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14 MAI 2019

Avec Stéphane Richard, son Président, nous avons posé la première pierre du 2ème Data-Center d’Orange à Val-de-Reuil

Pose de la première pierre de l’extension du Data-Center d’Orange

Intervention de Marc-Antoine JAMET, Maire de Val-de-Reuil,

Président de la Commission des finances de la Région Normandie

Mardi 14 mai 2019 – 10h30

Voie de l’Orée – Val-de-Reuil

 

Monsieur le Président, Cher Stéphane Richard,

Je suis heureux, après notre rencontre au Salon des maires, voici quelques semaines, de vous accueillir à Val-de-Reuil. Je vous ai connu dans différents postes et fonctions. Je sais que vous les avez toujours remplis avec vos atouts et vos qualités : l’intelligence, le sens de l’innovation, la passion de réussir. Dois-je ajouter que cela fait trente ans que, pour différentes raisons, certaines très personnelles, nous nous rencontrons ? Je voudrais donc vous rassurer. Vous avez  au moins – trois raisons de continuer à investir à Val-de-Reuil, d’y développer vos activités et de pérenniser votre présence dans la plus jeune commune de France.

Parce qu’il existe un partenariat solide basé sur le dialogue et la confiance entre votre entreprise et notre collectivité : 

Cette première pierre n’est pas si première que cela. Elle est en fait le coup d’envoi de la deuxième phase d’un projet né il y a plus de 10 ans à la suite d’échanges et de rencontres.

Elles ont été initiées avec Pierre Louette avec lequel je partage un corps d’origine et, même, aujourd’hui, et un employeur. Elles ont été prolongées avec vous qui connaissiez Val-de-Reuil depuis que NEXITY y avait, pas assez à mon goût, investi.

Je me souviens de discussions techniques complexes tenues dans le plus grand secret avec Philippe Robin grâce à la complicité de notre directeur général des services Fabrice Barbe : personne n’en a rien su. Nous avons fait jouer nos avantages comparatifs : rapidité du parcours règlementaire, instructions facilitées du permis de construire, mise en relation avec les partenaires, enquête publique rondement menée, soutien devant les services de la Préfecture.

Nous avons eu quelques palabres sur l’architecture du bâtiment (c’est ma marotte) avec Philippe Chicaud. Nous nous sommes tout de suite entendus sur le choix des matériaux, la ligne générale, l’idée qui n’était pas vague d’une « vague ».

 C’est ce travail, je crois, qui a permis d’envisager cette extension dans les meilleures conditions :

Nous ne sommes d’ailleurs pas partis d’une feuille blanche. Un programme général existait. Un projet progressif avait été présenté. 10 années se sont écoulées. Elles auraient pu provoquer pertes de mémoire et amnésie, il n’en a rien été.

Tout a été respecté : surfaces doublées (18 hectares pour le premier projet, 17 hectares pour le second), une même exigence dans le choix des matériaux, une même attention portée à l’insertion paysagère du bâtiment, une identité architecturale affirmée avec une différence de calepinage pour que le second bâtiment en forme de code-barres pour le différencier du premier.

Permettez-moi de souligner que, dans mon esprit, ce partenariat ne s’arrête pas à une opération aussi importante soit elle, mais qu’il est fait de permanence, de cohérence et de réciprocité. Lorsque vous installez trois antennes relais (sur l’A13, la Voie de l’Orée et le Central téléphonique) pour améliorer le réseau de télécommunication portable de vos usagers sur le territoire de l’Agglomération, c’est à Val-de-Reuil que vous les installez. Malgré l’esthétique peu avantageuse de ces infrastructures, nous l’acceptons volontiers. Lorsque nous avons besoin d’être conseillé dans le choix de la technologie à déployer pour transformer notre réseau câblé en un réseau fibré, c’est vers Orange que nous nous tournons en priorité. Lorsque vous développez un dispositif permettant aux personnes isolées, victimes de violence, dépendantes ou âgées de prévenir plus facilement leurs proches, c’est à Val-de-Reuil, entre autres, que vous décidez de l’expérimenter.

Parce qu’il est exemplaire d’un point de vue environnemental : 

Je ne suis pas un grand technicien, mais je ne suis pas le plus mauvais des praticiens. Je vois bien que votre système de free-cooling permet une consommation énergétique, celle d’une ville de 60.000 habitants, divisée par deux. J’observe les panneaux photovoltaïques, les normes BBC. J’approuve les réductions des émissions de CO2 de 20%, les certifications ISO 140001 et 50001. Vous n’avez pas attendu que la préservation de l’environnement devienne un sujet central de notre société. Vous auriez pu faire de votre premier data center une simple vitrine. Vous en avez fait un modèle et une référence pour vos futurs projets.

Cette démarche répond à l’ambition de la municipalité à l’heure où nous nous apprêtons à signer, avec le Premier ministre je l’espère, la convention qui entérinera notre nouveau programme de renouvellement urbain. La majeure partie des 100 millions d’investissements publics, soit le même montant que celui de la construction de vos deux premiers data centers, sera consacrée à la transformation énergétique des logements et des équipements, à la création de voies primaires et secondaires plus écologiques, au développement d’une mobilité plus douce et moins polluante, à la mise en valeur de notre patrimoine environnemental.

Parce qu’il renforce la croissance, la stratégie et l’identité économique de Val-de-Reuil

Notre territoire n’a pas toujours été aussi dynamique qu’il l’est aujourd’hui. Nous avons connu quelques creux. Comme lorsqu’il a fallu maintenir Sanofi, comme lorsqu’il a fallu faire venir Valdepharm, comme pour tant d’autres projets industriels, j’ai pris mon bâton de pèlerin et je suis allé voir Henri Proglio à EDF et les dirigeants d’Orange. Je voulais sortir notre territoire de l’anonymat et de la banalisation par des marques. Je voulais le sortir de la mono activité pharmaceutique et logistique par la diversification. Je voulais trouver des ressources et de la modernité. Vous vouliez des élus responsables, connaissant les problématiques industrielles, à l’écoute. Il était normal que vous vous implantiez chez nous.

En 2019, Orange reste une locomotive de notre croissance. Vous avez ici, autour de nous, certaines des industries et des technologies les plus avancées mais également les plus sensibles de notre pays : Bassin d’essais des carènes (où réside un escadron de gendarmerie), Data center d’EDF (centre de calculs et de régulation de nos centrales nucléaires, de nos barrages, de nos factures), SANOFI (où sont produits les vaccins contre les maladies les plus dangereuses et les plus mortelles de notre planète), CARLO ERBA et VAL-DE-PHARM, deux sites chimiques classés SEVESO. Orange traite ici, avec la confidentialité que requiert la gestion de ces fichiers, les données individuelles et personnelles de millions de clients. Il était normal qu’elle soit protégée, que ses activités puissent évoluer dans un environnement fait de stabilité et de sécurité. Val-de-Reuil est le coffre-fort numérique et la pointe de diamant industriel de ce département.

Vous l’aurez compris : nos grandes entreprises, nos fleurons industriels sont les monuments historiques, les cathédrales et les chapelles que ne possède pas notre commune nouvelle. Ils font notre réputation et notre histoire. Ils apportent, directement ou indirectement, solidité et développement à nos voisins désargentés qui en utilisent les revenus pour construire des patinoires ou refaire leurs places de Ville. Tant mieux pour eux !

Il était donc fondamental pour notre attractivité, pour leur équilibre financier, pour que nous soyons mieux identifiés, plus qu’ils soient plus facilement repérés que puissent se développer entre la Seine et la forêt, à 100km de Paris, des entreprises qui rayonnent au-delà de nos frontières et font briller notre Ville. C’est une identité comme une autre. Val-de-Reuil est tranquillement devenue la capitale nationale des data-centers. BNP PARIBAS, ALTITUDE, EDF et ORANGE.

C’est un éco-système de performance et d’excellence à la française. Orange participe à cette dynamique qui pourrait s’accompagner de plus de mécénat et de plus de création d’emplois. C’est à Val-de-Reuil que sont conçus les porte-avions et les sous-marins qui assureront demain la protection de nos frontières et du deuxième domaine maritime international. C’est à Val-de-Reuil que sont produits les vaccins qui protègeront les enfants des maladies. C’est à Val-de-Reuil les produits cosmétiques, ceux du quotidien, de Roc et du Petit Marseillais, qui sont parmi les plus vendus en France. C’est depuis Val-de-Reuil et le site d’Hermès que sont expédiés les produits manufacturés de petite maroquinerie parmi les plus prisés de nos visiteurs étrangers. Cela me permet d’affirmer que Val-de-Reuil, grâce à vous aujourd’hui, conforte d’année en année sa place de premier bassin industriel du département de l’Eure.

10 MAI 2019

À l’issue de la cérémonie patriotique du 8 mai dernier, au Monument Mémoire et Paix, j’ai remis à Benoit Balut, adjoint à la jeunesse de Val-de-Reuil, la Médaille d’argent de la Jeunesse et des Sports

Discours de Marc-Antoine Jamet, Maire de Val-de-Reuil

Remise de la Médaille d’argent de la Jeunesse et des Sports à Benoit Balut

Mercredi 8 mai 2019 – 11h30

Monument Mémoire et Paix

 

 

Chers amis,

 

Nous venons de conclure la cérémonie qui marque l’anniversaire du 8 mai 1945. Un autre rassemblement peut s’organiser au cours duquel les rôles vont s’inverser. Benoît Balut présidait à la commémoration de la victoire sur les nazis. Il va maintenant devenir le centre, le sujet, d’une seconde cérémonie, plus locale, plus pacifique, au cours de laquelle, devant sa famille, devant ses amis, devant ses collègues, il va être décoré de la médaille d’argent de la jeunesse et des sports.

Il est juste, il est bon, en effet, de rendre hommage aux Rolivalois méritants, à ceux qui font rayonner, briller et aimer notre cité. Incontestablement, Benoit Balut, l’adjoint rolivalois à la jeunesse, en fait partie. Je me demande même si, pour reprendre une formule qui n’a pourtant pas porté bonheur à celui à qui elle était destinée, il ne serait pas « le meilleur d’entre nous ». Son parcours est fait de légitimité, de crédibilité, de visibilité, certes, mais aussi, ce qui est plus rare chez un élu (je parle en connaissance de cause) d’humilité. Votre modestie naturelle en souffrirait-elle, Benoît Balut, ce n’est donc pas la Ville qui vous salue, mais la Nation qui vous honore.

Il faut un commencement à notre histoire. Ce début nous est très personnel. Peu en connaisse la réalité. Elle n’est pourtant pas compliquée. Malgré les trente ans qui nous séparent, nous nous sommes trouvés et appréciés. Dès que je fus élu, il y a vingt ans désormais, vous débouliez régulièrement, sans crier gare, rue Grande, dans mon bureau de Maire, en soirée ou le samedi, simplement pour une conversation ou pour un conseil, posant tranquillement les questions de votre âge à moi que vous connaissiez si peu, mais à qui vous aviez manifestement plaisir et facilité à parler. C’est ainsi qu’est née notre amitié. Votre confiance quasi illimitée me touchait profondément. Votre timidité, votre retenue également. J’ai le souvenir précis d’un  adolescent aux yeux bleus, aux cheveux blonds, à la fois tout en muscles et tout en finesse.

A cette époque, son sac de sport était si grand que Benoît aurait pu rentrer dedans. Il portait un survêtement étincelant aux couleurs du PSG. C’était celui de la section Judo de la capitale. Thierry Rey, médaillé d’or aux Jeux Olympiques de 1980 à Moscou, qui l’avait repéré, pensait que le kimono siérait à Benoît. Il est vrai qu’il pratiquait ce sport depuis ses 8 ans et avait de qui tenir. Son grand-père maternel était l’un des pionniers du judo en France et en avait créé un des premiers clubs à Maisons-Alfort. Son père et sa mère, engagés dans la vie associative, étaient déjà judokas. Il n’est pas jusqu’à sa sœur qui se soit révélée être une remarquable championne de natation.

A cette époque, il y eut des médailles en pagaille, des stages, des compétitions et des podiums. À cette époque, il y eût de superbes victoires avec le Club de Sainte-Geneviève-des-Bois, que je connaissais davantage par son ancien député-maire, Julien Dray, que par ses tatamis. Vous y passerez votre diplôme d’entraineur. A cette époque, il y eut des titres à foison : premier du Tournoi de Venise, vainqueur en équipe de France militaire alors que Benoît n’était même pas soldat, champion universitaire de lutte en en rejoignant au dernier moment cette équipe et cette discipline. Votre armoire à trophées est plus que pleine. Les étagères croulent sous les coupes. À cette époque, il y eût aussi, hélas, des blessures, des accidents. C’est le lot de tous les grands combattants, mais peu se sont relevés et sont repartis de l’avant, comme notre collègue et ami.

Rien d’étonnant à cela, car, au-delà des performances, de votre technique et de vos aptitudes physiques, un code moral structure votre vie et vos réactions. Je recommande à chacun de lire la phrase qui est en tête de votre compte twitter. Elle est symptomatique du code Balut. Derrière votre gentillesse, il y a le sens de l’amitié, le courage, le respect, la discipline, la sincérité, la rigueur, l’honneur, le contrôle de soi et la politesse. Ces valeurs sont celles à travers lesquelles chacun ici vous reconnait et ce sont elles qui vous permettent de relever tous les défis.

De Benoit Balut, je n’ai – on l’aura compris – que du bien à dire. Dans tous les secteurs de sa vie ! Même s’il y eut auparavant Vernon où, né le 10 août 1983, il ne croisa jamais, je vous rassure, le bourreau du collège PMF, Sébastien Lecornu, puis Saint-Marcel, il est un de ces Rolivalois exemplaires qui défendent leur Ville, bec et ongle, mais sans agressivité. Pour ses interlocuteurs, il n’est que bienveillance, écoute, respect et solidarité.

Ancien atlhète, il est un ami accompli et il n’est pas un combat de notre vaillant boxeur, Hervé Lofidi, que Benoît ne suive, pour le soutenir, au pied du ring, tout comme il a remis sa ceinture noire pour entraîner ses partenaires d’Amfreville-la-Mivoie vers les jeux olympiques des vétérans. Un cœur en or vous dis-je !

Il est un militant convaincu et présent, toujours partant pour un tractage sur le marché sous la pluie ou un collage au cœur de la nuit, responsable fédéral eurois d’un grand parti politique dont je tairai le nom, mais qui m’est proche, épris de justice sociale et d’égalité des chances, le double ressort à mon avis de sa personnalité et de son engagement. Il est systématiquement tourné vers les autres, au service des plus faibles, des plus fragiles, des plus vulnérables.

Il est également, à l’EPIDE, un agent impliqué. Benoît est un acteur central de ce que je considère être un établissement parmi les plus essentiels à notre jeunesse et à notre commune. Il permet, chaque année, à des dizaines de jeunes gens et de jeunes filles en difficulté ou en souffrance, d’acquérir soliditéet maîtrise de soi, non seulement par son travail quotidien, mais également par les responsabilités supplémentaires dont il a accepté la charge. Je pense évidemment au Cross de printemps, au VRASAD, aux délégations qu’il conduit aux cérémonies municipales, aux multiples actions entreprises parfois avec sa mère Béatrice parvenue à faire faire de la peinture sur tissu à des paroissiens qui ne sont pas tous des enfants de chœur.

Depuis 2014, il est un élu dans l’action et sur le terrain, un adjoint naturellement loyal et présent, constructif et solidaire, honnête et fidèle à ses idées et à ses alliés, repéré dans la commune, utile à la population dans des domaines, naguère le sport avec Rachida Dordain, puis aujourd’hui la jeunesse, qui ne sont pas des sinécures! Pascal Régnault, Agnès Dupain, Fouzia Nouicer, ses collaborateurs, en témoigneront. De séminaire organisé en recrutement supervisé, d’incident réglé en ennui évité, il est toujours sur la ligne de front cherchant une trousse de secours ou discutant avec un parent. Il est respecté de tous : des agents comme des enfants. Il faut dire que, lui aussi, il a été animateur : de 2001 à 2005 à la trésorerie, aux cerfs-volants, à la voie blanche. Toujours calme et patient. Aujourd’hui quand il fait son jogging, ses jeunes administrés le salue bien convenablement. Pour que ce comportement leur dure, je ne leur rappellerai donc pas que, au centre de l’éléphant, pour votre premier job, vous aviez entrepris, martialement, de mettre leurs aînés qu’on vous avait imprudemment confiés au régime pompes/abdos…

Au-delà des réussites collectives, des succès publics, il est des points peut-être un peu trop personnels à son goût, car il est pudique, que je veux encore évoquer à propos de celui qui, avec Jessica, va s’enraciner dans la commune en y investissant, à l’ombre de quelques panneaux photovoltaïques, dans une nouvelle maison. C’est un fils attentif et un père remarquable, ce qui me permet de saluer sa mère Béatrice qui, depuis les Rues Payse et Bonvoisin, elle aussi, m’a toujours aidé dans notre entreprise de renaissance de la Ville, et ses deux petites filles, Sarah et Clara, qui sont le sourire de tant de nos manifestations et l’atout de nos équipes de handball féminines. Il paraît d’ailleurs que vous avez mis au point une série de checks avec chacune des joueuses pour les encourager.

On l’aura compris, cet hommage est celui du respect que nous devons à Benoit Balut, mais c’est aussi celui de la reconnaissance et de l’affection que je lui porte naturellement.

Avant que je vous remette cette médaille, je vous donnerai un dernier conseil. Continuez Benoît. Continuez à être ce que vous êtes : un modèle, un exemple. Continuez à militer pour vos idées. Continuez à transmettre vos valeurs. Continuez pour que dans 5 ans, je vous remette une médaille d’Or.

 

Au nom du Ministre de l’Éducation Nationale et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, M. Benoît Balut, je vous remets la médaille d’argent de la Jeunesse et des Sports.

9 MAI 2019

HOMMAGE ET RESPECT – Retrouvez le discours que j’ai prononcé ce mercredi 8 mai 2019, au Monument Mémoire et Paix de Val-de-Reuil, lors de la cérémonie du 74ème anniversaire de la victoire des alliés sur le régime nazi

 

Discours de Marc-Antoine Jamet, Maire de Val-de-Reuil

Cérémonie du 8 mai 1945

Monument Mémoire et Paix

Chers amis, chers concitoyens,

Je veux vous remercier d’être venus aussi nombreux, aux côtés des autorités civiles et militaires que je salue, afin de transformer, si la pluie nous en laisse le temps, cette Fête de la Victoire en une cérémonie d’hommage et de respect.

Hommage et respect d’abord à la République elle-même, à sa bannière, notre drapeau bleu-blanc-rouge, à la Marseillaise, notre hymne national, à ce qui fait la France, notre patrie et notre Nation, à ce qui nous rassemble et que nous devons préserver.

Hommage et respect pour ces millions de femmes et d’hommes qui sont morts pour que nous vivions en liberté et en démocratie, pour ces soldats venus d’Amérique et de Russie, de la résistance et des colonies, qui ont débarqué en Normandie il y a 75 ans et ont laissé leur vie sur nos plages, sur nos routes, sur nos places, donné leur jeunesse et leur courage pour que la France relève après avoir subi le joug de la barbarie nazie.

Rendre hommage, témoigner du respect, c’est aussi avoir le sens de l’honneur et de la dignité. Il ne semble pas dans l’Eure également réparti. Comme d’autres élus de notre département, je me suis étonné, en effet, que la municipalité du Neubourg désigne, voici 10 jours, le 29 avril précisément, un admirateur du Maréchal Pétain, M. Philippe Marche, pour présider, non pas la cérémonie commémorant l’armistice du 11 novembre ce qui aurait été historiquement explicable, à défaut d’être politiquement compréhensible, mais celle en mémoire des déportés. Il n’est pas dans mes habitudes de commenter la façon dont mes collègues conduisent les affaires de leur commune, mais j’ai été stupéfait du silence qui, après que ce nostalgique de Vichy se soit vu confier cette responsabilité qu’il était le dernier à pouvoir accepter, a accompagné ses justifications. Il ne voyait pas le « problème ». Il ne comprenait pas les « reproches » qui lui étaient faits. Ils sont pourtant assez simples à saisir. En 1940, comme dans toute situation critique, il ne fallait pas se tromper. Les Français se sont partagés entre collaborateurs, résistants, à l’origine peu nombreux, et l’immense majorité des attentistes ou des indifférents assommés, comme la IIIème République, par « l’étrange défaite ». Les familles également se sont divisés. J’en sais quelque chose. D’engagements différents, qu’ils soient le fruit de convictions ou du hasard, sont nées des attitudes différentes. Certains ont serré la main de Hitler et d’autres ont continué le combat depuis Londres. Aux uns la honte, aux autres la gloire. Pétain, en signant les lois d’octobre 1940, a permis la déportation de 80 000 juifs dont 25 000 de nos compatriotes et 2 000 enfants de moins de 6 ans, morts la plupart d’entre eux dans les chambres à gaz d’Auschwitz ou sous les coups de leurs bourreaux SS. Voilà pourquoi lui pardonner est impossible. Voilà pourquoi M. Marche n’était pas à sa place. Voilà pourquoi j’ai souhaité que nous entrions dans ce monument, que nous nous débutions cette cérémonie, en écoutant le chant des marais, le chant des déportés, celui qui accompagna Simone et Antoine Veil au Panthéon, leur demeure de mémoire et d’honneur, le 1erjuillet dernier.

Hommage et respect bien évidemment à l’armée française qui combat au Mali pour que recule la menace terroriste dans nos villes. Notre minute de silence sera dédiée à la mémoire du dernier soldat tombé au bord du fleuve Niger, du 24èmemilitaire français mort dans un pays qu’il venait à peine de rejoindre pour le défendre, à Marc Laycuras, décédé le 3 avril dernier en opération. Fils du sous-Préfet de Bernay, il était né le 12 janvier 1989 à Cholet. C’est dire qu’il avait tout juste 30 ans, l’âge des projets et des commencements. Le capitaine Marc Laycuras n’était médecin que depuis 2 ans, mais il ne soignait pas, fidèle au serment d’Hippocrate, que lesmarsouins du 2èmeRima. Il protégeait et assistait tous ceux qui se présentaient à lui. Arrivé le 12 février 2019 en Afrique, il en soignait les populations amies ou ennemies, musulmanes ou chrétiennes, femmes, enfants, vieillards. Nous pensons à lui, à ses camarades, à sa famille. A leur chagrin. A leur douleur.

Hommage et respect, c’est ne pas oublier nos héros du quotidien et je voudrais dire ma reconnaissance aux pompiers de notre Ville. Voici dix jours, ils ont évité que Biotropica, en proie aux flammes, se transforme en un petit Notre-Dame de Val-de-Reuil et que le Data Center de EDF subisse les dommages irréversibles d’un début d’incendie alors que, à une centaine de mètres, nous allons poser la 1èrepierre du second Data Center d’Orange dans quelques jours.

Hommage et respect, c’est se tourner vers les militaires du Bassin des Carènes qui forgent l’outil de défense de la France dans un monde soumis à la pression démographique, au réchauffement climatique, au séparatisme, au fanatisme et au populisme qui sont, pour l’avenir, autant de facteurs de troubles, autant de causes de guerre.

Hommage et respect bien évidemment aux services publics de la sécurité, aux policiers du Commissaire Daubigny, aux gardiens du Centre de détention des Vignettes qui  font un travail difficile, aux agents de la Police Municipale qui me permettent de remercier notre adjoint à la sécurité, l’infatigable Dominique Lego, aux cadres de l’EPIDE dont la mission est essentielle.

Je voudrais conclure mon propos par une note d’actualité. Hommage et respect, cela impliquera que chacun remplisse son devoir civique le 26 mai prochain. Il y a un lien direct entre le cortège des morts et des sacrifiés que j’ai évoqué et ce droit sacré, ce devoir absolu, qui consiste à voter. Il faut s’y obliger même si on est un peu désabusé, fatigué, ou occupé à des milliers d’activités. Aucune n’a plus d’importance, si on y réfléchit dix secondes, que de faire vivre notre démocratie.

Enfin, ces élections sont organisées pour construire l’Europe, la faire évoluer et la changer, pas pour la quitter ou la briser. Le Brexit nous démontre à quoi conduisent les démagogues et les marchands d’illusions : pauvreté et chaos. Si nous ne restions pas unis, nous ne pèserions pas lourds demain face aux 6 milliards de chinois, d’indiens, de brésiliens, de mexicains, d’africains et d’indonésiens qui veulent à juste titre grandir, se développer et s’enrichir.

Alors comme je l’ai dit aux polonais de Stzum et aux allemands de Ritterhude lorsque nous les avons visités le 1ermai dernier, la solution, que nous aimions Bruxelles ou pas, c’est et cela reste l’Union Européenne. Simplement, pour que nous ayons davantage envie d’Europe, il faudrait qu’elle soit plus humaine, plus écologique et plus sociale. Une liste, à Gauche évidemment, additionne à la fois ces qualités et la possibilité d’unir nos efforts à ceux d’autres peuples européens. Elle reste mon choix.

Vive Val-de-Reuil, Vive l’Europe et Vive la France.

 

 

 

3 AVR 2019

Pourquoi j’irai saluer François Hollande ce jeudi 4 avril au Lycée Marc Bloch de Val-de-Reuil

Pourquoi j’irai saluer François Hollande

À l’invitation de ses professeurs et de ses élèves, François Hollande donnera une conférence sur l’Europe au Lycée Marc Bloch de Val-de-Reuil jeudi 4 avril 2019. Sa venue dans notre commune est à la fois un plaisir et un honneur. J’accueillerai donc  l’ancien chef de l’État sur le parvis de l’établissement à 9h30.

Je le ferai, avant tout, pour des raisons institutionnelles, par devoir, en fonction d’une tradition républicaine justement établie qui exige qu’un Maire salue un ancien Président de la République lorsqu’il est sur le territoire de sa commune.

Je le ferai pour des raisons morales parce que je conserve la mémoire des crises financières, économiques et sociales, des attentats terroristes et des événements internationaux auxquels François Hollande a été confronté et que je n’aurai pas l’ingratitude d’oublier qu’il y a fait face avec courage et détermination.

Je le ferai pour des raisons militantes pour affirmer, une fois encore, le choix d’une sociale-démocratie moderne, choix que je partage avec celui qui a dirigé le parti auquel j’ai toujours appartenu et, avec mon entier soutien comme avec celui de tant d’autres, l’a conduit sur cette ligne, vers le succès en 2012.

Je le ferai par solidarité politique avec un homme qui, dans la campagne pour les élections européennes qui commence, a annoncé un vote, clair, utile et cohérent avec son appartenance à la Gauche et l’espoir d’une Europe meilleure. Ce vote sera aussi le mien.

Je le ferai également pour des raisons locales puisque François Hollande, artisan d’une véritable politique de la Ville en faveur des quartiers de grande précarité, s’est engagé, de manière décisive, afin que Val-de-Reuil soit inscrit parmi les bénéficiaires du  Nouveau Programme de Rénovation Urbaine, de ce NPRU2 dont elle obtient, en ce moment même,  les premiers résultats concrets.

Je le ferai, enfin, pour des raisons personnelles, heureux qu’un ami (et un ancien collègue…), normand qui plus est, prenne le temps de venir visiter à nouveau ma Ville et de parler à sa jeunesse.

Communiqué de Marc-Antoine JAMET

Maire de Val-de-Reuil

Président de la Commission des finances de la Région Normandie

 

5 DEC 2018

Dialogue, négociation, respect.

Dialogue, négociation, respect.

 

Le mouvement des « Gilets Jaunes » veut lutter contre les inégalités sociales et territoriales qui se creusent. Il demande plus de justice et plus de solidarité entre tous les Français. Il exige le maintien de services publics accessibles, performants, modernes partout dans le pays. Il dit le besoin d’écoute, de respect et de dialogue. En ce sens, il recueille évidemment mon soutien.

Cet appui est logique. Il est la seule réponse que nous puissions apporter à des politiques publiques qui, à Val-de-Reuil, malgré la relance du renouvellement urbain et le recul du chômage, se sont traduites, en dix-huit mois, par la fermeture d’un de nos trois collèges, la diminution des emplois aidés, la taxation des retraités ou des plus pauvres, la baisse des APL, la fin de l’accession aidée à la propriété. La liste serait longue des mesures qui, prises une à une, paraissent ne pas être dirigées contre les habitants de notre commune, mais qui, dans leur ensemble, concrètement, ont été nuisibles à la collectivité que nous formons.

Il ne s’agit pas d’une volonté ou d’une hostilité de la majorité au pouvoir. On ne peut refuser au Chef de l’État et au Premier Ministre une légitimité qu’ils ont conquise, par deux fois, dans les urnes. Je le reconnais d’autant plus volontiers que je n’appartiens pas à leur camp. Mais ils sont responsables du malaise que nous vivons. Ce sentiment est la résultante, non seulement d’un style de communication inapproprié et blessant, mais, aussi, d’une indifférence à la France, celle des banlieues, celle des campagnes, qui n’est pas celle des métropoles ou des catégories prospères. Inexpérience, méconnaissance ou maladresse, la faute n’en est pas moins grave. Il faut rapidement la corriger.

Cette orientation s’est accompagnée, dans la pratique, d’une entreprise de décrédibilisation des corps intermédiaires (syndicats, élus de terrain, chambres consulaires, etc…), d’une verticalisation de l’autorité, d’un oubli – qui ne date pas d’hier – de nos traditions républicaines, ce qui faisait notre singularité en Europe, qui laissent aujourd’hui le peuple français sans représentation pour porter ses revendications. Voilà pourquoi il est dans la rue. Au-delà des manipulations, qui existent, c’est la raison première de sa mobilisation. Certains ont voulu remplacer la République des élus par la République des élites. Nous en payons – tous – les conséquences. Il est temps de retrouver le sens et les modalités de la négociation globale par laquelle on sort d’une crise. Des annonces concédées et successives ne peuvent la résoudre. S’il est absurde de répéter en boucle « les riches paieront » dans une société où la fiscalité bat déjà des records, la question du pouvoir d’achat ne peut être laissée de côté.

Pour autant, la violence n’est pas admissible. Elle est moralement injustifiable. Elle va, économiquement, contre la croissance et socialement contre l’emploi. Elle est indigne quand elle s’exerce contre les forces de l’ordre ou les sapeurs-pompiers, quand elle détruit le fruit du travail, quand elle profane les monuments nationaux. Les récupérations opportunistes et extrémistes, de droite comme, parfois, de Gauche, doivent être dénoncées. Après les échecs de Parcours Sup’, additionnés aux incertitudes de la réforme du Baccalauréat, il est normal qu’étudiants et lycéens soient inquiets pour leur avenir. Néanmoins, les parvis des facultés et des lycées, qui sont les lieux de l’éducation et de la connaissance, ne sont pas faits pour être bloqués. Pour préserver une planète dont la lutte contre réchauffement devrait être une cause politique universelle, une transition écologique, expliquée, durable, soutenable, reste indispensable, afin de ne plus être dépendants de produits pétroliers qui, de plus en plus rares, seront de plus en plus chers et devront être, comme notre dette, financés par nos enfants.

Communiqué de Marc-Antoine JAMET

Maire de Val-de-Reuil

3 DEC 2018

Nouveau prix d’urbanisme pour Val-de-Reuil : L’éco-quartier des Noés et son architecte Philippe Madec décrochent le prix du Moniteur/Équerre d’Argent dans la catégorie « aménagement urbain et paysager »

 

Nouveau prix d’urbanisme pour Val-de-Reuil :

L’éco-quartier des Noés et son architecte Philippe Madec décrochent le prix du Moniteur/Équerre d’Argent

 dans la catégorie « aménagement urbain et paysager »

« Nul n’est prophète en son pays ». Pourtant la qualité et la réussite du renouvellement urbain de Val-de-Reuil (ORU, ANRU, PNRU2), son utilité et sa maîtrise, sont unanimement soulignées. Autour de l’ANRU, les partenaires de la Ville le savent. Autour de la presse spécialisée, les commentateurs le disent. Autour des entreprises associées, le milieu du BTP le reconnaît. Autour de la centaine de grands professionnels que la Ville a mobilisée depuis 20 ans, les architectes le confirment. Autour de la Ville Nouvelle, la CASE en bénéficie. Cause ou conséquence, la plus jeune commune de France, cas unique en Normandie avec Le Havre, a su gagner, pour plusieurs de ses projets, les premières places dans les grands palmarès nationaux d’urbanisme et d’architecture.

Mais c’est probablement avec l’éco-quartier ou éco-village des Noés, le premier à avoir été ainsi labellisé dans la région, en 2017, par la Ministre du Logement Emmanuelle Cosse, que la Ville a remporté le plus de lauriers. Construit en 2016, sur les Rives de l’Eure, cette centaine de logements offre une vie nouvelle, meilleure et éco-citoyenne, à ses occupants qui bénéficient notamment des bienfaits d’un habitat bioclimatique, chauffé au bois, à budget maîtrisé. Soucieux d’inventer aujourd’hui l’habitat de demain, le bailleur Siloge (pour les logements) et la municipalité (pour la chaufferie, la halle – dont les travaux commencent prochainement -, la crèche, les parcs paysagers) – ont su appeler, pour mener à bien ce projet d’envergure, Philippe Madec, pionnier de l’habitat écoresponsable. Grâce à lui, cette réalisation séduit et, parfois, fascine. Les promoteurs ne s’y sont pas trompés qui, avec 250 maisons construites, ont multiplié les projets voisins.

A un point tel que, lundi 26 novembre, après le Grand Prix de la Ville Durable, la sélection aux « Green Solutions Awards » de Bonn pour la COP23, le Grand Prix de l’Aménagement/Construction en Zones Inondables, l’éco-quartier rolivalois a, de nouveau, remporté un prix prestigieux : celui donné dans la catégorie « aménagement urbain et paysager » à l’occasion de la remise de l’Équerre d’Argent. À partir de 900 dossiers, cinq projets avaient été retenus dans chaque catégorie pour cette édition des Équerres d’Argent 2018. Considéré comme le Goncourt de l’Architecture, le trophée a donc été remis lors d’une cérémonie organisée au conseil économique, social et environnemental (Cese) à Paris, par le jury présidé par Bernard Plattner (vainqueur de l’Equerre d’Argent 2017 pour le Palais de Justice de Paris) et où figurait l’architecte Manuelle Gautrand, à notre équipe : Philippe Madec, son maître d’œuvre, Denis Comont/Art du paysage son paysagiste, Peggy Abert pour la Siloge et Marc-Antoine Jamet pour Val-de-Reuil, ses co-maîtres d’ouvrage. Dans un palmarès que Sybille Vincendon de Libération décrivait comme « très minéral », le Jury a estimé que l’éco-quartier des Noés « apporte une réponse à l’urgence écologique et à la nécessité sociale ».

Obtiendra-t-il un même succès aux Victoires du Paysage où il est nominé parmi 67 projets sélectionnés à travers la France entière ? Réponse ce 6 décembre. En attendant, avec le même architecte, Siloge et Municipalité doublent la mise en rénovant, à partir de 2019, dans le cadre de l’ANRU, le quartier pavillonnaire de l’Andelle, doublant la taille de l’éco-quartier mitoyen.

23 NOV 2018

Maire de famille

Maire de Famille

par Marc-Antoine JAMET, Maire de Val-de-Reuil

 

L’hiver commence. Le temps est gris. Il pleut sur Paris. Le parc des expositions de la porte de Versailles n’a jamais été un endroit folichon. Sous les nuages de novembre, il est carrément sinistre. Ses pavillons de plastique, de plexi et de parpaings, regroupés au hasard, ressemblent aux bâtiments d’une zone industrielle ratée. On peut douter qu’un architecte se soit un jour penché sur leur silhouette déglinguée. Le tout ne déparerait pas un paysage post stalinien. Aujourd’hui le béton murmure. Une foule morose se hâte à la recherche d’un abri. Peu de femmes, beaucoup de cheveux blancs, des accents. Les Maires de France sont en congrès. Je suis avec eux.

Le Président de la République ayant fait savoir qu’il était empêché, le Premier ministre doit parler. En politique, Édouard Philippe n’est pas un champignon poussé après la pluie. Une ville, il sait ce que c’est. Au Havre, il a appris. Théoriquement. Pourtant les collègues n’attendent rien de bon de cet après-midi. Un discours pour dire que rien ne va changer ? A quoi bon ! Les conversations sont uniformément désabusées. Ça grogne. Ça se plaint. Ça maugrée. Les collègues qui démissionnent : ceux qui sont fatigués, ceux qui sont découragés, ceux qui perdent pied. Le « métier » n’est plus ce qu’il était.

Les Maires veulent être aimés. Ils ne sont plus respectés. Les figures républicaines sont dépassées. Gambetta, Jules Ferry, Clemenceau, revenez. Ils sont devenus fous ! Sans l’écharpe, point de reconnaissance. Avec ce n’est guère mieux : « dépêchez-vous ne nous marier, on a prévu une célébration yoga juste après ». Dans les campagnes, dans les petites villes, les Maires n’ont pas choisi de se présenter pour la centaine d’euros que leur rapporte leur indemnité. Le mauvais mousseux leur fait mal au ventre. Comme à tout le monde. Peut-être y sont-ils allés avec un peu d’orgueil, une pincée d’ambition, un petite envie de gloriole, mais, le plus souvent, c’est le goût du collectif, de l’intérêt général, du service public qui les a motivés. Travailler pour les autres, rendre au pays ce qu’il vous a donné, mettre ses compétences et ses idées à disposition d’une commune et la développer. Existe-t-il de plus belle vocation, de mission plus utile ?

Alors, bien sûr, les derniers mois ont été rudes. L’impression de ne pas être écouté, de ne pas être considéré, est venue mettre du sel sur des plaies plus anciennes. La montée des agglomérations, trop grandes, trop lointaines, trop techniciennes, sans la moindre responsabilité réelle devant les citoyens, a accéléré le suicide des municipalités. La fin du cumul des mandats a éloigné les députés des réalités et les élus locaux des responsabilités. Les dotations diminuent. Les sujets, la circulation, l’environnement, les jeunes, la culture, sont de plus en plus compliqués. Il devient difficile de construire, d’entretenir ou de réparer un gymnase, une école, une route un cimetière. Dans les Palais Nationaux, les communes, et ce n’est pas d’hier, ne sont plus des priorités. Ce qui a fait le pays, son histoire, sa géographie, sa singularité, est en train de disparaître. La fin des beffrois et des clochers est programmée. Nos repères disparaissent dans le grand flou uniforme et mondialisé.

Alors on pourrait jeter l’éponge et tout arrêter. Ce n’est pas dans mes gênes. Ce n’est pas dans ma personnalité. J’aime l’optimisme et la volonté. Pas d’états d’âme quand on est au service de la collectivité. On n’en a pas le droit. On n’en a pas le temps. Les nouveaux médias éloignent des habitants ? Il faut donner à tous votre adresse internet, communiquer sur twitter, apprivoiser cette « nouvelle convivialité ». L’esprit de citoyenneté disparaît. ? Il faut faire le tour des écoles et voir les petits élèves, à l’invitation de leur institutrice se lever, aller à la rencontre des associations, distribuer médailles et trophées. L’argent vient à manquer ? Il faut aller le chercher là où il est : dans le privé, à l’intercommunalité, dans les crédits exceptionnels comme l’ANRU qui va encore transformer Val-de-Reuil au cours des cinq prochaines années. Le nombre des unions ne cesse de chuter ? Il faut en faire, en mairie, les plus belles des cérémonies. On doute de sa propre utilité ? Il y a assez à faire, par soi-même parfois, dans la sécurité et la propreté, pour ne pas musarder. Les grands projets sont durs à monter ? Occupez-vous en bouchant les trous et en effaçant les tags ou les graffitis. Le manque emploi est le cancer qui ronge la cité ? N’abandonnez rien, ni le stage pour la jeune fille timide, ni la recommandation pour celui qui roule des biscottos, votre sourire pour les investisseurs et votre disponibilité pour les chefs d’entreprise. La fonction publique est un repoussoir ? Ce n’est pas vrai. Il y a des équipes jeunes, talentueuses, capables.

Construire une école est un bonheur. Refaire un gymnase est une joie. Transformer un quartier est un défi. Il n’y a pas de travaux ennuyeux ou facile quand il s’agit de moderniser ou d’améliorer. Cyrano, probablement pas le meilleur des gestionnaires, le disait élégamment : « c’est encore plus beau quand c’est difficile ! ». Alors, à tous les collègues, un seul conseil. A tous les maux, un seul remède. Retroussons les manches et allons de l’avant. Pour les habitants. Et puis comme toute peine mérite salaire, quand une grand-mère nous salue, avec émotion, ou un enfant nous reconnait, en confiance, rappelons-nous qu’il n’y a pas de plus belle récompense, de plus grand honneur. Je suis un maire de famille. C’est ainsi que je sers Val-de-Reuil.

11 NOV 2018

Retrouvez ici le discours que j’ai prononcé ce matin, à 11 heures, au Monument Mémoire et Paix, à Val-de-Reuil, à l’occasion du Centenaire de l’Armistice de 1918

Discours de M. Marc-Antoine JAMET

Maire de Val-de-Reuil

à l’occasion du Centenaire de l’Armistice de 1918

Monument Mémoire-et-Paix à Val-de-Reuil/

Dimanche 11 novembre 2018à 11 heures

 

 

Chers amis européens, chers concitoyens rolivalois,

Cette cérémonie n’est pas banale. Elle n’est pas un anniversaire. C’est une commémoration. On y parle de guerre et, pourtant, elle fait l’apologie de la paix. On y exalte, à juste raison, le courage de ces jeunes corses ou bretons, qui eurent l’inconscience ou la force d’âme, à vingt ans, avec d’autres auvergnats, picards ou normands, de monter à l’assaut d’une colline ou d’une tranchée, pour défendre les beffrois et les clochers d’un pays dont il ne parlait pas toujours la langue. Mais on oublie parfois d’associer au même hommage les tirailleurs sénégalais, les goumiers marocains, les spahis algériens, les auxiliaires indochinois ou malgaches qui, dans le froid et la boue, depuis l’Atlas et les Aurès, Dakar et le Fouta-Djalon, vinrent défendre une métropole que, pour la plupart d’entre eux, ils n’avaient jamais vue.

Cette cérémonie est paradoxale. Elle fête la victoire de la France et de l’Angleterre, alliées aux États-Unis d’Amérique, mais elle réunit, fraternellement, avec les représentants de Ritterhude, unsere freundin Suzanne Geils, et de Workington, our friend Joan Wright, les délégations de trois des grands pays européens qui, vainqueurs ou vaincus, furent les protagonistes de ce conflit. Au cœur des deux batailles de la Marne et celle de la Somme, autour de Craonne et de Verdun, en Artois et en Flandres, sur le Chemin des Dames, au Morthomme ou à Douaumont, il y eut aussi des londoniens, des écossais et des gallois, des australiens, des canadiens et des indiens et, face à eux, des Prussiens, des Rhénans, des Bavarois. C’est le même sang qui battait dans leurs veines. C’est le même sang qui fut versé. Nous le savons aujourd’hui.

Cette cérémonie est à la fois anachronique et actuelle. Elle rappelle la puissance des empires européens qui, en rose ou en bleu, sur les cartes Vidal de La Blache, s’étalaient sur les cinq continents, mais elle marque aussi le début de leur fin, quarante ans avant l’ère des indépendances. Elle mit aux prises 70 nations, mais certaines, la Pologne dont Letchek Tabor le Maire nouvellement réélu (il faut toujours réélire un bon maire) nous adresse un message, ou l’Irlande n’existaient pas juridiquement et d’autres, brièvement apparues, la Tchécoslovaquie ou la Yougoslavie, ont disparus comme État. Le monde est fragile. Au lieu de s’unir, il se fragmente, il se scissionne, il se divise, il se déchire en Ukraine, en Irak, en Syrie, au Mali et, après tout, en Catalogne aussi, parfois plus près encore…

Cette cérémonie n’est pas anodine. Si, dans une vie, il fallait n’en suivre qu’une, c’est à celle-ci qu’il aurait fallu assister, le 11 novembre 2018, car elle marque un siècle d’histoire. Elle est le regard du XXIème siècle, ses craintes et ses découvertes, sur le XXème, ses progrès et ses folies. Elle fait ressurgir l’image de nos grands-parents, pour les plus âgés d’entre nous, de nos arrière-grands-parents, pour les plus jeunes. Chacun de nous, en Allemagne, gnädige Suzanne, en Angleterre, dear Joan, en France, chers amis, avons connu ou entendu parler d’un homme, jeune, qui, un matin d’août 1914, la fleur au fusil, pensant que la mobilisation n’était pas la guerre ou que, si elle l’était, elle serait « fraîche et joyeuse », a quitté ses champs ou son usine, son atelier ou son troupeau. Constant dont je porte le prénom, né en 1897, avait été mobilisé, envoyé sur le front et aussitôt retiré car, caissier à la Banque de France, on lui demanda de veiller à Pau sur nos lingots. Claude, mon autre grand-père dont je porte aussi le prénom, avait quatre ans en août 14 et connaîtra ensuite, avant d’autres errements, la ligne Maginot, la débâcle et l’offlag, mais son père, Ernest, était officier de liaison auprès de l’armée anglaise. Il participa, en première ligne, aux offensives des Tommies, et fût décoré par ses supérieurs britanniques, amateurs du flegme qui porte leur nom, pour avoir continué de se raser sous les balles d’une attaque aérienne ennemie. Vers la fin de sa vie, l’intéressé confessait ne plus être vraiment certain d’avoir entendu l’avion arriver. Nous les avons connus très âgés ces Théodore et ces Victor, ces Otto et ces Karl, ces Bill et ces Bob. Ils n’avaient pas toujours l’air de héros et pourtant ils en avaient été.

Ni notre Ville, ni ce monument n’existaient quand cette cérémonie fût instituée, mais, depuis le décès de Lazare Ponticelli, il n’est plus aujourd’hui une seule commune de France où l’on puisse entourer d’affection les veuves ou partager l’effroi des survivants de ces quatre années et demi d’épouvantables tueries. Nous sommes désormais à égalité devant cette tragédie. Val-de-Reuil est peut-être trop jeune pour avoir une Histoire, mais ses habitants en ont assez vécu pour avoir une mémoire.

Il y aura cent ans aujourd’hui même, à la onzième heure du onzième jour du onzième mois de 1918, les clairons de l’armistice sonnaient le cessez-le-feu sur toute la ligne de front occidentale laissant les combats se poursuivre et le sang se verser en Orient et au centre de l’Europe sur les ruines des empires austro-hongrois et ottoman. Des démocraties triomphaient et des monarchies abdiquaient à Berlin, à Vienne, à Istanbul. Un jour nouveau se levait sur la France, sur l’Europe et sur le monde.

Un jour nouveau, mais un jour triste, un jour sanglant, un jour d’hécatombe. Derrière l’ivresse de la victoire, des pays vacillants se relevaient comme des boxeurs sonnés. Une immense cicatrice traversait notre pays de part en part. De la mer du Nord à la frontière suisse, un gigantesque réseau de tranchées, de boyaux, de postes d’observation, de barbelés, de cratères de bombes, de décombres encore fumants, de fosses communes et de désolation, courait sur notre sol dévasté.

Après plus de quatre ans d’un conflit qui, né à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine, de l’assassinat d’un archiduc autrichien par un étudiant serbe, s’était peu à peu étendu à la quasi-totalité de la planète pour devenir la première guerre mondiale, les canons, les fusils et les mitrailleuses se taisaient enfin. La guerre était finie et, comme sortant d’un interminable cauchemar, dans l’ivresse de la paix retrouvée, les peuples en liesse se juraient les uns aux autres qu’on ne les y prendrait plus, que c’était bien la dernière, la « der des ders », comme chacun le disait dans sa langue et l’espérait dans son cœur. En Français, en Allemand, en Anglais, en Turc, en Polonais.

La guerre, nous savons tous ce que c’est. Ou nous croyons le savoir. Les livres d’histoire, les films documentaires et les films de fiction, les quelques images, les quelques sons qui nous en parviennent sur nos écrans de télévision et par les réseaux sociaux, pire les jeux électroniques enfin, nous en font quotidiennement le récit et nous en proposent une vision, édulcorée et filtrée par d’innombrables censures, dont nous nous accommodons d’autant plus facilement que, Dieu merci, depuis maintenant plus de sept décennies, nous, nous les Français, nous les Européens, n’en avons plus ni subi l’horreur qui est celle de la mort, ni connu la terreur qui est celle des armes, ni senti l’odeur qui est celle du sang. Non, la guerre n’est pas un jeu vidéo. Nos soldats qui se battent pour nous au Sahel ou au Levant savent ce que la guerre, parce qu’elle peut conduire au sacrifice suprême, a de terrible. Nous leur devons le plus absolu des respects.

Ce que nos arrière-grands-parents, puis nos grands-parents, vingt ans plus tard, ont vécu, ce qu’ils ont traversé, ce à quoi ils ont survécu et dont, le plus souvent, ils ne voulaient ni ne savaient parler à leurs enfants, nous n’en avons qu’une bien faible idée. Il est des expériences et des souffrances incommunicables. Jamais dans l’histoire des peuples, l’humanité n’avait consenti un si lourd tribut à la folie humaine. Vingt millions de victimes entre 1914 et 1918, cinquante millions entre 1939 et 1945, tel est le montant de la rançon qu’a exigée et obtenue des hommes ce dieu du carnage, Moloch impitoyable auquel ils ont sacrifié par deux fois leur bonheur et leur raison.

Blasés par l’habitude, soit ignorants, soit indifférents à notre histoire, nous passons chaque jour devant ces monuments commémoratifs que le remords et la piété ont multipliés au centre de nos villes, au cœur de chacun de nos villages et nous jetons un regard indifférent sur ces interminables listes de noms gravés dans la pierre ou le marbre et qu’efface peu à peu le temps. Relisez-les comme je le fais toujours. Ce sont parfois dans nos campagnes des familles entières qui ont été anéanties. Ayons une pensée, en ce jour du centenaire, pour cet effroyable cortège de jeunes hommes, frères, cousins, voisins, que la mort a fauchés au printemps de leur existence. Prenons conscience de ce que notre vieux pays a souffert dans sa chair et dans son âme, de cette hécatombe dont il ne s’est peut-être jamais remis. Un million et demi de morts, quatre millions de blessés sur dix millions de mobilisés. La guerre avait marqué de son signe fatal une maison, une famille, un foyer sur deux. A Liverpool, à Brême, à Rouen ou à Evreux, elle laissait des gueules cassées et des grands blessés, des orphelins, des veuves et des femmes seules qui, par millions, avaient fait tourner l’économie, soutenu l’effort de guerre, travaillé dans les usines d’armement, moissonné les champs, soigné les blessés. Oubliant qu’on ne peut se réconcilier qu’avec son ennemi, à Versailles, elle avait multiplié pour les vainqueurs, les frustrations, pour les vaincus, les humiliations, pour la société des Nations, les désillusions.

Sont-ils morts pour rien, comme on l’a trop souvent dit ? Étrange manière de les honorer que de cracher sur leurs tombes si prématurément ouvertes ! Ces civils que la guerre avait revêtus d’uniformes, entre les mains de qui elle avait mis des armes, qu’elle avait enrôlés sous ses drapeaux, dont elle avait fait sinon des militaires, en tout cas des combattants, aimaient la vie comme nous, auraient pu se marier, fonder une famille, vieillir, mais ils ont accepté de mourir. Par discipline ou par idéal. Pour la patrie, pour la terre natale, pour des valeurs qu’ils voyaient en danger, dans l’espoir d’un monde meilleur et plus juste. C’est bien parce qu’ils sont morts avec Guillaume Apollinaire et Rolland Garros, avec Charles Péguy et Louis Pergaud, avec Jean Bouin et Alain-Fournier, que nous sommes là, c’est à leur mort que nous devons notre liberté d’un côté et de l’autre du Rhin, de part et d’autre de la Manche.

Les clairons de l’armistice n’annonçaient pas la paix, comme nos aïeux ont voulu le croire. Ils ne sonnaient que pour une trêve. Au moins, après deux guerres mondiales, le spectre semble pour toujours écarté des guerres civiles, des guerres intestines, des guerres suicidaires que se livraient les peuples européens, ennemis héréditaires, Français contre Anglais, Français contre Allemands. L’esprit de revanche, le nationalisme westphalien et l’hégémonisme colonial ont disparu. Ne nous faisons pour autant pas trop d’illusions : la guerre n’est pas finie. Nous la menons sous des formes différentes et qu’il nous faut gagner sous peine d’être balayés par l’histoire, contre l’injustice et la misère, pour la justice sociale et l’égalité des chances, contre le fanatisme et l’intolérance, pour la laïcité et la liberté, contre la haine et la violence, pour la fraternité et la solidarité, contre le populisme et le terrorisme, donc contre la guerre et pour la paix universelle. Demain nos enfants feront face aux conséquences du réchauffement de la planète, de la poussée démographique en Afrique et en Asie, de l’envahissement numérique et du recul de l’éthique, de la relégation des banlieues et du mépris des élites, du manque d’eau, de la transformation du travail et du vieillissement des populations européennes. Il y aura deux manière de répondre à ces défis : le rassemblement des intelligences, des talents et des énergies comme nous tentons de le faire ici à Val-de-Reuil, à Ritterhude, à Workington, à Stzum, à Danthiady. Ou bien la rivalité, la compétition, le chacun pour soi et, comme ceux que l’on a appelé les somnambules parce que, à Paris, Londres et Berlin, ils ont provoqué la guerre croyant jusqu’au dernier moment qu’ils n’auraient pas à la faire, l’humanité connaîtra des déconvenues et des drames bien plus graves que ceux dont nous voyons aujourd’hui les prémices se mettre en place. Plus que jamais soyons vigilants. C’est le sens de cette cérémonie.

Vive Ritterhude, Vive Workington, Vive Val-de-Reuil.

Vive la République et Vive la France

4 OCT 2018

J’ouvrais ce jeudi 4 octobre, au Théâtre de l’Arsenal, à Val-de-Reuil, en présence de nombreux anciens dirigeants africains, chefs d’entreprise, économistes, acteurs associatifs et élus du territoire normand, la 3ème édition des rencontres « Entreprendre avec l’Afrique »

 

Je suis encore trop jeune pour être un sage. Je ne peux donc ouvrir ce colloque, ici au théâtre de l’Arsenal, sans saluer les anciens auquel le respect est dû. Par leur expérience et leur travail, ils ont permis la dynamique de ces journées qu’organisent la communauté d’agglomération Serine-Eure et son président, Bernard Leroy, qui est un peu le chef de la CASE.

D’abord, mon collègue Hubert Zoutu, indissociable de Thérèse son épouse, qui, comme Léopold Sédar Senghor en son temps, est devenu un pont solide et généreux entre notre Normandie et l’Afrique plurimillénaire, grand continent qui a engendré les autres et où l’humanité est née. Je rends hommage à l’acharnement et au dévouement qui ont été les siens pour lancer politiquement, intellectuellement, matériellement ces assises.

Je veux également souhaiter la bienvenue dans notre Ville à un ami, Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des Economistes, qui, ayant le sens du partage et le talent de l’intelligence, partage précisément son intelligence de Aix à Val-de-Reuil, en passant par Singapour pour susciter, de cercles en rencontres, discussions et idées.

Je veux, enfin, dire l’honneur qu’ils font par leur présence dans la plus jeune commune de France à nos illustres invités qui, au sud du Sahara, dans leurs différents pays, ont occupé les fonctions les plus élevées, et aux intervenants français qui ont pris sur leur agenda pour éclairer nos débats, au premier rang desquels, évidemment, ma collègue du conseil régional, Clothilde Eudier, vice-présidente en charge de l’agriculture en général et, plus particulièrement, de rappeler à Hervé Morin qu’il n’y a pas que le cheval dans la vie. C’est dire qu’elle a fort à faire.

Je suis trop jeune, ai-je dit, mais déjà assez vieux pour être assis sous l’arbre où, dans la cité contemporaine dont je suis le maire, le conseil du village se réunit. Alors permettez-moi quelques réflexions générales pour nourrir ce mot d’accueil et l’extirper de son carcan protocolaire.

Première remarque : il serait très artificiel et très européen de prétendre que l’Afrique est une. Tout comme l’Allemagne, l’Italie, la Hongrie, l’Italie, même si elles appartiennent – pour combien de temps encore – à la même union politique et économique, ne sont pas la France, il y a, en fait, de l’océan indien au golfe de Guinée, du Cap à Alger, plusieurs « Afriques » immenses, variées, diverses, par l’économie, l’alphabétisation, les recettes budgétaires, le climat, la pyramide des âges, les ressources, le peuplement. L’Afrique est le continent pluriel par excellence. Alors gardons-nous de toute généralisation.

On entend, en effet, beaucoup de jugements globaux sur l’Afrique. Ils en proposent souvent une vision catastrophiste. Sans doute faudrait-il que ces commentateurs se modèrent, ne serait-ce que parce que beaucoup d’entre eux n’ont jamais traversé le détroit de Gibraltar, bu un verre de bissap ou une tasse de quinquéliba, jamais senti l’air parfumé qui s’engouffre dans l’avion quand la porte de la carlingue s’ouvre à N’Djamena, Yaoundé ou Djibouti, jamais vu les choucas tourner en cercles infinis au-dessus des ports de Libreville, Dakar ou Abidjan. Certes, l’Afrique continue de souffrir de maux préoccupants : pauvreté et inégalités, menaces terroristes et conflits ethniques, régimes discutables et infrastructures insuffisantes… Certes la conjoncture macroéconomique y est depuis quelques mois plus aléatoire en raison du cours erratique des minerais ou de la remontée des niveaux d’endettement des Gouvernements. Mais il est d’autres manières – plus positives – de décrire un continent, riche de ses matières premières et de ses capacités humaines, un continent qui représentera la jeunesse de la terre avec 25% de la population mondiale en 2050 et qui vit, en même temps, des dizaines de transitions numériques, démographiques, écologiques, économiques.

D’un point de vue géopolitique, il ne faut pas confondre les territoires en crise ou en tension qui existent, qui connaissent insécurité ou épidémies – on sait combien le Mali est la victime de Daech, de même qu’on se souvient des ravages qu’a fait, encore récemment, le virus d’Ebola – et des régions entières où cela va mieux, où cela va bien.

D’un point de vue économique et démographique, il faut se méfier des agrégats statistiques. Bien sûr on peut rappeler que deux Africains sur trois n’ont pas accès à l’électricité, mais c’est en train de changer. Mais l’Afrique est en mouvement. Mais 500 millions d’Africains sont connectés par leur portable. Mais le potentiel est considérable. Mais sa croissance progresse à un rythme impressionnant. Mais elle est portée par une classe moyenne en pleine expansion. Tout ce à quoi croit Jean-Louis Borloo sous le nom duquel nos discussions se sont abritées et qui, comme je lui rappelais encore cet été, quand nous nous sommes vus, a beaucoup fait pour Val-de-Reuil.

D’un point de vue démocratique, certes on peut déplorer les soubresauts dictatoriaux qui se produisent régulièrement, mais il y a des alternances comme en Gambie, au Bénin, au Ghana, au Sénégal, des évolutions comme celle incarnée par Georges Weah au Libéria non plus comme footballeur du PSG, mais président à Monrovia.

Mais s’il ne faut pas pas verser dans l’afro-optimisme béat des années 70, car, étant de principe, il était naïf, il ne faut pas non plus sombrer dans un afro pessimisme, exagéré et désespérant, qui serait anachronique au XXIème siècle.

Dans ces conditions, quelle est la méthode pour parler de l’Afrique ? Acceptez du secrétaire général de LVMH qu’il se hasarde à considérer que les Afriques méritent de la haute couture et du sur mesure. Il faut réfléchir, quand on l’évoque, à une approche par zone, par pays, par projet. C’est ce que vous ferez aujourd’hui et demain.

Deuxième remarque : nous avons raison de consacrer notre temps et notre réflexion à l’Afrique, car elle prend une importance de plus en plus grande sur la scène internationale. Le continent africain est le cœur d’enjeux stratégiques essentiels. Il est devenu un acteur à part entière des échanges mondiaux. C’est pourquoi il est activement courtisé par les puissances montantes comme par les États qui l’ont autrefois découpée en empires.

D’ailleurs, si l’Afrique n’en valait pas la peine, tous les pays du monde n’aurait pas aujourd’hui une politique africaine. Or, on voit les dirigeants de l’Inde et du Maroc l’Arabie Saoudite ou du Qatar, du Brésil, de la Turquie ou des USA, se passionner pour sa modernisation, y séjourner, s’en préoccuper. Ce n’est pas toujours par simple bienveillance. S’appuyant sur la diplomatie de l’autoroute, du stade ou de la voie ferrée, la Chine y désormais a un commerce deux fois important que le nôtre. Pas vraiment par philanthropie.

Il faut dire que nous avons compris trop tardivement qu’il nous fallait être symétrique et pas unilatéral, qu’il ne fallait plus prendre en Afrique, mais y entreprendre. Pour parler clair, la France, qui l’a annoncé tant de fois, doit mettre fin au système inefficace et dépassé de la France-Afrique. Mais, comme l’a dit le Président de la République Emmanuel Macron, parfois maladroitement, à Ouagadougou ou, plus récemment, à la conférence des ambassadeurs en aout dernier, elle ne doit pas renoncer à l’amitié avec les pays africains. Continuons, comme nous le faisons à notre échelle ce matin, à entretenir une relation intellectuelle et culturelle singulière, avec cette partie de l’Afrique multiple avec laquelle nous avons le plus en commun : la proximité géographique, l’héritage historique, le métissage des cultures et des peuples, la langue souvent, des liens personnels étroits. Faut-il rappeler, ici où toutes les nationalités du continent sont largement représentées que 10% des Français ont des origines africaines, que 300 000 ressortissants français vivent sur le sol africain et que 75 % des francophones seront Africains en 2050 ? Dans ma commune, tous les pays d’Afrique sont représentés. Vous n’aurez pas l’équivalent de Val-de-Reuil à Pékin…

Troisième remarque : si on consacre à l’Afrique, comme nous ce matin, mieux qu’un regard extérieur, vague et lointain, on s’apercevra que le continent africain n’est plus uniquement le terrain de jeu des puissances anciennes, mais qu’il est le berceau de puissances jeunes et nouvelles : le Nigéria avec 27% du PIB de la zone et 94 milliards de $ d’investissements extérieurs, l’Afrique du Sud avec 20% du PIB de la zone et 136 milliards de $ d’investissements extérieurs, deux pays qui se caractérisent en outre par des forces et un effort militaires importants, l’Éthiopie avec 10% de croissance, le Zimbabwe avec 7,5% de croissance, d’autres États souverains encore qui naissent ou renaissent comme le Maroc. On n’est pas observateur, mais acteur de son propre destin. L’Afrique le sait.

Pour coller plus étroitement à notre sujet, dans un contexte prometteur, mais instable, il est déterminant que l’Afrique parvienne à couvrir ses besoins de proximité en développant massivement son agriculture vivrière, qu’elle enclenche une véritable révolution verte face aux dérèglements climatiques, qu’elle relève le défi agro-alimentaire par une meilleure utilisation des terres arables, par la restauration des sols, par un recours accru à l’irrigation et une bonne gestion de l’eau, par une mécanisation adaptée, par l’emploi de semences améliorées, par le développement de filières prometteuses (coton, oléagineux, cacao, horticulture, pêche…), par l’innovation et les nouvelles technologies. Vous êtes de ces sujets de meilleurs experts que moi.

Vous constaterez au fil des tables rondes que l’Afrique, par elle-même, a déjà accompli de grands progrès en matière de nutrition et de sécurité alimentaire. Mais le développement du secteur agricole nécessite d’importants capitaux. Même s’ils sont encore insuffisants, des financements sont disponibles, notamment à travers l’aide publique et l’épargne d’une vaste diaspora qui se mobilise en faveur de projets concrets. Les entreprises françaises et la coopération décentralisée, avec mon ami Rémy Rioux qui, à la tête de notre agence de développement, le plus utile et le plus beau job au monde, fait un remarquable travail, peuvent certainement apporter, en ce domaine, une collaboration recherchée. Mais il faut bien comprendre que l’Afrique a désormais davantage besoin de partenariats équilibrés et équitables que de bonnes paroles et de conseils.

Dernière remarque : dans notre colloque très pacifique, il faut marteler que, de part et d’autre de la Mer Méditerranée, il n’y aura pas de développement sans sécurité ni de sécurité sans développement. L’essor économique de l’Afrique est donc une priorité absolue pour le monde. Il exige de déraciner les ferments terroristes, de stabiliser les États et de redonner l’espoir à la jeunesse.

Pour y parvenir, il faut avoir – ensemble – une priorité et une constante : la lutte contre le djihadisme. L’expansion du fanatisme islamiste précarise la situation sécuritaire en Afrique, en particulier dans la vaste zone sahélo-saharienne. Des groupes armés s’y sont réfugiés dans des zones désertiques Depuis 20 ans, l’extrémisme religieux violent s’est progressivement répandu en Somalie, au Soudan, au Mali, au Nigéria, au Kenya, en Tunisie, en Libye. Cet islamisme radical prospère dans des régions pauvres et reculées où sévissent le marasme économique, la désespérance sociale, la pression démographique, des tensions interreligieuses ou interethniques. Il embrigade des jeunes déshérités, frustrés et privés de perspectives professionnelles, sociales, éducatives. Il tire profit de tous les trafics (drogue, cigarettes, armes, migrants, otages…) qui prospèrent dans ces territoires sur lesquels le contrôle étatique ne s’exerce que de manière faible. En dénonçant le problème, je dis les solutions.

Ce défi majeur que l’Afrique affronte, concerne aussi directement nos États européens, car les répercussions de cette crise se font sentir chaque jour en Europe. Les arrivées massives de migrants sur les côtes italiennes et espagnoles, après une traversée souvent périlleuse et meurtrière, n’ont parfois pas d’autres raisons.

Heureusement, en matière de sécurité, il faut se féliciter de la montée en puissance et de la crédibilisation des capacités défensives africaines, tant sur le plan national qu’au niveau régional. Sur ce plan, le G5 Sahel revêt un caractère exemplaire avec un état-major qui rassemble un général nigérian, un officier supérieur tchadien et un commandant camerounais. L’Afrique prend, sur ce plan aussi, de plus en plus son destin en mains. L’organisation annuelle du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique depuis 2014 en est la preuve. Dans ce combat nous sommes alliés.

Alors, pour conclure, quelle méthode notre colloque doit-il prôner pour que l’Afrique et l’Europe relèvent les défis d’intégration, d’urbanisation, de biodiversité, d’éducation, de financement, d’innovation auxquelles elles font face ? Le partenariat, je l’ai dit.  C’est Hubert Védrine qui, en préparant cette intervention avec moi, me l’a affirmé. À condition qu’il repose sur le co-développement et non sur l’hégémonie, sur la confiance mutuelle et non sur la défiance généralisée, sur la responsabilité partagée et non l’arrogance imposée. L’avenir appelle à la cogestion intelligente des flux, des crises, des projets. Ensemble, par le dialogue et la compréhension, nous pouvons faire des choses extraordinaires pour nous et pour la planète. Il est un proverbe africain qui dit cela mieux que moi : « Si tu veux aller vite, marche seul, mais si tu veux aller loin, marchons ensemble ».

23 SEPT 2018

Discours prononcé à l’occasion d’un mariage que je célébrais samedi 22 septembre à la Mairie de Val-de-Reuil

Prononcé à l’occasion d’un mariage.

Samedi 22 septembre 2018 à midi – Mairie de Val-de-Reuil

Madame, Monsieur, chers concitoyens, chers amis,

Je suis heureux de vous accueillir ici, dans la modeste mairie de la plus jeune commune de France : Val-de-Reuil, notre Ville, la Ville où vous habitez. Parce que cette maison est celle de tous les Rolivalois, sans exception, sans différenciation, sans discrimination, elle est, aujourd’hui, d’abord la vôtre. A la faveur de votre mariage, elle s’ouvre à vos familles, à vos amis pour un moment de joie, pour une fête dont, vous comme eux, vous vous souviendrez toute la vie. Je vous autorise d’ailleurs, comme vous êtes à mon agenda le seul mariage inscrit, à rester ici jusqu’à minuit si vous le cœur vous en dit. Mais je crois savoir qu’une fête s’organise non loin d’Elbeuf et cela soulage les agents municipaux qui s’inquiétaient, pour l’allongement de leurs horaires de travail, qui plus est un samedi, de la générosité soudaine et inconsidérée de ma proposition…

Ainsi qu’il est normal, j’ai pris connaissance attentivement de votre dossier. Nous nous sommes, Madame, hier longuement rencontrés. Ce que j’ai lu, ce que j’ai entendu, m’a appris que vous travaillez tous les deux pour une entreprise bien connue de notre Ville, le bailleur social IBS, l’un comme gardien, l’autre comme agent d’accueil. Pourtant, plutôt que de vous loger dans un des nombreux immeubles de votre employeur, vous avez préféré habiter, Madame, place du climat, chez votre mère que je connais et salue, dans un projet de la Mairie, l’éco-quartier des Noés construit par la Siloge et qui a remporté des dizaines de récompenses environnementales. Nous avons tous nos petites contradictions, nos paradoxes cachés. Il en est de pire que de ne pas donner un loyer supplémentaire à son patron. Je vois plutôt dans cette adresse une manière de rappeler que, pour les générations qui viennent, pour les enfants que vous allez avoir, le problème le plus important ne sera pas telle ou telle question philosophique ou esthétique, voire vestimentaire, mais l’avenir écologique de la planète. Ce qui relativise bien des débats…

Vous êtes tous les deux jeunes , 29 et 24 ans, et sympathiques. Cela fait plaisir de vous voir vous engager ainsi à une époque où les mariages se font moins nombreux. Mais je vois une difficulté poindre : un seul d’entre vous est Normand. Il s’agit de vous Monsieur qui êtes né au bord de la Seine, à Rouen, tandis que vous êtes Madame une lointaine ressortissante de la région voisine, née à Melun Vous m’avez avoué hier que vous ne connaissiez notre Ville que depuis 6 ans. Il va donc falloir que nous adoptions une francilienne et que vous fassiez l’effort de faciliter, Monsieur, son intégration au pays de Flaubert et Maupassant… Il n’est pas sans intérêt de connaître, et pourquoi pas d’adopter, les usages de ceux dont on va partager le quotidien. Cela aide à l’amitié. Je l’ai testé puisque, discrètement, je peux vous le confier, pas une goutte de mon sang n’est eurois.

Je souhaite votre assimilation à la côte de veau vallée d’Auge et au Camembert, au « Peut-être bien que oui, peut-être bien que non » qui nous a rendus mondialement célèbres, au bocage et à la Manche, car, au moment où il célèbre un mariage, un maire craint toujours que les nouveaux époux déménagent vers un autre domicile. Je ne peux que vous inviter, tous les deux, à aimer notre commune, à y rester et à vous y enraciner. Nous n’avons même pas besoin de vous dire que vous y êtes les très bienvenus puisque vous êtes ici chez vous.

Ce n’est pas l’heure de faire de la publicité pour Val-de-Reuil, mais puisque je vois autour de nous, parmi vos témoins, des ambassadeurs de Saint-Etienne-du-Rouvray, représentée par un plombier, profession dont il est toujours utile de s’attacher un représentant, de Cléon, qui nous a délégué un coiffeur, métier peut-être moins stratégique, mais ô combien utile un jour comme celui-ci, et de Compiègne, en la personne de la sœur aînée de la mariée, je voudrais rappeler que peu d’endroits en France méritent autant le nom de commune que Val-de-Reuil. On devrait plus souvent se souvenir que ce mot signifie qu’un territoire et une population ont décidé de mettre en commun leurs espoirs et leurs moyens pour être collectivement plus forts que le vivre-ensemble a pour objectif le vivre mieux. C’est ce que nous faisons dans nos rues, dans nos écoles et dans nos associations au nom de la tolérance et de la bienveillance que nous devons à tous les habitants. C’est un équilibre fragile et on voit, si fréquemment hélas, que le populisme, le racisme, l’extrémisme, bref la bêtise, progressent dans notre pays qu’il nous faut agir, à chaque fois que nous le pouvons, avec intelligence et responsabilité pour le faire reculer. Le voile est une telle aubaine pour le Front National. Je vous l’avais indiqué. Sans succès. Force restera à la Loi que j’appliquerai.

Vous êtes deux jeunes citoyens français, je l’ai dit, libres et égaux en droits, mais vous avez un parcours et vous y êtes fidèles. Permettez-moi de saluer, outre vos parents, dans cette pièce avec nous, ceux qui, en ce moment, pensent à vous à Aït Yahia, à Inezgan et à Argana, dans les provinces de Meknès, Taroudant et Agadir, dans ce superbe Maroc qui, coïncidence en votre honneur, pour vous rendre hommage, a dressé un village au pied de la Mairie.

Enfin, laissez-moi vous dire, comme un signe qui vous portera chance, que je reviens, pour mon travail, du plus grand monument dédié à l’amour, le Taj Mahal, qui est aussi un chef d’œuvre de l’architecture musulmane dans un pays, bientôt le plus grand du monde par sa population, une grande puissance dont certains habitants vivent dans une grande pauvreté, où il peut arriver que les gens s’affrontent, hélas, au nom des croyances ou des religions.

Le respect que je vous dois m’amène maintenant à vous rappeler la signification du mariage républicain et à vous dire ce que je dis à tous ceux que je marie chaque samedi.

Ce mariage doit être exactement le même pour tous. C’est, si vous me passez l’expression, le mariage de « tout le monde ». J’agirais de manière strictement identique si je voyais d’autres fiancés devant moi. Je prononcerai les mêmes paroles. Je ferai les mêmes gestes. Vous imaginez ce que donneraient des cérémonies à la carte où, selon le bon vouloir du Maire ou des impétrants, suivant que l’on s’adresse à des chrétiens, à des juifs, à des musulmans, à des non-croyants, on utiliserait certains mots et pas d’autres, où on procéderait de telle façon ou bien de telle autre. Quel désordre ! Quelle honte ! Ce serait très injuste, pas vraiment harmonieux, certainement indigne. Cela créerait des inégalités entre les couples. Les cérémonies n’auraient pas la même valeur, pas la même durée. L’institution du mariage en serait fragilisé. C’est pour cela qu’il est bon de suivre un certain nombre de rites et de coutumes, de les partager, de les transmettre notamment aux plus jeunes puisque je vois que de nombreux enfants nous entourent. C’est notre patrimoine. C’est notre culture. C’est notre héritage. Je m’y emploie avec cette lourde pédagogie qui vous fait sourire et à laquelle, peu à peu, vous prêtez attention.

Mais c’est également un mariage unique parce que ne sont ici que ceux qui vous aiment et vous ont vu grandir. Ils vous regardent et vous entourent de leur affection. C’est pourquoi, voudrait-on faire la même cérémonie, y compris dans quelques minutes, sans quelques secondes qu’on n’y arriverait pas, car vos proches, vos parents ne sont là que pour vous, car cet instant n’existe que par vous. En ce sens, il est unique. Et parce qu’il est unique, il est magique…

C’est aussi une cérémonie publique et évidemment non politique. Je vois au fond de cette salle des mariages quelques émissaires parisiens d’associations compliquées. Ils seraient bien mal inspirés de parler d’islamophobie dans cette ville aux trois mosquées où on se moque de savoir si son voisin appeler Ali ou Alain. Il n’en est pas tant d’aussi sincères dans l’hexagone. Vous pouvez remiser vos portables, cesser de filmer, arrêter d’enregistrer. Vous n’en respecterez que davantage les mariés. Il n’y aura à Val-de-Reuil, au moins tant que j’en serai le premier magistrat, ni humiliation, ni provocation.

Revenons à la signification de notre rassemblement. Il constate le moment où des sentiments privés, qui ne regardent que les deux « promis », se transforment en engagements publics. C’est pourquoi le mariage n’est pas le PACS, étroitement juridique, et qu’il a une dimension morale qui nous dépasse. C’est pourquoi la porte est ouverte et que chacun peut assister à cette cérémonie. C’est pourquoi vous avez choisi des témoins pour attester que vous avez échangé, non pas simplement des alliances, mais vos existences. C’est pourquoi Marianne, cette femme aux cheveux tombant sur les épaules, qui est le symbole de la république française, veille sur nous. C’est pourquoi je ne pourrais pas vous unir si le portrait du Président de la République n’était pas dans la pièce. C’est pourquoi il faut que notre drapeau, celui de la République française, une et indivisible, c’est à dire qui ne reconnait aucune communauté, aucun clan, laïque et sociale, c’est à dire neutre et solidaire, soit visible. C’est pourquoi sur tous les documents, que je vous remettrai dans quelques minutes, sera inscrite notre belle devise, liberté, égalité, notamment entre les femmes et les hommes, fraternité. Ce sont nos valeurs. Elles ne sont pas contestables.

Enfin, cette cérémonie est la marque d’une volonté, la vôtre qu’il faut saluer et admirer. Elle est synonyme de confiance et de fidélité, de solidité et de durée pour une vie qui va vous conduire, dans les bons moments (ils seront très nombreux) et les mauvais (qui ne se produiront pas), très longtemps ensemble. Vous vieillirez. Vous évoluerez. Vous changerez. Comme tous les êtres humains. Mais vous aurez été unis.

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