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13 JUIL 2020

14 x 7 = 14.07 pour la fête nationale, le 14 juillet 2020 à 23 heures, tous à vos balcons, tous à vos fenêtres.

14 x 7 = 14.07 pour la fête nationale, le 14 juillet 2020 à 23 heures, tous à vos balcons, tous à vos fenêtres.

À Val-de-Reuil, on ne renonce jamais. C’est même la marque de l’esprit rolivalois. Alors que la plupart des communes de l’Eure, comme partout en France, ont annulé leurs feux d’artifice des 13 ou 14 juillet, la Ville, pour marquer la fête nationale, a décidé, au contraire, de maintenir cet instant de joie républicaine, cet évènement bleu-blanc-rouge, son feu d’artifice considéré comme un des plus beaux de sa catégorie dans le département. Nous ferons donc partie des 3 communes qui « maintiendront » la tradition tandis que 92 « ont mis les pouces ».

Bien sûr, il n’y aura aucun rendez-vous au Parc Sud. Pas de « belle verte » ou de « belle jaune », pas de lâchers de lanternes lumineuses, de fête foraine, de barbe-à-papa et de bal. Que les milliers d’habitués ne se déplacent pas, ils trouveraient porte close. Nous aurions d’ailleurs été dans l’incapacité, au milieu de l’obscurité et des explosions de fusée, de faire observer gestes-barrière, distanciation sociale et port du masque aux sept ou huit mille personnes, venues pour certaines des communes voisines, qui, sur plusieurs hectares, se pressent à cet événement. Or la sécurité face à l’épidémie de Covid 19 est un impératif.

Il a donc fallu innover. Cela ne nous est pas tout-à-fait étranger. Nous nous sommes inspirés de ce qui avait si bien marché pour la fête de la musique lorsque nous avions mis DJ, chanteuses, orchestres classiques et groupes rock sur les toits, celui de la mairie en premier, pour éviter la cohue et les rassemblements. Ce fût un succès. Same player shoot again !  Mais, évidemment, nous y avons mis une petite dose de surprise.

14 x 7 = 14.07. Tout tient dans cette étrange formule. Le 14 juillet, ce sera sur 14 sites, gardés secrets, clos et inaccessibles, très régulièrement disséminés sur la Ville, 14 feux de 7 minutes chacun magnifiant le drapeau tricolore. Pour attirer chacun à son balcon, à sa fenêtre, en proximité, il y aura un peu de son avant la lumière. De puissantes enceintes nous y aideront. D’abord quelques bêtes innocentes et grésillantes nous rappelleront, vers 22h30, que, en Normandie aussi, c’est l’été depuis le 21 juin. Ensuite la sonnerie solennelle des trompettes chères à Maurice Jarre retentira dans la nuit. Il s’agira d’introduire un discours fameux, impressionnant, essentiel, les mots d’un des personnages les plus connus de l’Histoire contemporaine de la France. « Honneur et Patrie », sa voix s’élèvera depuis Londres pour que, en cette année pour lui triplement anniversaire, on se remémore l’homme qui sauva la France de la honte et de la défaite. Viendra alors le temps d’une marseillaise à deux couplets invitant à « l’amour sacré de la Patrie« . Il sera temps vers 23 heures que les premières détonations retentissent synchronisées sur 14 points d’Est en Ouest, du Nord au Sud de la Ville. Bienheureux ceux qui auront pris un peu de hauteur depuis une colline, le spectacle n’en sera que plus beau. Un chœur à bouche fermée, parmi les plus célèbres, nous ramènera ensuite vers le sommeil.

Le matin, comme à l’habitude, avec l’ensemble du conseil municipal, aura eu lieu, à 10h45, une cérémonie officielle et ouverte au public (l’endroit est très marge et venté) au monument « mémoire et paix ».  Le Maire y rendra hommage au Général de Gaulle, mais aussi à Bernard Boivin, porte-drapeau rolivalois, et à Daniel Dugord, ancien proviseur du lycée Marc Bloch. Après la minute de recueillement et l’hymne national exécuté, un très bref conseil municipal extraordinaire se tiendra au Lycée Marc Bloch pour désigner les grands électeurs de Val-de-Reuil (33 titulaires, 2 remplaçants pour le maire et l’adjoint aux finances qui votent déjà, l’un comme président de la commission des finances de la région Normandie, l’autre comme conseiller départemental de l’Eure, et 9 suppléants) aux sénatoriales de septembre 2020 et un apéritif convivial sera donné dans les jardins du lycée.

Communiqué de Marc-Antoine JAMET

Maire de Val-de-Reuil,

Président de la commission des finances de la Région Normandie 

9 JUIL 2020

Pour une agglomération (enfin) démocratique, efficace et moderne !

Pour une agglomération (enfin) démocratique, efficace et moderne !

Ce soir, lorsqu’il faudra élire le Président de l’agglomération Seine-Eure, avec mes camarades et amis rolivalois, nous voterons pour le candidat de la Justice Sociale, de l’Égalité des Chances et du Progrès, pour le Maire de Pont-de-l’Arche Richard Jacquet. Cela n’empêchera pas le conservateur, le sortant Bernard Leroy de l’emporter. Confortablement. Logiquement. Adhésion opportunément sollicitée de quelques communes géographiquement éloignées, mais politiquement complices, fusion avec Eure-Madrie-Seine cousine désargentée accueillie à bras ouverts non sans arrière-pensées, campagne électorale activement menée depuis quatre mois à pas feutrés, prébendes et finances sagement pré-distribuées, le vainqueur, derrière une bonhommie de chanoine, est habile. C’est un talent indispensable pour gagner et ce n’est pas sa seule qualité. Il n’empêche : cette élection expédiée en catimini prive plus de 100.000 citoyens d’un débat de fond sur l’avenir et la forme de leur agglomération. Alors, comme rien ne sera audible dans le tumulte du triomphe annoncé, il faut prendre les devants et rappeler quelques vérités.

Cette victoire ne sera pas démocratique puisqu’elle ne bénéficiera pas de l’onction du suffrage universel. Seine-Eure n’est pas une collectivité locale. C’est un établissement public. Ceux qui y siègent ne sont pas les représentants politiques d’une population, mais les « délégués » administratifs d’un territoire. Ce ne sont pas des députés, mais – au mieux – des ambassadeurs. Ils n’ont pas été choisis sur un programme ou pour un visage, mais préemptés automatiquement et collectivement parmi les premiers des listes qui se sont affrontées aux dernières municipales. Nul n’aura donc la naïveté de croire que les habitants concernés auront été consultés, ne serait-ce qu’au second degré, pour désigner les « conseillers » intercommunaux qui vont former, pour une soirée, un corps électoral éphémère. L’opération ne pourra se dérouler qu’en détournant les yeux de deux ou trois inégalités dérangeantes. Les délégués de Crasville ou de Saint-Germain-de-Pasquier, collègues estimables, compte tenu de la taille de ces communes, auront été portés, tout au plus, par une grosse centaine de supporters (1 délégué pour 125 habitants), tandis qu’il en aura fallu plusieurs centaines pour nommer ceux de Val-de-Reuil (9 délégués pour 15.000 habitants) ou de Louviers (une dizaine pour 18.000 habitants). Ces contorsions s’expliquent par l’objectif recherché : on peut douter qu’une communauté regroupant 105.000 femmes et hommes, au terme d’une compétition rationnelle, se donnerait pour président, quel que soient ses mérites personnels, le Maire d’une commune de moins de 4000 âmes dont les candidats sont, depuis vingt ans, régulièrement battus aux législatives, aux régionales, aux cantonales. On passera sur le manque de parité, l’absence de diversité, l’âge élevé des membres de l’Assemblée qui débute, puisque ce ne sont là -précisément- que les conséquences du manque de légitimité démocratique qui la fonde.

Cette victoire sera celle de la confusion. Qui peut-dire quelles sont les compétences de l’intercommunalité  ? Personne. Pas plus que le nom de ses principaux responsables. Une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Tantôt l’agglomération exerce ses pouvoirs dans leur plénitude, mais sur une partie seulement de son territoire (jeunesse, urbanisme). Tantôt elle les pratique sur la totalité de sa superficie, mais de façon incomplète (propreté, politique de la ville). Parfois, son action fait apparaître les vertus de certaines mutualisations (eau, assainissement). Parfois, au contraire, sa présence ne se fait qu’au profit d’une seule et unique commune (patinoire et piscine de Louviers, conservatoire de Gaillon, centre d’artisanat du Vaudreuil, etc…). Coexistent en son sein l’excellence du cousu main pour faire briller les événements de prestige ou d’image qui servent sa communication (marathon, coopération avec le Bénin, fêtes nautiques, petites scènes théâtrales), mais dont rien ne justifie l’organisation, et, pour gérer son fonctionnement quotidien, c’est à dire les conditions de vie de dizaines de localités, bref tout ce à quoi elle devrait s’obliger, l’uniformité d’un prêt à porter grisâtre imposé à tous au mépris des identités, des traditions, des histoires, des particularismes et des cultures. Une décision pourrait mettre fin à ce ronronnement sinistre qui fait le jeu des populistes. L’agglomération, aussi méconnue et mal-aimée que l’Europe, son modèle en voie de putréfaction, restituerait l’ensemble de leurs compétences aux communes, plébiscitées par les Français, et se consacrerait à dix priorités définies en commun, à dix synergies acceptées par tous. On appellerait cela « subsidiarité ». Quelle belle idée ! Ainsi Seine-Eure, structure attrape-tout s’agitant dans tous les sens, grenouille qui se prend pour un bœuf, embrassant trop pour bien étreindre, au lieu de dépenser l’argent des communes pour faire à leur place ce dont elles sont parfaitement capables, se concentrerait sur le temps long et les initiatives structurantes synonymes d’emploi et de croissance.

Cette victoire sera celle de l’immobilisme. A 60 clochers la paralysie guette autant notre rassemblement qu’à 27 pays le continent. La gestion d’un aussi vaste ensemble impose d’être ambitieux, innovant et pragmatique. Gageons que, dans notre cadre quasi fédéral, aucune réforme d’importance ne verra le jour avant 2026. Trois décisions témoigneraient pourtant chez celui qui les mettrait en œuvre d’une certaine force de caractère, de la priorité donnée à l’intérêt général et d’une véritable hauteur de vue. D’abord, arrêtons de plaindre hypocritement les petites communes. Elles n’ont plus les moyens de leur gestion, de leur entretien, de leur sécurité. Le temps des vaches grasses, s’il revient un jour, est encore loin qui pourrait les leur redonner. Il faut fusionner, construire des ensembles viables, jouer de la proximité. On se fait peu d’amis en affirmant cela, mais Alizay, Pitres et Le Manoir ont des choses à se dire. Incarville et Pinterville, c’est Louviers. Léry et Poses, qui ont, avec Val-de-Reuil, des préoccupations, des dossiers, des projets en commun, devraient se rapprocher. On peut multiplier les exemples. Ensuite, cessons de fermer les yeux sur la situation privilégiée de ces villages à faible fiscalité qui profitent – et c’est heureux, car c’est cela la solidarité – des impôts plus élevés des villes voisines pour jouir de leurs services publics, non sans leur asséner – c’est osé – des leçons de frugalité. Une meilleure répartition des efforts entre tous les contribuables de Seine-Eure serait plus moral que ponctionner les recettes des quartiers les plus pauvres. Enfin ne traitons pas un ensemble de 543 km2 et de 173 millions de budget comme un canton creusois. Il est temps de subdiviser ce géant normand en sous-ensembles à taille humaine, entre cinq et dix « arrondissements », à partir desquels seraient gérés un certain nombre de missions de proximité sous le contrôle des élus qui en sont issus. Va-t-on encore longtemps, entre Vexin normand et Métropole de Rouen, décider de tout et de rien, de la pluie et du beau temps, du sexe des anges et de l’âge du capitaine depuis le bâtiment hideux, mal foutu et technocratique qui abrite le haut commandement de l’agglomération ? Pour combler un trou sur une route à Alizay ou à Acquigny, verser un demi-seau de bitume exige-t-il vraiment, en 2020, un ordre en trois bordereaux tombé depuis le quartier général de la Place Thorel ?

Enfin, quand bien même son nouveau président (dont j’ai dit qu’il se pourrait bien qu’il ressemble à l’ancien) ferait-il preuve le plus souvent de courtoisie républicaine et d’équanimité personnelle à l’égard de ses opposants qu’il consulte souvent et écoute rarement, combien de temps feignera-t-on de croire qu’il dirige son fief autrement que selon les mécanismes politiques qui le rattachent à la droite ? Ses barons, Moglia, Dufour, Bidault sont de droite. Ce n’est pas une attaque. Ils ne s’en cachent pas. Ses alliés, Terlez et Priolaud (auquel il donnera indemnité et statut particuliers sans s’en expliquer), sont de droite et ont été reconduits grâce à la navrante désunion de la Gauche lovérienne, certes, mais également en les dopant aux millions d’Euros que région et agglomération leur ont versés pour les garder en leur giron libéral. Il n’est pas jusqu’à ses querelles contre Lehongre, son inimitié pour Lecornu à qui il préfère, tous les gouts sont dans la nature, Maurey et Morin, qui ne soient typiquement de droite. Reconnaissons toutefois que son caractère affable et des convictions sans sectarisme, ses valeurs, son humanisme peut-être, poussent Bernard Leroy à s’entourer de toutes les sensibilités, à défaut de gouverner avec elles, à ne rejeter, en dehors des extrêmes, aucun des membres de son mini-parlement. Il faut lui en savoir gré. C’est pour cela qu’il prête peu le flanc aux attaques et que ces contempteurs, j’en suis le premier, passent facilement pour d’horribles personnages. Il lui arrive même de faire montre de neutralité, voire d’impartialité, presque de bienveillance, lorsque la distanciation sanitaire l’éloigne de ses mauvais génies, le bon docteur Madroux, qui coula notre base de loisirs, et le brave conseiller Jubert, invisible au département. Mais sa quête éperdue d’unanimisme, ce besoin louable de consensus, ne peuvent faire oublier les astuces qui, depuis l’origine de l’intercommunalité, visent à éviter méthodiquement questions et débats : ordres du jour surchargés qui font trancher dans la nuit des points essentiels, relégation des mal pensants aux derniers des gradins tandis que les bénis-oui-oui monopolisent les premiers, sujets budgétaires minimisés et expédiés, impossibilité d’amender, absence de public, séances non retransmises, opposition ne bénéficiant d’aucun moyen, refus des discussions de fond, indignation orchestrée lorsqu’un échange dure plus qu’un instant.

Alors oui, pendant six ans on peut cohabiter avec Bernard Leroy et ce peut être délicieux. Comme la table d’hôtes d’une pension de famille accueillante. Nous l’avons déjà fait. À l’usage, il n’est ni un despote, ni un dément. Son commerce est agréable. Tout juste devrait-il par un courageux coming-out avouer sa coupable passion pour l’antique démocratie chrétienne. Les choses seraient plus franches. Mais, une fois tous les six ans, à l’orée d’un mandat, et à chaque échéance importante, par clarté, par honnêteté, par cohérence, il faut aussi oser lui dire que, si son propos est responsable et structuré, s’il est facile de se retrouver avec lui autour de mesures de bon sens, de décisions locales, d’initiatives dont on conviendra qu’elles ne sont ni de Gauche, ni de droite, ses idées politiques, son positionnement à l’extrême centre et son giscardisme rural, son désintérêt pour les plus faibles, son indifférence pour les moins riches, son silence sur les questions éducatives et sociales, bref son projet de société, ses initiatives et ses priorités économiques qui le rapprochent de Raymond Barre ou d’Antoine Pinay, ne sont décidément pas les nôtres qui préférons Mendès-France ou Mitterrand. Je ne le lui cache pas en privé. Il me revenait naturellement de le lui rappeler publiquement.

Marc-Antoine JAMET

Maire de Val-de-Reuil,

Président de la commission des finances de la Région Normandie 

17 MAI 2020

Retrouvez le discours que j’ai prononcé ce vendredi 8 mai 2020, au Monument Mémoire et Paix de Val-de-Reuil, lors de la cérémonie du 75ème anniversaire de la victoire des alliés sur le régime nazi

Intervention de Marc-Antoine Jamet,

Maire de Val-de-Reuil – Président de la commission des finances de la Région Normandie

Cérémonie du 8 mai

Vendredi 8 mai 2020, 10h45, Monument Mémoire et Paix

 

Mes chers compatriotes,

Mes chers concitoyens,

 

Ce 8 mai n’est pas ordinaire. L’épidémie venue de Chine qui nous frappe depuis plusieurs semaines, peut-être plusieurs mois, est encore là. Elle change notre vie. Elle change, si ce n’est l’esprit, du moins l’organisation de cette cérémonie. Le confinement est devenu la règle. Les réunions à plus de cinq sont désormais interdites. Comme ses collègues des cent autres départements français, notre Préfet l’a demandé. Il faut célébrer la Nation, célébrer la République, célébrer la victoire du 8 mai 1945, mais le faire autrement que nous le faisions depuis 75 ans. Étrange commémoration. Drôle d’anniversaire.

Tout devenant incertain, par facilité ou par découragement, nous aurions pu annuler cette matinée. Mais nous ne sommes pas du genre à nous résigner. Le mot résilience a créé pour nous. Nous l’avons donc, au contraire, maintenue. Pour Val-de-Reuil, pour ses habitants, pour notre Pays et pour sa mémoire.

Pour honorer nos morts et rappeler une Histoire qui a vu la France surmonter bien d’autres épreuves. D’autres malheurs et d’autres douleurs.

Parce que c’est une tradition à Val-de-Reuil, une tradition non pas populiste, mais populaire, patriotique et républicaine autour de notre drapeau et de notre hymne. Ici, au cœur de ce beau « monument à la mémoire et à la paix », de cette crypte à ciel ouvert, imaginée par les architectes Dominique Jakob et Brendan Mc Farlanne, nos fêtes nationales rassemblaient jusqu’il y a peu encore, des centaines d’habitants, anciens combattants, familles, écoliers. On se réunissait joyeux autour du conseil municipal et de notre conseiller départemental Jean-Jacques Coquelet, de notre Commissaire de police, des pompiers qui, à leur manière, nous sont aujourd’hui fidèles puisque le Capitaine Gastebois, le commandant de notre centre de secours, est là, devant moi, en chair et en os, en présentiel comme on dit maintenant, se rinçant la bouche de ce nouveau mot, amer et glaçant, venu du monde de l’éducation, de l’ingénieur en chef du Bassin d’Essais des Carènes, des responsables de l’Epide, du Directeur du centre de détention, des membres de la Police municipale et des corps constitués. Etre là, c’était pour moi l’occasion de les saluer, chaque année, après un 11 novembre parfois pluvieux et avant un 14 juillet radieux, de leur dire notre reconnaissance, notre gratitude, à eux qui nous sauvent, à eux qui nous protègent, à eux qui nous entourent et font bien davantage encore dans les circonstances dramatiques que nous subissons. Ces temps heureux nous les retrouverons. D’autres cérémonies viendront. Il y aura des temps meilleurs, qui nous verront toujours aussi unis et toujours aussi solidaires.

Aujourd’hui, maintenir cette manifestation, cette cérémonie, cette commémoration, était aussi un moyen de conserver nos codes, nos rites et nos repères. Nous en avons besoin. Il nous faut retrouver nos habitudes et nos réflexes collectifs. « Honneur et Patrie », pendant quatre ans, des Français, nos parents et nos grands-parents ont écouté d’autres français dont la voix venait de Londres.

En est-ce d’une certaine façon le prolongement ? Dans un instant, nous écouterons le message éternel de la France. C’est aujourd’hui celui du Chef de l’État, M. Emmanuel Macron. Comme le veut l’usage, je lirai son discours. C’est celui de la Nation. Puis je dirai quelques mots. Une gerbe sera déposée. Nous entendrons la sonnerie aux morts avant une minute de silence. Enfin la Marseillaise retentira marquant la fin de cette commémoration. Ainsi rappellerons-nous que dans notre commune qui n’est pas la plus riche de ce pays, si ce n’est pas ses habitants, et qui n’est pas la plus nantie de Normandie, si ce n’est par ses talents, il y a, pour reprendre les mots que certains ont prononcés, ni « effondrement » démocratique ni « écroulement » républicain. Nous sommes là, solidement, au service des Rolivalois.

Pour représenter chacun d’entre vous, nos 15 000 habitants, nous ne sommes que trois, mais j’ose espérer que nous ne sommes pas les moins bons. Il y a le Commandant de nos pompiers, le Capitaine Gastebois. Je l’ai cité et je le remercie à nouveau. Mais il n’est pas seul. Il y a avec lui un jeune sapeur-pompier qui porte l’étendard tricolore, ce drapeau bleu-blanc-rouge qui est notre ralliement. Celui du Souvenir français. Celui de la France et de ses combattants. Nous allons simplement nous regarder. Pas nous rapprocher. Nous allons rester à distance sociale. Nous ne nous croiserons pas. Nous serons éloignés les uns des autres. C’est la règle du jeu. C’est un geste de sauvegarde, mais c’est aussi le symbole voulu de notre exemplarité. J’espère Capitaine que notre jeune sapeur-pompier ne sera pas trop intimidé. Tous les trois, nous allons nous efforcer de représenter dignement notre population.

 

Lecture du message du Président de la République

 

Chers amis, quelques mots.

Cette crise et bien évidemment ses conséquences nous font mal. Un seul exemple ? Nous ne pouvons pas nous déplacer librement. Ce confinement, ce n’est pas la maladie seulement qui l’impose, mais c’est la raison qui l’exige. Cette réclusion volontaire est salvatrice. Une immense majorité d’esprits responsables à Val-de-Reuil a respecté sa nécessité. Une minorité d’inconscients, toujours les mêmes, n’en a pas éprouvé l’utilité.

Ce confinement, aussi indispensable soit-il, ne nous est pas naturel. Il signifie pour chacun d’entre nous isolement et enfermement. Il est probablement synonyme de détresse pour les personnes âgées et les plus faibles. De violence dans certaines familles, entre conjoints, entre parents et enfants, de décrochage social et éducatif aussi. Souvent pour les moins favorisés que cela exclue un peu plus encore. Nous l’avons vu hier en comptant le nombre des élèves qui rejoindront nos écoles le 12 mai. De solitude dans le travail, dans les transports. Notre société faite de rencontres et de dialogues au travail, dans les rues, dans les fêtes, dans les commerces, s’éparpille en une multitude de cellules individuelles numériquement reliées entre elles comme dans un mauvais film de science-fiction… C’est une vie sans spectacle, sans culture, sans promenade, sans réunion, sans famille. Ces longues nuits, ces mois de solitude, nous font peur parce qu’ils sont porteurs d’angoisses, d’anxiétés, d’insomnies et de craintes. Peur de la mort immédiate, soudaine, avant l’heure. La sienne. Celle des autres. Au hasard du virus et de notre corps. De sa résistance.

Cet enfermement nous fait mal, également, parce que le sens de cette cérémonie, le 8 mai, est de rendre hommage aux militaires qui se battent pour nous et, plus encore, à ceux qui sont tombés au champ d’honneur. Une cérémonie a eu lieu, hier, aux Invalides. Sans le moindre public. Je dirai donc un mot de deux hommes : un brigadier-chef et un brigadier, tous les deux issus de la Légion Étrangère.Dmytro Martyniuk 29 ans et Kévin Clément 21 ans, tous les deux engagés au Premier Régiment Étranger de Cavalerie de Carpiane, tous les deux morts au Mali il y a à peine quelques jours, tous les deux jeunes et braves. Alors que nous marquons le 75èmeanniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, ils rejoignent tous ceux, je pense à leurs 13 camarades morts également au Mali dans un accident d’hélicoptère ou à ces deux pilotes décédés dans les Pyrénées il y a quelques mois à peine, dont l’hélicoptère a chuté. Ils sont tous morts pour la France. C’est la raison première pour laquelle cette cérémonie devait avoir lieu.

Et puis, même pendant la pandémie, malgré la peur, la maladie, l’épidémie, la démocratie doit continuer de combattre l’extrémisme et de repousser le populisme dont nous voyons les effets absurdes au Brésil et aux États-Unis. C’est aussi le sens de cette cérémonie et c’est pourquoi nous avons voulu la maintenir.

Nous ne pouvons pas non plus pleurer nos propres morts. C’est un chagrin injuste, une souffrance supplémentaire. Je songe notamment aux familles Hassalah et Boulahdaj, dans notre Ville, qui ont perdu un fils et une fille. Ils reposent désormais dans notre cimetière à quelques mètres d’ici. Je songe à Daniel Dugord, l’ancien principal de Pierre Mendès France, le proviseur du Lycée Marc Bloch pendant longtemps, l’ancien Maire de Saint-Etienne-du-Vauvray, parti sans qu’on puisse lui dire adieu et sans qu’on puisse apporter un soutien à sa famille. Je pense à son épouse, infirmière en PMI que nous connaissions bien ici et qui avait travaillé avec nous. Nous sommes à ses côtés.

Nous n’avons pas pu, non plus, rendre hommage comme nous l’aurions dû, à certains qui étaient des amis proches, des gens qui comptaient pour nous. Je pense très personnellement à Henri Weber, Sénateur de Normandie, qui était la vie, la drôlerie, la science et l’intelligence faites homme. Avec lui j’ai appris en politique et appris la politique. Avec lui j’ai fait ma première réunion dans la salle où il n’y avait qu’une seule personne alors que où nous étions deux à la tribune. Il n’a pas tergiversé : « Tu commences, je conclus. Je crois que ce soir sera une belle soirée ». Il avait traversé des épreuves et remporté des batailles. De l’URSS, où il était né, à Dieppe, dont il était l’élu, en passant par Mai 1968, la Fabiusie et Solférino. C’était un homme exceptionnel. Il me manque et il manquera au Parti Socialiste. J’embrasse Fabienne sa femme et ses enfants.

Je pense de manière plus générale à ces générations de fonctionnaires, d’ouvriers, de cadres, d’agriculteurs, d’ambassadeurs, d’ingénieurs. Ils avaient été nos prédécesseurs et nos professeurs à l’école, au travail. Ils ont 80 ans et le virus les décime . Nous pensions les accompagner dans leur vieillesse et ce sont des dizaines de milliers de femmes et d’hommes, presque 30 000, qui sont morts en deux mois.

Cette maladie est terrible parce qu’à la crise sanitaire elle pourrait ajouter une crise économique qui, elle-même, déboucherait sur une crise sociale, plus près de celle de 1929 que de celle de 2008,  dont je ne suis pas certain que l’Europe, qui paraît aujourd’hui si vieille, terrassée par ses Nations concurrentes, se relèverait, dont je crains que notre gouvernement, qui semble parfois si jeune, héritier de 20 ans d’impuissance publique, peine à nous prémunir des conséquences funestes. Parmi les premières victimes de la récession qui s’annonce, je ne veux pas voir les absents de cette matinée être les premières victimes. Je pense à nos journalistes, ceux de Paris Normandie, Thierry Delacourt et Guillaume Lejeune avec lesquels nous travaillons, Violaine Gargala avec laquelle nous avons longtemps travaillé, Audrey Clier ici la correspondante de ce grand journal. Notre quotidien régional ne doit pas disparaître pour sauvegarder le pluralisme de la presse, son honnêteté, son professionnalisme et sa proximité.

Heureusement, il y a dans cette crise des gens admirables et des héros. D’abord la grande armée des soignants, qu’il faut applaudir dans nos cœurs et pas seulement à 20 heures, mais chaque minute, qu’il faut écouter et valoriser. L’hôpital, face à la crise, public a souffert d’invraisemblables pénuries, blouses, gel, masques, et cette pénurie brutale est venue de sa longue paupérisation.

Il y a les forces de l’ordre et les pompiers qui jouent un rôle difficile après une année qui fut épuisante. Je sais le nombre d’interventions que la caserne, l’arsenal de Val-de-Reuil/ Louviers, peut avoir à faire dans une année normale et combien aujourd’hui ces interventions sont devenues plus compliquées, plus délicates.

Je voudrais saluer les services publics, ceux de l’État bien sûr, mais surtout ceux de la Ville qui ont préparé cette cérémonie et qui ont été extraordinaires parce qu’ils ont assuré la continuité du fonctionnement de la mairie tout au long de ces deux mois.

Il y a eu dans l’Eure deux ou trois paroles claires. Je vais rendre hommage à quelqu’un que je n’ai pas pour habitude de saluer. La parole claire, c’est celle du Ministre Sébastien Lecornu dont je ne partage pas la politique mais dont je salue la présence continuelle, forte et lucide, celle du Préfet Jérôme Filippini, calme et rassurant à chaque intervention, et, à sa façon, celle du Président Pascal Lehongre, sincèrement attaché à son département. Pour le reste, parfois, j’ai l’impression que le brouhaha des pré-campagnes électorales s’est ajouté à la confusion des incompétences :

Une région largement absente qui, obscurément, semble ne distribuer des aides qu’aux communes « amies » et des députés invisibles, hors sol. Une agglomération, viciée par l’élection prochaine de son exécutif, dont personne ne parle et à laquelle tout le monde pense, qui aurait dû coordonner les achats de gels et de visières et qui annonce fièrement que, dépensant des millions pour une piscine et une patinoire, aux déficits abyssaux, il n’entre pas dans ses compétences d’acheter plus de 20.000 masques pour protéger 100.000 habitants, mais qu’elle organise des modules de formation sur la pêche à la ligne pour qui veut bien les suivre. Nous n’avons décidemment pas les mêmes priorités dans un territoire qui a pourtant donné à cette intercommunalité la plupart de ses richesses. Et puis, on frémit quand on lit, dans un grand journal du soir, que, jusqu’il y a peu encore, on détruisait des millions de masques et que les responsables gouvernementaux se contredisent et avancent avec les difficultés que nous aurions tous, mais qui font peur parce que ce sont eux qui sont en responsabilité, aux affaires….

Heureusement il y a les Maires. C’est un immense coup de chapeau que je veux donner à mes collègues qui n’ont pas tous 20 ans, il faut le reconnaître, et qui sont sur tous les fronts lorsqu’il s’agit de protéger la population, de créer des solidarités intercommunales et de proximité. Ils vont la même semaine rouvrir les commerces, les écoles, les marchés, les services publics. Si c’est cela qui devaient disparaître au profit d’autres collectivités moins légitimes, plus éloignées, mal élues et technocratiques, alors je dis vive l’esprit de clocher et le socialisme municipal.

Je veux saluer aussi les couturiers et les couturières de Nadia Benamara qui ont fait des masques pour en équiper nos commerçants. Je voudrais citer les assistantes de personnes dépendantes autour de Louisa Belaggoune qui visitent nos anciens. Je voudrais saluer les entreprises, si nombreuses, qui nous ont aidés dans le silence assourdissant de Sanofi qui n’a pas répondu à mes appels. Bravo et merci à Plastibell, Ovopharm, IDFN, Maison Berger, REL Autos, Etilabel, Janssen, Cordon Electronics, Carlo Erba, Schneider Electric,ValdePharm, Varenne Gastronomie, F4S Formation, KAP-WAN. Je voudrais citer les équipes de techniciens autour de Claude Godefroy, les commerçants autour de leur Présidente Madame Choquené, mais aussi autour de Monsieur et Madame Covin qui ont donné tant de réconfort aux anciens de notre Ville en leur offrant des pâtisseries offertes. Je voudrais citer Monsieur Lefebvre qui, dans son rôle sur mesure d’organisateur, dans son tabac, a permis lui aussi partie à la Ville de tenir debout. Je voudrais saluer le Directeur Général des Services de la commune Julien Tristant et les élus du conseil municipal. Catherine Duvallet qui prépare avec moi la réouverture des écoles. Nous le devons c’est une obligation. Nous n’avons pas le pouvoir de décider que nous allons ouvrir ou fermer les écoles. Dominique Lego, encore là à quelques mètres, pour la sécurité. Fadilla Benamara et Nabil Ghoul qui, pour les commerces, ont pris des risques pour leur santé. Ils sont une trentaine qui, au jour le jour, vous aident et ne vous abandonnent pas. 

Je veux remercier nos villes jumelées de Workington, de Stzum, de Ritterhude et de Danthiady qui nous ont adressés des messages d’espoir et d’amitié parfois parce qu’ils souffraient des mêmes maux que nous. Je veux saluer l’Ambassade de Chine en France et son Ambassadeur qui, hier, ont fait livrer à la mairie de Val-de-Reuil, au nom de l’amitié entre les peuples, plusieurs milliers de masques. Je voudrais citer Beautéville, le correspondant chinois du pôle de compétitivité de la Cosmetic Valley, qui a mis dans un avion, qui va arriver à la mi-mai, plusieurs dizaines de milliers de masques pour notre commune.

Je voudrais vous rappeler que notre commune a des atouts, des points forts, des leaderships. Ses entreprises, ses sociétés, que nous avons contribué à faire venir, que j’ai contribué à faire venir : Orange, EDF ou Fareva. Ou à garder : Altitude et Sanofi. Elles travaillent dans des secteurs qui ont résisté et qui résisteront : le numérique, la pharmacie, la défense. Ce sont des raisons d’avoir confiance en l’avenir.

Je suis admiratif devant les habitants de la Ville Nouvelle dont je connais la solidarité, le courage et la résilience. A eux je veux dire qu’ils ne sont pas seuls : vous avez des institutions qui tiennent bon, qui sont stables, qui sont solides, qui sont efficaces et qui resteront à vos côtés, comme votre conseil municipal et son Maire.

Il me faut terminer. Je vais conclure simplement en parlant de sujets qui vous préoccupent pour aller vers la partie officielle de cette cérémonie.

Val-de-Reuil redémarre. Ses entreprises appellent leurs salariés au travail. Chaque habitant est en train d’être doté de deux masques. Les plus de 65 ans ont déjà été servis à domicile. Ils étaient 1700. Les 13 000 autres le seront par une distribution samedi pour les personnes de A à J et dimanche de K à Z dans toutes les écoles qui sont des centres de bureaux de vote, qui sont à proximité de chez vous. Dès lundi, on prendra la température de chaque agent et de chaque usager à la porte des services publics pour y entrer, à la porte de chaque école pour les enseignants, les agents et les enfants. Les commerçants vont rouvrir. Des masques et des plexiglass de protection seront à leur disposition pour qu’ils puissent vous servir en toute tranquillité. J’inspecte nos maternelles, nos crèches, nos écoles primaires. Je les visiterai une par une. Nous examinons ce week-end la réouverture du marché qui sera devant la mairie chaque vendredi pour éviter les attroupements. La Ville, parce qu’elle veut être fidèle et reconnaissante, dotera la police nationale, l’hôpital de Elbeuf/Val-de-Reuil/Louviers, l’ASI, les commerçants, la prison, nos bailleurs sociaux et bien évidemment les pompiers de 5000 masques-tissu dès le début de la semaine prochaine. Enfin, 150 distributeurs de gel hydro-alcoolique (5 par école notamment) seront installés à la porte de tous les services publics de la Ville. 2000 visières équiperont les écoliers. Nous avons réaménagé toutes les salles de classe pour les enfants et les parvis seront, grâce à une signalétique spéciale, adaptés à l’attente des parents.

Les choses sont difficiles, les choses sont compliquées mais la pandémie a plutôt épargné Val-de-Reuil et notre département. C’est dans cet espoir qu’il faudra, à partir du 11 mai, continuer à se préserver, à se protéger, à se confiner si on le peut, si on est âgé, si on est fragile ; à préférer le télétravail si on en a la possibilité ; à faire en sorte de ne pas multiplier les réunions, les rencontres, les attroupements ; à être disciplinés et ordonnés. C’est ainsi, si nous ne laissons rien au hasard, que les choses iront bien. Pour ce qui est de la mairie la barre est tenue, l’autorité est là et la solidarité aussi.

Vive la République, Vive la France, et Vive Val-de-Reuil qui vivra très longtemps grâce à l’unité de tous ses habitants.

2 MAR 2020

Reports du Forum de l’Emploi et de la « Rolivaloise »

 

 

Reports du Forum de l’Emploi et de la « Rolivaloise »

Les conseils de défense et des ministres réunis autour du Président de la République, samedi dernier, ont défini plusieurs mesures, dont l’interdiction ou le report d’événements réunissant des publics importants, afin d’éviter la propagation des foyers d’infections au coronavirus (CoVir 19) qui sont apparus depuis deux semaines dans notre pays.

En application de ces prescriptions, bien qu’aucun risque particulier n’ait été décelé à Val-de-Reuil ou dans ses environs, le Forum de l’Emploi qui devait avoir lieu Jeudi 12 mars 2020 au stade couvert Jesse Owens et la course féminine « La Rolivaloise » qui devait se dérouler en ville le dimanche 8 mars, sont reportés à une date ultérieure. Ces décisions, évoquées, dès samedi, avec le M. Préfet de l’Eure, ne sont pas la conséquence d’un danger constaté ou d’un risque avéré, mais la simple application d’un principe de précaution à des manifestations qui n’ont aucun caractère et calendrier obligatoires.

Le premier de ces deux événements réunissait plus de 5.000 exposants, représentants 300 entreprises, et participants, dont de nombreux enfants et adolescents, venus de nombreuses communes du département, dans un espace confiné. Le second accueillait près de trois mille coureuses, dont quelques-unes âgées, de santé précaire ou handicapées, leurs accompagnants, les organisateurs et les spectateurs, venus de toute la Normandie, parfois, de plus loin, dans l’espace resserré du départ de l’épreuve et du village arrivée devant la Mairie.

Ces deux manifestations, bien qu’attendues, connaissaient cependant un nombre croissant d’annulations ou de désistements. Elles seront reprogrammées.

D’autres événements organisées à Val-de-Reuil, comme le Carnaval, samedi 28 mars, qui réunit traditionnellement un grand nombre d’enfants en bas âge venus des centres de loisirs, leurs parents et encadrants, ou les Puces Motos, qui doivent rassembler, dimanche 5 avril, plus de 40.000 visiteurs venus de différentes régions de France, feront, en liaison avec la préfecture de notre département, l’objet d’un examen attentif en fonction de l’évolution de la situation sanitaire nationale.

Toutes les autres réunions et manifestations ayant lieu dans les espaces et équipements publics de la commune sont maintenues. Les services publics sont ouverts aux horaires et dans les conditions que chacun connaît. Aucune restriction n’a été établie à quelque activité que ce soit dans les entreprises, les administrations ou les associations locales. Je n’ai personnellement rien changé à mes habitudes ou à mon agenda. Il en va de même des élus municipaux, comme de leurs opposants, je l’imagine, qui poursuivent, normalement, sereinement, les actions (réunions, porte-à-portes, tractages) liés à la campagne en vue des élections municipales du 15 mars 2020.

Communiqué de Marc-Antoine JAMET 

Maire de Val-de-Reuil,

Président de la commission des finances de la Région Normandie 

 

7 FEV 2020

Fermeture du Laboratoire « Pharma » de Jansen-Cilag (Groupe Johnson & Johnson) à Val-de-Reuil : une décision brutale, désinvolte et absurde.

 

Fermeture du Laboratoire « Pharma » de Jansen-Cilag (Groupe Johnson & Johnson) à Val-de-Reuil :

une décision brutale, désinvolte et absurde.

La direction de l’entreprise Janssen vient de communiquer au comité social et économique de l’entreprise la décision de fermer le laboratoire de recherche pharmaceutique implanté sur son site de Val-de-Reuil.

C’est une décision brutale, désinvolte et absurde.

Brutale, parce qu’elle a été prise unilatéralement, secrètement, sans préavis, ni dialogue, sans recherche d’une solution négociée, en privilégiant à la fois une délocalisation/relocalisation en Belgique et un plan social aux conséquences sévères (puisque toutes les personnes concernées ne se verront pas proposer une évolution dans l’entreprise) et l’exil des salariés et de leurs familles à 600 km de la Normandie, à Beerse. Belge par naissance, européen par capillarité, Janssen reste bien, dans ces méthodes d’un autre âge, la filiale d’un groupe américain, Johnson & Johnson, qui suit une logique d’amélioration de ses résultats financiers et de protection des intérêts américains compréhensible pour ses actionnaires, mais indifférente aux conséquences sociales qu’elle entraîne en France. Il faut songer au choc qu’ont éprouvé les femmes et les hommes directement concernés, l’inquiétude, et l’incertitude qu’ils ressentent pour leur avenir personnel, celui de leurs enfants, mais aussi les doutes que fait germer une telle décision dans l’esprit des prestataires et fournisseurs du laboratoire de recherche également impactés par cette mauvaise décision.

Désinvolte, puisque Jansen-Cilag pratique la politique du coup de force et du fait accompli en ne prévenant les organisations syndicales qu’avec un minimum de préavis et en informant le Maire de la commune victime de cette décision que par un mail et un coup de téléphone 24 heures seulement avant qu’elle soit rendue publique.

Absurde enfin parce qu’à l’heure des réseaux numériques, des vidéo-conférences et du télétravail, prétexter la nécessité de rapprocher des salariés – physiquement – sur un unique campus relève de la supercherie. C’est faire peu de cas de l’intelligence et de la compétence des chercheurs rolivalois qui ont été à la l’origine de découvertes majeures. 20 nouveaux traitements ont été mis au point depuis une décennie, dont 3 progrès essentiels sur le VIH, les tuberculoses multi-résistantes, le cancer de la vessie. Des récompenses internationales prestigieuses sont venus saluer leur réussite, dont la désignation du « chercheur européen de l’année » il y a dix ans et le Prix Galien 2016.

Outre la question des emplois et des vies, concernées par ce transfert que rien ne laissait prévoir, c’est une conception de l’avenir industriel, et stratégique de la France dont il s’agit, dans un domaine, l’industrie pharmaceutique, où, les investissements en la matière étant les plus élevés de l’industrie, la recherche est hautement stratégique.

C’est pourquoi j’ai décidé 1) d’apporter mon soutien plein et entier aux salariés de l’entreprise, 2) de demander la solidarité des élus du département et de la région, ainsi que des membres du Gouvernement originaires de notre territoire 3) de saisir sans attendre le nouveau préfet de l’Eure M. Jérôme Filippini, 4) de demander l’intervention immédiate de M. Bruno Le Maire, Ministre de l’Economie et des Finances, si régulièrement attaché dans ses propos à l’indépendance industrielle et à la souveraineté économique de notre pays, de Mme Agnès Pannier-Runacher, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, en qui j’ai confiance, et de Mme Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé, tous dépositaires de l’intérêt national et que je sais attentifs à ces questions, 5) d’exiger d’être reçu par la direction générale de l’entreprise pour examiner les compensations qui doivent se diriger vers le site de Val-de-Reuil.

Val-de-Reuil reste un des territoires les plus dynamiques de Normandie, le premier producteur de richesses, d’emplois et de brevets de l’Eure, une Ville où Jansen-Cilag compte encore près de 500 salariés et un centre de recherche mondialement performant en cosmétique sur un site dont le nombre des salariés progresse.

Cependant, même s’il ne concerne que 5% des effectifs, le plan de sauvegarde de l’emploi, évoqué par la direction du groupe Johnson & Johnson , loin d’apaiser mes craintes, me remplit d’inquiétude et renforce ma détermination à défendre les salariés concernés, comme je l’ai toujours fait, mais aussi à me battre pour que reste sur le sol français une structure intellectuelle et industrielle indispensable dans un secteur primordial pour notre pays et ses habitants : la santé.

 Communiqué de Marc-Antoine JAMET

Maire de Val-de-Reuil,

Président de la commission des finances de la Région Normandie

12 NOV 2019

Retrouvez ici le discours que j’ai prononcé hier matin, à 11 heures, au Monument Mémoire et Paix, à Val-de-Reuil, à l’occasion du 101ème anniversaire de l’Armistice de 1918

Discours de M. Marc-Antoine JAMET, Maire de Val-de-Reuil

Commémoration de l’Armistice du 11 novembre 1918

Monument Mémoire et Paix/Lundi 11 novembre 2019 à 11h00

 

 

Cher(e)s concitoyen(ne)s, on ne cite plus beaucoup Jean Jaurès de nos jours et, dans l’Eure particulièrement, on lui préfère désormais ce grand philosophe, l’égal de Montaigne et de La Boétie, si ce n’est celui de Socrate et Platon, peut-être même leur maître. J’ai nommé le Ministre Sébastien Lecornu.

Plutôt que sur l’œuvre en gésine de l’ancien et toujours maire de Vernon, je me risquerai pourtant à revenir sur une des phrases les plus connues du député de Carmaux. « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène ». En d’autres termes, si vous voulez vraiment la Paix, l’avenir et l’Europe, ne craignez pas d’avoir un État, un pays, une Nation, une patrie, car c’est un cadre de référence dont vous aurez besoin. Symétriquement, si vous êtes vraiment patriote, sûr de vous, de votre culture, de votre langue, de votre devise et votre drapeau, peut-être même de votre manière de vous vêtir et de vous coiffer, ne craignez pas les « autres », les « nouvellement arrivés », les « étrangers ». Ne soyons d’ailleurs pas dupes : quand le Front National fait mine de parler de « migrants », il montre en fait nos compatriotes de la première, de la deuxième, de la troisième génération issue de l’immigration. Quelle grossière imposture ! Ce sont nos compatriotes. Ils ne partiront jamais. Ils ne retourneront jamais vers ces pays que leurs parents, leurs grands-parents, parfois à leur corps défendant, ont quitté. Car c’est ici chez eux. La France est leur maison. Des murs ont disparu il y a trente ans à l’époque de la transition idéologique. Il est inutile d’en bâtir de nouveaux alors qu’il faut affronter ensemble la transition écologique. Le choix n’est pas et ne sera jamais entre déferlante religieuse et narcissisme identitaire, entre communautarisme et populisme.

Ne vous méprenez pas. Ce que je dis ici n’est que du bon sens. Ce n’est pas une déclaration électorale. Ce n’est même pas une première réponse au tract idiot rédigé par un imbécile (à moins que ce ne soit le contraire…), par ce candidat sans scrupules qui a confondu nos boîtes aux lettres avec une poubelle ou une fosse d’aisance en y déposant récemment un questionnaire d’une rare bêtise doublé d’une parfaite méconnaissance de notre Ville. Ce sont, bien plus simplement, des félicitations et des remerciements sincères que j’adresse au conseil municipal, aux corps constitués (dans le même temps que j’adresse un message de bienvenue à Alexandra Capogna notre commissaire), aux habitants, aux enseignants, aux élèves du collège Michel de Montaigne qui nous liront tantôt des textes de Woodrow Wilson, de Georges Clemenceau, d’Aristide Briand, pour leur assiduité de plus en plus grande à ces cérémonies républicaines qui, autour de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, sont un utile repère dans la vie d’une petite Ville comme la nôtre et un temps fort, comme l’est la soirée des vœux de la municipalité en janvier, dans l’information de sa population.

Parmi les trois grands rendez-vous qui nous rassemblent au monument « Mémoire et Paix », le 11 novembre est différent du 8 mai et du 14 juillet. Comme un signe supplémentaire de la barbarie, de l’atrocité du conflit mondial qui ravagea l’Europe pendant cinq ans, l’armistice du 11 novembre 1918 fût signé avec l’Allemagne alliée aux puissances centrales, Autriche, Hongrie, Turquie, dans la clairière de Rethondes alors que le froid et la pluie envahissaient de nouveau les tranchées et que, deux semaines auparavant, la France, saignée à blanc, avait, comme le voulaient ses traditions, célébré au lendemain de la Toussaint le jour des morts.

La concordance de ce double calendrier religieux et guerrier a donné ses couleurs de deuil à cette cérémonie avant qu’elle ne devienne, plus récemment, l’instant sacré d’une commémoration dédiée aux morts de toutes les guerres. Si tant est que les pensées des vivants permettent de redonner fugitivement un souffle à l’esprit des défunts, comme le croyait les anciens romains, c’est vers eux que notre mémoire et notre reconnaissance doivent se tourner aujourd’hui.

Le premier de ces disparus, auquel il nous est fait devoir de songer, est ce jeune brigadier engagé au 1er régiment de spahis de Valence. De ce régiment, nous avons entendu le chant de cohésion, le chant de tradition, « Loin de chez nous en Afrique » en pénétrant dans ce monument. C’était une manière de le saluer. Après le médecin capitaine Marc Laycuras tué en avril au Mali, après les membres des forces spéciales Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, tués au Burkina-Faso en mai, Romain Pointeau est tombé au Mali voici neuf jours, le 2 novembre, pratiquement au même moment que 49 soldats maliens. Chaque cérémonie nous fait redire les mêmes mots. Il était jeune. Il était courageux. Il n’avait pas 25 ans. Il s’était engagé non sur un coup de tête, mais par conviction, par amour de la patrie, trois ans auparavant. Il défendait la France et ses valeurs. Ses parents et ses amis le pleurent aujourd’hui.

Comment ne pas s’associer également à la douleur des familles des quatre policiers de la préfecture de Paris poignardé par un collègue, dont il convient moins de souligner qu’il s’était converti, car là n’est pas la question, que de s’interroger sur le fait qu’il s’était radicalisé, car là est l’inquiétude et le combat qu’il faut mener pour la démocratie, les droits des femmes et la liberté de pensée. Cette municipalité, je le rappelle, ne reconnaît aucune religion, aucune communauté. Elle garantit la pratique de cultes et l’existence d’associations. Dussé-je en décevoir certaines ou certains, y compris parmi les gens qui m’aiment bien, la laïcité reste pour moi un horizon indépassable. Voilà tout ! En revanche, notre Mairie est l’alliée naturelle de la Police qu’elle soit nationale ou municipale

Les forces de l’ordre nous protègent et, en nous protégeant, elles prennent en premier les coups qui nous sont destinés, qui nous auraient touchés. On peut les critiquer et, comme toute institution, elles ne peuvent, agissant dans l’urgence et le danger, être parfaites, ne pas commettre d’erreurs (il m’arrive de le dire…), mais on ne peut supporter qu’elles soient abaissées et injuriées par des chants, des slogans, des discours, alors qu’il faudrait exiger, comme pour bien des agents publics, à l’hôpital, à l’école, des moyens et des budgets pour tous ceux qui veillent à notre sécurité. Le mouvement revendicatif des pompiers ne m’a pas échappé. Pour moi, la sécurité est une priorité. Donc les conditions de vie de ceux qui l’assurent le sont aussi. Cela explique sans doute que j’ai recruté deux nouveaux policiers municipaux, pas les moins dissuasifs, qui seront opérationnels en décembre et que nous soyons en train de mettre en place avec Mme le Procureur de la République et M. le directeur de la Sécurité Publique un plan particulier à la commune, caractérisé par sa sévérité et la rapidité des peines qui seront appliquées contre les délinquants et les auteurs d’incivilités. Je ne suis pas autoritaire, mais j’ai de l’autorité.

Je pense également aux deux gardiens de la centrale de Condé-sur-l’Escaut à qui on avait confié un fauve fanatique qui les a poignardés. Cet attentat est révélateur de ce qui se passe dans nombre de prisons et l’administration pénitentiaire, à tous les niveaux, a un dur métier que lui assigne la société en lui confiant ceux dont elle ne veut plus entendre parler, voire se débarrasser.

De même, je veux espérer que la convalescence des passants qui, à Lyon, ont été blessés par un colis piégé se poursuit, tout comme celle de l’imam de la mosquée et cet homme qui s’y rendait  à Brest, ainsi que ces deux hommes âgés, fidèles qui allaient prier, gravement atteints à Bayonne par la folie, la stupidité, la sénilité d’un ancien candidat du Front National.

J’étais en Chine au début de la semaine dernière. J’ai pu y rencontrer le Président de la République durant sa visite officielle. Il sait quel est mon idéal social-démocrate, ce que sont les valeurs auxquelles, au-delà des vicissitudes des partis, je reste fidèle et où est mon engagement. Je continue de croire en l’égalité des chances et à la justice sociale, à revendiquer la nécessité de la redistribution fiscale et du service public pour assurer entre tous les citoyens, sans la moindre discrimination d’origine, d’âge ou de sexe, la solidarité dans l’éducation, le logement et l’emploi, face à la vieillesse, à la pauvreté et la maladie, la priorité à la lutte contre le réchauffement climatique, à la préservation de la biodiversité, au respect de la planète. Ce sont des nécessités sans lesquelles ne peuvent exister ni vivre ensemble, ni pacte républicain. Cependant, au moment où nous nous quittions, le chef de l’État m’a dit avec une certaine gentillesse et plus fortement encore qu’il l’avait fait avant l’été à l’Élysée : « tu sais : je souhaite que tu gagnes ».

Alors, à mon tour, modestement, de saluer l’un des gestes du Chef de l’État. Tout comme nous nous retrouvons dans cette crypte dont les nuages sont le toit, sera inauguré à Paris, cet après-midi, un monument qui pourrait parfaitement s’appeler comme le nôtre « Mémoire et Paix ». Dans le square Eugénie Malika Manon Djendi, du nom d’une sous-lieutenant d’origine algérienne, parachutée pour contribuer à la libération de la France occupée, déportée et exterminée par les nazis à Buchenwald, six soldats de bronze, cinq hommes et une femme, représentant toutes les armées, portent un cercueil qu’on ne voit pas. C’est un hommage à tous ceux qui ont donné leur vie en OPEX, en opérations extérieures, pour la France depuis 1963, Ils sont 549 morts avant le temps. 34 plaques d’acier égrènent leur nom. 129 tués au Tchad. 141 au Liban, 85 en Afghanistan. 78 en ex-Yougoslavie. 28 au Mali.

Il y a là ceux qui sont tombés en 1995, reprenant, comme à Arcole, un pont aux Serbes, à Sarajevo, pour libérer leurs camarades casques bleus pris en otages, ceux, légionnaires, paras et marsouins ensevelis en 1983 sous l’immeuble Drakkar à Beyrouth, assassinés, comme notre ambassadeur l’avait été peu avant, par le père du boucher de Damas et ses complices libanais, ceux – ils étaient dix – qui, à court de munitions, ont été égorgés, après un effroyable corps à corps, en 2008, par les talibans dans les montagnes d’Uzbin, non loin de Kaboul, ou ceux, officier et sous-officiers confirmés, décimés en 2012 dans la cour de leur caserne en Kapissa par un soldat afghan qui avait gagné leur confiance et qui, alors qu’ils étaient en tenue de sport, désarmés, vida sur eux ses chargeurs, ceux qui résistent aux bandits brésiliens à la frontière de la Guyane, ceux qui ont été bombardés par des avions mercenaires à Bouaké en Côte d’Ivoire. Autour d’eux, il y a l’immense cohorte des blessés, des mutilés, des amputés. Avec eux, il y a nos 7000 compatriotes toujours mobilisés dans les dispositifs Chammal contre Daech en Irak et Syrie, Barkhane et Serval contre les terroristes au Niger et au Mali ou sous le fanion des Nations-Unies. Les oublierions-nous s’ils étaient nos enfants, nos fiancés, nos compagnons d’armes ? Non ! Alors considérons-les comme tels.

Je vais conclure. Cette cérémonie est la dernière de la mandature. Je ne sais si nous avons bien fait. Ce n’est l’heure ni du bilan (il faudra le tirer en 2025 après l’ANRU), ni celui du programme, car c’est depuis longtemps le même : être honnêtes, être travailleurs, être présents, être efficaces, être unis. Je n’ai qu’un seul Parti. C’est Val-de-Reuil. Je ne suis pas seul. J’ai une équipe dont je suis fier. Mais un certain nombre de nos collègues nous ont quittés au cours de ces six années qui étaient, pour certains, des amis en actions, des sœurs et des frères en idées. Je pense à Daniel Moreau qui, prenant sa retraite après une vie professionnelle bien remplie chez Matra devenu Cassidian, voulait nous rejoindre pour mettre ses compétences et ses convictions à la disposition des rolivalois. Je songe évidemment à Bernard Cancalon, ancien légionnaire, nouvel élu, venu de bien loin probablement, mais avec tellement de sincérité pour aider les autres, faire le bien, terrassé par une crise cardiaque dont on ne peut s’empêcher de penser qu’elle l’aurait peut-être épargné s’il s’était moins dépensé au service des autres. Nous vivons, enfin, avec le souvenir et le sourire de Noëlle Boudard emportée par une atroce maladie et qui, jusque dans ses derniers SMS dictés à sa fille, parlait « des moments parfois merveilleux, parfois difficiles », je la cite, passés à l’état-civil, au conseil ou dans ces campagnes électorales qu’elle adorait. A nos trois collègues, je veux associer le souvenir d’un autre conseiller municipal, d’abord embarqué dans l’équipe de Bernard Amsalem, puis dans la nôtre, et qui, lui aussi, veillait aux baptèmes et aux mariages qu’il aimait célébrer. Il s’agit de Maurice Dumontier qui vient de nous quitter. Ils ont rejoint, pour moi, Jeanne Doucet et Antonio Antonioli dont le souvenir ne me quitte jamais .

Enfin cette cérémonie a aussi pour but de rendre honneur, de rendre les honneurs à ceux qui, de notre Ville, ont bien mérité. Lorsque le protocole immuable de ce rassemblement sera arrivé à son terme, après la sonnerie aux morts, après le dépôt des gerbes, symboliquement déposés par ceux qui sont l’État, l’autorité et la sécurité, je reprendrai la parole pour faire, devant son épouse et sa famille, l’éloge de Claude Aubé qui s’en est allé voici quelques jours.

Un tout dernier mot enfin. Il est pour Patrice Caumont. Lui aussi a été un soldat de la Ville. Ce soldat avait une vie et cette vie était une femme. Ils ont lutté tous les deux, elle bien sûr, mais lui aussi, pour faire reculer la longue et douloureuse maladie, marquant des points, gagnant du temps, mais elle l’a finalement emporté. A Patrice, nous sommes nombreux à avoir pensé ces dernières semaines. Pour ces femmes, pour ces hommes, pour vous je voudrais simplement réaffirmer : Vive Val-de-Reuil. Vive la République. Vive la France.

12 NOV 2019

Claude Aubé n’avait pas ménagé ses efforts ni pour sa commune, ni pour son pays. Val-de-Reuil a perdu l’un de ses derniers anciens combattants, l’un de ses premiers habitants, l’un de ses plus fidèles défenseurs, l’un de ses bénévoles du quotidien. Il était normal et primordial que nous lui rendions hommage.

Hommage à Claude Aubé (1940 – 2019)

Intervention de Marc-Antoine JAMET, Maire de Val-de-Reuil

Monument Mémoire et Paix

Lundi 11 novembre 2019 à 11h00

Cher(e)s ami(e)s,

Claude Aubé aurait-il apprécié l’hommage que sa Ville lui rend aujourd’hui ? Ce n’est pas certain. Son visage qu’un collier de barbe avait depuis longtemps envahi dissimulait une grande modestie, une puissante aspiration à la tranquillité, une volonté affirmée de discrétion. Cet homme de devoir aimait à se réfugier dans l’ombre et le silence. Pourtant il nous revient à nous, aujourd’hui, ses amis, de le replacer en pleine lumière, de dire à haute et forte voix qu’il n’avait ménagé ses efforts ni pour sa commune, ni pour son pays, ni pour Val-de-Reuil, pour la France.

En ce 11 novembre 2019, il aurait dû prendre rang parmi ses camarades porte-drapeaux, ceux de Poses et ceux de Léry avec lesquels il aimait se mêler lors des grandes cérémonies de la République. C’est une mission qu’il n’avait jamais cessé de remplir au cours des trente dernières années. Qu’il pleuve, qu’il vente, il ne l’aurait manqué pour rien au monde. Seule la mort y aura mis un terme. C’est pourquoi Didier Piednoel, le maire de Poses, et Janick Léger, notre conseillère départementale, qui tous les deux l’ont bien connu, ont ressenti l’absolue nécessité de saluer son parcours par un geste particulier d’amitié et de respect. C’est le sens de cet hommage. Avec moi, ils ont souhaité que sa mémoire soit évoquée au cœur de notre monument. Au cœur de ce Monument, mais aussi, mais surtout face à une forêt dont il connaissait le moindre chemin, le moindre sentier. Ainsi pouvions-nous saluer, sans le trahir, de la manière la plus fidèle, la plus juste et la plus appropriée son engagement, ses valeurs et son attachement à un territoire qu’il aimait profondément. C’est sur notre terre que son histoire avait débuté.

Claude Aubé était né à Notre-Dame-du-Vaudreuil le 13 mars 1940 quelques mois avant que le hurlement strident des stukas n’annonce la douleur de l’exode, la honte de la défaite, l’ignominie de la collaboration. Claudius, comme ses amis aimaient à l’appeler, faisait partie d’une famille dont le nom, synonyme de blancheur, si fréquent entre Manche et Seine, se confond avec la Normandie, ses paysages de bocage et ses traditions. Sans doute lui fut-il moins facile qu’à d’autres gamins de connaître et de profiter, sous l’occupation, durant la guerre et dans les restrictions, de l’insouciance et du bonheur de l’enfance. Son adolescence eut pour cadre ce corps de bâtiments longtemps appelé « la Petite Ferme » qui abrite maintenant les tréteaux de France.

Claude Aubé travailla très tôt en débutant aux côtés de son père. Celui-ci exerçait un des plus durs des métiers de cette France du siècle précédent puisqu’il était ouvrier agricole. Au cours de ses années d’apprentissage, le fils ne ménagera ni son énergie, ni sa peine. A ces exploitations qui faisaient la richesse de notre territoire alors rural, il donna sa force et ses bras. Il s’employa notamment au domaine agricole Louis Renault, à cheval sur les deux rives de la Seine, la demeure à Herqueville et la ferme à Porte-Joie, bourgade qui ne portait pas encore ce nom triste, absurde et banal de Portes-de-Seine. Arriva le temps de la rencontre avec celle qui allait partager toute sa vie. Cet univers appartient à Anita, son épouse, qui se trouve avec nous ce matin. Je ne m’y immiscerai pas. Mais leur rencontre va être soumise à dure épreuve.

Claude Aubé n’a que 20 ans, en effet, lorsque la conscription l’appelle. Il rejoint ces hommes qui vont effectuer leur service national, ces Français de métropole qui, à partir de la Toussaint rouge, en 1954, vont traverser la Méditerranée, naviguer de la Bonne Mère à Notre Dame d’Afrique ou à la Santa-Cruz, s’embarquer sur le Ville d’Oranou bien le Ville d’Alger, avant de rejoindre les Aurès, le Sahara, la Kasbah, les frontières avec le Maroc et la Tunisie. Ce qui devait être une simple opération de maintien de l’ordre, d’événement en événement, pour toute une génération, est devenu une guerre qui ne voulait pas dire son nom. Lorsque Claude Aubé arrive en Algérie, en 1960, il ne s’agit déjà plus de confier aux appelés des missions de police. Ils participent depuis des mois, activement, aux affrontements, aux ratissages, aux combats. Dans les deux camps, la violence va attiser la haine. D’un côté, c’est la torture parfois jusqu’à la mort pour arracher aux prisonniers fellaghas renseignements et réseaux. De l’autre, ce sont des atrocités commises par vengeance. Cela finira par l’indépendance, inéluctable, de l’Algérie. Le FLN décimé remporta la victoire politique et la France gagnant l’essentiel de la bataille militaire perdra celle des âmes et des cœurs.

Pendant près de 26 mois, Claude Aubé aura été affecté au poste radio de l’un des régiments d’infanterie de l’Oranais face au Royaume Chérifien, base arrière de ce qu’on appelle encore la rébellion. De ces deux années et demie passées loin des siens, il parlait peu. Les mémoires d’appelés sont souvent des mémoires blessées. Claude Aubé partagea le silence du million d’hommes qui s’en revinrent d’un conflit qui dura huit années, marqua profondément une époque et explique une partie des fractures de la société française, sa méfiance à l’égard des banlieues, le succès de mouvements populistes racistes et xénophobes.

Songeant à cette période passée loin de sa terre natale, Claude Aubé n’exprimait pas de rancœur, d’amertume ou d’animosité. Au contraire, il s’attacha à faire vivre le souvenir de ceux qui, morts pour la France, avaient été ses compagnons, de ceux qui, soldats des deux grandes guerres mondiales, avaient précédé son engagement, de ceux, militaires des opérations extérieures, qui lui avaient succédé sous les drapeaux, honorant leur mémoire, transmettant aux générations futures le sens de leur sacrifice et de leur dévouement.

Libéré de ses obligations militaires, la carrière professionnelle de Claude Aubé se poursuivit. Notre département accomplit dans les années soixante-dix sa mutation industrielle. Croissance, emploi, commerce, c’était encore les Trente Glorieuses. Claude Aubé rejoint alors l’entreprise Labelle, à Saint-Pierre-du-Vauvray, qui, faut-il qu’il nous en souvienne, créée en 1820, figurait parmi les plus importantes fabriques de chaussures en France. Fournissant des marques de prestige, elle ne comptait pas moins de 1200 salariés et voyait chaque matin arriver sur le quai d’une gare désormais moins fréquentée un train spécialement affrété pour acheminer ses ouvriers. A vrai dire, le climat social y était plus proche de Zola que de Google ou Microsoft. C’était avant que son dernier dirigeant, patron d’un autre âge, ne dépose le bilan en 2002 prenant prétexte des 35 heures, pour expliquer son échec.

En 1987, il rejoint Hervé Jimonet, son complice, son frère d’armes qu’il avait rencontré trente ans plus tôt au bal des conscrits de Pont de l’Arche. Il adhère alors à la section de l’Union Nationale des Combattants de Louviers puis, quelques années plus tard, participe avec son ami à la création de celle du Souvenir Français de Léry-Poses. Il ne cessera d’en être l’un des piliers et en était, encore jusqu’à ces dernières semaines, le vice-président. Mais venons-en à l’essentiel. À la fin des années 1980, Claude Aubé et Hervé Jimonet vont accomplir une mission symbolique et sacrée. Ils parcourent les communes environnantes pour vérifier l’état des monuments et des stèles dédiés aux soldats morts au champ d’honneur, aux militaires morts pour la France. À Poses, à Léry, à Connelles, Tournedos, à Andé, à Daubeuf et au Vaudreuil, pendant des semaines, en tout temps et en toute circonstance, ce sont plus d’une centaine de stèles qui seront relevés ou consolidés grâce à leurs efforts et à leur courage. Ils ont ainsi empêché que le nom de milliers d’hommes, originaires de nos villes et de nos villages, ne glissent dans l’oubli. Cette magnifique entreprise justifie que nous nous rassemblions ce matin.

Pour entretenir la mémoire du Pays, il n’est jamais de vaines attentions, ni de démarches inutiles. C’est par le récit collectif que se fait la transmission, l’intégration et la Nation. Je le dis en regardant les dizaines de jeunes présents à cette cérémonie.Claude Aubé, qui avait à cœur d’emmener son petit-fils à chacune des manifestations patriotiques auxquelles il participait, aurait été touché de voir ces collégiens, ces lycéens, ces volontaires du SNU, ces pensionnaires de l’EPIDE et ces jeunes Sapeurs-Pompiers réunis dans la froide humidité d’un matin de novembre.

Notre hommage n’est heureusement pas le premier. Ses plus de trente années de travail citoyen et de veille patriotique furent salués par le Souvenir Français et l’Union Nationale des Combattants. Médaillé du mérite de l’UNC, de la Croix du Djebel, de celle du Combattant, de celle commémorative d’Afrique du Nord et, en 2019, médaillé de Vermeil avec bélière laurée, plus haute distinction remise à un adhérent du Souvenir Français. Ces décorations disent la reconnaissance de ses pairs. Elles rappellent aussi les vertus d’un homme.

En bon normand, Claude Aubé, je l’ai dit, était un taiseux. En bon normand, c’était donc un faiseux, un homme dévoué et courageux. Au retour d’Algérie, Claude Aubé retrouve Anita à Saint Pierre du Vauvray. Ils fondent une famille de trois enfants et rejoignent Val-de-Reuil en août 1985 au 2, rue des Compagnons, adresse symbolique à laquelle ils ont toujours résidé. Il a est vrai qu’il a connu Val-de-Reuil avant Val-de-Reuil. Il était de la sorte plus Rolivalois, s’il se peut, que les pionniers de la Ville Nouvelle, imprégné qu’il avait été, depuis le plus jeune âge, avant que la cité contemporaine soit construite, de son terrain, de la courbe de ses collines, de ses sentiers et de ses rivières,

Vînt le temps des établissements LeTellier, entreprise de serrurerie et de clôture, au sein de laquelle il reste près de 25 ans y faisant la majorité de sa carrière professionnelle. Courageux, je disais, à l’aube ou au crépuscule, Claude Aubé faisait le trajet qui séparait son domicile de son travail à vélo sur une chaussée qui ne comportait ni contre-allées ni pistes cyclables protégées. Il fallait avoir les épaules solides et une belle santé. Il est vrai que Claude Aubé n’était pas le plus frêle des hommes, mais la largeur de ses épaules n’était pas superflue lorsqu’il s’agissait de porter à bout de bras des mètres de clôtures métalliques. La pénibilité de son travail ne lui retirait pourtant pas, m’a-t-on dit, son sourire. Pour ne donner qu’un exemple de ce que fût le quotidien de son labeur, on disait qu’il avait planté chacun des piquets de notre base de loisirs. Il en fut quelques années plus tard le garde-pêche, ne détestant pas ses moments où les chemins du travail rejoignaient ceux d’une nature dans laquelle il aimait vivre, chasser, pêcher. Il appréciait ses instants de liberté.

Claude Aubé, habitant Val-de-Reuil depuis 35 ans, aimait sa Ville. Fidèle du concours des balcons fleuris, il était aussi, au début des années 2000, une figure des Facéties qui, une semaine durant, voyaient la Place des Chalands métamorphosée en jardin suspendu digne d’une moderne Babylone. Après avoir participé aux expositions florales que l’association organisait, il fut pendant près de trois ans le Président des Jardins Familiaux, non parce qu’il convoitait cette responsabilité, mais parce qu’il fallait suppléer à la vacance laissée par celui qui lui avait précédé. Il avait accepté cette tâche sans sourciller. Jean-Pierre Perrault et Jean-Denis Harrou pourront le confirmer. Il aimait rendre service. Spontanément. Sans attendre de contrepartie ou de retour. C’est ainsi qu’il agissait également dans nos écoles et auprès des sapeurs-pompiers de Val-de-Reuil lorsqu’il revêtait les habits rouge et blanc du Père Noel. Il le faisait comme bénévole de chacun des triathlons. C’était une question de loyauté, de justice et de solidarité.

Claude Aubé ne cachait pas ses convictions. Il avait confié à Janick Léger sa fierté de voter pour une femme lorsqu’elle fut élue pour la première fois conseillère générale de Val-de-Reuil. Je n’oublie pas non plus qu’il fut l’un des premiers à me recevoir, à me conseiller et à me soutenir lors de la première de mes quatre élections municipales en 2001.

Dimanche 6 octobre 2019, Val-de-Reuil a donc perdu l’un de ses derniers anciens combattants, l’un de ses premiers habitants, l’un de ses plus fidèles défenseurs, l’un de ses bénévoles du quotidien. Aussi, revenant à mes premiers mots, il était normal et primordial, aux côtés de son épouse, de sa fille, de ses amis et de ses compagnons, que nous donnions son nom au chemin qui mène aux jardins familiaux. Claude Aubé vous nous avez aidés. Nous nous vous remercions et nous ne vous oublierons pas.

27 OCT 2019

Organisé par la Cosmetic Valley, le Salon Cosmetic360 2019 était placé sous le signe du développement durable. Une 5ème édition dédiée à une modernité responsable, faite de confiance, de vigilance et d’optimisme. En tant que Président du pôle de compétitivité, c’est la priorité que j’ai souhaité rappeler à travers cet éditorial qui introduisait le programme du rendez-vous international de l’innovation pour la filière parfumerie-cosmétique.

Nous sommes tous des collégiennes suédoises ?

par Marc-Antoine JAMET, Président de la Cosmetic Valley

 

Partout, à la tribune de l’ONU, à la table du G7, au rythme des cortèges de rue, sur les ronds-points ou dans les associations, en Corrèze, en Amazonie, les citoyens veulent transparence, proximité et responsabilité. Ils l’exigent des institutions politiques. Ils les demandent aux entreprises. Mieux vaudrait, pour le futur de la planète certes, pour l’avenir de tous également, qu’elles ne restent pas sourdes à cet appel. Au mépris, au mutisme, à l’indifférence, ne répondraient que l’intolérance et la boursouflure, les zadistes en dreadlockset autres black blocs, l’extrémisme des gilets ultrafluos et l’intolérance des bigots, l’exagération imbécile, le fanatisme assassin, bref le repli sur soi, la violence aveugle et « la bêtise au front de taureau ».

Une solution existe. Chez la plupart des êtres, le cerveau a horreur du vide. Il faut un sens à la vie, des causes qui vous emportent et vous transforment, un idéal, une idéologie. Après vingt siècles de l’ancien, un autre monde est en train de naître. Ce sont les idées, les valeurs, qui mènent l’humanité. Quand elles surgissent, autant prendre les bonnes. Manifestement certaines, pas les moins dérangeantes pour notre confort intellectuel, nos habitudes de vie et pensée, mais pas non plus les plus inintéressantes, ni les moins sensées, sont en train de se frayer un chemin. Après avoir été des Juifs allemands, il y a quarante ans, sommes-nous – tous – en train de devenir des collégiennes suédoises en rupture de ban ?

La Cosmetic Valley est un peu plus âgée que Greta. Elle fête ses 25 ans. C’est dire qu’elle jouit de toutes ses facultés. Plus d’adhérents, plus de projets, plus de résultats, comme l’équipe qui la fait vivre, elle a la silhouette et les privilèges de l’éclatante jeunesse. Sa mémoire est vive, mais sans a priori. Elle est engagée, contre le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources, la montée des océans, la disparition des dernières forêts primaires, l’extinction de la biodiversité, la protection de la faune et de la flore (que nous appelons cosmétopée), mais pas militante. Le rouge faisait peur aux bêtes à cornes. Le vert convient à l’herbe des prairies. Nous devons être plus subtils.

Cela tombe bien : le propre d’un pôle de compétitivité est d’être à l’écoute du terrain, d’agir en proximité, d’entendre ce qui se dit. Notre écosystème – géants, PME, start-ups, laboratoires, universités et collectivités –  a pour objectif de travailler vite, efficacement, de manière appropriée, par l’industrie, au service de l’économie, pour une croissance juste et équilibrée. C’est ce que nous défendons. C’est ce nous apprenons de nos clients, de nos partenaires, de nos salariés. Ils espèrent un « substainable world », un monde durable qui prenne pleinement en compte les impacts environnementaux et sociaux des activités humaines. Ce n’est plus une option, une indulgence par laquelle on rachèterait sa conscience. C’est une nécessité. Devant cet impératif écologique nous pensons que l’innovation, richesse illimitée de la créativité des hommes et de leurs entreprises, nous permettra de relever le défi gigantesque qui nous fait face.

Il était donc normal, presque banal, que COSMETIC 360 dédie ce salon 2019 à une modernité responsable, faite de confiance, de vigilance et d’optimisme. Le pôle et ses adhérents peuvent agir sur toute sa chaîne de valeur, du sourcing éthique à l’éco-conception des produits, de la sauvegarde de l’agriculture à la prévention des pollutions, par la valorisation de l’économie circulaire, par la réduction de l’empreinte carbone, depuis la recherche de matières premières jusqu’à la distribution dans les magasins physiques, ou via les places digitales de marché.

Ce sont ces dimensions que nous explorons à travers la 5ème édition de notre rendez-vous parisien. Ainsi découvrirez-vous, étonnés, de nouvelles approches pour acquérir principes et ingrédients grâce aux filières mises en place avec les pays producteurs comme la Colombie, le Japon ou Madagascar. Le choix du « packaging plastic free » s’illustrera par la proposition – prosaïque et prosélyte – d’un retour au verre porté la Glass Valley. Parmi 80 innovations présentées, 18 seront lancées par nos conférences « Activist Beauty ». Enfin, pour son 3ème rassemblement, notre hackathon fera plancher de jeunes énergies, de bien savants étudiants, les business men and womende demain, sur ce thème de la RSE pour, au-delà, du discours et des intentions, faire souffler un vent nouveau, un air rafraichissant sur notre profession.

Voici notre feuille de route, voilà notre priorité. Ce n’est pas l’apologie de l’austérité. Loin s’en faut. Il s’agit, tenant compte des contraintes nouvelles, s’appuyant sur la science et le bon sens, de donner à notre filière le souffle et l’esprit qu’Arthur Rimbaud avait assignés à la poésie, qu’elle « ne rythme plus l’action », qu’elle « soit en avant ». Nous souhaitons, j’emprunte à Claude Martinez, président de Parfums Christian Dior, la formule, « passer d’une beauté durable à une durabilité belle ».

25 OCT 2019

POUR RÉTABLIR LA VÉRITÉ ! (IL ÉTAIT TEMPS…) – Ma contribution aux Mélanges en l’honneur de Bernard Stirn

POUR RÉTABLIR LA VÉRITÉ ! (IL ÉTAIT TEMPS…)

par Marc-Antoine Jamet, Maire de Val-de-Reuil1

La renommée est facétieuse et bien des réputations sont incertaines. Un exemple suffira à l’établir. Prenons la vaste escroquerie, à tout le moins intellectuelle, autour de laquelle s’est construit ce que certains — ses affidés, ses obligés — osent encore appeler le « parcours professionnel » du Sieur Stirn. Appelons un chat un chat et n’ayons pas peur de ces porte- flingue. Alors qu’une nouvelle étape se lève sur cette pseudo carrière, disons ce qu’elle fut véritablement. Levons le voile et affirmons que Bernard est nu ! Derrière une respectabilité de façade, son seul véritable talent tient en la longue suite de voies de fait, de tentatives d’intimidation, de chantages éhontés, d’extorsions de décisions à laquelle il se livra, souvent en bande organisée, autrement appelée « section » ou « assemblée », sans jamais être inquiété. Pendant des décennies, secrètement, il empêcha, de braves gens, des gouvernements pressés, des fonctionnaires zélés, de vénérables associations et des collectivités blanchies sous le harnois, d’aller de l’avant et de gagner du temps. Qu’importe, après tout, ces petites inégalités, ces brèves illégalités, pas si graves en somme, qui donnent du sel à la vie politique et font progresser en efficacité l’action publique. Caligula et Néron, empereurs adulés, ont-ils eu besoin d’un Bernard Stirn pour accomplir de grandes choses ? Non, ils n’en avaient pas et les Romains ne s’en portèrent que mieux. Idem pour Attila. Itou pour Gengis Khan ? Pourquoi faudrait-il s’en prendre à un décret un tant soit peu mal fagoté ou à un arrêté légèrement de guingois qui, au maximum maximorum, ne viendra léser qu’une poignée de citoyens, voire quelques étrangers qui ne nous sont rien, ne parlent pas notre langue et que nous ne connaissons pas? Pourquoi respecter des textes dont les auteurs, reconnaissons-le sereinement, sont morts pour la plupart d’entre eux, parfois il y a fort longtemps, et n’en peuvent mais? À l’heure des réseaux sociaux, bénits soient-ils pour tout ce qu’ils nous ont apporté de beau, de bien, de bon, faut-il encore s’embarrasser du formalisme désuet, de ces procédures sans fin, dont Bernard Stirn, acharné à nuire à notre pays, s’est fait une spécialité prétendant nous priver des progrès en matière de simplification administrative dont leurs leaders ont, récemment, fait bénéficier les latinos aux États-Unis, les opposants à la Sainte Russie, les dissidents de l’Empire du Milieu, le demi-frère et le vieil oncle du charmant garçon qui veille aux destinées de la sympathique Corée du Nord. Ajoutons qu’il n’a jamais été scientifique- ment établi que saint Bernard ait eu à souffrir personnellement des erreurs qu’il disait dénoncer et que cet altruisme à lui seul, maladie appelée sens de l’État ou goût du service public, peut être considéré comme suspect. Il s’agissait, en fait, pour lui, systématiquement, de se faire mousser pour obtenir le monopole de l’enseignement du droit public Rive Gauche en séduisant les étudiants par ses rodomontades inutiles, pour ne pas dire nuisibles à une démocratie moderne.

Il était temps que la province, la vraie, l’authentique, en l’occurrence la Normandie, celle qui monte chaque samedi à Paris pour en animer les rues de truculents monômes jaune vif, fasse tomber les écailles des yeux de la capitale. Bien sûr, nous aussi, dans les premiers temps, nous nous sommes fait avoir par son petit air innocent. On disait de Bernard Stirn qu’il était honorablement connu dans les milieux les plus autorisés. Il aurait — chuchotait-on —, son rond de serviette aux tables à la mode, son fauteuil dans les clubs chics, dont les membres sont triés sur le volet, sa place réservée au haut des colonnes des journaux dont les avis sont attendus. Bref, il avait pignon sur rue. Tout chez lui paraissait n’être que crédibilité et légitimité. Il n’en était rien. Bonne renommée ne tient pas à ceinture dorée. Qu’importe le prix que j’aurais à en payer, les permis de construire de ma résidence secondaire annulés, les concessions funéraires des aïeux refusées, les référés-liberté contre mes voisins de palier déboutés, les études de droit de mes enfants compromises, mon chien mis en fourrière, les amendes fiscales inventées et la

menace d’expulsion du territoire français vers Baghouz agitée ! La vérité doit éclater. Maintenant.

Depuis l’obtention de son bac, en 1969, un an après les événements dramatiques que vous savez et qui firent tant de mal à la France en général et au Général en particulier, il n’est pas difficile de démonter les mécanismes qui présidèrent à l’irrésistible ascension de l’étudiant en droit timide qu’était, à cette époque, Bernardo, alors fidèle serviteur de Zorro. La méthode fut des plus classiques. Elle demanda à l’intéressé à peine plus d’efforts que ceux requis pour plumer au bonneteau un touriste japonais un samedi matin à la sortie du métro Clignancourt. Ce fut un complot, un complot vous dis-je. Sous couvert de collégialité, un petit groupe de personnes, les « bernardins », possédant toutes les marques extérieures du pouvoir, rosette au revers, légère calvitie dégageant le crâne, pompe incon- testablement universitaire, petit bedon républicain, carrières ministérielles en sautoir, avaient pris l’habitude, depuis 1799, de se réunir sous les plafonds dorés d’une antique juridiction administrative. À la préfecture de Police, on craignait cette bande du Palais-Royal qui semait la terreur dans toute l’administration. Tout juste si d’autres délinquants du même acabit, ceux de la rue Cambon, ceux de la rue de Bercy, osaient leur tenir la dragée haute. Ce petit aréopage clandestin, cette camarilla d’ambitieux, décréta un jour que notre jeune homme serait juriste et même, à les entendre, le meilleur d’entre tous. Infiltrés de longue date jusqu’au sommet de l’État, tous maigres comme des loups affamés, le cheveu court et la veste de tweed fatiguée, un peu écrivains, un peu libertins, ne laissant à personne le premier rang de la terrasse du Nemours ou du Flore, dès les premiers beaux jours, qui pouvait imaginer leur résister. Ils rassemblèrent leurs forces occultes pour parvenir à leurs fins. Exégète de l’intérêt général, arbitre souverain de l’erreur manifeste d’appréciation, serviteur du droit, Bernard Stirn allait, pour nourrir leur cause, devenir pour le contentieux ce que Tom Cruise est à la scientologie, bref un drapeau, une vitrine, pour tout dire un symbole. Une manière de prendre le pouvoir..

Il fallait auparavant construire l’icône, faire ce qu’on appelle dans la politique ou durant la fashion week du « story telling ». Le scénario se mit en place. Mesuré, réservé, posé, pondéré, à son sujet des épithètes diverses, mais concordantes, furent habilement distillées dans la grande presse par le Centre de documentation de la juridiction fameuse (iurisdictio clarissimi) où il était entré comme auditeur en 1979. C’était une sorte de congrégation pour la propagation de la foi, dont Long, Weil et Braibant seraient les apôtres et, en même temps, ce qui n’est pas idiot, les prophètes. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Bernard Stirn fut lancé sur le marché (non public) du droit administratif comme Kate Moss ou Claudia Schiffer, ses contemporaines, sur celui de la mini-jupe. On mobi- lisa magazines people et tabloïds : France Dimanche, l’AJDA, Gala, la Revue française de droit public, Paris-Match et naturellement le très populaire European Journal for Legal Studies, toujours couru pour son horoscope et ses pronostics du tiercé, en vente dans tous les kiosques et les bonnes librairies, ainsi que sur abonnement avec envoi sous enveloppe anonymisée (copie de la carte d’identité demandée ou autorisation des parents pour les mineurs). Des campagnes de plusieurs millions d’une monnaie aujourd’hui disparue et autrefois appelée franc, furent secrètement mobilisées pour asseoir sa notoriété. « Stirn, il n’y en a pas deux », « Un Stirn, sinon rien », « Stirn, c’est écrit dessus », « On a toujours besoin d’un plus Stirn que soi », cent slogans s’épanouirent, cent publicités rivalisèrent. Stirn gravissant la roche de Solutré. Stirn allant à la messe à l’église de Brégançon. Stirn jouant de l’accordéon. Le contribuable n’en sut rien. Un célèbre publici- taire, un nommé Jacques S***, intervint sans attendre que Bernard Stirn eût cinquante ans et bien qu’il ne portât pas de Rolex, pour compléter ce profil artificiellement et minutieusement conçu. On convoqua des groupes « Quali » qui compilèrent la tribu de mots sans signification — requêtes, avis, conclusions — qui, de préférence, allaient devenir les siens. Il les apprit laborieusement. On finit par les lui écrire sur une liste qu’on fourra sous son oreiller en pilou. On les imposa également à ses collègues, pour la plupart d’entre eux moins austères, et qui leur auraient volontiers substitué des substantifs plus aimables comme choucroute, sieste, télévision, blonde et beaujolais. Ils se plièrent à l’exercice et multiplièrent, à leur tour, les Stirn extérieurs de richesse. Pour convaincre les masses qu’elles étaient bien confrontées à un génie du droit, on lui fit faire du « morphing » n’hésitant pas à le confier à Christine Cordula. Sa coupe de cheveux, sa silhouette, son sourire, son regard vous paraissent naturels ? Ils furent déterminés par ordinateur. La preuve ? Ni l’un ni l’autre n’allaient changer en quatre décennies. On fit à l’oreille radicale de Roger-Gérard Schwarzenberg une offre que celui-ci ne put refuser et il assura que le jeune maître des requêtes avait été son directeur de cabinet, alors que ce dernier passait son temps à voir des westerns au cinéma, notamment son préféré « Le VP sifflera trois fois » et à lire Strange Vedel ou Marvel Carbonnier, ses bandes dessinées préférées. A star was born…

La légende pouvait s’emballer. Certains se mirent à prétendre qu’il avait obtenu un diplôme rue Saint-Guillaume, jurant sur l’annuaire du Conseil constitutionnel qu’il en aurait été lauréat. D’autres, sur le même mode, certifièrent sur la tête d’un commissaire du gouvernement, qui plus est de la section de l’intérieur, qu’il avait été, au milieu des années soixante-dix, élève de l’École nationale d’administration à une époque (on rit de cette grossière manipulation…) où, contrairement aux saucisses, elle n’aurait pas élu domicile à Strasbourg, en attendant de la supprimer par démagogie. Sous le manteau, des photos circulèrent le montrant déambulant, flegma- tique, entre Valois, Buren et Montpensier, sans qu’on sache s’il ne s’agis- sait pas de montages dignes de la défunte Union soviétique. Son allure était discrète, mais impeccable. Il était vêtu d’un complet veston, quand ce n’était pas d’un costume trois-pièces, d’un joli gris convenable, égayé d’une chemise à la fine rayure britannique et d’une cravate parfois en tricot, touches manifestement dues au travail d’un tailleur de Hong-Kong. Par souci de cohérence, Photoshop permit aux conjurés de doter ses portraits des lunettes indispensables à un savant sachant, lui faisant arborer tour à tour montures métalliques, pour renvoyer les éclairs des flashs d’une soirée de gala à l’Opéra, ou d’écaille pour faire face à l’ordinaire de la journée d’un fonctionnaire courageux. Ne souffrant d’aucune myopie, Bernard Stirn obtint dans un premier temps qu’on enlevât les verres de ses bésicles arti- ficielles, mais on les lui remit, car, dévoilant la supercherie, il passait pour s’amuser ses doigts au travers des montures vides. La planète fut submergée de ces images devenues mondialement célèbres. Bernard Stirn à la lutte contre M. M’Bala M’Bala avec une mâchoire d’âne. Bernard Stirn chassant l’assemblée du contentieux du Temple, Bernard Stirn séparant le règlement de la Loi devant les douze tribus de l’ordre administratif.

Mais la propagande ne suffisait pas. Il fallait qu’à chaque instant, tel le regretté Saddam Hussein ou le défunt Kadhafi, Bernard Stirn soit par- tout. Bernard Stirn is watching you. Avec la complicité du FSB, de la CIA et du Siècle, après avoir proposé le rôle à Jacques Tati, pour promener sa silhouette affairée place Colette et dans les allées du Palais-Royal, tout en lui permettant d’être au même instant rue Saint-Guillaume et, à Bastille, au conseil d’administration de l’Opéra, des sosies furent recrutés, les uns dans les pampas de Patagonie parmi les gauchos argentins, les autres dans une communauté d’anciens vikings au flanc d’un volcan islandais. On leur fit rencontrer chefs d’État et de Gouvernement qui n’y virent que du feu. D’Édith Cresson à Emmanuel Macron, ils s’émerveillèrent qu’il les serve avec cette belle neutralité qu’on croyait être la marque d’un grand commis de l’État, mais qui n’était due qu’à l’absence de convictions des différents mannequins engagés. Grâce à des microphones sophistiqués connectés à de puissantes bases de données, ses clones purent donner sous les voûtes de Sciences Po, à l’université d’Addis-Abeba, à la Harvard Business School des cours qui paraissaient aux étudiants plus pertinents que ceux de beau- coup dont on taira ici les noms car ils y sévissent toujours… Pour parfaire la supercherie, les conjurés produisirent, sous son timbre, tout un appareil scientifique : livres, articles, entretiens et commentaires. On se rappellera la somme publiée chez Thémis et consacrée à l’autorisation du port de la coiffe bigoudène sur le lieu de travail et dans les lieux d’enseignement. On citera pour mémoire cet ouvrage collectif prétendument rédigé sous sa direction, aux PUF, et qui glosait sur l’interdiction faite aux commerces de centre-ville d’ouvrir en dehors du dimanche. Qui ne se souvient, surtout, de la fameuse interview, à la une d’un grand quotidien désormais tchèque du soir, en 1992, où le récemment nommé conseiller d’État soutenait que le droit canon prohibait strictement le mariage des prêtres, mais lais- sait au sacré collège une marge d’appréciation quant à celui du souverain pontife. Que d’avancées pour notre société! Un petit pas pour la section du rapport et des études, un grand bond pour Dalloz. Nul ne s’étonnait de l’universalité du savoir et de la curiosité de notre homme. Le complot avait de telles ramifications au cœur de l’État que le grand public, celui qui compte, celui du cœur des 6e et 7e arrondissements de la capitale, ne s’of- fusqua pas lorsque le Journal officiel annonça, que le Président Stirn avait été élevé à la dignité de Grand-Croix des Palmes jurisprudentielles (avec brillants et feuilles d’ellébore), peu après avoir été fait Officier des Arts et des Arrêts par promotion surnuméraire du garde des Sceaux et de l’exception française. Ses mérites étaient si nombreux et si grands. En attendant le Quai Conti…

Pourtant il faut aujourd’hui rétablir l’authenticité des faits, rien que des faits. Elle est double et fera mal à un fan-club plus fourni que celui du regretté Johnny Hallyday. Premièrement Bernard Stirn n’a jamais mis les pieds au Conseil d’État, car il passe le plus clair de son temps en Normandie. Oui, le vrai Bernard Stirn vit reclus, prospère et heureux sur les bords de l’Eure. Deuxièmement Bernard Stirn n’a jamais ouvert un code administratif et il est en fait notre plus grand joueur de golf. Oui, Bernard Stirn est le Tiger Woods hexagonal (si l’on veut bien oublier les quelques défauts récurrents du champion américain…). Je vois déjà les sceptiques, abusés par des années de mise en scène, sourires incrédules en dodelinant de la tête. Comment le sait-il ? Par quelle jalousie malsaine nous prive-t-il de notre Bernard national? Et bien c’est tout simple, Mesdames et Messieurs, je suis le maire de la commune, Val-de-Reuil, la plus jeune de France, où saint Bernard vient acheter, non pas un tonnelet de rhum ou de vin, mais son pain quotidien. Alors reprenons depuis le début…

Bernard Stirn est normand. C’est évident, diront les blasés, puisqu’il est né dans le Calvados, que son père y fut grand préfet et que sa famille y fit souche. Il faut reconnaître que, même en deçà de Saint-Clair-sur-Epte, nul n’ignore ces informations indispensables auxquelles la famille de Bernard donna une certaine publicité. On pourrait, pour parer au plus pressé, ajouter que Bernard est par hypothèse normand parce qu’il fait partie de cette élite restreinte, de cette avant-garde précieuse qui sait qu’on ne com- pose pas un plateau de fromages sans camembert, livarot et pont-l’évêque, agrémenté d’un beurre d’Isigny. C’est un signe d’authenticité validé par les moines de l’abbaye du Bec-Hellouin. On notera que Bernard porte sur les joues la marque d’or, le signe sacré de ceux qui ont été élevés au jus de pomme, avant de sombrer, descendus du drakkar, dans le cidre et l’hydromel, puis le calva et le poiré, version cauchoise des délices de Capoue : en effet ses pommettes s’ornent en leur centre, hiver comme été, de deux cercles roses de bonne santé, d’amabilité et de générosité. C’est l’empreinte génétique des cœurs imperméables qui, sous les pluies venues du Cotentin, au rythme des ondées du bord de la Manche, vivent dans une région où la saison sèche ne s’attarde qu’entre midi et quatorze heures le 15 août. Des linguistes particulièrement avisés ont été jusqu’à rechercher dans le « n’est- ce-pas » proverbial qui ponctue les propos de Bernard, une évolution abâtardie du « p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non » qui sont la signature vocale des « gars d’à Rouen », des héritiers de Flaubert, Lecanuet et Maupassant et, plus largement, des enfants du Duché aux deux léopards qu’incarne avec style, classe et subtilité Hervé Morin. Non, la normanditude de Bernard Stirn ne se cache pas. Elle éclate. Elle crie. Elle hurle. Tout notre Bernard…

Plus calmement, elle s’observe à son amour réel des paysages de l’An- delle et de l’Iton, à son goût pour les falaises crayeuses de la Seine entre Château-Gaillard et le promontoire des deux amants, à sa familiarité avec nos prairies d’herbe grasse, nos rivières sinueuses, nos haies bocagères. Ber- nard Stirn préfère Flers et Falaise au Zambèze! C’est dans l’Eure qu’il se retrouve. C’est en Normandie qu’il se ressource.

Il habite donc chez nous, non loin des lacs et des champs. Certes sa géographie reste chorégraphique. Interviewé par le jamais décevant Paris Normandie sur ses proches et ses voisins, il cite spontanément comme une bonne camarade de coinchée, à quelques kilomètres de sa maison, la danseuse étoile Émilie Cozette qui fréquenterait selon lui Alizay, foyer encore actif du Parti communiste, quand elle déserte celui du Palais Gar- nier. Ce n’est pas snob. C’est chic. Bernard Stirn n’exige pourtant ni tutu, ni chaussons des vaches avec lesquelles il partage son plancher. Et Dieu sait qu’il le partage, puisqu’il est avec nous plus qu’avec vous. Il réside, en effet, sous nos latitudes crémeuses et le week-end et les vacances. Comme un sage banlieusard, il prend son train à Saint-Lazare entre un rappeur de Mantes-la-Jolie et un docker du Havre. Il va jusqu’à donner l’impression (est-ce seulement une impression?), lui devant qui toutes les portes s’ouvrent, que nulle part il ne se sent mieux que dans la basse vallée de la Seine, dans cet obscur 27, qui, après les fringantes Yvelines et le péage de Buchelay, là où il faut renoncer à tout parisianisme, précède le 76 naguère inférieur, aujourd’hui maritime. Toi qui entres ici, abandonne toute espérance…

Ce fut d’abord, pendant longtemps, presque vingt ans selon les observateurs, à Louviers, la cité drapière, celle de Pierre Mendès France et d’un fameux cantonnier, qu’on le trouva, dans une demeure appelée — cela ne s’invente pas — « la Gentilhommière ». Il y avait ses habitudes : jour- naux, café, marché du samedi. Puis il migra de quelques kilomètres vers le Vaudreuil, petit village à colombages, commune cossue, havre de notaires, d’avocats et de docteurs, patrie des Bovary, terroir de paysans et d’éleveurs, halte de batellerie et paradis des golfeurs. Dans cette vallée rouge ou royale par l’étymologie, où, sans tambour ni trompette il a posé son sac débordant de clubs, il s’est installé. Durablement. Il y a été adopté. Avec intelligence, il a soigné son intégration. Il a su au bon moment partager des verres et des repas. Mais il a agi prudemment, préférant enchanter ses convives d’un récit, d’une anecdote ou d’un bon mot que d’assommer son auditoire des dernières nouvelles du Recueil Lebon. Larvatus prodeo.

Nous autres, ploucs et bouseux de l’ouest lointain, nous en avons été ébahis, abasourdis, éblouis. Sa culture nous a bluffés. Elle est, il est vrai, à la hauteur de la rigueur de ses principes, de ses valeurs, de son attitude : grande et infaillible. Il est incollable sur Guillaume le Conquérant, la reine Mathilde et Richard Cœur de Lion dont il narre l’histoire avec une précision. Chacun combat avec ses armes. Il a favorisé son adoption par son érudition. Il a suscité l’amitié par son amabilité. Il a entretenu la bonne humeur par son bel humour. L’écouter, c’est le comprendre. L’entendre est aussi plaisant que de le lire. Chaque mot est pesé, calibré, formant une pro- sodie parfaite, une mélodie intelligente et cultivée, accessible et enrichis- sante pour un auditoire charmé. L’oncle Paul des belles histoires de Tintin, vous dis-je. En plus campagnard. Et moins coincé.

Il est délicat d’être indiscret avec un homme discret. Aussi n’ouvrira-t-on sa porte qu’en vertu de la certitude que les lecteurs de ses lignes n’ont pour lui que sympathie et bienveillance, respect et reconnaissance. Dans une maison belle et tranquille, dont vous n’obtiendrez pas l’adresse, il travaille tôt le matin, les fenêtres ouvertes de son bureau donnant, depuis un pre- mier étage, sur la nature et un beau jardin. Il y rédige les ouvrages les plus compliqués. Sans s’arrêter. Sans se lasser. Vers un droit public européen qui, pour ne pas prétendre au Goncourt ou au Renaudot, fut un best-seller, a été pensé et rédigé entre ces murs. Cette pièce, sa pièce dédiée à l’étude et à l’écriture, lui offre un cadre calme et propice à la réflexion. Chaque chose y est à sa place. Comme dans son cerveau. Studieux, il y a étudié des kyrielles de dossiers et esquissé des palanquées de jugements. Le justiciable, à notre humble avis, n’en a pas été lésé. Bien au contraire.

Un souvenir plus particulier ? Au pied de la butte du bois Bosselin, vers Saint-Amand-des-Hautes-Terres, se trouvait la résidence de Guy Braibant, dans la vallée de l’Oison. Ensemble, c’est là qu’ils ont travaillé, entre autres, à la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Faisaient-ils chacun la moitié du chemin ou bien alternaient-ils les endroits où ils se rencontraient : tantôt dans le Roumois, tantôt dans les boucles de la Seine ? C’est un secret qu’ils ont gardé et qui ne peut plus se révéler. Un tel rythme, cette belle ardeur à l’ouvrage, ne va pas sans quelques contraintes pour son entourage. Les préoccupations juridiques de Bernard Stirn, à ma connaissance, ne connaissent ni jour férié, ni repos. En rêve-t-il la nuit? Est-il un somnambule jurisprudentiel? Quoi qu’il en soit, pour voir Stirn le Normand, il faut viser l’après-midi. Pour autant, quand sonne l’heure de se divertir, au sens propre, des principes fondamentaux qui régissent l’état de droit et la démocratie, il devient autre. Docteur Bernard et Mister Stirn ? Peut-être. Mais pour le meilleur. Il reçoit. Il bavarde. Il s’enquiert. Prenant beaucoup d’application, beaucoup d’attention, à traiter au mieux, par courtoisie, par éducation, par inclination, invités ou amis, à qui il offre un visage avenant débarrassé par ses soins des traces d’un travail colossal fait ou… à faire. La nuit y pourvoira. À cette masure, entre Seine et Eure que domine, comme il sied, le panache de fumée qui sort d’une cheminée où la flambée a été jetée pour combattre les effets humides d’un climat par trop tempéré et assez atlantique, l’Alma Mater devrait dire sa gratitude. Une plaque pourrait lui être gravée entre Panthéon et Assas : « À la Normandie qui produit tant de jours de pluie où Bernard Stirn s’enferma pour étudier, les facultés reconnaissantes. » Le Quartier latin rendrait ainsi un hommage mérité à la campagne euroise rarement citée comme une contrée du Parnasse ou une terre de pléiade.

Mais n’allez pas croire que cette thébaïde soit celle d’un anachorète enfermé derrière des piles de grimoires et de manuscrits, interdite à la gaité. Dans tout le canton de Val-de-Reuil, l’hospitalité de Stirn est célébrée. Sans franchir les frontières de l’hyperbole, plus fréquente à Marseille qu’entre Rouen et Caen, sa table est vénérée. Parce qu’elle est amicale. Parce qu’elle est amusante. Parce qu’elle est accueillante. On y vante, qui l’eût cru, les barbecues du maître de maison et on se souvient y avoir mangé moult côtes-de-bœuf et bu, avec modération on le promet à la maréchaussée, force côte-rôtie. On peut y gouter la tarte aux pommes qu’il va chercher, pour ses amis ou ceux à qui il souhaite faire découvrir la gastronomie du cru, chez un pâtissier de ses pratiques, la veille des agapes. Lucullus dîne chez Lucullus. Le valdérolien (de fraîche date) aime tant recevoir qu’il a fait aménager un vieux bâtiment attenant pour ses invités. Comment s’étonner, dès lors, qu’on le décrive invariablement comme un homme rare, une personnalité exceptionnelle, un esprit supérieurement intelligent, évidemment, mais aussi, et c’est moins courant, comme un ami fidèle, ouvert, tolérant et curieux, singulier par son empathie, sa simplicité et son goût du partage. Au dernier 14 juillet, alors que je recevais les représentants — venus en nombre — de Danthiady, ce village sénégalais jumelé avec Val-de-Reuil, Bernard passa son après-midi républicaine à deviser avec les uns et avec les autres de la situation de l’Afrique de l’Ouest. Comment s’étonner que parmi ses interlocuteurs d’un jour sortirait l’actuel ministre de la justice de Dakar, Malick Sall. Stirn est une patte de lapin. Il porte chance. Il y a peu, il recevait un jeune sculpteur de ma ville, Romain Reveillac. L’artiste est talentueux. Il est aussi timide. On visite avec appréhension les vivants monuments de la République. Bernard Stirn le mit à l’aise. Il le félicita, l’encouragea, s’intéressa à son style, s’enquit de ses com- mandes et de ce qu’il avait pour vivre, avant de mettre immédiatement à sa disposition un carnet d’adresses comme il s’en compte peu en France, mère des armes, des arts et des lettres. Le successeur de Phidias revint de sa visite enchanté en chantant. Généreux, enthousiaste, curieux, vous dit-on ! C’est ainsi que Stirn est vraiment.

Quant au golf, bien davantage que le principe de subsidiarité ou celui de précaution, c’est sa passion. Elle est dévorante. Elle est envahissante. À l’instant même où Bernard Stirn retire ses habits de conseiller d’État, il les remplace par un uniforme de golfeur eurois (non, non, il ne met pas de chaussures bicolores). Il arpente ainsi sans répit tous les parcours de Normandie à la recherche de celui qui suscitera chez lui la plus forte émotion dominicale.

Cette quête du Graal fut l’enjeu d’affrontements intérieurs, d’inter- rogations cruelles, de tourments secrets qu’aucun tribunal des conflits ne viendra jamais trancher. Une tempête sous un crane. On l’ignore, mais il put en souffrir. Intérieurement. Qu’on juge de l’atrocité du débat : fallait-il jouer sur le parcours écossais, rough, entre plans d’eau et bosquets du Vau- dreuil ou bien sur celui plus récent, plus épuré, plus technique de Léry- Poses qui s’étend sur les terres de Val-de-Reuil ? Fallait-il préférer le 18 trous de la vieille seigneurie et sa convivialité d’après jeu, son club-house, ses voiturettes électriques, ou celui de la Ville Nouvelle, sa modernité, ses lignes pures, ses vues à couper le souffle ? Pour le convaincre de se déterminer pour l’un ou l’autre, les deux maires firent devant lui la danse du ventre n’oubliant aucun des sept voiles qui donnent du piment à cet exercice de séduction. Peine perdue. La Ryder Cup en serait presque devenue une épreuve de sous-préfecture tant les enjeux de cet arbitrage dépassaient les classements individuels, les performances de champions, la classe des compétiteurs. La question n’était pas avec qui jouer ou comment jouer, mais OÙ jouer.

L’équipe de l’ENA, conviée par le local de l’étape, fut ainsi trimbalée, année après année, de l’un à l’autre des sites, sommée de sortir de l’alter- native, chacune des réactions de ses membres auscultée en espérant qu’un choix évident s’en extrairait. On organisa des scrutins par assis et debout, à main levée, par entrée et sortie comme à Westminster, à bulletin secret. Rien n’y fit. On ne parvint à trancher le nœud golfien. Sur l’un et l’autre terrain, Bernard eut beau multiplier les compétitions et les parties en matchplay, en 4-2-0 ou 4 balles. Rien n’en sortit. Aucun signe ne lui apparais- sait tel Moïse puni d’avoir douté en entraînant les Hébreux hors d’Égypte. Il faut dire que, après des négociations feutrées, dignes des plus belles confrontations entre éminents juristes, Bernard Stirn continuait de multi- plier sur le terrain les coups rendus avec élégance et à se distinguer par son fair-play ne parvenant à considérer ses partenaires comme des adversaires. Dans cette atmosphère, comment se décider? Ce n’est pas dans l’enceinte des Nations unies qu’on déclare la guerre. Indifféremment à Val-de-Reuil et au Vaudreuil, des pars, rarement des eagles, alternant avec des bogeys, des doubles et même plus, ne parvenaient à bouleverser son jeu juste et égal. Mais son cœur était déchiré.

Et pour cause : en matière golfique, tout est soumis, comme pour les institutions, à un ensemble de checks-and-balances. Un équilibre multi- dimensionnel neutralisait les avantages respectifs des deux terrains. À l’un le bunker du trois et le fairway du douze. À l’autre le départ du sept et le putting du dix-huit. Arpentant les deux parcours à la recherche de celui qui déclencherait enfin une préférence, un élément nouveau troublait à chaque fois son jugement. Il remarquait le tracé inédit de l’un, la diver- sité de la flore de l’autre, trouvant à chacun des attraits changeants. Com- ment mettre fin à ce dilemme sans devoir en passer par un choix cornélien, solution après tout normale à quelques kilomètres de la ville aux cent clo- chers où naquit le tragédien? Bernard Stirn, cas unique dans sa carrière, n’a pas tranché. On a écrit des milliers de romans là-dessus. Choisir, c’était renoncer.

Notre ami continue donc de promener ses fers et ses bois d’un golf à l’autre, heureux de ne pas s’être condamné à abandonner l’un pour pri- vilégier l’autre, prenant enfin le plaisir coupable de l’hésitation, de l’indé- cision, de l’irrésolution. Si on le torture, il finit même par avouer cette double vie et excipe de sa poche de tweed un abonnement dans chacun des deux clubs. Jouer est pour lui une forme d’ascèse, une école de la vie qui passe par le respect des règles, du terrain, des autres joueurs. Malgré son expérience, il continue de prendre des cours, car en golf il assure qu’on n’a jamais fini d’apprendre et de progresser. Comme en Droit ? Il n’arrive pas à cacher son plaisir lorsqu’il vient de réaliser une bonne performance après une jolie partie. Il n’arrive pas non plus à cacher sa déception dans le cas contraire sans pour autant tomber dans des lamentations inutiles et futiles. Ce n’est qu’un loisir, mais, mais, mais… Parfois le juriste et le gol- feur se rejoignent et certains se souviennent de ce stagiaire de 3e qui ne savait pas que le golf était une régie de recettes de Léry-Poses et qui, téta- nisé et abasourdi, bouche bée, bénéficia, pendant trente minutes au moins, sur cette forme de gestion publique, d’un cours particulier du niveau d’un bon doctorat.

La République doit beaucoup à Bernard Stirn et moi aussi. Je ne vous dirai pas à propos de quoi, mais c’était important et, des centaines d’ex- perts que je consultais, il fut le seul qui me donna une solution concrète et atteignable. Bernard l’intellectuel. Oui, mais Bernard le pratique! La gratitude que lui témoignent ses anciens étudiants, ses collaborateurs et ses collègues est un éloquent baromètre de ce qu’il a apporté au droit français. On n’imagine mal voir se tarir la source des remerciements qui montent vers cette bible vivante, ce passeur de savoir, ce juge intègre, cet homme qui porte sur le monde, ses grandeurs et ses horreurs un regard lucide et sincère. En Normandie, où l’on préfère les faiseux aux diseux, chacun apprécie l’humilité qui lui fait volontairement cacher ou oublier qu’il est à Paris une figure, une pointure et une stature. C’est pour cela que nous l’aimons. Chut, ne lui dites pas. Il croit que nous l’apprécions pour son habileté à golfer.

  1. Paradis du golf.

 

12 OCT 2019

40 ans de l’Association Nelly Marcon, 30 ans du SIEM et du Conservatoire de Musique et de Danse de Val-de-Reuil/Léry/Poses. Retrouvez le discours que j’ai prononcé, samedi 12 octobre, à l’occasion de ce double anniversaire.

Discours de M. Marc-Antoine JAMET

Maire de Val-de-Reuil – Président de la Commission des Finances de la Région Normandie

Quarantième Anniversaire de l’Association Nelly Marcon, Trentième anniversaire du SIEM

et du Conservatoire de Musique et de Danse de Val-de-Reuil/Léry/Poses

Samedi 12 octobre 2019 – 18 heures

Au Conservatoire de Musique et de Danse de Val-de-Reuil

 

Chers amis,

Fêter les trente ans, c’est-à-dire le bel âge, celui de la maturité et de la plénitude, des débuts confirmés et de l’avenir encore possible, tout à la fois du SIEM, du conservatoire, de l’association Nelly Marcon, accompagne ce samedi d’une bien jolie musique.

D’abord, parce qu’il n’est pas courant d’avoir cheminé trois décennies au côté d’une Ville qui n’en aligne pas six. La moitié de notre vie communale, les bons et les mauvais jours, a été rythmée par vos partitions et vos portées. Ensuite, parce que cette célébration permet de retrouver l’atmosphère si particulière qu’avaient su diffuser les pionniers de la Cité Contemporaine, les poseurs de première pierre, les bâtisseurs d’utopie, écologistes avant l’heure, militants engagés, souvent progressistes, qui ont longtemps été la colonne vertébrale, le public et les bénévoles de vos classes et de vos concerts. Ils sont nombreux encore à poursuivre le beau rêve initié avec le Vaudreuil/Ville Nouvelle parmi vous. Ils en font vivre les valeurs, le souffle et le souvenir. Enfin, à titre personnel, je n’oublie pas que le SIEM a été mon premier acte de foi à l’égard de Val-de-Reuil et que, pour m’enraciner dans sa réalité, j’y ai, sur la suggestion de Nathalie Covacho-Bove, siégé au Conseil d’Administration, moi qui ne saurais même pas massacrer un accord, dès 2000, au même moment que, succédant à un truculent chauffeur de taxi portugais, je décidais de louer une maison au 27, voie de Bas.

S’il faut dresser un constat, je crois avoir été plus que fidèle à ceux qui m’ont accueilli :

  • En leur donnant les moyens de leur fonctionnement et, alors même que la Ville s’enrichissait d’autres institutions culturelles, maison de la poésie ou théâtre de l’Arsenal, en augmentant régulièrement la subvention annuelle du SIEM, puis du conservatoire, qui s’élève aujourd’hui à 500.000 euros, évolution rendue possible par le retour à une situation budgétaire toujours tendue, mais plus normale dans sa gestion à partir de 2001. C’est cette politique qui a permis votre existence et votre essor. C’est un soutien qu’un euphémisme qualifierait de non négligeable, que certains nous reprochent, qui n’est pas proportionnel aux contributions plus limitées de nos voisins lérysiens et posiens, que j’assume, dont je suis fier et que, je l’espère, chacun apprécie à sa juste valeur.
  • En abritant l’école de musique dans un vrai lieu, l’ancien Collège Alphonse Allais, conquis de haute lutte et par la ruse, sur le département, domiciliation généreuse en espaces et en fonctionnalités qui mit fin à une cohabitation peu opportune avec l’école Coluche dont les petits locataires ne savaient plus s’ils étaient écoliers dans la journée ou musiciens dans la soirée et dont la direction exigeait, sur l’air des lampions, le retour des mètres carrés imprudemment cédés. Nous devrions d’ailleurs donner un nom à ce bâtiment que nous mettons, avec ses fluides et son entretien, à votre disposition.
  • En allant chercher auprès de la région, avec les dents, il n’y a pas d’autres mots, les crédits nécessaires à la construction des studios de musique actuelle.
  • En vous aidant, auprès du Ministère de la Culture, qu’il s’agisse de la DRAC ou de la rue de Valois, à obtenir le statut qui est aujourd’hui le vôtre, celui prestigieux de Conservatoire, et que ne possèdent pas, par exemple, vos concurrents et amis de Louviers ou de Pont-de-L’arche.

Ces efforts, il faut avoir l’honnêteté de les appeler ainsi, ont porté leurs fruits. Alliés à votre talent, à votre énergie, à vos idées, ils vous ont fait gagner, paisiblement, sans aucune volonté d’hégémonie, respectabilité, renommée, durabilité, attractivité, diversité, stabilité et succès. Cette vérité doit être rappelée. Il serait presque étrange que je ne me plie pas à cette obligation. C’est une histoire belle et exemplaire. Nul n’a intérêt à s’en affranchir.

Je m’y réfère de manière d’autant plus spontanée que, en retour, vous avez beaucoup apporté à la commune et à la municipalité.

Vous avez amplifié, par votre localisation, au cœur de la dalle et face à Alphonse Allais, l’un de nos deux collèges avec Michel de Montaigne, par votre recrutement et par votre activité, le mouvement de mixité géographique et de paix sociale que nous avions impulsé. Des adultes faisant du violoncelle, des enfants qui dansent, des orchestres, des solos, des master class, tout ceci a fait reculer, combiné avec les effets favorables de l’ANRU, les voitures qui brûlent et les dealers qui empoisonnent.

  • En montrant les bienfaits de l’intelligence et de la culture, de l’apprentissage et du partage, de l’éducation collective et de l’épanouissement individuel, du plaisir et de la note juste, vous avez contribué à faire reculer les grands dangers que nous devrons affronter, ensemble je le souhaite, en mars prochain, le communautarisme, le fanatisme, l’égoïsme et l’extrémisme.
  • En participant à l’animation de la cité, en transformant sa réputation, et je songe aux représentations de votre orchestre symphonique, au programme éclectique de vos spectacles qui remplissent les églises de Poses et de Léry, à des formes plus inattendues et plaisantes, pour le sexagénaire que je suis, comme le récital donné, le printemps dernier, à la Maison des Jeunes et des Associations, en hommage aux Doors, vous contribuez à faire de notre commune un endroit gai et vivant, un territoire où il se passe quelque chose après 20 heures et le week-end, le contraire d’une cité dortoir, mais plutôt une petite capitale culturelle, qui, en Normandie, s’amuse à courir devant Vernon et Évreux, mordillant les mollets de Caen, du Havre et de Rouen, géants éberlués de voir l’audace de ce petit poucet.
  • En offrant un complément d’éducation à nos enfants, en diffusant la culture de l’harmonie, des instruments, du solfège et du chant, dans nos sept groupes scolaires, ce dont les petits devenus grands se souviendront éternellement.

Je pourrais poursuivre longtemps l’énumération de vos mérites et chanter les louanges de notre union. Le bilan n’est cependant pas uniquement positif. C’est presque rassurant. Notre partenariat prouve que la perfection n’est pas de ce monde. Il y a des progrès à faire que je ne voudrais pas voir accomplis – je suis exigeant – par lassitude ou simple bonne volonté. Le moteur de notre alliance laïque est différent. Vous avez, à mes yeux, des devoirs qu’impliquent la reconnaissance individuelle et la responsabilité collective vis-à-vis de la commune, une éthique du service public et une pratique de la République. C’est le rôle d’un maire de les rappeler.

Premièrement, pour être efficaces et économes, il nous faut mieux et davantage échanger lorsque se construisent les budgets. Si la Ville se serre la ceinture pour répondre à l’austérité des temps, le conservatoire ne peut déboutonner sa chemise pour se mettre à l’aise. Fort heureusement, vous avez à votre Conseil d’Administration le meilleur des hommes, notre adjoint aux finances, Jean-Jacques Coquelet, qui s’efforce de faire converger les divergences. Malgré sa vigilance et son dévouement, il en demeure qui me choque de temps en temps. Inversement, c’est ensemble que nous devrions plus souvent sortir de la tranchée rolivaloise pour aller chercher mécénat et argent.

Deuxièmement je ne peux faire l’impasse sur certaines inégalités territoriales. Il faut prendre conscience des réalités. Dans notre voisinage immédiat, il est des collectivités riches et opulentes qui sont ravies de profiter des possibilités du sport, du social, de la sécurité, de l’emploi, de l’industrie, des transports, de la culture qu’on trouve à Val-de-Reuil, mais se refusent quand on parle d’associations, de personnes dépendantes, de club de football, de commissariat, d’épicerie sociale ou de conservatoire à payer leur écot. On ne peut fermer les yeux à l’heure des arbitrages sur cette situation scandaleuse. Val-de-Reuil est la 14èmeville la plus pauvre de France. Les plus misérables ne peuvent payer pour les plus favorisés. C’est contraire à la morale, à la logique et aux convictions de ceux à qui le suffrage universel a confié le mandat de servir les intérêts des Rolivalois. Je pratique, moi-même, trop souvent, le pardon des offenses. Mais de là à tendre la joue droite, quand on m’a frappé la gauche…

Troisièmement, il faut à la musique s’impliquer davantage dans le quotidien municipal. C’est la juste contrepartie de notre bienveillance réciproque. Elle doit s’élever, parfois, pour devenir coopération. On ne peut ignorer notre amertume à chaque fois que nous allons à Workington, en Angleterre, à Sztum, en Pologne, à Ritterhude en Allemagne, lorsque nous voyons des formations musicales comparables aux vôtres, participer aux festivités, aux cérémonies, aux compétitions, donner un écho local aux grands moments de la vie de la Nation. Il ne s’agit pas de vous métamorphoser en majorettes. Il s’agit de s’entraider. Même si certains indices laissent penser que les choses s’améliorent et je vous en suis redevable, nous n’avons pas, ici, ce réflexe et je le regrette… Entre conservatoire et mairie grande autonomie oui, totale indépendance non.

Le temps passe et beaucoup ont parlé. Il me faut conclure.

Je citerai pour mémoire la difficulté que représente le mille-feuilles juridique et administratif que, avec beaucoup d’originalité, chacune de nos institutions culturelles a su bâtir : associations, établissements publics, compagnies privés se superposent. Un peu de simplicité et de transparence ne feraient pas de mal à tout cela.

Enfin, et ce sera le dernier voeu que j’adresserai au génie de la lampe, c’est avec vos pairs que je souhaiterais voir la situation évoluer. J’avais appelé, voici six mois, à la réunion d’états généraux de la culture à Val-de-Reuil. Ils ne voient pas le jour. Reconnaissons-le : personne ne s’est précipité. J’avais parlé de mutualisation d’agents, de matériels, de salles. On en est loin. Chacun change toujours une lampe avec son échelle dans son coin. J’avais espéré dialogue et synergie dans la constitution des programmations. J’en ai été pour mes frais. Othello de Shakespeare au théâtre ne verra pas Otello de Verdi cité au conservatoire ou Othello d’Orson Welles repris au cinéma, pas plus que la maison de la poésie ne listera les vers consacrés au Maure de Venise. Je le déplore. Le Festival du Caméléon en a, d’une certaine façon, payé les pots cassés. Il aurait dû être le volet musical de l’Arsenal. Je reconnais que vous en avez surtout été les victimes et que vous n’en êtes pas entièrement coupables.

Maintenant et quoi qu’il en soit, je sais ce que je vous dois, de même que les rolivalois. Ces vœux, même s’ils sont francs, n’enlèvent rien à l’admiration que je vous porte. Combien d’heures agréables et d’actions menées à bien, d’émerveillements et d’enchantements ! Je veux remercier Vincent Grandserre et, vous tous, sa valeureuse équipe de porter ce conservatoire sur leurs épaules, 365 jours par an, de diffuser l’œuvre de Mozart, Bach et, puisque j’étais à Londres ce matin, les Beatles, de donner une maison et une vocation à des centaines d’élèves qui ne deviendront pas tous des virtuoses, mais seront grâce à vous et à l’art de meilleurs humains, de déplacer des chaises, des praticables et des projecteurs, des violes de gambe, des pianos à queue et des guitares électriques. Je salue Chantal Mégange, présente il y a quatre semaines à la fête de la Ville, qui, à Val-de-Reuil, est toujours un peu directrice de tout et qui, aujourd’hui, dirige nos goûts et nos loisirs vers le beau. Longue vie à l’association Nelly Marcon. Longue vie au SIEM. Longue vie au Conservatoire de musique et de danse de Val-de-Reuil.

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