelle il fût rédigé. Très certainement avant Lascaux.

Quoi qu’il en soit, je résume son propos : il faudrait que notre « Fonds Régional d’Art Contemporain » n’achète – selon lui – que les œuvres d’artistes français, voire régionaux. Bref, nous devrions en faire un « Front Contemporain d’Art Régional ». A bien y réfléchir, le « temporain » me paraît ici de trop. Le propos tient en un slogan qui a le mérite de la simplicité : « non à la peinture à l’huile, oui à la peinture au beurre (ou à la crème) ! ». Il ne faudrait montrer que ce que nous connaissons déjà, ce qui nous rassure, en fait ce qui nous réduit et nous enferme. Nos intelligences et nos talents hexagonaux seraient si faibles qu’ils ne sauraient se mesurer à la concurrence internationale. Ce n’est pas la première fois que ce prurit nationaliste semble chatouiller l’aimable docteur Knock que le Front National oblige à la fréquentation des muses. Un seul remède au naufrage imminent de l’occident : il faut organiser dare-dare un protectionnisme de la culture, quitte à favoriser celui de la laideur et de la bêtise. Vision étroite d’une planète à l’heure numérique. Vision étroite tout court. Absence de vision en fait.

On ne rappellera pas à notre carabin tricolore, cela afin de lui éviter une attaque d’apoplexie, que Jack Lang, en son temps, décida d’un ensemble de mécanismes et de mesures efficaces (d’achat, de commande, d’éducation, de bourse…) qui visaient à préserver notre exception culturelle et que cela reste une réussite. On ne soulignera pas que le même internationalisme dégénéré vient de permettre au Louvre d’Abu Dhabi, hymne à Watteau, David Manet et Cézanne, de surgir des sables. On n’osera avancer (des gouts et des couleurs !) que Thomas Struth est considéré comme un immense artiste dans le monde entier et qu’on devrait se réjouir, plutôt que s’affliger, que le FRAC de Normandie ait eu les moyens d’acquérir le tirage d’une de ses photos. Je remarque d’ailleurs qu’il est allemand et qu’au Front National on ne détestait pas naguère les peintres du dimanche ressortissants de Germanie à condition, il est vrai, qu’ils portent une petite moustache.

Mais redevenons sérieux. Appliquons-nous les œillères intellectuelles qui entravent le regard de notre bon médecin lepéniste (qui devrait également proposer, s’il était logique, de ne soigner nos maladies nationales que par des médicaments français…). Imaginons que la règle qu’il voudrait voir adoptée en 2017 ait été appliquée depuis quelques siècles. Elle aurait empêché à François 1er de « bêtement » s’enticher d’un certain Léonard de Vinci, épouvantable rastaquouère italien. Elle aurait évité à Marie de Médicis, elle-même étrangère il est vrai, de polluer nos précieuses collections des Rubens d’outre-quiévrain. Elle aurait mis un peu de plomb dans la tête de Louis XIV, ce demi espagnol, et de Napoléon 1er, ce tout juste gaulois qui, à quelques mois près, restait génois, d’encombrer nos cimaises de Raphael, Greco, Botticelli et autres métèques efféminés. Pourquoi n’avons-nous pas reconduit en temps et heure Modigliani, De Kooning, Foujita, Van Gogh, Mondrian, d’autres encore et pas des moindres, à la frontière. Combien de temps, cet artiste sans talent appelé Picasso continuera-t-il aux yeux du monde à passer pour un peintre français ? Le scandale n’avait que trop duré. Heureusement le docteur Fouché le bien nommé était là. Dorénavant on n’achètera plus en Normandie de tableaux que de Nicolas Bay, Louis Aliot et Steve Briois pour les montrer à nos enfants ! Ainsi, grâce à ces esthètes « au front de taureau », les vaches seront-elles bien gardées…

Communiqué de Marc-Antoine JAMET

Président de la commission des finances de la Région Normandie 

29 NOV 2017

Loyauté, intégrité, crédibilité, telle est la devise de Colette Salamone à qui j’ai eu l’honneur de remettre les insignes de chevalier dans l’ordre national du mérite pour son action exemplaire en faveur de l’emploi à Val-de-Reuil et sur l’ensemble du territoire de l’Agglomération Seine-Eure

Discours de Marc-Antoine JAMET
 Remise de l’Ordre National du Mérite à Madame Colette Salamone
Ferme de la Salle – Val-de-Reuil
Vendredi 24 novembre 2017 – 18h00

Chers amis,

Nul ne s’étonnera que nous soyons réunis, ce soir, dans cette solide ferme de la Salle, longtemps refuge des Tréteaux de France, car on dit que, par les soirs de vent puissant, les grandes voix de l’éloquence dramatique s’y feraient encore entendre. Je vous préviens, Colette Salamone, il va vous falloir accepter que votre modestie naturelle supporte les mots de la reconnaissance et de l’hommage qui vous sont dus.

Nul ne s’interrogera sur votre présence à Val-de-Reuil, symbole du mariage entre tradition et modernité, entre passé et avenir, car cette union qui caractérise la plus jeune commune de France est la justification parfaite, Colette Salamone, de l’infidélité ponctuelle que vous faites à Grand Quevilly où vous vivez dans une rue qui porte – il n’y a pas de hasard – le nom du fondateur du New Deal qui fit oublier le jeudi noir et la crise de 1929 à l’Amérique. Aimable présage….

Nul ne sera surpris puisque nous nous trouvons autour de vous, Colette Salamone, figure qui rassure, figure qui rassemble, figure qui ravit pour ce rendez-vous implicite que vous nous avez donné en mai dernier quand, avec la complicité du délégué du Préfet dans la Ville Nouvelle, Jean-Salem Sakkriou, vous avez rejoint la promotion de l’Ordre National du Mérite.

Nul ne s’inquiètera de notre humeur, de votre état d’esprit, Colette Salamone, car cette cérémonie est celle de l’emploi durable et du service public, celle de l’amitié personnelle et du bien public, celle du mérite éclatant et de la République Une et indivisible, sociale et laïque. Nous y avons tous notre place au titre des liens d’estime que nous entretenons avec vous, mais aussi de la citoyenneté qui fait de nous des « enfants de la Patrie » sans discrimination de sexe, de race, d’origine et d’opinion.

Cet instant sacré où vous allez être épinglée n’a qu’un seul but en effet : fêter une femme que nous estimons et dont le nom évoque tout à la fois un poisson intelligent au point de savoir remonter les courants pour retrouver la source où il est né et ce roi biblique passé maître dans l’art du jugement. On a connu parrains plus embarrassants !

Nous pourrions dresser votre portrait très personnel, révéler que vous êtes, derrière une façade on ne peut plus respectable une épicurienne, passionnée par l’art et la culture, que vous avez fait du théâtre pendant plusieurs années et présidez toujours, aujourd’hui, me dit-on, aux destinées d’une association dont c’est précisément l’objet, que vous fréquentez avec une certaine assiduité les réseaux sociaux, armée d’un vrai courage dans vos « likes » comme dans vous « retweets ». Est-ce vraiment l’occasion de savoir que vous vous adonnez à d’ésotériques passe-temps comme la musculation-fitness ou la dégustation de Beaujolais à laquelle vous avez sacrifié récemment. Qu’on ne prétende pas le contraire, j’ai la preuve à travers quelques images de ces libations bacchanales.

Mais, respirez Colette, la présence de Jean-Pierre, votre conjoint, d’Agathe et d’Alice, vos deux filles, me ramène à la sagesse et à en rester au volet avouable de vos activités.

Nous allons mettre en exergue votre travail au service du travail des autres.

Nous allons évoquer la cohérence de votre parcours dans les rangs d’un unique établissement parfois décrié (il m’est arrivé de le faire), toujours exposé (car la question qu’il traite, avant même celles du logement ou de l’école, est cardinale), parfois oublié (quand on élève des statues à des micro-organismes certes exemplaires, mais qui n’ont sorti du chômage qu’une poignée de bénéficiaires, tandis que Pôle Emploi gère le devenir de millions d’êtres humains). Je ne tairai d’ailleurs pas plus longtemps ce que d’aucun, le considérant comme le meilleur, aurait gardé pour la fin. Je vais spoiler : vous avez ramené ici 3474 chômeurs vers l’emploi, c’est à dire vers la vie.

Nous allons dire pourquoi il est parfaitement légitime que cette décoration vous soit octroyée.

Mais, pour décrire Colette Salamone, énergique et persévérante, créative et coopérative, sans doute faudrait-il commencer par dire les valeurs qui sont les siennes. Ses collègues (notamment l’une d’entre elles, qui a grandi à Louviers et s’envole bientôt pour la Tunisie, Marlène Peyruttie) et ses chefs (vous me pardonnerez d’avoir consulté votre patron, – même à Pôle Emploi, il y a un patron – mon ami Jean Bassères), tous sont unanimes pour chanter vos louanges, ce qui pourrait presque paraître suspect. Fait-on de bons discours avec de bons sentiments ? Et bien oui. Notre soupçon serait infondé car Collette Salamone, c’est un de ses paradoxes personnels qu’elle tient secret, a juré de mettre fin au CDI d’une femme un peu âgée, un peu classique, un peu collet serré, mais toujours séduisante, Marianne, en remplaçant le fameux triptyque associé à la célèbre phrygienne dépoitraillée, « liberté, égalité, fraternité », par la devise qu’elle a construite sur ses propres vertus : loyauté, intégrité, crédibilité.

J’aurais pu y ajouter la solidarité, car les valeurs que j’ai citées ne sont pas, chez elle, incarnées par du creux ou par du vide. Elles s’articulent autour d’un défi fondamental : aider les faibles, rassurer ceux qui doutent, accompagner les transitions professionnelles de ceux qui en ont le plus besoin. On me dit qu’enfant votre père avait décelé en vous les qualités d’une future avocate. Je crois, chère Colette Salamone, que ses vœux se sont exaucés car, en étant une militante de l’emploi, vous plaidez chaque jour pour plus de justice sociale dans notre pays.

Cette course d’obstacles, elle l’a expérimentée par elle-même. En 33 ans, date peu croyable à voir votre jeunesse souriante, depuis ce jour de 1984, un 1er décembre (nous en sommes proches), où elle a été embauchée au sein de ce qu’on appelait alors l’Agence Nationale Pour l’Emploi comme agent administratif au CRA de Haute Normandie, Colette Salamone aura progressé en passant par toutes les fonctions de terrain et de proximité. Vous aimez le réel. Vous aimez le concret. Vous avez été servie. Vous serez ainsi conseillère, à partir de 1989, dans plusieurs agences de Normandie, Maromme notamment, puis animatrice d’équipe à Elbeuf, avant de rejoindre Rouen/Saint-Sever à partir de 2002. Le 1er janvier 2004, dans le charmant jargon qu’aime à utiliser l’administration, vous devenez cadre opérationnel et le 1er mars 2005, vous êtes mutée à Val-de-Reuil/Louviers comme Directrice d’Agence titre plus compréhensible par le commun des mortels, pardon des usagers ou, comme on dit maintenant, des clients. Vous allez rester douze ans dans la circonscription de Pierre Mendès France. 1984, année où, revenant du service militaire, je m’inscris à l’ANPE. 2017, année où je prononce votre éloge alors que Emmanuel Macron promulgue les ordonnances réformant la loi Travail. Une boucle est bouclée entre vous et moi.

Mais reprenons la route de Louviers. C’est une tâche importante qui vous y attend. L’agence compte environ 60 personnes, dont 4 managers et 1 RRA. Ce ne sont pas de petits effectifs. Il va falloir, qui plus est, à la fois les déménager, ce qui n’est jamais une mince affaire, dans les locaux joyeusement staliniens de la CASE et les fusionner en rapprochant la vieille ANPE des respectables ASSEDIC pour créer le pimpant et chatoyant Pôle Emploi. Cible atteinte car, quand on regarde leur propre parcours, on s’aperçoit que vos collaborateurs ont souvent été promus ou ont progressés, parfois jusqu’à devenir responsables d’agence. Mais ces tâches de gestion, aussi importantes soient-elles, ne sont rien à côté des challenges qui vous ont mobilisés.

Il va vous falloir, dès votre nomination, prendre à bras le corps un territoire certes industriel et producteur de richesses, le plus dynamique du département de l’Eure, mais aussi une population fragile, immigrée, qui a connu de redoutables catastrophes entrepreneuriales, citons rapidement et pudiquement De Carbon ou Cinram, une population qui souffre du fracassage social qu’entraine la différence entre son niveau de formation et les niveaux de qualifications exigés des usines, des laboratoires, des data centers qui les entourent. C’est d’ailleurs en peu de mots le résumé de la tragédie que vit Val-de-Reuil, commune au Maire de laquelle vous avez fait l’honneur de demander de prononcer ce discours ce qui n’était sans doute pas sans une intention cachée. Un jour, un demandeur d’emploi entrera dans vos bureaux, bidon d’essence à la main, et menacera de s’immoler ! Terrible épreuve pour lui évidemment, pour vous également. Sa détresse est à certains égards devenue la vôtre. Pourtant vous ne renoncez pas.

Vous allez, Sisyphe au féminin, vous atteler à cette tâche exaltante et épuisante en ayant toujours au cœur une éthique : respecter des hommes et des femmes dans l’ennui, dans la peine, dans l’angoisse en leur prodiguant des solutions pleines d’humanité et de bienveillance. Vous avez fixé comme horizon à votre équipe de ne pas renoncer à un accompagnement de « qualité », de veiller à être moderne en étant digitaux et numérique, de ne pas être indifférents à l’agonie des vieilles manufactures sans négliger la Nation de Start-ups que le Président de la République appelle de ses vœux.

Place Thorel, chaque jour suffira « à peine à sa peine ». Vous allez contribuer activement à la mise en œuvre de la convention nationale « Accompagnement Global », au Plan Apprentissage, à la mesure Action 89, mettre en place des initiatives locales spécifiques, en lien avec les deux cités ennemies et jumelles, la drapière et la contemporaine. Je veux m’attarder notamment sur l’action « Kit emploi » qui visait à un cofinancement d’actions permettant le retour à l’emploi durable ou à une formation qualifiante pour les demandeurs d’emploi de longue durée, qu’ils soient jeunes ou séniors. Je pourrais parler des Etats Généraux de l’Emploi que vous avez contribué à monter au Stade Jesse Owens et qui accueille tant de lycéens en quête d’une orientation, d’une vocation, d’une solution. Je me souviens du projet « matelot » monté avec le CNAM qui envoya bourlinguer avec un vrai métier des fils d’agriculteurs et d’ouvriers. Je ne veux pas non plus passer sous silence l’installation d’un site du célèbre sellier de la rue du Faubourg Saint-Honoré, Hermès, à Val-de-Reuil. Celui-ci va vous associer au recrutement de 300 personnes sur 3 ans en liaison avec les CCAS concernés et avec le soutien du Lycée Augustin Boismard de Brionne. C’est une preuve remarquable de votre compétence et de votre sérieux, car pour bien connaître la marque aux emballages orange, elle ne se confie que difficilement y compris aux les gens les plus recommandables de la terre. Votre manière d’innover, de piloter le changement, de faire face à la complexité, c’est de faire appel au bon sens. Par exemple en vous efforçant de placer les demandeurs d’emploi du territoire si possible dans les entreprises de ce même territoire.

Vos supérieurs ne sont pas insensibles à votre efficacité. Vous allez piloter des actions sur la Vallée de l’Andelle, devenir référente « fret fluvial et tourisme », puis responsable de la filière biologie, chimie, santé, ce qui vous permettra, honneur insigne, de rencontrer le président de la Cosmetic Valley.

J’ai dit que l’humain était au cœur de vos préoccupations et insisté sur votre souhait de construire une offre adaptée, une offre sur mesure, pour chaque demandeur d’emploi sans oublier les impératifs de l’entreprise. Adepte des solutions Win/Win, vous avez su, dans un sens, écouter les problématiques et comprendre les enjeux du territoire, de l’autre expliquer les priorités de Pôle Emploi, mais parfois aussi ses limites. Ainsi, on me dit que vous avez su dire non à des demandes qui n’étaient pas dans les objectifs et la feuille de route qui vous avait été confiés.

Depuis mars 2017, vous voguez vers d’autres horizons. Colette Salamone, vous êtes est en mission de mobilité à la direction générale en tant que cheffe du projet national « Favoriser la collaboration au sein de l’agence », ce que d’aucuns appelleraient plus cursivement les synergies, dans le cadre du programme PERSE, ce que tous ceux qui connaissent la novlangue de la bureaucratie traduiront bien sûrr en « personnalisation de la relation de service », lequel s’insère si on aime les poupées russes dans la mise en œuvre du plan stratégique Pôle emploi 2020.

Le choix de ce projet, transverse par nature et dirigé vers le soutien aux agences, correspond bien à votre manière de travailler en équipe, en transparence, et à l’attention que vous portez aux relations entre acteurs d’un travail qui ne disparaîtra pas. Votre objectif est limpide : améliorer la satisfaction des demandeurs d’emploi et des entreprises tout en améliorant l’image de Pôle emploi au travers d’actions à forte valeur ajoutée.

Le choix d’aller sur un projet national après 12 ans passés comme directrice d’agence sur un territoire démontre aussi votre volonté de ne pas vous endormir, de ne pas ronronner, de relever des nouveaux challenges et de continuer, à un moment de la vie où certains décrochent, à vous investir, à vous renouveler, à vous relancer. J’avais d’ailleurs une proposition à vous faire. Quand je lis que vous savez identifier les points de conflit, les désaccords et les non-dits pour les résoudre, que vous anticipez les conflits et supervisez le changement, que vous faites face à l’imprévu et à la complexité, que vous partagez votre réussite et favorisez les climats de confiance, je me dis que vous devriez être Maire de Val-de-Reuil à ma place et vous auto-remettre ce ruban bleu créé par le Général de Gaulle…

Cette mission se termine en juillet 2018. Libre à la direction de pôle Emploi de la faire se conclure par la réalisation d’un rêve caché. Vous espérez, en effet, pouvoir revoir votre Normandie et revenir sur un poste dans le bassin d’emploi de Rouen ou sur le département de l’Eure. Il est certain pour ce dernier que lorsqu’on ferme un collège on crée des besoins en formation. Vous ne risquez pas de manquer de boulot. Pour l’instant, vous préparez votre projet de fin de mission et continuez de marrainer, pour occuper vos loisirs, un jeune chercheur d’emploi issu des Quartiers de la Politique de la Ville.

Il faut une chute à ce panégyrique : elle arrive.

Colette Salamone, vous êtes capable de la plus grande transparence et d’une ouverture réelle pour agir en complémentarité et en sincérité avec tous les acteurs de l’emploi dans un but commun : mettre fin au chômage de masse qui nous fait souffrir depuis trop longtemps.

Colette Salamone, au travers des actions menées sur notre territoire vous avez renforcé l’image de Pôle emploi et accru la plus-value de ce grand service public indispensable et de son expertise dans l’accompagnement des transitions professionnelles.

Colette Salamone, vous avez su prendre des risques quand il le fallait, faire confiance, accepter « le droit à l’erreur » pour que chacun puisse mieux rebondir dans notre société en crise depuis quarante ans.

Pour notre société qui juge ses citoyens au travail qu’ils effectuent, je vous assure Colette Salamone que vous avez bien mérité l’honneur de la patrie.

C’est pourquoi, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, Colette Salamone, nous vous faisons chevalier dans l’Ordre National du Mérite.

16 NOV 2017

Quand la Chine consommera ! – Comme Président de la Commission-projet Consommation et Communication, je signe ce mois-ci l’éditorial de la lettre du Comité France-Chine

Quand la Chine consommera !

Paré de toutes les vertus, accablé d’opprobres, on ne parle que de lui. Vient-il en masse ? On redoute son invasion. Se fait-il rare ? On regrette sa disparition. Lui, c’est le consommateur chinois. On l’avait croisé déambulant avec la foule de Shanghai sur Nanjing Lu, flânant devant les enseignes du Landmark à Hong-Kong, sillonnant les allées de l‘Oriental Plazza à Pékin. Âme d’une civilisation restée commerçante malgré la révolution culturelle, sa silhouette nous était familière, ses habitudes connues, sa psychologie déchiffrable à travers cet adage impie pour nos oreilles européennes : « Sunday is shopping day ! ». Aujourd’hui qu’on le rencontre Boulevard Haussmann, sur Oxford Street ou Piazza di Spagna, les choses sont différentes. Avec inquiétude, on scrute ses goûts. Pour ne pas devenir dépendant de son pouvoir d’achat, de sa capacité à voyager, des règles que son Gouvernement peut édicter, on s’efforce d’accentuer son attirance pour nos modes, nos marques, nos maisons. Nous lui devons une parfaite sécurité de sa personne et de ses biens, sans quoi notre hospitalité ne serait qu’un leurre. Il est la nouvelle frontière, le nouveau Graal, le nouvel eldorado.

Mais, pour le retenir, pour l’attirer, pour le séduire, il a fallu revoir nos certitudes. On le croyait amateur d’objets à la valeur ambivalente destinés à assoir notoriété et position sociale. Il est devenu expert pointilleux, attentif à la personnalisation, demandeur d’exclusivité, de surprises et d’expériences pour lui-même. On lui donnait la quarantaine bien tassée. Il est le plus souvent un de ces « millenials » à la trentaine conquérante. On imaginait que, femme, il serait plus sensible à l’offre que nous lui faisons. C’est un homme qui, en premier, franchit, concerné, intéressé, la porte de nos magasins. On le croyait grégaire, ne quittant ni son car, ni son groupe, les yeux attachés au fanion de son guide. Il suit les « nouvelles routes du Moi » et c’est en couple ou avec ses proches qu’il découvre Fàguó, la France. On le voyait, naïf, timide, agrippé à son smartphone. Il est expert en « connectivité » ile lorsqu’il s’agit d’utiliser réseaux sociaux, sites de vente, moteurs de recherche pour s’informer, comparer, commenter, acheter en ligne, payer. S’il est fier de sa culture ancestrale, il est de plain-pied dans le temps mondial.

C’est pourquoi il veut désormais connaître et comprendre l’origine des matières employées, les lieux de fabrication de nos produits, leurs inspirations artistiques. Il attend que nous renouvelions la haute tradition de nos manufactures, de nos usines, de nos ateliers, par la force créative de nos talents et une attention à ses aspirations. Il recherche, de manière croissante, la garantie que seront satisfaites ses exigences en matière d’art de vivre et de bien-être.  Nous savons que le Made in France peut lui apporter la sécurité sanitaire, le respect de l’environnement, l’authenticité des matières premières et des process, la performance et l’innovation. Ce sont des défis concrets qu’il faut relever. « Le fondement de la théorie, c’est la pratique ». Ainsi ne parlait-il pas le Président Mao ?

Marc-Antoine JAMET

 

 

 

 

27 SEPT 2017

Lettre aux militants socialistes de l’Eure

Val-de-Reuil, le 27 septembre 2017

Chers camarades et chers amis,

Je n’organiserai pas le vote de confiance à la direction nouvelle du Parti Socialiste. Sans attendre notre Congrès, j’ai décidé de mettre fin à mon mandat de Premier Secrétaire de la Fédération du Parti Socialiste de l’Eure et de démissionner de notre Conseil National où je siège depuis 1994.

Je veux avant tout remercier les militants qui m’ont élu et réélu par deux fois, avec – à chaque mandat – de plus en plus larges majorités. L’honneur de les représenter, l’exigence politique d’être leur porte-parole, m’ont rempli de fierté et de joie. Ensemble, nous avons connu toutes les victoires, organisé des meetings comme nous en avions peu connus, mené de belles campagnes électorales. Ensemble, nous avons donné un second Président de la République à la Gauche, battu Bruno Lemaire aux régionales dans son propre département, conservé le Conseil Général et le Conseil Régional, géré les quatre grandes villes qui structurent notre territoire, doublé le nombre des parlementaires socialistes, organisé la guérilla contre le Front National, assaini nos comptes, organisé le débat – y compris quand il ne m’était pas favorable -et fait fonctionner nos instances dans la transparence. Cela n’a été possible que grâce au bureau et au conseil fédéraux, toutes motions, toutes sensibilités confondues, avec lesquels j’ai travaillé, à l’appui de nos permanents vers qui va ma reconnaissance, à votre soutien constant et bienveillant qui a été essentiel.

Aujourd’hui, nous avons tout perdu ou presque. J’en ai été marqué. Il est cruel de voir son espérance disparaître ou plutôt se désagréger. Ce n’est cependant pas pour cela que je prends de la distance. Je crois à notre Parti depuis que je m’y suis engagé derrière Laurent Fabius voici plus de trente ans. C’était au lendemain – déjà – d’une défaite. Comment pourrai-je le quitter ? J’ai accepté d’en être le trésorier et le directeur général des services aux pires moments. Il m’a coûté dans ma vie professionnelle. Il m’a valu des incompréhensions dans ma vie personnelle. Avant de rejoindre celle de Val-de-Reuil en 1999, j’ai adhéré dans la section de Léon Blum au cœur du Paris populaire. Je suis un « partageux ». Le Socialisme est ma vérité. Il est mon chemin. J’aurais toujours pour ses valeurs, l’égalité des chances et à la justice sociale, la solidarité et la liberté, la foi du charbonnier. Je suis persuadé, comme l’avait dit François Mitterrand en 1993, que, d’une manière ou d’une autre, nous reviendrons au pouvoir, localement, nationalement, plus vite que nous le pensons. Certains, après avoir allègrement trahi ou opportunément déserté, m’attribuent avec leur générosité habituelle l’entière responsabilité de nos revers. Cela me laisse indifférent. Je leur confirme, si leurs contorsions peuvent y trouver consolations, que le Parti Socialiste n’a connu de difficultés que dans l’Eure et, uniquement, par ma faute.

Ce n’est pas la seule interrogation à laquelle par ce dernier courrier fédéral je veux répondre. A droite, à Gauche, au travail, parmi mes proches, on m’a souvent demandé pourquoi je n’ai pas rejoint l’actuelle majorité. Il paraît que mon profil avec elle était compatible. Malgré les appels et les propositions, parfois les plus autorisées, je n’ai pas cherché l’investiture d’En Marche. Je n’en suis ni l’adhérent, ni le sympathisant.

Certes, beaucoup de ceux qui, à l’Elysée, au Gouvernement, au Parlement, incarnent ce mouvement, sont mes amis, ont été mes collègues ou, preuve que je vieillis, mes collaborateurs, voire mes étudiants. Mais d’autres, ici notamment, ont été mes adversaires parmi les plus virulents.

Certes, j’ai, si ce n’est de l’admiration, du moins du respect pour la démarche, faite d’audace, d’une bonne dose de courage et de confiance en soi, qui a conduit Emmanuel Macron vers un succès qu’il ambitionnait à seulement 39 ans. Ce n’est d’ailleurs pas la première transgression qu’il a assumée et il faut à ce propos lui rendre des points. Le Chef de l’Etat est l’artisan de sa propre réussite et, peut-être, de sa vie. Mais cela n’est pas suffisant pour le suivre.

Certes, je mesure les erreurs que nous avons commises et suis conscient du malheur dont nous n’avons pas su extraire des millions de femmes et d’hommes soumis au chômage ou à la pauvreté. J’aurais garde d’en accuser François Hollande. Nous savions tous, ainsi qu’en étaient tombés d’accord Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn, que ce quinquennat serait celui de « l’enfer ». L’absence de cohésion et de conscience morales de la majorité a fait le reste. Pour autant, je ne partage pas la politique actuellement conduite par Edouard Philippe, même si je connais la sincérité de ce Normand.

Certes, elle peut comporter des initiatives intéressantes. Il faut saluer sa référence appuyée au progrès et à la modernité. Je continue de souhaiter pour mon pays qu’elle aboutisse. Nous ne pouvons nous permettre de perdre cinq ans. L’idée du changement pour le changement, du renouvellement pour le renouvellement, me paraît particulièrement limitée, mais En Marche a diversifié, rajeuni et féminisé la politique qui en avait considérablement besoin. Dommage qu’en ait été parfois extirpé – du même coup – compétences et capacités. Du moins jusqu’à présent Tout s’acquiert. On ne reste pas nouveau, nul ou naïf éternellement… Mais, fiscalement et socialement, pour les retraités, les familles et les collectivités locales, pour les plus jeunes, les plus fragiles, les plus exposés, pour le logement et les emplois aidés, l’action menée ne peut recueillir de ma part un début d’approbation. Voilà pour le fond. Sur le style et la manière, il y aurait tant à dire. La popularité vacillante du Président en révèle assez.

Je ne change donc pas de convictions. La cohérence c’est aussi la constance. Je reste militant socialiste. Il n’y a pas d’autres voies à Gauche. Je n’aime pas le simplisme et la démagogie, quand bien même seraient-ils éloquents, qui conduisent la France Insoumise. J’ai fait la campagne de Benoît Hamon par loyauté et par amitié, sincèrement, totalement, sans partager néanmoins nombre de ses propositions. Je ne discerne pas encore, dans la nouvelle direction pléthorique, pardon collégiale, celui ou celle qui ramassera le drapeau tombé à terre, celui qui m’enthousiasmera, celui que je soutiendrai les yeux fermés. Les gens ne nous suivent pas, ne nous suivent plus. Je n’ai le goût ni des crépuscules, ni des groupuscules. J’attendrai. Ce n’est pas une question d’âge ou d’énergie. Je m’engagerai sur d’autres fronts, avec d’autres moyens. Je retrouverai un peu de temps pour moi et les miens. Qui plus est, je n’abandonne pas le travail qu’il me reste à faire dans ma commune que j’aime. Nul n’est indispensable, mais pour le renouvellement urbain et la sécurité, pour la construction de logements et l’investissement industriel, suis-je le plus mal placé pour mener, dans des temps durs et troublés, avec peu d’argent et dans l’adversité, une politique municipale juste, forte et efficace à Val-de-Reuil.

 

Je ne pars pas sans un regard en arrière. Une équipe existe composée de militantes et de militants de Vernon, de Gisors et des Andelys, de Bourgtheroulde, de Gaillon et de Louviers, de Verneuil et d’Evreux, de Pont-Audemer, de Conches et de Bernay. Je les connais : j’ai défilé, collé, tracté avec eux devant les gares, sur les marchés, aux portes des usines, moments un peu austères que leur amitié joyeuse transformait. Je veux saluer nos secrétaires de section qui sont des gens formidables sur lesquels j’ai pu m’appuyer, nos trésoriers qui vivent un sacerdoce tant leur rôle est ingrat, tous ceux qui ont fait le choix de l’engagement collectif et désintéressé. Pour diriger la Fédération jusqu’au renouvellement de sa direction, je connais les qualités, notamment, de Martine Séguéla des Andelys dont le militantisme chimiquement pur demeure un modèle pour moi, de Thomas Toutain, dévoué à nos idéaux qui ne ménage ni son temps ni son intelligence, Timour Veyri qui sera pour Evreux, en 2020, un maire inventif et intègre, proche et compétent. J’ai confiance en eux. Il leur appartient de prendre leur destin en mains. Je les y aiderai.

Amitiés socialistes

Marc-Antoine JAMET

18 SEPT 2017

Maintenant que l’on sait, Pierre Mendes France doit rester ouvert !

Maintenant que nous savons que le Ministre compétent est contre, que le Préfet de l’Eure est contre, que le recteur de Normandie est contre, que le directeur académique de notre département est contre, que les conseillers départementaux de notre canton sont contre, que le Maire et le conseil municipal de Val-de-Reuil sont contre, que le chef d’établissement et les professeurs du collège Pierre Mendès France sont contre, que les parents des 350 élèves inscrits (qui seront 450 l’année prochaine) sont contre.

Maintenant que nous avons été informés que la principale du collège Alphonse Allais prévoit des effectifs pour la rentrée 2018 de près de 500 élèves, ce qui met son établissement dans l’incapacité d’accueillir un enfant de plus.

Maintenant qu’il est de notoriété publique que le Collège Michel de Montaigne a refusé l’inscription de plusieurs enfants issus des CM2 de Val-de-Reuil à la rentrée 2017 alléguant qu’il était saturé et que c’est la vérité.

Maintenant qu’il est établi que jamais le collège Pierre Mendes France n’a été un collège du type Pailleron et que le prétendre était un grossier mensonge ou la preuve d’une parfaite ignorance de la réalité.

Maintenant que l’on se souvient que M. Sébastien Lecornu, jeune exécutif départemental devenu jeune secrétaire d’Etat au prix d’une grande souplesse idéologique, rompant avec la gestion brutale et secrète du dossier qui avait prévalu, avait indiqué, par une lettre reçue à la Communauté d’agglomération, qu’il fallait, localement, pendant un an, en engageant la concertation avec tous les acteurs, mener une réflexion sur le principe même de la fermeture de cet établissement plutôt qu’un autre et que ce travail n’a connu aucun début de concrétisation, ce qui pourrait montrer, chose impossible à croire, que les promesses varient d’un exécutif à un exécutant départemental en seulement quatre mois.

Maintenant que l’on se rappelle que l’agglomération Seine Eure, unanime, a voté en juin dernier un moratoire d’au moins deux ans reportant toute décision tant une fermeture paraissait déstabilisatrice pour notre territoire, que cette volonté politique rassemble localement Gauche et droite, et qu’il faut respecter cette unité.

Maintenant que nul n’ignore que le Conseiller départemental LR de Louviers M. Jubert, convaincu de sa stupidité, avait fait son affaire du retrait rapide de la mesure décriée.

Maintenant que l’on constate que les 200 logements annoncés à Val-de-Reuil (AMEX, Extraco, Nexity, Altitude) sont en train de se construire pour la prochaine rentrée et que 500 autres sont lancés.

Maintenant que l’on observe que Val-de-Reuil est lancé dans un nouvel ANRU, le PNRU2, et que le but de ce projet est précisément d’éviter les friches administratives grâce à la participation budgétaire du département que la fermeture de PMF par le même département créerait, schizophrénie pour le moins ubuesque, voire kafkaïenne.

Maintenant que, sous l’autorité du Président de la République Emmanuel Macron que je vais saisir, le Gouvernement de Edouard Philippe, que je vais saisir, a donné la priorité au soutien des élèves de ZEP et que, comme pour le Collège Pablo Neruda d’Evreux, le ressort du Collège Pierre Mendès France de Val-de-Reuil est le plus directement concerné par cette initiative, initiative à laquelle on imagine mal que le Conseil Départemental de l’Eure s’oppose, puisque c’est le département de M. Bruno Le Maire, département qui compte cinq députés En Marche (tous muets sur ce sujet qui va pourtant contre le programme de leur Majorité Parlementaire).

Maintenant qu’une rumeur folle prétend qu’il s’agira pour M. Le Hongre d’envoyer les enfants qui allaient naguère à Louviers à Michel de Montaigne au Vaudreuil pour mieux envoyer sur des routes encombrées de camions les petits rolivalois (dont on sait qu’ils sont évidemment pauvres, étrangers, en difficulté, et sans doute un peu bêtes !) à Pont de l’Arche ou à Louviers (deux heures de trajet/jour et, hélas, potentiellement des accidents dont M. Le Hongre sera personnellement responsable) avec les répercutions que l’on sait sur la santé, le sommeil, les résultats d’enfants de 10 à 14 ans, laissant place à toutes les stratégies familiales de contournement qui asphyxieront Montaigne, sans parler du coût faramineux du transport pour la collectivité publique.

Maintenant qu’on s’aperçoit que rompre la chaîne éducative d’excellence qui unit les écoles rolivaloises au meilleur lycée du département, Marc Bloch, via le collège Pierre Mendes France est une absurdité sans nom, l’exemple même du mauvais service public.

Maintenant que l’on discerne que ceux qui mettent en oeuvre cette décision ont certainement des qualités, mais n’ont aucune légitimité pédagogique (en tant que Président actuel du CNED et ancien président de la commission paritaire d’un de nos établissements universitaires les plus prestigieux, j’en ai à peine…) et n’agissent qu’au nom d’une logique comptable que, en magistrat de la Cour des comptes, je recommanderais fermement à mes collègues de la Chambre Régionale des Comptes, de juger comme une politique de Gribouille ou une stratégie du sapeur Camembert.

Maintenant que l’ont sait que le bailleur social IBS est prêt à affecter le bâtiment mitoyen du collège à un internat.

Maintenant que le Ministre de l’éducation a demandé que le dossier soit évoqué à son cabinet.

Il apparaît évident, à tous les esprits logiques, éclairés, républicains, qu’il faut ajourner sine die le conseil d’administration du Collège Pierre Mendès France du 2 octobre 2017. C’était au cours de cette réunion que la décision sans aucun fondement de fermer l’établissement devait être prises. A contrario, il est temps de se mettre enfin à travailler sérieusement, entre professionnels, sans politiciens, et d’examiner le maintien du Collège Pierre Mendes France grâce à la création d’un Internat d’Excellence (astucieusement à 1000 mètres d’une gare !) piste que, sur la suggestion des services de Jean-Michel Blanquer alors directeur de l’enseignement scolaire au Ministère de l’éducation, le département de l’Eure avait étudié lorsqu’il était –bien- géré par Jean Louis Destans.

Marc-Antoine JAMET
Maire de Val-de-Reuil

26 AOUT 2017

Ceci est notre Théâtre : venez et aimez le tous ! Le 5 octobre prochain y sera dévoilé la programmation de sa nouvelle saison. Je vous y attends (très) nombreux.

Il est des salles qui ne ressembleront jamais à un théâtre. Jamais. On aura beau y installer des projecteurs, des fauteuils et une scène, cela ne changera rien. Qu’importe que pour donner le change, du mieux que l’on peut, on y déchire des tickets à l’entrée, on y vende des programmes à l’entracte. Ces efforts resteront vains. On tentera bien de cacher ces boites à chaussures sous des plafonds de stuc, derrière des façades de marbre. Les applaudissements battront toujours creux, les rappels sonneront toujours faux. On trouve plus souvent de la lessive que du talent dans les grands barils d’hypermarché. Quand bien même s’évertuera-t-on en fermant les yeux, en serrant les lèvres, à imaginer que, après la sonnerie, les lustres s’éteignent, le brigadier frappe les trois coups et le rideau se lève, la magie ne prendra pas. Comment sous des néons blafards convoquer la joie, la peine et l’indéfinissable ? Cosmétique et playback ont leurs limites. La fête ne se décrète pas. C’est atroce, c’est injuste, mais pas un instant, ces espaces polyvalents, ces forums faits pour tout, faits pour rien, ne se rapprocheront du Français, du Piccolo, de l’Old Vic, de la Taganka. Pas plus qu’ils ne rattraperont d’un millimètre le Bolchoï, la Scala ou le Lincoln Theater. Ce n’est pas une question de scène à l’italienne. On ne rit pas dans un bunker. On rêve mal dans un cimetière. La médiocrité, la laideur ne pardonnent pas. Malraux l’avait dit en des termes gaulliens : il faut à la culture des palais, des places et des cathédrales. Voilà tout. Melpomène, Thalie et Terpsichore, Calliope, Euterpe et Erato, pour être un peu âgées, ne sont pas si gourdes qu’elles se laissent berner par un décor en carton pâte. Des voix s’y feront peut-être entendre, puissantes et payées, avec le ton que l’on aimerait, les mots que l’on pense attendre, les visages que l’on connaît par la télé. Cela ne suffira pas. « Commediante, tragediante », le manque d’authenticité pue à des kilomètres à la ronde. N’est pas Epidaure qui veut ! La messe est dite. Pas de passion. Pas de petite flamme. Je le répète : ce ne seront jamais des théâtres.

L’Arsenal, lui, est un théâtre. Un vrai. Un beau. Un tatoué. Il l’est en rouge et en noir. En verre, en bois et en acier. Il l’est par sa silhouette courbe et trapue. Il a du muscle et du cerveau. Il l’est par la pente de ses gradins que, de rang en rang, les répliques escaladent quittant l’approbation de l’orchestre pour défier la contestation du balcon. Il l’est par la procession des spectateurs qui, remontant l’avenue des Falaises, s’y dirigent dans l’obscurité qui vient. Comme vers un mystère. Il l’est par le sort qu’il fait aux acteurs accueillis pour un soir comme s’ils étaient de toute éternité membre de la grande famille rolivaloise. Il l’est quand on s’assoit, côté pair ou impair, impatient sans savoir de quoi, persuadé que, de toutes façons, quelque chose se produira, quelque chose de bien et de beau, quelque chose qui nous changera et, insensiblement, nous améliorera. Il l’est par la profondeur de sa scène, la largeur de son plateau, la hauteur de ses cintres, ses justes proportions que l’architecte éclairé d’un nombre d’or subtilement calcula. Il l’est parce que, repère au dehors, repaire en dedans, il enrichit la Ville. Avec douceur, avec amour, il la change. Il l’est par la rumeur, bienveillante, intelligente, rassurante par laquelle la salle vous accueille avant que cela commence. Il l’est par le rire des enfants. Il l’est parce qu’on en franchit la porte sans crainte pour une première fois. Il l’est par ceux qui le dirigent, les deux à la fois, les deux en même temps, le chorégraphe et le metteur-en-scène, ces deux qui vivent leur art et le partagent généreusement. Il l’est par la surprise et l’inattendu. Il l’est par le verre de vin pris au bar, la bouche embrassée et les amis retrouvés. Il l’est par ses murs si jeunes et qui, pourtant, depuis longtemps déjà, ont respiré Brecht et Koltès, Carolyn Carlsson, Beau Geste et Maguy Marin, Racine, puis Tchekov, Caubère et Molière certainement, Homère et Shakespeare évidemment. Il donne du corps au ballet et laisse humaine la comédie. L’Arsenal est un théâtre. Un beau théâtre, c’est l’évidence. Un vrai théâtre, c’est l’important.

Marc-Antoine Jamet

Maire de Val-de-Reuil

Président de la commission des finances de la Région Normandie

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